Réponse du Maire de Villefranche-sur-Saône

Je tiens à répondre personnellement à tout ce qui s’est dit ou écrit sur les cantines scolaires de Ville

lundi 10 janvier 2005

Je tiens à répondre personnellement à tout ce qui s’est dit ou écrit sur les cantines scolaires de Villefranche et à vous donner ma version des faits, qui n’est pas forcément conforme aux déformations outrancières dont cette affaire a fait l’objet.

1. Les cantines

La ville accueille chaque année dans ses cantines plus de 900 enfants. Elle offre même un service supplémentaire aux familles, en leur permettant d’inscrire leurs enfants pour la semaine ou un, deux ou trois jours seulement, si elles le souhaitent.

Faut-il préciser - mais il le faut sans doute, compte tenu de ce que j’ai lu ici ou là - que les menus proposent, si les familles le demandent la substitution d’une autre viande (généralement de la dinde) à la viande de porc. C’est ainsi que sur 110 000 repas servis annuellement, 4 000 le sont sans porc.

Le problème qui s’est posé est tout autre et concerne une infime minorité : une vingtaine de tout petits enfants appartenant à seize familles, soit moins de 3% de la population scolaire accueillie.

Des personnels de cantine ont alerté mon adjointe sur le fait que ces petits refusaient de manger toute viande mais qu’ils pleuraient régulièrement parce qu’ils avaient faim.

On peut comprendre que le choix de ces familles relève de considérations sur lesquelles je n’ai pas à me prononcer.

On peut comprendre aussi qu’une collectivité publique, qui finance en grande partie ces cantines, a l’obligation de fournir aux enfants qu’elle accueille une alimentation équilibrée, telle qu’elle est préconisée par les diététiciens.

En d’autres termes, un enfant de quatre ans n’ayant pas son libre arbitre, c’est aux familles d’assumer leurs responsabilités.

Mon adjointe a cru bon d’écrire à ces 16 familles pour leur faire part de cela en leur précisant que si elles persistaient dans leur désir de refus de toute viande pour leur enfant, la question du maintien à la cantine était posée.

On peut parfaitement admettre que l’initiative de cette adjointe était maladroitement exprimée mais reconnaître aussi qu’elle était inspirée par un souci légitime de la santé des enfants... Faut-il préciser - mais il le faut encore - qu’aucune exclusion n’a été prononcée.

A la suite de ce courrier, quatre familles n’ont pas souhaité réinscrire leur enfant. Nous poursuivons la concertation avec elles.

Ceci dit, dès le mois de septembre, la ville de Villefranche - qui ne l’avait pas fait jusque-là et c’est sans doute son tort - se conformera à l’usage en vigueur dans la plupart des communes de l’agglomération lyonnaise.

Au moment de l’inscription, les familles s’engageront à accepter les menus proposés comprenant cinq composants, étant entendu qu’ils proposent une viande de substitution au porc.

2. L’islamophobie

Le problème des cantines est une chose, les commentaires qui l’ont accompagné en sont une autre.

Je suis atterré de me voir traité par certains de « maire islamophobe ». Ces bonnes âmes auraient bien fait, au préalable, de se renseigner sur ma personnalité et sur mes engagements.

Je dirige depuis seize ans une ville qui compte de nombreuses communautés issues de l’émigration, dont les plus importantes sont la turque et la maghrébine. J’ai toujours entretenu avec elles un dialogue constructif, ce dont leurs responsables devraient pouvoir témoigner facilement.

Depuis seize ans, mon attitude m’a valu l’opposition constante de l’extrême droite ou de la droite extrême pour qui je suis « le maire des arabes », propos entendus cent fois, à chaque campagne électorale !

-    Je ne connais pas beaucoup de maires islamophobes élus ou réélus contre 35% de voix Front national ou de droite dure.

-    Je ne connais pas beaucoup de maires islamophobes qui, à la suite d’une véritable concertation, ont aidé à la construction sur leur commune de deux mosquées modernes (une turque, une arabe) pour permettre aux croyants de prier ailleurs que dans des caves.

-    Je ne connais pas beaucoup de maires islamophobes qui, en 16 ans, ont embauché dans le personnel municipal une soixantaine de jeunes issus de l’émigration pour montrer l’exemple et dire que dans ce pays, il ne doit pas y avoir de ségrégation à l’emploi. Précisons que les postes en question sont des postes de titulaires et non pas de vacataires.

-    Je ne connais pas beaucoup de maires islamophobes qui ont accepté qu’au cimetière, il y ait un carré réservé en priorité, mais pas exclusivement, aux musulmans, pour respecter leurs traditions.

-    Je ne connais pas beaucoup de maires islamophobes qui, confrontés à l’assassinat tragique d’un jeune Turc dans un quartier difficile, aient accompagné de bout en bout la famille dans son épreuve jusqu’à assister, à sa demande, à la toilette mortuaire du malheureux garçon.

Et puis, je voudrais rappeler enfin à ces calomniateurs un fait qui, sans doute, leur a échappé.

En 1998, dans un restaurant du Beaujolais, était complaisamment distribuée une parodie à caractère raciste d’une chanson d’Yves Duteil.

Bien que ce fait ne se soit pas déroulé dans ma commune, je me suis immédiatement solidarisé avec les associations qui ont légitimement déposé plainte

En fait d’islamophobie, on doit pouvoir mieux faire...

En 1998, comme aujourd’hui, je tiens le même discours...

Je ne suis ni le maire des arabes, ni un maire islamophobe. J’essaie d’être un maire républicain qui doit réaliser une synthèse de plus en plus difficile.

Respecter à la fois les convictions de chacun, mais faire en sorte que ces convictions n’empêchent pas l’obligation d’un « vivre ensemble », dans l’adhésion à des valeurs partagées sans lesquelles il n’y aurait plus de nation mais la simple juxtaposition d’intérêts particuliers.

Pour y parvenir, il faut que chacun y mette du sien... et s’épargne des injures aussi vaines qu’injustes.

 

 

Jean-Jacques Pignard

Maire de Villefranche

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