Rencontre avec un empaffé du PAF

Nous sommes en pleines heures creuses : aucun chassé-croisé entre les voyageurs qui viennent de descendre d

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dimanche 21 décembre 2008

Rencontre avec un empaffé du PAF

Avertissement : toute ressemblance avec des personnes existantes, notamment un hâbleur officiant sur France Télévision tous les samedi soir de 23 h15 à 2 h19, ne saurait être que volontaire.

« Je ne rêve pas, c’est bien lui…Eric. Z ! » Il est environ 10h du matin ce vendredi de décembre quand je déboule en gare de Malakoff. Mission : me bouffer une plombe de transport afin de pouvoir rallier la banlieue nord, où j’ai rendez-vous avec le rédacteur en chef du Bondy Blog. Le feu aux fesses depuis que mon réveil m’a fracassé les oreilles, je ne suis pas tiré à 4 épingles. Petite barbe naissante style « Al-qaeda » (malgré moi), bonnet enfoncé jusqu’aux yeux façon caillera (toujours malgré moi) : comme l’a dit un célèbre groupe de rap, « j’ai toutes les caractéristiques du mauvais ethnique. » Avec mon keffier palestinien à la Arafat autour du cou pour compléter ce look studieux, je pourrais même jouer les premiers rôles dans un reportage d’Envoyé Spécial. La station est pratiquement déserte.

Nous sommes en pleines heures creuses : aucun chassé-croisé entre les voyageurs qui viennent de descendre de la rame et ceux qui vont embarquer à bord. J’amorce le virage qui doit me mener vers les portiques du métro tout en cherchant mon pass navigo, lorsque je l’aperçois. Cet homme qui enrage des millions de Français issus de l’immigration post-coloniale à chacune de ses apparitions. Ce conservateur assumé qui glorifie la colonisation sans susciter la moindre réaction de ses employeurs.

En résumé, celui qui te fait la misère chaque week-end et que tu rêves de croiser dans une rue déserte. Le genre de mec, comme se plait à le répéter une rhétorique un brin agressive, avec lequel c’est « coup de karaté dans la tête direct. » Le temps s’arrête. Ma première remarque à son encontre pourrait constituer une épitaphe, ou presque : téméraire, il a osé franchir le périphérique pour se rendre en banlieue… Ma deuxième remarque est un compliment, ou presque : lui, au moins, n’a pas réussi grâce à son physique… Engoncé dans une gabardine deux fois trop grande pour lui, il a la même allure que Michel Blanc époque Les Bronzés, à qui l’on aurait greffé la tête de Montgomery Burns, le ploutocrate de la série Les Simpson.

Le cartable en cuir qu’il transporte semble être un fardeau tellement lourd pour ses frêles épaules qu’il ralentit sa démarche. L’intéressé fixe néanmoins droit devant lui. Peut-être à cause de mon insistance, il pose les yeux sur mon visage puis très vite sur mon keffier noir, blanc et gris. Comme un vampire à qui l’on aurait opposé un crucifix, il détourne aussitôt le regard, fait profil bas et me contourne en deux temps trois mouvements. La rencontre que j’attendais depuis si longtemps n’a duré qu’une fraction de seconde. Je n’ai pas esquissé la moindre réaction. Même pas été tenté de balancer une petite insulte, ou de faire mine de mettre la main dans ma poche pour dégainer quelque chose. En me retournant immédiatement, c’est le néant. Sans doute boosté par sa dernière vision, le « mâle blanc dominant » a pris la poudre d’escampette. En définitive, sorti des plateaux télé, Eric n’est qu’une « carpette… »

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Auteur : Abou Wallou

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