Mercredi 8 February 2012

Retour sur une expérience humanitaire au Mali

Lors de ce premier voyage, nous avions pu côtoyer une personne qui marquera nos esprits. De manière presque fortuite, nous avions croisé la trajectoire d’un chirurgien malien à l’histoire émouvante. Originaire de Ouéléssébougou, ayant étudié la médecine à l’Université de Bamako, Docteur Bagayoko a poursuivi sa formation en France pendant plusieurs années pour devenir chirurgien-gynécologue. Mais après avoir œuvré au CHU de Toulouse, Docteur Bagayoko a pris une décision radicale qui force le respect et l’admiration : retourner vivre dans sa région natale pour servir auprès des siens.

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C’est l’histoire
d’une opération humanitaire qui démarre avec une idée et qui prend fin avec la
joie et le soulagement de nombreux villageois. Au printemps 2006, l’Association
des Etudiants Musulmans d’Aix-en-Provence (AEMA) a lancé une opération intitulée
« Un puits pour le Mali ». L’objectif était de récolter des fonds
pour financer la construction d’un puits en Afrique noire (et notamment au
Mali), région du monde où l’accès à l’eau potable est des plus difficiles. Avec
le concours du Secours islamique, cette action a pu être menée à bien et le
résultat fut même au delà des espérances. Alors que la perspective de récolter
5000 euros class=MsoFootnoteReference> style=';'>[1]
apparaissait insurmontable pour certains étudiants, la somme finalement
ramassée a permis de financer la construction de deux puits. Un premier voyage
d’inauguration a ainsi pu voir le jour un an à peine après le lancement du
projet class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2].

Le premier contact
avec la réalité malienne fut donc des plus attachants, notamment lors de la
visite des villages dans lesquels les deux puits avaient été bâtis. Ceux-ci se
trouvaient dans la région de Ouéléssébougou, zone située à une centaine de
kilomètres au sud de la capitale Bamako. Nous fûmes accueillis très chaleureusement,
les villageois avaient même organisé toute une cérémonie traditionnelle,
témoignage de leur sympathie à notre égard.

Et c’est à cette occasion que
nous pûmes nous rendre compte de l’importance vitale de l’eau et combien sa
présence pouvait modifier radicalement la vie d’une collectivité. Tout cela
nous fut confirmé par le chef d’un village : désormais les femmes
n’avaient plus à subir des heures de marche pour trouver le liquide vital, les
enfants pouvaient prétendre à une vraie scolarisation, le bétail pouvait
s’abreuver plus facilement etc. Au cœur de la savane africaine, le caractère
indispensable de l’eau renvoyait chacun de nous à la méditation profonde du
verset : « Les infidèles ne savent-ils pas que
les Cieux et la terre formaient à l’origine une masse compacte que nous avons
ensuite disloquée, et que nous avons tiré toute matière vivante de
l’eau 
 ? Se décideront-ils à croire enfin ? »
(Sourate
Les Prophètes, n°21 – Verset 30)

Lors de ce premier
voyage, nous avions pu côtoyer une personne qui marquera nos esprits. De
manière presque fortuite, nous avions croisé la trajectoire d’un chirurgien
malien à l’histoire émouvante. Originaire de Ouéléssébougou, ayant étudié la
médecine à l’Université de Bamako, Docteur Bagayoko a poursuivi sa formation en
France pendant plusieurs années pour devenir chirurgien-gynécologue.

Mais après avoir œuvré au CHU de
Toulouse, Docteur Bagayoko a pris une décision radicale qui force le respect et
l’admiration : retourner vivre dans sa région natale pour servir auprès
des siens. Il a alors ouvert une petite clinique et offre à toute une
population, depuis près de trois ans, le seul espace dans lequel des dizaines
de villages reculés du Mali peuvent se soigner.

Malgré son matériel rudimentaire
et des conditions de travail pénibles et austères mais doté d’une bonté, d’un
courage, et d’une humanité exemplaires, Dr Bagayoko est la figure même du
diplômé désirant « retourner au pays » pour contribuer à son
redressement. Et son travail colossal est aujourd’hui indispensable : le
centre de santé le plus proche, en dehors de ce dispensaire, se trouve … à
Bamako ! De cet épisode est alors née une collaboration et l’idée de
financer la construction d’un nouveau centre de santé a naturellement émergé.

Après nous avoir émus,
cette histoire a alors interpelé nos consciences. Pendant près de deux années,
l’opération « Vers la construction d’un centre de santé au Mai » a
mobilisé les efforts de l’AEMA et d’autres organisations se sont alors
greffées au nouveau projet : ainsi de l’association d’Arles « Savoir,
Espoir, Sagesse », du Collectif des Musulmans de France (CMF) et de la
toute jeune structure humanitaire DEFI class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3].

Estimé à 25 000 euros, ce
projet a finalement pu aboutir avec, en plus, la construction d’un puits supplémentaire.
Et moins de deux ans après notre premier voyage, un deuxième séjour a eu lieu
pour inaugurer la nouvelle clinique. L’accueil fut là encore à la hauteur de
l’évènement. Nous fûmes reçus par toutes les autorités du village, du chef
traditionnel au maire de la bourgade sans oublier toute une partie de la
population qui, à nouveau, nous fit part de toute son estime.

Ce récit n’a pas pour
unique objectif de restituer l’histoire d’une expérience humaine riche et
inoubliable. Bien plus, l’intérêt d’une telle opération est de susciter, auprès
des populations du Nord, une réelle prise de conscience de la réalité tragique
dans laquelle se débat l’autre partie du monde, notamment en Afrique.

Car le continent africain
souffre terriblement de nombreux maux dont la conscience humaine a le devoir de
corriger et les chiffres sont, à cet égard, éloquents. Sur le quelque milliard
d’êtres humains qui peuplent l’Afrique, plus de 20% (soit plus de deux cent
millions) souffrent gravement et en permanence de sous-alimentation.

Des millions d’enfants meurent
chaque année du fait de la malnutrition, des épidémies, de la pollution des
eaux et du manque d’hygiène. Les pandémies telles que le SIDA et surtout le
paludisme foudroient des populations entières, déciment la jeunesse et mettent
en péril l’équilibre même de certaines sociétés africaines sans parler de la
violence et des guerres qui ravagent encore une partie du continent. Les
problèmes liés au manque d’eau potable et à la difficulté de son
approvisionnement sont criants alors même que plus des deux tiers des pays
africains sont agricoles. Enfin, la démographie galopante et les problèmes
gigantesques que risquent d’entraîner les dérèglements climatiques font de
l’Afrique un continent à l’avenir très sombre title=""> style=';'>[4].

Néanmoins, il n’est
pas trop tard pour agir et contrairement à ceux qui pensent que « l’homme
africain n’est pas assez entré dans l’histoire » name="_ftnref5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
,
il est des Africains (et ils sont bien nombreux) qui travaillent dur et se
sacrifient pour le bien de leur pays. A l’image du Cheikh Bagayoko et de la
petite équipe qui désormais l’entoure et le soutient dans son engagement au
quotidien.

Toutes ces femmes et tous ces
hommes ont le souci et la détermination d’agir concrètement pour venir en aide
à leur population victime de tant de souffrances et d’injustices. Et puisque
les Etats et les grandes instituions internationales peinent à obtenir des
résultats probants en matière de lutte contre les différents fléaux qui
frappent l’Afrique, il revient aux citoyens du Nord, et notamment aux musulmans
d’Occident, d’accompagner toutes ces initiatives individuelles ou collectives
qui foisonnent à travers le continent africain, littéralement oublié de la
mondialisation.

C’est dans ce sens que se sont
inscrits ces modestes projets qui peuvent, pour qui le souhaite, se prolonger
dans le cadre d’une collaboration Nord/Sud fraternelle, prometteuse et
complémentaire. Et n’oublions pas que, d’après un célèbre hadith, la sadaqa
jâriya
est une des trois choses qui permettent au croyant de voir ses
œuvres de bien perdurer même après sa mort …

Aujourd’hui,
l’expérience est faite qu’une volonté ferme conjuguée à une confiance profonde
dans le Donateur gracieux (Al Wahhab) peuvent engendrer d’une simple
idée, beaucoup de hassanates...



name="_ftn1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
Somme correspondant à la construction au Mali d’un puits à grand diamètre par
le biais du Secours islamique. Pour plus d’informations,
http://www.secours-islamique.org/.

name="_ftn2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]
Une vidéo retraçant ce premier voyage au Mali est d’ailleurs disponible sur le
site du CMF, www.lecmf.fr, ainsi que sur le
blog de l’AEMA http://aema.over-blog.com/.
Pour accéder directement à la vidéo, cliquez sur le lien : href="http://video.google.fr/videoplay?docid=-2008813214001557383&q=puit+mali&pr=goog-sl">http://video.google.fr/videoplay ?docid=-2008813214001557383&q=puit+mali&pr=goog-sl.

name="_ftn3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
Développement Echange France International. Née en 2006, cette structure a pour
principal objectif de lutter contre le manque d’eau en Afrique de l’Ouest. Cf. href="http://www.notredefi.fr/">www.notredefi.fr.

name="_ftn4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4]
Ces chiffres sont en grande partie tirés de l’ouvrage de Jean Ziegler, L’empire
de la honte
, Editions Fayard, 2008. Ouvrage d’un grand intérêt pour
comprendre les mécanismes économiques qui régissent les rapports Nord-Sud et
qui laissent mourir une partie de la planète. L’auteur, écrivain et professeur
à l’Université de Genève, est également rapporteur spécial de la commission des
droits de l’homme des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

name="_ftn5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
Citation tirée du discours choquant et insultant de Nicolas Sarkozy prononcé à
Dakar le 26 juillet 2007. Pour une réponse à ce discours émanant de
personnalités et d’intellectuels africains, cf. L’Afrique répond à Sarkozy –
Contre le discours de Dakar
, Sous la direction de Makhily Gassama, Editions
Philippe Rey, Paris, 2008.

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Commentaires

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"verset : « Les infidèles ne savent-ils pas que les Cieux et la terre formaient à l’origine une masse compacte que nous avons ensuite disloquée, et que nous avons tiré toute matière vivante de l’eau ? Se décideront-ils à croire enfin ? » (Sourate Les Prophètes, n°21 – Verset 30)"

Mais qu’avons-nous encore fait qui vous déplaise ? Nous aussi essayons d’aider les populations dans la détresse.

Mais nous resterons infidèles...

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@ Reno,
qu’entends tu par infidèle de ton point de vue ?

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"Les infidèles ne savent-ils pas que les Cieux et la terre formaient à l’origine une masse compacte"
Maintenant vous le savez : le big bang le prouve. Pourquoi vous ne le reconnaissez pas ? Voila ce que signifie infidèle selon moi.

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Depuis la soi-disant décolonisation, les gouvernements des pays du Nord (riches, démocratiques, et surtout très arrogants) n’ont jamais eu la volonté d’aider l’Afrique. Au contraire, ils n’ont eu de cesse de pomper, tels des vampires assoiffés de sang, les richesses du continent africain (pétrole, or, minerais). Des pays comme le Canada ou les Etats-unis d’Amérique ont imposé leurs céréales, moins chères, au détriment des cultures vivrières locales.
M. SARKOZY se permet d’insulter les Africains, mais nous savons maintenant que les guerres et les famines qui ravagent l’Afrique sont directement dues aux multinationales soutenues par son gouvernement (Total, Bolloré entre autres). Sinon, pourquoi la présence militaire française en Afrique ?
Certes, nous nous devons de soutenir ces projets concrets, au nom de la simple entraide humaine, mais tant qu’on ne s’attaquera pas à la racine du mal, ces actions n’auront pas de réelle efficacité à long terme.

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Pour Reno, qui se demande "qu’est-ce qu’on a encore fait " ?
Sans vouloir revenir au passé (l’esclavage et la traite des Noirs, la colonisation) on peut vous citer : l’exploitation actuelle des richesses du continent africain par les grandes multinationales occidentales, ce qu’on appelle pudiquement la Françafrique, ça vous dit quelque chose ?

Mais peut-être l’aviez-vous oublié, donc je me permets de vous rafraîchir la mémoire...

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"Les femmes font des heures de marche pour aller chercher de l’eau" ?

Mais que font les hommes ? Des choses importantes sans doute.

Il me revient que dans les camps de réfugiés du Darfour, dans ce pays modèle des droits de l’Homme qu’est le Soudan, l’eau se trouve dehors. Les femmes, spécialisées dans la question et n’étant pas syndiquées, vont la chercher et se font violer par les miliciens du pouvoir central soudanais, lesquels s’ennuient ou ne prient pas assez.

Tout ça se passe entre musulmans ! et évidemment, je ne me permettrais pas de porter un jugement de valeur sur les valeurs des autres.

Tout de même, ne pourriez-vous pas demander à ces hommes musulmans d’aller chercher l’eau eux-mêmes ? Ont-ils peur d’être violés ?

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Ce genre d’action, qu’il faut honorer, existe depuis longtemps. De nombreuses actions humanitaires ont été réalisées par des organisations caritatives, religieuses ou non, ou simplement dévouées.

On aide les gens en fonction de leur détresse, peu importe leur religion. Je voudrais qu’on n’oublie pas cet aspect. D’après le ton de l’article, on dirait que rien n’a été fait auparavant.

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je ne pense pas que l’auteur sous entende que rien n a été fait, mais que ce qui se fait n’est certainement pas suffisant et qu`il y a tant encore a faire...

Merci pour ce beau témoignage et ce rappel.

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MotaMaurs

Je n’ai pas fait d’études scientifiques mais vous devriez en faire quelques-unes.

Le savoir ne se trouve pas dans les livres saints des religions (toutes vraies et uniques évidemment).

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C’est magnifique, mais peut-on faire remarquer que ces actions sont le fait également depuis très longtemps de nombreuses associations qui n’ont rien de religieux.