Friday 22 August 2008

Revenir vers le Miséricordieux

Par Cheikh Khaled Bentounès
vendredi 18 janvier 2008

Il faut tout d’abord examiner la place de l’homme dans la création et le sens que l’on donne à la notion de salut pour pouvoir enfin comprendre et saisir l’importance de la portée de nos actes durant notre vie ici-bas.

Dans cette relation de l’homme avec Dieu, l’Islam ne met l’accent ni sur une incarnation ou manifestation de l’Absolu, ni sur la nature déchue, imparfaite et pécheresse de l’homme. Il envisage plutôt l’homme tel qu’il est dans sa nature primordiale adamique (filtra) et Dieu tel qu’Il est dans son absolue Réalité.

Il est vrai que dans sa condition ordinaire l’homme se présente comme un être faible, égoïste et injuste ; il est habituellement esclave de ses désirs, de sa convoitise et de ses passions animales, ignorant le plus souvent sa réalité d’être qui fait de lui le réceptacle de la conscience universelle.

L’Islam, sans aucunement méconnaître la faiblesse et les limites de la nature humaine, ne considère pas l’homme comme une volonté pervertie, mais essentiellement comme l’être qui a reçu le dépôt (amana), de cette présence divine.

En cela, il est le représentant (khalifa), de Dieu sur terre. Si l’essence de l’Être divin est impénétrable et absolue, Il est, par contre, par Ses attributs (sifat, 1), proche de toute Sa création. Par eux, l’homme se rapproche de Lui. En cela il est à l’image de son Créateur, comme un miroir reflétant de manière consciente cette présence divine.

Cette nature originelle est avant tout une intelligence qui peut discerner le réel de l’illusoire, et qui d’une manière naturelle conduit à l’unité (tawhid). C’est ensuite une volonté qui peut choisir librement entre le vrai et le faux. Enfin c’est le pouvoir de la parole par lequel s’exprime la relation entre l’homme et le divin mais aussi entre lui et ses semblables.

L’intelligence, la volonté, et la parole sont en leur essence les qualités divines que Dieu a confiées à l’homme et à l’aide desquelles il chemine vers Lui. Ainsi : "Les actions ne valent que par leurs intentions" a dit le Prophète Mohammed. En effet, c’est bien l’intention qui fonde la valeur des actes conduisant l’homme vers le salut ou l’éloignant de celui-ci.

Elle se nourrit, se conçoit et s’appuie sur la conscience. Car en vérité la raison ne se suffit pas, elle nécessite d’être fécondée par la conscience, qui a besoin elle même d’une direction pour naître et croître. Là interviennent les enseignements spirituels et religieux qui ont accompagné l’humanité depuis toujours. Par l’entremise de l’intervention divine, à travers les prophètes, les sages et les envoyés, s’est transmis un enseignement d’éveil qui nourrit et fait croître notre conscience individuelle jusqu’à ce qu’elle se réalise dans la conscience universelle.

C’est lorsque il est arrivé à cette ultime étape que l’homme s’unifie et atteint l’équilibre parfait de sa personnalité, d’où l’importance d’une éducation d’éveil ; plus notre état de conscience grandit, plus l’être que nous sommes s’affine.

L’action de l’homme vertueux d’œuvrer pour le bien dans la société au sein de l’humanité devient alors une nécessité pour sa quête et un impératif dans sa relation avec le Divin, et non seulement un devoir moral ou religieux. Elle est le salut de l’âme ici bas sans attendre de récompense future dans l’Au-delà. C’est le chemin de l’Amour désintéressé qui conduit vers la paix, la fraternité et l’élévation vers le Divin, Source de Miséricorde, qui octroie à l’homme par Sa grâce salvatrice le salut éternel.

Si par contre cette notion de salut s’attache à l’attribution d’une récompense future et à la crainte du châtiment éternel, elle conditionne notre comportement à suivre aveuglément un credo, un dogme, une morale comme seule voie exclusive de salut. Elle devient alors un réfèrent lourd de conséquence face à la liberté d’autrui et au respect dû à celui, différent, qui ne pense pas ou qui n’a pas la même foi que nous.

Cette conception du salut ne fait pas de nous des êtres fraternels, ouverts vers l’universel, mais au contraire des êtres pensant que seuls ceux qui sont de la même croyance que nous sont dans le vrai et méritent le salut. On se prive par cette attitude de reconnaître l’immense miséricorde divine capable d’accueillir en son sein toutes les créatures.

Cette diversité et ces divisions permettent à l’homme de s’interroger, de chercher. Dans le domaine de la foi, la Vérité n’est jamais figée. Elle se dévoile à nous à travers une expérience profonde vécue au cœur de l’être et dans la conviction intime de nos rapports avec Dieu. Chaque tradition a sa méthode. Cette diversité est voulue pour que la vérité soit reçue par tous selon sa culture et son entendement.

Le prophète Mohammed disait : "Parlez aux hommes selon leur degré de compréhension’’ , et le Coran "Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté" (sourate 5, verset 48). Toujours et partout, des hommes ont prétendu être dans le vrai et ils ont fait souffrir ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux. Malgré les génocides, ils n’ont pu arrêter le destin de l’humanité.

La révélation apportée par chaque prophète incite et éveille l’homme à retrouver l’universalité inscrite en lui. Il n’y a, ni antagonisme entre les prophètes ni opposition entre les messages révélés , mais une parfaite continuité dans l’harmonie. Abandonnons nos prétentions de nous croire les seuls dans le vrai. Si le message, lui, reste universel, l’homme, par son égocentrisme, le transforme, le rétrécit, l’assèche en se l’appropriant pour l’instrumentaliser à des fins personnelles.

Le salut et les moyens du salut deviennent un domaine réservé aux uns, excluant les autres. Ils sont accaparés par des "élus" qui le dispensent ou le restreignent arbitrairement, d’après leur interprétation des textes sacrés. Même si cette façon d’agir s’appuie, parfois, sur des intentions louables.

Le salut ne s’obtient pas par une recette magique, dogmatique ou sectaire octroyée par des être "savants" ou "éclairés". Il est une grâce suprême accordée par le Miséricordieux à toute créature qui revient vers Lui.

(1) Les attributs divins sont les Noms par lequel Dieu se manifeste dans la création

Cheikh Khaled Bentounès

Fraternité soufie Allawiyya, Président honoraire de l’Association Internationale des Amis de l’Islam, France. Président d’Honneur de l’Association Terres d’Europe

Quelques ouvrages de cet auteur :

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

Par Samir - le 22 juillet 2008

Ce formidable récit du Cheikh Khaled Bentounès constitue un appel pour nous tous pour qu’on puisse dépasser tout ce qui nous alourdit et nous limite dans notre champ de pensée, de conscience, de vision, d’action. Par exemple « agir en fonction du paradis et de l’enfer est une limitation. Ils sont une purification, une grande miséricorde. »(1) Ayons donc la volonté, qui est un don divin, de nous ouvrir sur notre vraie dimension, celle de l’être et de la conscience universelle. Ne faisons pas de notre individualité et spécificité un obstacle et un voile masquant cette universalité qui nous anime, mais plutôt un réceptacle et un miroir la mettant en évidence. Ne soyons pas figés et enfermés sur nos connaissances et nos systèmes de valeurs, et ayons dans la symbolique de l’histoire de Moïse (ssp) quand il reçoit, en s’exécutant, l’ordre de jeter son bâton, le bon exemple. « Moïse reçoit l’ordre d’abandonner son bâton, c’est-à-dire tout le savoir reçu de Shu’aib et sur lequel il s’appuyait pour s’élever, éclairer et convaincre. En d’autres termes, il devait se défaire de cet acquis culturel de l’ego et s’ouvrir à l’universel, telle la chrysalide se métamorphose en papillon pour prendre son vol. Pour dépasser les connaissances que nous avons accumulées et nos systèmes de valeurs, nous devons être capables de nous remettre totalement en question. Ceux qui s’attachent à leurs idées et pensent posséder une vérité définitive et sacrée s’enferment. En fait, ce n’est que l’ego qui se flatte, s’entête et s’enorgueillit. »(2) Soyons humbles non prétentieux, l’Islam, signifiant l’état de soumission à Dieu, nous apprend à être de Ses serviteurs, et non de ceux qualifiés d’ignorants prétendant être Ses élus. Que le Miséricordieux nous guide vers Lui, dans la voie de la vérité, du salut, de la miséricorde. « Dieu ne t’a envoyé que miséricorde aux mondes » (Coran).

(1) Cheikh Khaled Bentounès – Soufisme cœur de l’Islam. (2) Cheikh Khaled Bentounès – L’homme intérieur à la lumière du Coran.

Par elhadj sama - le 5 février 2008
que la paix d’ALLA soit sur vous je suis le president de la ligue islamique des predicateuers en cote d ivoire ((l i p c i)) (section de dimbokro)j’aimeraie corespondre avec vous pour mieux me former avoir de temps a autres des conferences ecrient par vous car j’anime un expace islamique sur la radio local j’aimerai aussi reçevoire de vous des livres et documents pour equiper notre bubliotèqueque la paix d’ALLA soit sur vous
Par Rahma - le 22 janvier 2008

Bonsoir,

A tous les bien pensants de ce forum allergiques à la Miséricorde, je souhaiterais rappeler que cet article lumineux du Cheikh Bentounès a été écrit il y quelques années déjà en réponse à une communication du Cardinal Ratzinger. Celui qui a été élevé depuis au titre de Pape, affirmait dans une missive la primauté de l’Église Catholique sur toutes autres "croyances". En un mot il rappelait qu’en dehors de l’Église point de Salut : Autrement dit le Paradis ne pouvait passer que par la Sainte Eglise Catholique et Apostolique. Voilà messieurs les critiques ! Le Cheikh Bentounès ne faisaient que rappeler que les Musulmans, dont vous êtes, avaient le sens de la Miséricorde et y avaient leur part. Enfin Messieurs, un peu de miséricorde sinon à quoi bon prononcer à longueur de journée "Au Nom de Dieu Le Clément Le Miséricordieux".

Quant aux informations fantaisistes attribuées à l’ancien recteur de la Mosquée de Paris, je dirai juste que la Tariqa Allaouia est né en 1909 et que le Cheikh Ben ’Alioua à été l’imam de la première prière célébrée à la Mosquée de Paris en juillet 1926. Enfin les membres de cette confrérie ont été parmi les premiers musulmans a s’être organisés en association et ce dès 1915. Pour le reste soyons moins acrimonieux.

Cordialement

Rahma

Par Lemtiri - le 21 janvier 2008

Ce texte revêt une vérité profonde : Dieu, en tant qu’Être Absolu et Infini, ne peut en toute logique être enfermé dans les limites d’une religion.

Si les croyances sont bien humaines, force est de constater que Dieu, qui se situe au-delà de l’humain, les dépasse et les transcende.

Les religions ne sont finalement qu’autant de voies qui permettent de cheminer vers le Centre de toute chose, le Divin. Leurs adeptes doivent donc être considérés comme des compagnons dans le chemin qui mène à la Source, au Vrai, à la Vérité.

"L’Océan est Un, tandis que les courants qui mènent à Lui sont multiples."

Par Nicolas - le 21 janvier 2008

Vous dites : "Si par contre cette notion de salut s’attache à l’attribution d’une récompense future et à la crainte du châtiment éternel, elle conditionne notre comportement à suivre aveuglément un credo, un dogme, une morale comme seule voie exclusive de salut"

Mais n’est-ce pas justement tout le coeur du Message islamique proné par le Sceau des Prophètes (qpssl) ? Le Paradis est une réalité et l’Enfer est une réalité et la mort sera égorgée, laissant place à une seconde vie éternelle, pleine de délices ou de souffrances...

Par ibrahim - le 21 janvier 2008

Je souhaite faire quelques recommandations de lecture qui pourrait intéresser Mehdi, Hacène et bien d’autres d’ailleurs. Sur le sujet du destin et prédestination. ce débat là est islamiquement résolu...Lisez entre autre l’imam Ghazali et son frère (Ahmed Ghazali)ainsi qu’ Averoes (IBN RUSHD) : pour résumer, ces auteurs (parmi nos glorieux prédécesseurs),nous disent en substance, il est préférable pour les musulmans d’ être "idéaliste et réalite" (à la fois)car quitte à tout prendre, cela est mieux qu’être "ignorant et fanatique".

" Par idéaliste, ces auteurs nous disent que les musulmans savent où ils vont (vers Dieu). Ils poursuivent donc un idéal...Par réaliste, il faut entendre par là que cette voie vers Dieu se déroule dans ce monde. La perfection n’est pas de ce monde en ce sens que les fautes et les erreurs sont une réalité (réaliste)de ce monde. Seulement les erreurs et les fautes ne sont pas pour les musulmans une remise en cause dans de le recherche de l’idéal. la voie vers Dieu est un chemin initiatique, un parcour (avec ces accidents de parcour). Une voie de juste milieu, des actes chargés de signification...

Par hamadi - le 21 janvier 2008

Bonjour,

Oui, c’est vrai, il y a des gens qui se présentent comme des savants et qui ne le sont pas vraiment.

Pour autant, il me parait facheux de formuler des critiques aussi générales. On est à la limite du poujadisme, du "tous pourris".

Qu’on le veuille ou non vous faites aussi partie, Monsieur Bentounes, des "intermédiaires" vers qui "les croyants ordinaires" se tournent pour connaitre un peu leur religion et la spiritualité. Donc, un peu de cette humilité que vous pronez avec tant d’énergie serait bien venue en la matière. Comme on dit : "charité bien ordonnée commence par soi même" et "chacun doit balayer devant sa porte".

Il ne suffit pas de dire (à juste titre) que "les islamistes, c’est pas bien" pour prouver sa propre pertinence et sa légitimité.

Quelle bilan tirez vous, Monsieur Bentounes, de vos propres actions à caractère social du type "Scouts Musulmans de France". Avez vous l’impression que cette organisation est à la hauteur de ses prétentions et des subventions publiques qu’elle reçoit ? Permettez moi d’en douter.

Par Ahmad - le 20 janvier 2008

salam

Et sur Gaza, vous dites quoi mr Bentounès ?

Salam

le 20 janvier 2008

Monsieur Bentounes, Dieu affirme dans le Qoran que la religion agrée auprès de Dieu est l’Islam (chap. 3 verset 19). Dans un autre verset (no 85) du même chapitre Dieu dit "Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.".

Ces versets viennent contredire vos propos. Rien d’étonnant lorsque je relis la description de la voie soufie ’Alawiyya faite par Cheikh Si Hamza Boubakeur dans son Traité moderne de théologie islamique(Maisonneuve & Larose 1993) page 481 : C’est une confrérie toute récente, fondée il y a une cinquantaine d’années par un modeste cordonnier de Mostaganem, Ben ’Alliwa (m. 1934) élève d’un obscur shayk du nom de Bûzid-d-Darqawi qui entrepris de mettre sur rail le soufisme maghrébin, en créant un ordre nouveau. Après de nombreux voyages en Orient et en Europe, il fonda dans sa ville natale la confrérie al-’Alawiyya (1918). Ordre fort hétéroclite en vérité, à tendance syncrétisante. On y trouve un amas confus d’idées musulmanes, chrétiennes, hindouistes favorables à un monisme existentialiste aussi outrancier par sa théorie de la mobilité qu’obscure par sa conception de l’union avec Dieu.

Othmane

Par Waglioni - le 20 janvier 2008

François a bien mauvais oeil pour tirer les phrases pleines de sagesse et de connaissance de Cheikh Khaled Bentounès, vers un sens restreint. Et restreinte semble bien la conception que François se fait des voies spirituelles de la connaissance et de l’action. Ce n’est pas en diminuant le champ de l’action et de la connaissance divine que l’on perçoit le mieux la nature de ce qui est.

Maintenant j’ai un doute, sur le fait que seule compte l’intention dans le jugement des actions humaines. Dans le cas par exemple, horresco referens, de George Bush, s’il était sincère, était-il alors justifié de toutes les atrocités qu’il a commises ? Je ne comprends pas vraiment ce dit cité par Khaled Bentounès.

Par François - le 20 janvier 2008

Bonjour,

Khaled BENTOUNES écrit :

Elle (l’action de l’homme vertueux d’œuvrer pour le bien dans la société) est le salut de l’âme ici bas sans attendre de récompense future dans l’Au-delà. Si par contre cette notion de salut s’attache à l’attribution d’une récompense future et à la crainte du châtiment éternel, elle conditionne notre comportement à suivre aveuglément un credo, un dogme, une morale comme seule voie exclusive de salut. Elle devient alors un réfèrent lourd de conséquence face à la liberté d’autrui et au respect dû à celui, différent, qui ne pense pas ou qui n’a pas la même foi que nous.

Cette idée à visage mystique que l’on tend à inculquer aux musulmans contredit la Parole même d’Allah, l’esprit et la foi islamiques tels que nous trace noir sur blanc le Coran, car c’est Allah Lui-même, et de Lui-même, qui nous appelle à croire en Lui et à œuvrer pour le bien, et ce non seulement dans l’esprit de la crainte du châtiment, mais plus encore, dans l’esprit d’un commerce entre Lui et nous :

Coran 21-90 : Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Yahyâ et guérîmes son épouse. Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par désir et par effroi. Et ils étaient humbles devant Nous.

Coran 61-10/11/12 : Ô vous qui avez cru ! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d’un châtiment douloureux ? Vous croyez en Allah et en Son messager et vous combattez avec vos biens et vos personnes dans le chemin d’Allah, et cela vous est bien meilleur, si vous saviez ! Il vous pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et dans des demeures agréables dans les jardins d’Eden. Voilà l’énorme succès.

le 20 janvier 2008

Salamou aleykoum, Je ne vois pas pourquoi on oppose les deux façons de faire le bien c’est à dire faire le bien par crainte du chatiment et en espérent la récompense et faire le bien par amour au créateur azza wa jall !pourquoi ne pas considerer que c’est un cheminement(que de passer d’un état à l’autre) à défaut de considerer que c’est complémentaire ?

Salam

Par ibrahim - le 19 janvier 2008
Je partage dans les grandes lignes l’esprit de ce texte. Il est vrai que "cette mécanique" du halal et du haram vide de sens une bonne part de nos actions. Cependant, il convient de rappeler que le halal et le haram ont leur utilité. La difficulté majeur vient du fait que les actes sont "vidés" de leur signification. A mon avis il y a deux tendance à éviter : 1/ "je suis spirituel ; la prière, le jeûne...je ne suis pas concerné" ; 2/ "A mort le spirituel, je veux du concret, du palpable". L’islam est à mi chemin entre ces deux extrêmes, des actes (il faut des actes, du concret) sensés, lourds de signification. Par "mécanique du halal et du haram", j’entends par là, des actes faits d’une manière automatique, les sens des choses étant oubliés de mémoire d’homme. Les actes ont leur raison d’être. Il convient de ne pas l’oublier...
le 19 janvier 2008

Cher Mehdi, pourquoi vouloir faire qque chose pour ceux qui ne croient pas ? Pourquoi vouloir les juger, en faire des coupables et les blâmer ?

Revenir vers le Miséricordieux, c’est justement laisser le jugement de l’autre au Miséricordieux, Seul capable de sonder les coeurs. Comme le dit Mr Bentounès, nous nous devons d’essayer de vivre avec l’autre grâce à un comportement copié sur celui du Modèle excellent (psl).

Notre prophète (psl) a été envoyé pour nous enseigner l’excellence dans le comportement et chaque musulman doit perpétuer cet enseignement en faisant l’effort ( éthymologiquement le jihad) de parvenir à cette excellence dans le comportement.

Par Rahma - le 19 janvier 2008

Bonjour,

Très rafraichissant cet article et chaleureux en même temps. Les réactions le prouvent c’est au cœur que le Cheikh Bentounès s’adresse et non à la tête. Et c’est précisément le Cœur de l’homme que Dieu visite et non sa forme.

Merci chaleureusement.

Rahma

Par François - le 19 janvier 2008

Bonsoir tout le monde,

"Dans cette relation de l’homme avec Dieu, l’Islam ne met l’accent ni sur une incarnation ou manifestation de l’Absolu, ni sur la nature déchue, imparfaite et pécheresse de l’homme. Il envisage plutôt l’homme tel qu’il est dans sa nature primordiale adamique (fitra) et Dieu tel qu’Il est dans son absolue Réalité."

Remarques sur le discours de Khaled BENTOUNES

Il y est écrit :

« l’Islam ne met l’accent ni sur une incarnation ou manifestation de l’Absolu, ni sur la nature déchue, imparfaite et pécheresse de l’homme »

Mais il y est dit en filigrane de ce qu’il est écrit :

« l’Islam reconnaît “l’incarnation de Dieu” dont il n’exagère pas la mesure »

Dire que l’Islam ne met pas l’accent sur quelque idée, signifie que l’islam reconnait dans une mesure l’idée en question, sauf qu’il ne l’exagère pas, alors que tout le monde sait, et le sait parfaitement, que l’Islam condamne catégoriquement et fermement l’idée de “l’incarnation de Dieu”, ce qui implique qu’il est faux et absurde de dire de l’islam qu’il ne met pas l’accent sur “l’incarnation de Dieu”, puisqu’il la rejette totalement, il la condamne sans rappel.

Par ailleurs, si l’on part du principe que de Dieu nous n’avons intellectuellement que Sa Parole et ce qu’elle porte comme commandements et enseignements, Al-Haq, aussi bien à Son égard qu’à l’égard du monde, je vois vraiment d’un mauvais œil l’expression « l’Islam envisage Dieu », ça laisse entendre que Dieu soit objet de la pensée, ce n’est pas le sujet de la pensée qui aborde Dieu, mais plutôt le sujet de la science et de la connaissance.

Bonne continuation.

Par Nahounou - le 19 janvier 2008
Que dire après une telle analyse pleine de sagesse et de tolérance ! Merci Cheikh, voilà notre islam, voilà notre religion.
Par Shera - le 18 janvier 2008
J’ai appréciée l’analyse du Cheikh Kaled Bentounes dont la sagesse n’est plus à démontrer. De nos jours, le discours que l’on peut entendre sur l’islam est pauvre et sans intérêt pour les musulmans que nous sommes animés de connaître Dieu et notre religion. Il est pauvre, car il est souvent sans saveur et ennuyeux. La foi est décrite à travers le respect de prescriptions qui concernent la vie quotidienne, ce que l’on doit faire, comment marcher, se vêtir, manger et avec le service après vente. Un discours vide, creux, qui rassurent nos frères et sœurs qui pensent hélas que la foi se résume à appliquer des conseils, des ordres, des prescriptions comme le dit K. Bentounes. Cet islam là fait surtout le bonheur des entrepreneurs qui vont de suite nous sortir toute une série de produits avec le label hallal ! L’islam n’est pas un programme avec ce qu’il faudrait faire, ne pas faire ou éventuellement faire et surtout ne pas faire, ou faire un peu…
Par Hacène - le 18 janvier 2008

Une réponse à la question de Mehdi qui aborde sans peut être le savoir la question de la prédestination

La question de la prédestination et de la libre volonté a soulevé beaucoup de controverses parmi les Musulmans, comme chez les autres peuples, et a donné lieu a un large débat philosophique et scolastique. Certaines personnes, s’appuyant sur les versets qui déclarent que l’honneur, le déshonneur, la guidance et l’égarement sont entre les mains d’Allah, en sont venues a la conclusion que l’homme n’a pas de liberté et qu’il n’est qu’un instrument, sans aucune volonté, dans la main d’Allah. Elles ont fondé un autre principe sur cette théorie, selon lequel, leur croyance en l’Unicité d’Allah et en Son Autorité absolue, exige d’elles qu’elles croient que tous les phénomènes du monde, y compris les actes et la conduite de l’homme, sont du ressort d’Allah Seul et qu’il n’existe d’autre volonté que Celle d’Allah. Dire que tout autre peut faire quoi que ce soit d’une façon indépendante serait incompatible avec la concentration de la volonté d’Allah.

Un autre groupe de Musulmans, se référant aux versets du Coran, qui indiquent que l’homme est un agent libre, en vinrent a croire que l’homme a une liberté complète et qu’il décide lui-même son sort. Ces gens citaient l’avènement de la vie future, ainsi que les questions de la responsabilité légale, et de l’existence du Paradis et de l’Enfer, comme preuves de la vérité, de leur doctrine. Ils affirmaient que si les actions de l’homme étaient considérées comme l’oeuvre d’Allah, alors, les péchés, les atrocités et la corruption devraient être considérés à leur tour comme des actes divins, bien que nous sachions qu’Allah est loin de tout mal. Allah étant dépouillé de tout défaut, aucun mal ne pourrait Lui être attribué.

Par Mehdi - le 18 janvier 2008
Merci Monsieur Khaled Bentounes pour ce texte qui suscite en moi des interrogations. Que faîtes vous de ceux qui ne croient pas ? Je vais peut -être vous choquer, mais c’est une réalité. La croyance est-elle prédestinée ? Pourquoi certains croient en Dieu et d’autres pas ? Ceux qui ne croient pas sont-il coupables ? Faut-il les blamer ? J’aimerai débattre de ces question sans être jugement moral.
Par Safia - le 18 janvier 2008

"Le salut ne s’obtient pas par une recette magique, dogmatique ou sectaire octroyée par des être "savants" ou "éclairés". Il est une grâce suprême accordée par le Miséricordieux à toute créature qui revient vers Lui."

Nos coreligionnaires doivent méditer la conclusion de cette réflexion de Monsieur Bentounes. Nous avons trop tendance à porter un jugement sur autrui. Nous devons nous montrer humble

Par dialogi - le 18 janvier 2008
Des mots divers expriment notre relation à Dieu, nous pouvons croire en lui, l’aimer, le servir. Parfois on dit aussi craindre Dieu. Cette expression est difficile à comprendre. Il y a d’abord la crainte comme arrière-fond de toutes les religions. Les manifestations du divin produisent des émotions fortes. La divinité fascine. Pas de rencontre avec l’inconnu et l’inattendu de Dieu sans un moment de saisissement. La réticence actuelle à parler de la crainte de Dieu est sans doute justifiée, tant le langage de la peur a pu rendre méconnaissable le fait que Dieu est amour.
Par Camille - le 18 janvier 2008
Ce texte est extraordinaire et donne une immense espérance. Chaque individu peut se reconnaître dans ce texte qui donne à voir une foi en Dieu qui fait de l’homme un être libre. Libre d’être un homme ; libre d’aimer Dieu. Aimer Dieu, ce n’est pas le craindre. C’est l’aimer en toute liberté. Je me reconnais dans cette définition.
le 18 janvier 2008
La croyance en Dieu est une affirmation de base qu’on accepte sans preuve. La croyance en Dieu est une question de confiance, d’amour, de donation de soi, de choix existentiel. La raison n’a pas le rôle de validation ou de justification de notre croyance, mais elle sert seulement à parler de celle-ci, de ce à quoi on croit.
Par KATIA - le 18 janvier 2008
Très beau texte qui nous change des propos de religieux qui veulent s’arroger l’islam par des recomandations d’une palette de d’interdiction sans parler de la question de l’existence et de notre présence dans ce monde éphémère
Par Liliane Bénard - le 18 janvier 2008
Cheikh Khaled Bentounès, Voilà une parole de paix, une merveille ! Bravo ! Liliane
Par Jamal U Dine - le 18 janvier 2008

J’ai rarement lu discours aussi éclairé et lucide sur ce qu’est le vrai sens de la vie.

Un grand merci à Cheikh Khaled Bentounès, pour avoir réussi, dans un style très aisé à comprendre, à rendre accessible une problématique qui d’habitude n’est compréhensible que par une minorité.

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