Renaud (Camus) ou Tariq (Ramadan), le tribunal de la pensée te rendra blanc ou noir

Le tribunal de la nouvelle pensée unique a fait donner ses doctrinaires de l’arrière-garde républicaine.

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dimanche 16 novembre 2003

Renaud (Camus) ou Tariq (Ramadan), le tribunal de la pensée te rendra blanc ou noir

Le tribunal de la nouvelle pensée unique a fait donner ses doctrinaires de l’arrière-garde républicaine. Les intellos « moisis, assis dans leurs préjugés viscéraux » sont fâchés de ne plus pérorer sans contradicteurs sur des questions à propos desquelles ils fantasment. Leur monopole et leur prétention à parler des jeunes, des banlieues, de l’Islam, du tiers-monde etc. au nom d’on ne sait quelle expertise ou quels travaux est en passe d’être révolu. Nos philosophes craignent l’avenir, ils ont bien raison. Et comme on disait naguère, ce n’est qu’un début. Cours Tariq, le vieux monde est derrière toi ! Quand bien même Ramadan serait communautariste, est-ce un délit ? Un communautariste n’est ni un fasciste ni un nazi. L’Angleterre ou les Etats-Unis, deux sociétés communautaristes, ne sont pas moins démocratiques, promoteurs et défenseurs des libertés que la République française. De même, les monarchies d’Europe du nord ne sont pas moins progressistes que n’importe quel régime républicain !

Tariq Ramadan, antisémite ? N’est-ce pas Alain Finkielkraut qui a apporté son soutien à l’écrivain Renaud Camus lorsque celui-ci s’était plu à répertorier animateurs et journalistes juifs qui discourent sur la société française. Mais voilà, Renaud Camus s’appelle Renaud et pas Tariq ni Mohamed.

Alain Finkielkraut n’est pas raciste. Il est essentialiste. Et comme tout ex-soixante-huitard qui se respecte mais qui s’adapte à nos temps difficiles de fiasco de la République, il ne se pose plus la question d’où Tariq Ramadan parle, comme on le demandait à ses contradicteurs dans les années 1960 pour stigmatiser le penseur bourgeois, mais plutôt qui parle ?

Qui ? Un intellectuel musulman. Aussitôt tout devient simple : nous sommes sommés de croire à une France antisémite qui a commencé par une nouvelle " nuit de cristal " dans les banlieues (dixit Finkielkraut). Ce sont pourtant des intellos comme Finkielkraut qui reprochent aux manifestants anti-sharon d’abuser des comparaisons entre le sort des Palestiniens et celui des Juifs d’Europe dans les années 1930 ! Rappelons l’horreur qu’a été « la nuit de cristal » en 1938 : une centaine de morts, une centaine de synagogues brûlées et des milliers de vitrines brisées. Rien de tout cela n’est arrivé en France. Heureusement ! Et il n’est effectivement pas question de faire de l’angélisme. Dès le début des années 1990, à l’heure du concept United colors of benetton, slogan publicitaire qui tenait lieu de politique, initié et vanté par la naïve association SOS racisme, j’écrivais que des jeunes de banlieues tenaient des discours « anti-feujs ». C’était l’époque où il ne fallait pas désespérer Mantes-la-Jolie ni Vaulx-en-Velin. Ne parler ni des tournantes, ni du racisme " inter-communautaires ", tant il était validé par intellos et médias que seuls les Français de souche pouvaient être racistes. (Paroles de banlieues, Plon, 1995).

En ce sens, l’islamophobie n’est pas un racisme anti-musulman qui voudrait qu’on les détruise mais bien la peur de l’Islam par la bourgeoisie intellectuelle, l’équivalent intello des WASP américains. Nos philosophes « psittacistes » s’arc boutent sur ce " vieux monde " où l’intello musulman d’Europe se voulait invisible. Mais voilà l’Europe est aussi habitée par des musulmans ! Il y a des intellectuels européens qui disposent d’une vision qui n’est plus uniquement " occidentalocentrée " et qui essaient, avec d’autres, d’expliquer un monde complexe à ceux qui, par exemple, ne comprennent pas pourquoi les femmes afghanes continuent de porter la burqa alors que les talibans ne sont plus au pouvoir ou encore les raisons pour lesquelles de jeunes occidentales "s’aliènent", selon ses opposants, en portant un foulard. Parce que ce n’est pas le doute qui rend fou mais la certitude, Finkielkraut, Taguieff et consorts, prêchent pour la croisade selon un vieux principe laïc très bien défendu par Jules Ferry en son temps : on ne comprend pas et on est en empathie qu’avec ceux qui nous ressemblent puisque le devoir des civilisations supérieures, c’est de faire le bien des populations inférieures. Sachant qu’Arabes et musulmans, sont « débiles » comme dirait Claude Imbert, ils ne comprennent que la force. Connaîtront-ils un jour d’ailleurs la démocratie, ces musulmans ? Faut-il les y aider ? Rien n’est moins sûr, n’est-ce pas un régime autocratique au multipartisme bananier qui a signé la paix avec Israël à Camp David ? A la complexité du réel, les vieux philosophes de l’unique pensée préfèrent malheureusement le simplisme de l’invective.

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Auteur : Aziz Zemouri

Aziz Zemouri est journaliste. Dernier ouvrage paru : « Bagagiste de Roissy, présumé terroriste » (cliquez ici pour vous procurer ce livre), avec Abderrezak Besseghir , Mai 2003, Michel Lafon

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