Mercredi 8 February 2012

Réponse au mufti d’Egypte, le shaykh Dr. Alî Jum’a,

Le mufti d’Egypte vient de commenter l’ Appel au moratoire de façon approfondie et particulièrement intéressante. Pour l’essentiel, le lecteur pourra s’apercevoir que le muftî d’Egypte, le Shaykh Alî Jum’a, unanimement respecté pour son savoir et son indépendance (intellectuelle et politique) abonde dans le sens de l’esprit et des conclusions de l’Appel. Les réserves exprimées quant au moment et à la forme de l’initiative ainsi qu’ à l’ordre des priorités restent mineures [Tariq Ramadan y répond] et permettent, dans les faits, d’ouvrir et de poursuivre le débat sur le fond.

Partagez :

Le mufti d’Egypte vient de commenter l’ Appel au moratoire de façon approfondie et particulièrement intéressante. Pour l’essentiel, le lecteur pourra s’apercevoir que le muftî d’Egypte, le Shaykh Alî Jum’a, unanimement respecté pour son savoir et son indépendance (intellectuelle et politique) abonde dans le sens de l’esprit et des conclusions de l’Appel. Les réserves exprimées quant au moment et à la forme de l’initiative ainsi qu’ à l’ordre des priorités restent mineures [Tariq Ramadan y répond] et permettent, dans les faits, d’ouvrir et de poursuivre le débat sur le fond. Voici la réponse de Tariq Ramadan : on pourra lire la traduction du texte du Muftî à la suite de la réponse.

  

Très
respecté Dr. Alî Jum’a,

Fadilat-
ash-shaykh, ustâzî al-‘azîz

Salam
‘alaykum wa rahmatulLahi wa barakatuHu

J’aimerais
commencer cette lettre en vous témoignant, ici et publiquement, de mon immense
respect pour ce que vous êtes autant que pour votre savoir. Il y a bien des
années, avant de devenir le mufti d’Egypte, vous m’avez reçu chez vous au
Caire, en privé, deux à trois fois par semaine, très tôt après la prière du fajr,
pendant près d’une année pour étudier le droit et la jurisprudence islamiques (fiqh).
Vous avez été mon professeur, plein d’attention et d’exigences, et aujourd’hui
je ne peux que saluer davantage encore le soin que vous avez pris à répondre de
façon précise, argumentée et profonde à l’Appel pour un moratoire sur les
châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort dans le monde musulman
.

Votre
commentaire soulève des points fondamentaux en ce qui concerne la compréhension
de ce qu’est la sharî’a, ses conditions d’application, l’époque
contemporaine et l’esprit universel et profond du message islamique. J’aimerais
d’abord m’arrêter sur ces quatre aspects avant de discuter votre point 7 et le
dernier paragraphe de votre texte sur l’opportunité et la priorité ou non d’un
tel appel.

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>La dimension globale de la sharî’a

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Vous donnez de la sharî’a
une définition large et vous rappelez que celle-ci englobe les domaines de la
foi, la relation au Créateur, la qualification morale des actes humains et la
conviction d’une vie après la vie comme du jugement dernier. Vous rappelez que,
de façon encore plus vaste, celle-ci offre une vision, des orientations et des
voies en ce qui concerne l’éthique appliquée, l’éducation et tout ce qui a
trait, dans les faits, à l’interaction entre les textes (le Coran et la tradition
prophétique) et le réel.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Ce rappel est impératif
et salutaire : non seulement il revient à la tradition classique mais il
remet à sa place le débat sur le code pénal (hudûd) qui doit s’intégrer
dans une vision plus globale de la compréhension de la fidélité au message
islamique. J’abonde totalement dans votre sens : je n’ai de cesse, dans
mes ouvrages et articles, de définir la « sharî’a » comme
« la voie de la fidélité au message » qui exige une vision cohérente
et globale.

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Les textes, la foi et les
    conditions

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>En parlant des hudûd
proprement dits vous relevez que la discussion comprend deux aspects. Le
premier relève de la foi et de la conviction : il s’agit, pour le
musulman, de savoir et de reconnaître qu’il existe des textes révélés et que
les châtiments prévus concernent des actes considérés comme répréhensibles par
l’islam. Dans l’ordre de la foi au message, vous relevez que les musulmans ne
peuvent considérer que « ce système de sanction est injuste ou violent en
soi
 ».

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Le second aspect que
vous mentionnez prolonge et précise cette première affirmation. Vous relevez
que « le système légal islamique a prévu des conditions pour l’application
de ces hudûd, de même qu’il a prévu des états et des situations afin de
les suspendre (ta’lîqiha) ou de les stopper (iqâfiha) ».
Vous terminez en affirmant avec force : « Lorsque ces conditions ne sont
pas remplies, ou que ces situations et ces états ne sont pas établis, toute
application de ces hudûd en l’absence de ces derniers est considérée
comme une transgression de la sharî’a. »

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Les deux aspects que
vous relevez sont exactement ceux que j’ai voulu mettre en avant dans l’appel.
Pour les musulmans, il y a une Révélation et des textes dont il n’est pas
question de discuter l’authenticité mais il existe des conditions et des
exigences dont on ne peut pas nier l’existence sous peine, comme vous le dites,
de transgresser le message islamique lui-même (au nom d’une application
littéraliste et aveugle ne tenant pas compte des contextes sociaux, culturels et
politiques). Dans l’interaction du caractère explicite des textes et de la
complexité des situations sociales, vous rappelez la parole célèbre du Prophète
(PBSL) : « Evitez [l’application] des hudûd en situation de
doutes [en vous appuyant sur les doutes] »

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>L’histoire et notre époque

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>En parlant de la
situation de l’Egypte - pendant les mille dernières années - et en vous
appuyant sur l’avis des savants au cours de l’histoire de la civilisation
islamique, vous indiquez que l’absence des conditions requises (ash-shurût),
la nécessité (ad-darûra), les doutes (ash-shubuhât) et l’intérêt
public (al-maslaha) ont toujours été invoqués pour suspendre des
pratiques ou établir des dérogations quant à la littéralité de l’application
des règles. C’est une pratique classique chez les fuqahâ (les savants du
droit et de la jurisprudence) et il existe une règle générale dans les
fondements du droit musulman (usûl al-fiqh) qui stipule « Les
nécessités impératives rendent permises les interdictions » (la règle est
d’ailleurs universellement reconnue au nom du principe « Nécessité fait
loi »).

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>À la formulation des
savants de la science des « fondements du fiqh » (usûliyyîn)
qui, comme al-Râzî dans al-Mahsûl, ont parlé d’« abrogation
rationnelle », vous préférez l’expression plus appropriée de « la
conséquence de l’absence de la condition dans [l’application] du
jugement » stipulant qu’il n’est pas permis à la raison d’abroger les
règles établies et définitives mais qu’il est possible à la rationalité humaine
de ne pas appliquer une loi ou un règle si les conditions de son application
sont absentes.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>C’est très exactement
la position que je défends dans l’appel. Vous avez repris l’exemple de ‘Umar
Ibn al Khattâb auquel je me suis référé et vous avez appuyé cette position par d’autres
exemples dans d’autres domaines et je ne peux que relever la cohérence du
propos et de ses conclusions. L’appel convoque la même méthodologie et parvient
à la même conclusion. De fait, il faut certes connaître les textes et leurs
impératives exigences mais la fidélité au message ne saurait être atteinte sans
que le croyant, comme le rappelle le hadîth authentique d’Ibn Hibbân que
vous citez, soit « conscient de ses affaires et connaisseur de son
temps » et qu’il sache que les situations changent en fonction de l’espace
et du temps.

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>L’esprit du message islamique

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Dans plusieurs passages
de votre texte, vous rappelez le sens du message de l’islam, son esprit et ses
finalités. Vous insistez sur le fait que les hudûd ont été établies non
pas comme des instruments de vengeance mais comme des moyens de préventions.
Quiconque, dites-vous, médite sur les textes comprend « que le système
légal islamique s’intéresse davantage au pardon, à la clémence et à couvrir les
fautes qu’à l’application des peines et des châtiments. »

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Vous rappelez divers
exemples à travers l’histoire à commencer par ceux, tellement nombreux, du
Prophète (PBSL) avec Mâ’iz ou des Compagnons qui, comme le rappelle Ibn Shayba,
cherchaient en toutes circonstances à éviter d’avoir à appliquer les hudûd.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Cette enseignement
fondamental de la bonté, du pardon et du respect des secrets de la vie privée
(la tradition juridique de l’islam rejette les pratiques de surveillance,
d’enquête qui consisterait à « fouiner » dans la vie des gens pour pouvoir
appliquer une peine) exige un travail en amont dans les sociétés islamiques. Il
faut y établir l’éducation, un cadre social juste et sain qui respectent la
dignité des êtres humains et leur offrent les moyens de se prendre en charge et
de pouvoir agir en fonction d’une éthique qu’ils assument et qu’ils comprennent
et non pas qui s’exercent par la seule imposition et la répression. L’exemple
de Umar ibn Abdul-Aziz est édifiant : il n’a eu de cesse de chercher
à éradiquer la pauvreté dans les territoires dépendant de son autorité (et il y
est parvenu) et c’est ce même homme qui affirme : « Il vaut mieux me
tromper mille fois dans le pardon que de me tromper dans l’application d’une
sanction. »

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Vos remarques vont
encore une fois directement dans le sens de ma réflexion et de mes
propositions. C’est bien, au fond, de cela qu’il s’agit. Je constate que
l’ensemble des points que vous avez relevés abondent dans le sens de la
réflexion de l’appel et que, en l’absence des conditions requises, vous
affirmez qu’il est légitime - comme cela a d’ailleurs toujours été le cas dans
l’histoire du droit musulman - de suspendre l’application des prescriptions.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Dans votre « point 7 »
vous établissez une sorte d’état des lieux des différents pays majoritairement
islamiques (quant à l’application des hudûd) et vous parvenez à la
conclusion que cette application ne concerne qu’une minorité de cas dont,
principalement, l’Arabie Saoudite, pays vis-à-vis duquel, dites-vous, « il
n’existe pas de revendications ou de tendances influentes appelant à
l’annulation de cette application, son arrêt ou sa suspension » si ce
n’est « les appels de certains opposants au pouvoir politique qui
demandent un resserrement des procédures et qui qualifient le régime
actuel d’injuste et de transgresseur des droits de l’homme. »

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>A la lecture de votre analyse,
j’aimerais faire deux remarques de fond :

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Il est vrai que si l’on
    s’arrête à l’application stricte des hudûd dans le monde musulman,
    celle-ci semble ne concerner qu’une petite minorité de pays. Sur le plan
    de la fidélité au message, je ne pense pas que le nombre soit un
    argument : à petite ou à grande échelle, la conscience musulmane doit
    refuser et condamner toute trahison du message de justice de l’islam.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Il demeure, néanmoins,
que la perception qu’il s’agit là de « pratiques marginales » comme
le disent souvent les musulmans, n’est pas confirmée par les faits si l’on
considère tant l’application stricte des hudûd que les conséquences
directes des avis contradictoires donnés par les savants sur la question. Si la
pratique de la lapidation est effectivement marginale, il n’en est pas de même
des châtiments corporels : ceux-ci se pratiquent dans de nombreux pays
musulmans et si, parfois, ils ne sont pas appliqués en tant que « hudûd »,
le silence ou la non clarté des avis des ulamâ sur la question de leur
application à l’époque contemporaine permet à des autorités locales ou
nationales de s’en prendre à l’intégrité physique des personnes ou des
prisonniers puisque l’univers de référence de l’islam accepte l’idée des
« châtiments corporels ».

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Ce glissement dangereux
est une évidence quand on traite de la peine de mort. Celle-ci est mentionnée
et appliquée dans la plupart des sociétés majoritairement islamiques. Or dans
ces dernières, les système légaux et judiciaires respectent peu ou pas du tout
les droits des accusés (criminels ou opposants politiques). Les exécutions ne
sont certes pas toujours établies au nom des « hudûd » mais
elles rencontrent peu de résistance de la part des musulmans parce que ceux-ci
pensent que « la peine de mort » est une prescription islamique et
que s’y opposer c’est s’opposer à un principe islamique établi : nous
faisons face à une sorte de blocage psychologique qui empêche la dénonciation au
nom de la justice élémentaire. Or si, comme il a été relevé plus haut,
l’absence des conditions quant à l’application d’une peine est à considérer
« comme une transgression de la sharî’a », il faut convenir
que ce principe s’applique pour la peine de mort dans les pays musulmans que
ces peines soient établies, directement ou indirectement, au nom de l’islam. La
peine de mort est aujourd’hui appliquée dans plus de cinquante pays parmi les
cinquante six pays à majorité musulmane : l’injustice caractérisée, les
systèmes judiciaires corrompus, l’absence de défense digne de ce nom, les
témoignages douteux sont plus la règle que l’exception et il serait bon que les
savants s’expriment sur cette question dans le prolongement du débat sur les hudûd.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>J’ajoute que la
position des musulmans dans des sociétés non majoritairement musulmanes devrait
être la même. Aux Etats-Unis, où un Noir à six ou sept fois plus de
« chance » d’être exécuté qu’un Blanc, l’opposition à la peine de
mort me paraît être la seule position fidèle au message islamique.

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>La conscience musulmane
    contemporaine sait que ce qui se passe aujourd’hui en Arabie Saoudite est
    une fidélité de surface au message de l’islam. Pour des raisons
    politiques, économiques et financières les critiques, de la part des
    musulmans comme de l’Occident, sont timides, crispées ou absentes. Nous
    savons tous pourtant qu’il ne fait pas bon être un travailleur pakistanais
    ou philippin dans les pétromonarchies. Il ne faut pas laisser ce type de
    critique aux seuls opposants politiques aux régimes en place, il faut
    aussi que nous puissions dénoncer - et en ce sens les musulmans qui vivent
    dans des pays où la liberté d’expression est assurée ont une
    responsabilité majeure - les injustices qui sont perpétrées au nom de
    l’islam au centre même du monde musulman.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Il ne s’agit pas de
diaboliser un Etat ou un gouvernement mais d’établir une critique constructive
qui permette de faire évoluer les choses et de réformer les sociétés vers plus
de justice. C’est une responsabilité individuelle et collective et nous devons
exercer ce devoir de justice et de vigilance partout, en toute circonstance et
sans opérer de sélections dues à des intérêts géostratégiques ou économiques.
Ainsi, à la fin de ce mois d’avril, une femme a été lapidée en Afghanistan et
les médias n’en ont presque pas rendu compte : le rendre public voulait
dire que l’opération américaine dans la région n’avait rien changé... et un
silence intéressé a disqualifié la nécessaire dénonciation, devenue
politiquement incorrecte, d’une exécution...

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>On m’a souvent demandé
« Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce sujet marginal et
secondaire ? » J’aimerais conclure cette lettre en répondant
directement à ces questions puisque vous y faites référence implicitement dans
votre dernier paragraphe.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Cela fait des années que je parle
des hudûd et de la nécessité de réformes dans notre compréhension et
dans leurs applications. Depuis cinq ans, j’ai fait appel à la notion de
« moratoire » pour exposer ma position vis-à-vis de la peine de mort
d’abord, puis de la lapidation et des châtiments corporels ensuite. J’en ai
discuté avec de nombreux ulamâ et intellectuels qui souvent ont été
interpellés et intéressés par la démarche mais les débats s’arrêtaient très
vite après l’expression de bonnes intentions, aucune initiative ne suivait.
Quel est donc le bon moment pour aborder de telles questions ? Le monde
musulman est dans un tel état, et l’actualité nous apporte chaque jour tant de
nouveaux problèmes que, somme toute, on peut considérer que ce n’est jamais le
bon moment... d’aucuns y sont même allés de leur analyses
« stratégiques » en affirmant que ce n’était pas un hasard que cela
advienne après la controverse autour de Amina Wadûd. Ces considérations sont
creuses et nous font éviter le cœur de la question.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Nous assistons tous les jours à
des actions qui sont faites au nom de l’islam et qui trahissent son véritable
message. Les savants du monde musulman et d’Occident se sont prononcés contre
le terrorisme et l’extrémisme. Ce sont des points positifs qui permettent aux
musulmans, comme aux non musulmans, de comprendre ce que l’islam n’est pas et
ce à quoi il ne peut pas être assimilé.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>De l’intérieur de la pensée
musulmane, il faut que nous allions plus loin. Il faut que nous pensions une
réforme profonde qui nous permette de dire ce que l’islam est et d’établir un
projet quant à ce que les musulmans doivent faire et transformer dans leurs
sociétés étape par étape. Nous avons besoin d’une vision et d’un engagement
responsable de chaque individualité, femme et homme.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Entrer dans ce débat par la
fenêtre des hudûd est à la fois révélateur, fondamental et
prioritaire. Révélateur, parce que cela nous permet de déceler
tout de suite où se situent les blocages à l’intérieur du monde musulman. La
crise de ce dernier est très exactement visible dans l’écart abyssal qui existe
entre l’amplitude, la profondeur et la sagesse de vos propos, comme mufti,
et la pensée formaliste et/ou crispée que l’on trouve chez une grande partie
des ulamâ et des leaders musulmans : on ne peut pas ne pas regarder
la situation en face (les réponses à cet appel en sont d’ailleurs une preuve
éclatante). Dans notre époque troublée et qui, comme vous l’avez rappelé, à été
qualifiée d’époque « du doute », « de la nécessité »,
« de l’ignorance » ou encore « de l’épreuve », les
réactions sont tout à fait contradictoires : d’aucuns appellent à la
justice et à la clémence au nom du message globale et d’autres se crispent sur
les aspects les plus formalistes pour se protéger de « la perdition »
même si cela doit entraîner des injustices « marginales ou
collatérales ». C’est pour cette raison que le débat et la discussion
sont fondamentales. La réponse formaliste, que l’on voit partout
croître dans le monde musulman et en Occident avec l’émergence des courants que
l’on nomme « salafî » se nourrit autant de « la crainte
de se perdre » dans les vicissitudes de l’époque contemporaine que d’une
attitude de déresponsabilisation de la pensée musulmane contemporaine. Il n’y
aurait qu’à appliquer et imposer les formes, les cadres et les structures de
l’islam, dont les hudûd, pour réformer nos sociétés et répondre aux
problèmes sociaux, politiques et économiques des sociétés. Cette pensée est
dangereuse mais dans l’absence de réponses claires sur les fondamentaux du
message de l’islam et de sa fidélité, nous participons au trouble et à la
déresponsabilisation des musulmans. La question des hudûd est en ce sens
prioritaire (elle l’est d’ailleurs déjà par le fait qu’il s’agit
aujourd’hui des vies humaine à sauver quel qu’en soit le nombre...) en ce qu’elle
impose que nous exposions de façon claire notre compréhension de l’islam, le
sens que nous donnons à la fidélité au message à l’époque contemporaine et ce
qui est exigé de chacun au niveau de son éthique personnel et de son engagement
dans la collectivité. Il existe encore d’autres raisons internes tout autant
qu’externes au monde musulman qui rendent ce débat prioritaire mais que
nous n’avons pas la place d’expliciter ici et qui ont trait à la fois à la
question strictement religieuse mais aussi à des considérations politiques et
géostratégiques de la première importance lorsque l’on analyse les enjeux de la
scène internationale. Il reste que ce débat est fondamental, en soi et par ce
qu’il nous impose d’étudier si nous voulons parvenir à des solutions concrètes.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Votre texte est une importante
contribution au débat et je vous en remercie respectueusement. Celles et ceux
qui liront votre texte comprendront, par ce que vous dites (et les conclusions
que vous tirez de l’histoire du droit islamique) qu’au-delà de la question des
seuls hudûd, c’est le cœur de l’islam et de son message universel que
vous présentez.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Je demeure persuadé qu’une
interpellation et une critique venant de l’intérieur et ancrées dans la
confiance en soi et en l’universalité du message nous renforcent et nous
fortifient... sauf à verser dans la tentation d’y voir « le complot »
de l’autre, de l’Occident, et de prouver, en refusant le débat
intracommunautaire, la profondeur des peurs et des doutes qui habitent certains
de nos coreligionnaires et que cachent mal les slogans répétés, trompeurs et au
fond bien mal assumés. L’appel au moratoire est né exactement de cet
espoir : que les ulamâ, les intellectuels et les musulmans du monde
s’engagent, en conscience, à réconcilier leur société et leur vie quotidienne
avec la profondeur, la mansuétude, l’exigence intellectuelle et l’amour des
Hommes et de la Création qui constituent l’essence de l’islam et l’exemple de
son Messager (PBSL)..

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Wa Allahu a’lam wa a’lâ wa ahkam.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> 

Parue en
arabe sur Islamonline.net le 29 avril 2005

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>http://www.islamonline.net/Arabic/news/2005-03/30/article09a.shtml

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> 

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Réponse du muftî d’Égypte, Dr. Alî
Jum’a,

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>à l’appel du Dr. Tariq Ramadan

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>La question de l’application de la
sharî’a doit être comprise de manière plus globale que sa restriction à
la seule application des hudûd punitives à l’endroit des crimes majeurs
tel que cela est répandu dans le discours contemporain, que ce soit chez les
musulmans ou non. En effet, l’application de la sharî’a recouvre plusieurs
aspects et contient plus d’un niveau à prendre en considération. Il n’est pas
juste d’affirmer que la sharî’a n’est pas appliquée dans un quelconque
environnement par le seul fait que certaines des prescriptions n’y sont pas
appliquées dans le quotidien puisque ces écarts ont été perpétués, à des degrés
divers, tout au long de l’histoire islamique et dans tous les pays musulmans.
Aucun savant musulman n’en tire pour autant la conclusion que ces pays sont
sortis du giron de l’islam ou qu’ils n’appliquent pas la sharî’a. Il
n’est d’ailleurs pas exagéré de prétendre que l’expression « application
de la sharî’a » est une expression contemporaine.

Des réalités
qu’il est impératif de connaître

 

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>La sharî’a comprend
    tout ce qui est relatif à la foi et à la vision globale selon laquelle cet
    univers est produit par un Créateur, que l’être humain est tenu
    d’appliquer des prescriptions légales qui qualifient ses actions et que
    cette responsabilité fut établie par la Révélation que Dieu a transmise au
    travers de Ses messagers et de Ses livres. De même qu’elle (la sharî’a)
    comprend un jour du jugement en vue de la rétribution ou du châtiment, un
    droit et une jurisprudence (fiqh) qui régulent les comportements
    individuels, collectifs et sociaux, ainsi qu’un système éthique, des
    orientations pour l’éducation, des méthodologies de réflexion et
    d’appréhension de la révélation coranique et de la tradition prophétique
    comme du réel que celui-ci se modifie, se transforme ou se complexifie.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> 

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>La question des hudûd
    comprend deux dimensions : le premier aspect est la conviction que ce
    système de châtiments est justifié par son efficacité coercitive contre
    des crimes dont sont confirmés le caractère ignominieux, l’influence
    néfaste sur la société des hommes et l’intime refus de leur exposition.
    Cela s’établit, de plus, sur la conviction que ce système de sanction
    n’est ni injuste ni violent en soi. Le second aspect tient au fait que la
    loi islamique a prévu des conditions pour l’application de ces hudûd,
    de même qu’elle a prévu des situations et des états afin de les surseoir
    ou de les suspendre. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, ou que
    ces situations et ces états ne sont pas établis, toute application de ces hudûd,
    en l’absence de ces derniers, est considérée comme une transgression de la
    sharî’a.
  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Qui se penche profondément
    sur les textes juridiques réalise que la sharî’a n’a pas fait des hudûd
    l’instrument d’une vengeance, mais le moyen de la prévention du crime
    avant que celui-ci advienne de même qu’il perçoit que le système légal
    islamique s’intéresse davantage au pardon, à la clémence et à couvrir les
    fautes qu’à l’application des peines et des châtiments. Les textes
    sont nombreux en ce sens et ne se contredisent pas.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Pendant plus de mille ans,
    aucune application des hudûd n’a eu lieu dans un pays comme
    l’Égypte. La raison en est que les conditions légales prévues par la sharî’a
    n’ont pas été réunies, celle-ci ayant stipulé des moyens précis quant à la
    présentation des preuves ainsi que la possibilité de revenir sur la
    décision. Le tout étant compris dans la parole du Prophète (que la paix
    soit sur lui) : « Évitez (l’application) des hudûd en
    situation de doute [vous appuyant sur les doutes] » de même que la
    parole de Umar ibn Abdul-Azîz : « Il vaut mieux me tromper mille
    fois dans le pardon que de me tromper dans l’application d’une
    sanction. »
  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Il se peut que l’époque soit
    décrite comme une époque qui fasse que l’exception soit appliquée de
    manière générale, alors que par sa nature même d’exception elle ne devrait
    être appliquée que de façon restrictive. C’est pour cette raison que
    l’époque fut décrite comme une époque de nécessité (darûrah), de
    doute (shubha), d’épreuve et de sédition (fitna) et
    d’ignorance (jahâla), ce qui ne peut qu’affecter la décision
    juridique. Ainsi, la situation de nécessité (darûrah) permet
    l’interdit (mahdhûr), même s’il se généralise ou se perpétue. C’est
    pourquoi on a permis l’inhumation dans les bassins surélevés (fisâqî)
    malgré leur interdiction dans la sharî’a. Le doute (shubha)
    autorise la suspension de la sanction tel que Umar ibn Al-Khattâb l’a
    pratiqué dans l’année de sécheresse et de famine : le doute s’y était
    généralisé au point que la condition pour l’application du jugement était
    absente. Il en fut de même de l’imam Ja’far As-Sâdiq, d’Al-Karkhî parmi
    les hanbalites et d’autres qui ont invalidé l’interdiction de regarder les
    femmes peu vêtues dans les régions correspondant alors à l’Ouzbékistan et
    l’Afghanistan actuels (mâ warâ’ al-nahr) parce qu’elles ne
    portaient pas le foulard et qu’il était difficile, voire impossible, de
    baisser le regard. Par ailleurs, l’imam Al-Jûwaynî décrit dans son Al-Ghayyâth
    la situation de l’époque de l’ignorance de manière très détaillée lorsque
    manquera le juriste assidu (mujtahid), puis le savant de la sharî’a,
    puis les sources de celle-ci : que feront donc les gens de cette
    époque ?

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> 

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>À cela se rattache ce
que les savants spécialistes des fondements du droit et de la jurisprudence (al-usûliyyûn),
tel qu’Al-Râzî dans Al-Mahsûl, ont appelé dans leurs livres
« l’abrogation rationnelle » qui est la conséquence de
« l’absence de la condition dans [l’application] du jugement » -
cette dernière expression est plus appropriée pour préciser qu’il n’est pas
permis à la raison d’abroger les règles établies et définitives mais qu’il est
possible à la rationalité humaine de ne pas appliquer une loi ou un règle si
les conditions de son application sont absentes L’injonction de se laver les
mains jusqu’aux coudes pour les ablutions rituelles ne peut plus être appliquée
si la main a été coupée. Il en est de même pour les injonctions qui se fondent
sur l’existence de l’esclavage, du grand califat ou de l’or et de l’argent tels
qu’entendus dans la sharî’a. Les exemples en ce sens sont nombreux...

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Afin de parvenir à l’application
    du jugement légal, à ce que Dieu en a voulu et à Son obéissance ainsi qu’à
    celle de Son messager, il nous est impératif d’appréhender la réalité (al-wâqi’).
    Dans la tradition (hadîth) d’Ibn Hibbân cité dans son recueil de
    traditions authentiques relatant l’exhortation de David, il est dit que
    « le croyant doit être conscient de ses affaires et connaisseur de
    son temps. » Dès lors, les juristes ont déclaré que les décisions
    juridiques changent avec les époques si celles-ci sont fondées sur les coutumes
    (voir l’article 90 de la revue des décisions judiciaires). C’est en ce
    sens que l’école juridique hanafite a permis dans le domaine des affaires
    et dans les contrées non musulmanes, d’établir des contrats considérés
    comme interdits [en terre d’islam] : ainsi, les décisions juridiques
    changent également en fonction du lieu. La règle qui stipule
    que : « Les nécessités autorisent les interdits » et
    qui provient de la parole divine « ...celui qui fut contraint sans
    préméditation... » établit que le jugement en question change à cause
    du changement de situation. Il en est de même du changement des décisions
    dû au fait du changement des individus. Ainsi, les règles relatives à la
    personne vivante diffèrent de celles relatives à la personne morale qui,
    elle, n’est pas vivante. Ces quatre critères (le temps, l’espace, les
    personnes et les situations) sont celles qu’a évoquées Al-Qarâfî comme
    étant les causes de changement à prendre en compte au moment d’appliquer
    les jugements sur le terrain de la réalité.

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>On peut présenter les
    expériences des États musulmans contemporains par rapport à la question de
    l’application des hudûd.
    1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Dans le cas de l’Arabie
      saoudite qui applique directement les hudûd sur la base d’un
      système judiciaire qui ne s’appuie pas sur une législation codifiée sous
      forme d’un code pénal. Cette application saoudienne est bien établie dans
      la mesure où il n’existe aucune revendication ou tendance importante
      appelant à son abolition, son arrêt ou sa suspension. Et cela malgré des
      appels de la part de certains opposants au pouvoir politique qui
      demandent un resserrement des procédures et qui qualifient le régime
      actuel d’injuste et de transgresseur des droits de l’homme.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> 

    1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Les cas du Pakistan, du
      Soudan, d’une province nigériane, d’une province de Malaisie et de
      l’Iran, dont les lois font explicitement référence aux hudûd :
      dans les faits ces lois ont été suspendues au Pakistan, au Soudan à
      l’époque de Numeiri, de même qu’en Malaisie et en Iran. En revanche,
      elles sont appliquées dans la province nigériane, mais de façon
      extrêmement partielle. Au lieu de l’application du hadd (singulier
      de hudûd), il est plutôt commun dans ces pays de pratiquer le ta’zir
      href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""> lang=EN-US style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> class=MsoFootnoteReference>[1] style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>, à l’exception des crimes
      sanctionnés par la peine de mort.
    1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Les autres États musulmans,
      au nombre de 56 pays parmi les 196 pays du monde, font silence dans leur
      législation quant à la référence aux hudûd et ce sur la base de
      l’opinion qui considère notre temps comme une période de doute généralisé
      (shoubha ‘ama) et en se référant à ce que le Prophète (paix et
      bénédictions sur lui) a dit : « Évitez [l’application] des hudûd
      à en situation de doutes [en vous appuyant sur les doutes] ». De
      plus, les témoins juridiquement valables pour établir les crimes qui
      impliquent l’application d’un had sont depuis longtemps
      introuvables. Ainsi, At-Tanûkhî rapporte dans son livre Mishuâr
      al-muhâdara
      que naguère le juge entrant dans un village y trouvait
      jusqu’à quarante témoins parmi ceux dont on pouvait être satisfait de
      leur témoignage, puisqu’ils réunissaient les deux qualités du témoin
      légal : la rectitude morale (al-‘adâla) et la clairvoyance (ath-thabt).
      Or, actuellement - c’est-à-dire du temps de At-Tanûkhi - le juge en
      arrivant dans une contrée ne réussit à trouver qu’un témoin ou deux
      [ayant les qualités exigées]. Pour ce qui est de notre époque, de façon
      générale, elle peut être qualifiée également d’une époque où le
      témoignage (juridiquement valable) est introuvable.

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Par ailleurs, enquêter
pour établir la vérité qui impliquerait l’application du hadd ne fait pas
partie des méthodes de la sharî’a. Mâ’iz s’était accusé lui-même et le
Prophète (PBSL) s’en était détourné à quatre reprises. Par la suite, il l’a
renvoyé à sa famille qui peut-être témoignerait qu’il était faible
d’esprit ou fou. Il a cherché par la suite d’autres échappatoires (makharij).
Quand finalement, il (Mâ’iz) est revenu sur ses aveux au moment de
l’application du hadd, le Prophète (PBSL) a dit à Omar : « N’auriez-vous
donc pas pu le laisser partir [sans lui appliquer le châtiment] ? ».
Les savants en ont déduit la permission de revenir sur les aveux dans les
questions qui concernent un droit parmi les droits de Dieu, mais non pas dans
les cas impliquant un des droits des êtres humains. De même, le Prophète
(PBSL) n’a pas questionné Mâ’iz sur l’autre partie impliquée dans l’acte
illicite, c’est-à-dire la femme, et n’a même pas cherché à l’identifier ne
serait-ce que pour compléter l’investigation judiciaire. Ibn Sheiba rapporte
d’après Abu Bakr, Umar et Uthman que quand on leur apportait un voleur, l’imam
lui disait : « As-tu volé ? style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Dis :
non. » ! 

lang=FR-CH style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Ainsi donc, comme nous
l’avons déjà mentionné, le texte (juridique) concernant les hudûd sert
fondamentalement comme indication de la gravité du péché commis, qui est ainsi
considéré comme un acte répréhensible et un des grands péchés (kaba’ir)
méritant un grand châtiment. Il s’agit de dissuader les gens de les commettre,
tel que spécifié par le Coran : « Voilà ce dont Dieu menace Ses
serviteurs : ‘Ô mes serviteurs, craignez-Moi donc !’ ». Concomitamment
au hadd, il y a aussi le contrôle social, produit de la culture
ambiante, qui renforce la gravité de ces types de péchés, en mettant à la marge
(de la société) celui ou celle qui les pratique en public ou s’en glorifie. Par
ailleurs, la sharî’a a ouvert les portes du repentir et a même commandé
la protection (de la sphère privée) dans plusieurs textes du Livre et de la
Sunna.

  1. style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Nous avons invoqué ce qui
    précède comme réponse à l’initiative (l’Appel au moratoire) et
    considérons que cette question, sous sa forme actuelle n’est pas urgente
    et qu’elle n’est pas première dans l’échelle de nos priorités actuelles.
    Au contraire, le fait de la soulever à l’heure actuelle est plus nuisible
    que profitable.

Et
Dieu est le plus Savant.



name="_ftn1" title="">[1] A la différence du hadd qui ne peut faire une fois la
culpabilité établie l’objet d’une grâce par le pouvoir exécutif, le ta’zir
est laissé à la discrétion de celui-ci : il peut appliquer ou non la peine
en fonction de l’évaluation de l’intérêt (al-maslaha) individuel ou
social.

Publicité Oumma Media