Se préparer au mariage, une gageure ?

Existe-t-il une préparation qui pourrait favoriser la réussite d’un mariage ? Voilà bien une question d

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dimanche 27 juin 2010

Existe-t-il une préparation qui pourrait favoriser la réussite d’un mariage ? Voilà bien une question d’actualité devant le nombre élevé de divorces qui touche également les familles de notre communauté.

Vous avez donc bien compris que nous n’allons pas parler ici de la préparation de la fête de mariage mais bien de la préparation des candidats à la vie de couple. Je n’utilise pas le terme de futurs mariés car il s’agit à mon sens d’un processus qui, consciemment ou non, débute bien avant la rencontre de son ou sa futur(e) conjoint(e). A vrai dire, ce processus commence au tout début de notre vie mais j’y reviendrai.

Avant toute chose, pour parler de préparation à la vie de couple, il faut s’entendre sur le sujet. Si je me prépare à une compétition sportive, mon objectif sera généralement d’y faire le meilleur résultat possible, ou d’y trouver une certaine satisfaction. Je vais donc me fixer un objectif (1ère place, maintien dans mon classement, plaisir d’avoir participé…). Cet objectif sera fonction de mes désirs, de ce que je pense savoir de mon potentiel et déterminera un programme particulier de préparation.

Je ne suis pas en train de dire que la vie de couple est une compétition sportive… quoique… mais qu’il faudrait sans doute avant toute chose s’entendre sur l’objectif à atteindre. Et donc, la question s’impose : Qu’est-ce qu’une vie de couple réussie ? Parce que si je veux me préparer à quelque chose, encore faut-il que je m’en fasse une idée, une représentation.

Une vie de couple réussie pourrait être celle où chacun des partenaires trouve amour, réconfort, enrichissement spirituel, tendresse, épanouissement sexuel, sécurité affective, partenariat éducatif pour les enfants, etc. de manière suffisamment satisfaisante pour contrebalancer les inévitables difficultés de la vie à deux. En résumé, la balance entre les avantages et les inconvénients doit rester positive.

Tout ceci est évidemment tout à fait subjectif. Ce qui fera avantage pour moi, fera peut-être inconvénient pour quelqu’un d’autre et chacun des aspects pris en compte dans ma balance de satisfaction ne pèsera pas le même poids, positif ou négatif, que dans la balance de quelqu’un d’autre.

Revenons donc à l’idée que nous nous faisons de ce qu’est une vie de couple réussie, ou même d’une vie de couple tout court. Ce processus de représentation commence très tôt dans notre vie, à vrai dire dès que nous sommes baignés dans l’ambiance singulière déterminée par les personnalités de nos parents et le type de relations qu’ils partagent. C’est à dire dès notre naissance, voire lors de notre vie intra-utérine ou même par certaines transmissions transgénérationnelles.

Notre représentation d’une vie de couple sera également influencée par notre projet de vie et, très souvent, par le projet de vie de nos parents pour nous. Plus largement, cette représentation sera également influencée par le(s) contexte(s) social(aux) dans le(s)quel(s) nous avons baigné : famille élargie (dans le pays ou nous avons grandi et éventuellement dans le pays d’origine de nos parents), amitiés, milieu scolaire, bain culturel (télévision, lectures...) etc.

Toutes ces influences ne sont ni bonnes ni mauvaises en tant que telles. Elles nous constituent, font partie intégrante de qui nous sommes au moment de notre parcours de vie où nous envisageons de nous marier.

Pour bien comprendre la suite, faisons un tout petit bond dans l’avenir : voici un couple marié en difficulté, les disputes sont fréquentes, l’incompréhension mutuelle règne… La plupart des phrases décrivant la situation sont sur le shéma : « c’est toujours la même chose », « chaque fois que je…, il (ou elle)… », « il (ou elle) ne peut pas s’empêcher de… », « il (ou elle) ne veut pas comprendre que… » etc. etc.

Cela montre évidemment que ce couple traverse une crise (pas besoin d’être psy pour arriver à cette conclusion). Si je prends un autre angle de vue, je dirais que ce couple est empêtré dans des comportements qui se sont rigidifiés, comme s’ils étaient « condamnés » à exécuter toujours le même pas de danse, comme s’ils étaient pris dans une porte tournante qu’ils poussent chacun devant eux, espérant déboucher sur « autre chose » mais tournant inexorablement en rond…

Pour les aider à sortir de ce cercle vicieux, je ne vais pas arbitrer leurs conflits, mais plutôt les inviter à explorer leurs représentations de ce qu’est une vie de couple, une vie de couple réussie, comment chacun s’est construit ses propres représentations, dans quel contexte familial, social chacun s’est construit, sur quels obstacles (souvent inconscients) l’un et l’autre butent pour accepter certains compromis, quelle blessure ancienne une remarque en apparence anodine vient raviver, quelle peur archaïque se réveille dans certaines situations… Et surtout, comment chacun va pouvoir libérer son conjoint de la mission (implicite et…impossible) de le « réparer », comment chacun va pouvoir prendre une place plus juste aux côtés de l’autre.

En prenant conscience de ce qui pousse (inconsciemment) chacun à s’enfermer dans des comportements agressifs ou défensifs, le couple pourra alors progressivement les dépasser et reprendre un cheminement plus harmonieux. Il y aura des disputes, bien sûr, mais des disputes au sens « noble » du terme, c’est-à-dire une confrontation respectueuse de points de vue divergents débouchant sur des compromis « gagnant-gagnant ». J’aurai certainement l’occasion d’y revenir dans un prochain article.

Ce qui pose donc problème n’est pas tant que je sois constitué de telle ou telle manière, que j’aie évolué dans tel ou tel milieu, que j’aie reçu telle ou telle éducation. Le principal problème prend la forme d’une question fondamentale :

Aujourd’hui, qu’est-ce que je fais avec tout cela, qu’est-ce que je mets en place pour que les particularités (même les plus dramatiques) qui me constituent cessent de conditionner mon existence terrestre, de m’enfermer dans des schémas relationnels stériles et puissent même devenir des ressources pour moi ? En un mot, si je ne suis pas responsable de ce qui m’est arrivé depuis mon enfance, à l’âge adulte, je suis responsable de ce que je vais en faire : vais-je me complaire dans un statut de victime ou vais-je me mettre en chemin ?

Partant de cet aperçu du mécanisme des difficultés relationnelles au sein d’un couple, on peut donc formuler l’hypothèse que, pour se préparer à la vie conjugale, il serait souhaitable d’avoir entamé un travail de découverte de soi : Qui suis-je ? Quelles sont mes aspirations profondes ? Comment est-ce que j’envisage ma vie conjugale ? Quelles sont mes peurs ? Mes besoins ? Qu’est-ce qu’un couple pour moi ? Qu’est-ce qu’un couple harmonieux ? Qu’est-ce que je souhaite trouver dans ce mariage ? Quelle est ma conception des rôles de chacun ? Quel regard je pose sur la vie conjugale de mes parents ? Me fait-elle envie ? Me déçoit-elle ? Comment ai-je appris à parler de moi ?...

A mes yeux, il est important que ce cheminement puisse débuter avant la rencontre d’un(e) éventuel(le) futur(e) conjoint. Tout simplement parce que les premiers temps d’une rencontre, les sentiments amoureux ont tendance à altérer notre esprit critique et surtout à « anesthésier » nos sensations négatives, mais également parce que m’interroger sur moi, c’est prendre mes responsabilités, prendre ma vie en main.

Cette démarche a évidemment du sens lors de notre premier mariage mais elle en a sans doute encore plus si nous avons vécu l’épreuve d’un divorce pour prendre conscience de ce qui s’est réellement joué entre nous et pour moi plus particulièrement. Elle en a également lorsque nous avons perdu un conjoint, pour mener à bien notre travail de deuil et éviter de placer notre future(e) partenaire dans un rôle qui ne serait pas le sien.

Il est parfois nécessaire d’être accompagné dans notre cheminement, de manière ponctuelle ou plus suivie mais pas forcément. La condition principale pour que « cela marche » est d’être prêt à se remettre en question, ce qui n’est pas toujours une démarche facile ou possible pour nous à certaines périodes de notre vie.

Quoiqu’il en soit, si Dieu le veut, un jour ou l’autre nous nous lançons dans cette belle et difficile aventure qu’est le mariage, plus ou moins prêt (l’est-on d’ailleurs jamais complètement), plus ou moins conscients de ce qui nous attend, plus ou moins confiants et nous tentons de nous débrouiller au mieux avec nos ressources propres pour nous inventer une vie à notre image, si possible agréable, traverser les crises et affronter les épreuves, avec ou sans aide. Si Dieu le veut, nous deviendrons à notre tour parents et, à leur tour, nos enfants baigneront dans l’ambiance singulière déterminée par nos personnalités respectives et le type de relations que nous partageons… C’est avec cela qu’à leur tour, ils aborderont leur vie d’adulte, de couple, de parents et ce, jusqu’aussi loin que Dieu l’aura voulu.

En conclusion, et pour répondre à la question que je posais au début de cet article :

Il n’y a pas de famille parfaite, de parents parfaits, de conjoints parfaits, d’humains parfaits. Il y a chacun d’entre nous, avec notre histoire, nos richesses, nos faiblesses, nos blessures, nos ressources… Ce qui fera la différence, c’est ce que nous en ferons, ce qu’à notre tour nous transmettrons, c’est là que réside notre responsabilité à chacun : en tant que parents puis en tant que jeunes adultes puis en tant que parents et ainsi de suite. Et si Dieu a placé des épreuves sur mon chemin, si je suis né dans une famille où semblent se répéter inexorablement les mêmes drames, si mon enfance a été fracassée par l’horreur, qu’Il m’accorde de pouvoir saisir l’opportunité d’être celui ou celle qui sera à l’origine d’une nouvelle destinée pour moi et les miens.

Et Dieu est le plus savant.

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Dominique Thewissen (Aïcha Belaallam) est psychothérapeute formée à l’approche systémique et à la thérapie familiale. Aujourd’hui à Charleroi (Belgique), elle partage son temps entre sa vie conjugale et familiale, les consultations de psychothérapie (individuelles, de couple, familiales), l’animation d’un réseau de professionnels de la santé mentale musulmans, les projets d’écriture, une présence dans la communauté musulmane (soutien aux associations, conférences, articles) et son travail social en institution auprès de personnes handicapées.

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