Réponse à l’article : « Et si les vierges célestes du Coran n’étaient que fruits blancs ? »

Suite à un article de Roger-Pol Droit paru dans le journal le Monde du 7 mai et intitulé : « Et si les

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vendredi 16 mai 2003

Ce texte est un droit de réponse à un article de Roger-Pol Droit paru dans le journal le Monde du 7 mai et intitulé : « Et si les vierges célestes du Coran n’étaient que fruits blancs ? »

Roger-Pol Droit était certain de son effet. Malgré sa dénégation, il savait très bien que les musulmans redoutent les orientalistes qui contestent l’Islam et il jouait sur leur peur. Il caressait par surcroît les isalmophobes. Il aurait voulu démontrer que les « érudits » influencent « la réalité du monde » et qu’ils provoquent « de grands bouleversements » disant par exemple que le Coran ne serait qu’un commentaire de l’Evangile. 

Christophe Luxenberg, l’érudit qu’il mentionne, aurait étudié la langue du Coran. Il connaîtrait de plus l’Arabe-Syriaque parlé à l’ époque de la Révélation coranique. Roger-Pol Droit n’est pas un érudit. La question qu’il se pose en témoigne : il ignore comment a été établi le texte du Coran. Muhammed Hamidullah a répondu depuis longtemps à cette question : parmi les sourates enregistrées sur divers supports, certaines avaient intégré de l’arabe dialectal. Les érudits du temps l’ont distingué de l’arabe littéraire, langue du Coran. Qui s’étonnerait qu’il y ait eu des fautes de transcription ainsi qu’un effort des linguistes du temps pour les corriger ?

Quoiqu’il en soit, notre érudit aurait lu le Coran avec une grille arabo-syriaque. Ses résultats seraient-ils révolutionnaires ? La lecture de cet article n’en donne que des éléments désolants :

Le premier exemple porte sur la sourate 19, intitulée Maryam. Il a lu sur le verset 24 que Dieu aurait dit à Marie : « Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a rendu ton accouchement légitime. » La tradition a toujours enseigné que cette sourate nous communique que Jésus a répondu aux accusations que portait le peuple contre sa Mère. Il a parlé dès son berceau et ce miracle de Dieu a innocenté Marie. Rien de nouveau donc sous le soleil !

Le deuxième exemple est plus étonnant puisqu’il substitue des houries aux grands yeux à des fruits blancs comme le cristal ». Une telle réduction pourrait nous décevoir. Ce serait oublier que personne n’a jamais vu de hourie et que nous ne saurons que lors de la Résurrection ce qui sera dans le Paradis. En un mot, une réduction triste et retro !

La déduction qu’en tire Roger-Pol Droit est plus sombre encore. Il affirme que des kamikazes auraient conservé dans leur imagination des représentations de houries et que ces dernières auraient joué un rôle moteur pour leurs exactions ! Avant d’exploser, ils auraient « protégé leurs parties génitales » en vue de leur rencontre avec ces êtres de rêve ! Nous sommes en plein délire et l’imagination n’est plus que la folle du logis critiquée par le grand Pascal. C’est de plus omettre que les représentations de Dieu et d’êtres humains et spirituels sont interdites en Islam surtout comme moteurs de comportements. Le vrai martyr en Islam ne désire pas des houries mais l’amour de Dieu qui est la Justice. Quoi de neuf dans tout cela ?

La thèse de Luxenberg pourrait-être plus pernicieuse : Il relie le Coran et l’Evangile parce que ces deux textes sacrés utilisent des langues voisines. L’Evangile a été écrit en araméen ; or, Aram en hébreu, c’est la Syrie et l’araméen est la langue que Jésus a parlé. Personne ne nie qu’au temps du Prophète de l’Islam, des juifs, des chrétiens, des polythéistes et des musulmans ont dialogué. Le Coran, en arabe littéraire, invite d’ailleurs à lire la Thora et l’Evangile. C’est logique puisque c’est le même Auteur qui s’adresse à Son peuple même si c’est dans des langues différentes. Il rappelle les anciennes révélations, ne se contente pas de commenter l’Evangile et ajoute alors du nouveau dans le Coran. 

Luxenberg non plus que Roger-Pol Droit ne vont provoquer aucun bouleversement. N’ayons pas peur ! Leurs découvertes ne sauraient contredire la réalité : ni celle de Jésus, ni celle du Paradis, ni celle du Coran. La lecture d’ouvrages de linguistique arabe est certes intéressante mais elle ne devrait pas permettre que des journalistes en fassent usage pour nourrir leur propre passion. Un scandale de ce type est honteux surtout lorsqu’il repose sur des ignorances et vise à détruire contre l’évidence une religion au mépris d’une autre.

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Auteur : Liliane Bénard

Docteur en arabe et islamologie Université de Strasbourg 2009

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