Religion et modernité : l’Islam à la croisée des chemins (partie 1/2)

Ainsi, la mobilisation du référent religieux en général, et islamique en particulier est chaque jour plus

jeudi 6 juillet 2006

A) INTRODUCTION

Le monde actuel traverse de graves périodes de crises (identitaires, politiques, économiques et sociales) ; le désenchantement du monde qui exprime le mieux le malaise de la modernité, a fortement partie liée avec la mondialisation, certes à plus d’un titre source de richesses et vecteur de diversité grâce au développement de nouvelles technologies ; en d’autres termes la promotion et la démocratisation des savoirs, mais qui n’est pas sans engendrer aussi, pauvreté, frustrations, et partant des conflits en tout genre.

Ainsi, la mobilisation du référent religieux en général, et islamique en particulier est chaque jour plus évident. On ne peut nier qu’il représente aussi, dans l’idéal, un réservoir d’intuitions morales et « d’un potentiel sémantique[1] » souvent sous-estimé, voire ignoré. Ce phénomène de réislamisation[2] participe du processus de globalisation, de par le processus incontournable de« déterritorialisation[3] » ou de déplacement du fait religieux islamique de ses centres habituels que sont l’Orient ou le Maghreb, vers les Etats occidentaux où vivent effectivement des millions de musulmans en quête parfois de droits collectifs ou culturels.

L’exclusion, dont sont fréquemment victimes ces populations aux origines diverses, peut expliquer ensuite les phénomènes de radicalisation. Toutefois, le référent religieux, dans son expression la plus digne et la plus apaisée, est en quelque sorte une réponse à l’exclusion sociale, à la marchandisation de l’humain ; aussi la référence à l’islam qu’il est impératif de distinguer de l’islamisme[4] ( qui prône en revanche la haine et la violence) se justifie par la volonté somme toute noble, de redonner sa dignité à l’homme, car la force de la ‘Umma[5] lorsqu’elle n’est pas gangrenée par des courants extrémistes, est de proposer une véritable éthique sociale, une éthique des rapports humains fondés sur la tolérance, la solidarité et le respect de la différence. Mes joies et mes peines sont à la fois les miennes et celles de la Communauté, ma réussite comme mes échecs sont partagés, ce qui en l’espèce est une réponse cinglante à l’individualisme froid de nos sociétés mondialisées.

Mais on ne saurait faire comme si tout allait bien « dans le meilleur des mondes ». L’islam est un objet de réflexion complexe, ne serait-ce qu’au regard des différents schismes qui « s’originent » essentiellement dans la bataille de Siffin[6], à ses multiples obédiences ou sensibilités (d’où la nécessité d’opérer la juste distinction entre l’islam et les musulmans dont la pratique diffère parfois d’une contrée à l’autre en raison de la pluralité des cultures), et dès lors ne peut se satisfaire de simplifications hasardeuses, de conjectures diverses, qui sont hélas monnaie courante dans bon nombre d’approches contemporaines du fait religieux islamique.

Une attitude pleinement responsable commande en la matière de la modestie, de la circonspection pour s’éviter la caricature facile, le piège des lieux communs, afin de ne pas nourrir davantage les clichés et les fantasmes qui circulent en Occident depuis les tragiques évènements du 11 septembre 2001. Beaucoup se sont posé, et se posent encore à juste titre la question insistante de savoir si l’islam, dont se réclament les commanditaires et les auteurs présumés des attentats de New York, est une religion intrinsèquement belliqueuse, violente, qui ne peut être pratiquée dans les Etats de droit sans entraîner inexorablement des rapports conflictuels entre tous et chacun.

Il est du devoir des intellectuels, penseurs religieux en tête, de proposer une lecture de l’islam qui soit à la fois en rupture avec une certaine orthodoxie religieuse, hostile à l’Occident et à la modernité, et avec les adeptes d’ « un langage politique de l’islam[7] ou islam politique » qui alimentent sans cesse les amalgames et les peurs qui en découlent. Ce projet ambitieux ne peut être envisageable et viable que si l’on consent aux efforts nécessaires en matière d’éducation et de pédagogie dans l’approche des textes religieux.

1° RE-DECOUVRIR LE CORAN ET LA TRADITION PROPHETIQUE AVEC L’OEIL DE LA RAISON ET DE LA TOLERANCE

« Humains, Nous vous avons crées d’un mâle et d’une femelle. Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c’est en vue de votre connaissance mutuelle. Le plus digne au regard de Dieu, c’est celui qui se prémunit davantage » (Coran 49, 13[8])

« Celui à qui Dieu veut du bien, Il l’aidera à bien comprendre la Religion.[9] »

Pour essayer de se faire une idée juste de l’islam, il convient derechef de commencer par tenter de pénétrer et parcourir le Texte fondateur, en l’occurrence le Coran considéré par les fidèles musulmans comme la Parole éternelle de Dieu descendue sur le Prophète illettré Muhammad, par l’intermédiaire de Gabriel. Cet Ange l’enjoint avec force de lire, de réciter les tous premiers versets révélés situés en la sourate 96 intitulée « L’Adhérence (Al ‘Alaq) » selon la Vulgate officielle. Cet appel de l’Esprit de Dieu (Rûh Al Quddus) en direction de l’Apôtre, plusieurs fois réitéré[10] présente une charge symbolique très forte, c’est le moins que l’on puisse dire.

En effet, la révélation musulmane s’ouvre donc par cet appel insistant et sans ambages à la lecture, à l’effort sur soi, à la concentration et au dépassement de ses propres limites pour entrer de plain-pied dans le Livre sacré. Comment pourrait-il en être autrement ?

Aussi, comment prétendre parler et prêcher un message que l’on n’aurait pas suffisamment pris le temps d’interroger, de questionner ? Or si les musulmans souffrent justement à l’heure actuelle de tant de maux, c’est qu’ils sont de l’intérieur en proie à leurs propres démons, c’est-à-dire à ceux-là mêmes qui au sein de la Communauté proposent une lecture pour le moins biaisée, conforme à une vision totalitaire ou hégémonique de l’islam. Ce chapitre du Coran ouvre au contraire un horizon herméneutique certain qui semble vouloir réconcilier raison critique et foi. De plus le savoir et l’éducation qui sont de véritables garde-fous, manquent cruellement parce que d’abord il n’existe pas à proprement parler de pédagogie dans l’apprentissage et la transmission des savoirs coraniques. On touche là, de notre point de vue, une problématique essentielle.

Force est de le constater, il est courant de voir des jeunes enfants, que ce soit en Orient ou en Occident, fréquenter les madrasa (sortes de mosquées-écoles), apprendre par coeur des versets coraniques sans que le maître ou l’enseignant ne leur en explique, en fonction bien entendu de leurs capacités, la portée ; ni même et c’est sans doute tout le coeur du problème, le contexte ou les circonstances spatio-temporelles précises dans lesquels certains d’entre eux s’inscrivent. Des passages bien spécifiques méritent beaucoup d’attention car ils constituent souvent une véritable pierre d’achoppement, source de nombreux contresens préjudiciables.

D’ailleurs, ce qui se voit chez les plus jeunes, se retrouve également chez les adolescents et adultes qui ne lisent pas le Texte mais préfèrent s’en référer directement aux interprétations, aux recueils de fatwa (avis juridiques sur des situations précises souvent inédites qui s’offrent aux musulmans, selon l’époque et le temps) qu’ils ne comprennent pas vraiment, voire qu’ils mésinterprètent totalement. On fait face depuis quelques années au phénomène nouveau « d’individualisation de la religiosité[11] » qui traduit une appropriation du savoir religieux par les individus, seuls, jeunes la plupart du temps, lesquels apprennent sans discernement parfois, la religion à partir d’Internet. L’esprit critique est pour ainsi dire court-circuité, n’ayant plus comme point de repère traditionnel, les sources scripturaires, ni le plus fondamental de tous sans doute, le rapport dialectique par excellence, autrement dit le rapport Maître-élève qui disparaît littéralement.

Et pourtant, l’injonction divine est à ce sujet très claire ! Les versets coraniques de la Sourate « L’Adhérence » ne sont pas sans nous interpeller. Ils semblent valoriser non seulement la lecture par excellence selon l’étymologie[12] même du mot Iqra, mais aussi l’écoute et l’écriture désignée quant à elle par le vocable « Qalam ».

Après coup l’on réalise que le triptyque Parole-Ecoute-Ecriture est singulièrement mis en perspective, en ce qu’il dénote sans le moindre doute possible, l’importance du Verbe divin, de cette Parole unique, transmise, écoutée et conservée ensuite dans Ecrit dont le style est insurpassable. Finalement, ces trois étapes à travers lesquelles se construit l’individu, amènent « l’être-de-croyance » à forger sa propre conscience individuelle et critique au sein de la communauté d’appartenance, au service de celle-ci, et cette fois-ci en tant qu’ « être-de-conscience[13] ».

La démarche intelligente et l’attitude critique qui vont de pair, sont manifestement encouragées. Le fidèle n’est pas seulement enfermé dans sa croyance, mais n’hésite pas, lorsqu’il est épris de curiosité intellectuelle, à interroger le Texte afin de se faire une claire représentation du dogme. Il fait certes acte de foi, mais cela ne l’empêche pas quand il en est capable, d’être dans une constante dynamique de recherche et d’ouverture. Ce parcours initiatique pourrait-on dire, qui plonge ses racines aux sources mêmes de la révélation coranique, est tout ou partie escamoté, galvaudé par « les acteurs du nouveau discours religieux[14] (les néofondamentalistes médiatisés comme Bin Laden, Abou Hamza ou encore Omar Bakri). Ce discours est porté en général par des jeunes déracinés qui servent inconsciemment de relais aux prêcheurs de haine, et qui ne jurent désormais plus que par Internet. Ces derniers restent par conséquent coupés de la réalité quotidienne, sans aucune espèce de distanciation critique vis-à-vis des informations circulant sur le web, altérées et manipulées régulièrement par des personnes virtuelles avec lesquelles le dialogue est naturellement impossible.

On parlait de la manière dont l’être-de-croyance se mariait à merveille à l’être-de-conscience grâce au savant mélange de parole, d’écoute et d’écriture, et dont l’union n’est viable que par une démarche constamment dynamique et critique. Les adeptes d’Internet quant à eux ne vivent précisément plus dans l’interaction langagière, mais s’enferment bien plutôt dans le virtuel et donnent dans le dogmatisme pur et dur. Cette individualisation de la religiosité particulièrement remarquable en France chez une bonne frange de la jeunesse française d’origine immigrée, est un mal endémique.

Plutôt que de privilégier le dialogue et référer de façon classique aux théologiens musulmans modérés reconnus par les grandes institutions islamiques comme l’Université Al Azhar en Egypte, ils s’entêtent à consulter sans formation et pré-requis indispensables les recueils de jurisprudence ou consultent des théologiens adeptes d’une lecture éminemment restrictive et littéraliste du Coran.

Tout effort ou tentative d’examen rationnel est aussitôt suspecté, assimilé parfois à une forme de remise en question du dogme. D’ordinaire, on distinguait volontiers le musulman du non musulman, désormais on départage celui qui pratique correctement l’islam, de l’innovateur selon des critères non pas seulement discutables mais entièrement arbitraires (longueur de la barbe et des vêtements, positions dans la prière etc.). Dieu met d’ailleurs fréquemment en garde le croyant contre les jugements hâtifs à l’égard des hommes. En effet, ce n’est pas parce que je ne laisse pas pousser la barbe que je suis un moins bon musulman que celui qui la porte. Cela ne remet aucunement en cause mon islamité. Il existe des paliers dans la foi et des priorités ; à cet égard, il est crucial de s’en tenir, préalablement, aux fondamentaux, avant d’espérer toucher ensuite aux détails de la foi.

En effet, les littéralistes animés par quelque intolérance et animosité, mobilisent pour justifier leurs attitudes de rejet et de soumission non réfléchie au dogme, des versets[15] qui pris tels quels, posent de sérieuses interrogations et donnent du grain à moudre aux islamophobes.

Fidéistes aveugles, manipulateurs intégristes et islamophobes dénient à l’islam et au Livre sacré, les passages exhortant les croyants à la réflexion[16], à la tolérance[17], au respect stricte de l’autorité, des gouvernants, c’est-à-dire l’observation des lois de la Cité tant qu’elles ne nous empêchent pas de croire, de pratiquer librement notre religion, ce qui est par définition le cas dans les sociétés démocratiques. A ce titre, l’Apôtre de Dieu n’a-t-il pas recommandé au fidèle musulman de se tenir au plus près du précepte suivant ? « Tu dois écouter et obéir dans ta gêne comme dans ton aisance, dans ce que tu aimes et dans ce que tu détestes, même si tu remarques une préférence à tes dépens[18]. » Il en appelle manifestement à l’obéissance civile assortie éventuellement de résistance contre l’arbitraire du Pouvoir.

C’est sans aucun doute possible un déficit évident dans l’éducation des enfants en partie imputable à des programmes scolaires pas assez en phase avec le contexte international, d’une mauvaise pédagogie dans l’enseignement des sciences religieuses qui expliquent en partie les phénomènes de replis identitaires autour du prisme religieux aussi bien dans les pays islamiques que dans les Etats occidentaux. Dès lors, pour certains croyants, on ne saurait demeurer vraiment musulmans si l’on continue à entretenir des relations d’amitié, de travail avec ce que l’on a coutume d’appeler avec énormément de mépris, les mécréants. Par ailleurs, l’exclusion sociale, les vexations à répétition des populations immigrées et le manque d’écoute et de dialogue de la part des pouvoirs publics, engendrent la radicalisation de certains jeunes en perte de repères.

En cela, il est plus qu’urgent d’intervenir beaucoup plus en amont, et de réformer autant que faire se peut, le contenu de certains programmes scolaires en renouant avec des auteurs musulmans qui ont marqué la pensée islamique, et participent du reste encore au travers de contemporains, à cette volonté de réforme dans l’approche de l’islam, en restant évidemment fidèles à la tradition musulmane. C’est assurément par l’éducation à la démocratie doublée d’une résorption significative des inégalités sociales, ainsi que par une juste compréhension du message coranique et des exhortations prophétiques, que le combat contre les obscurantismes a des chances d’aboutir non seulement dans les Etats occidentaux, mais également les Etats dont la législation s’inspire des sources islamiques et où les populations aspirent à toujours plus de libertés publiques.



[1] On doit les expressions très spécifiques de «  potentiel sémantique » ou encore de « potentiel critique des religions » à Jean-Marc Ferry, qui soutient notamment dans son ouvrage « Valeurs et normes, La question de l’éthique, 2002, p. 107 » que la raison publique gagnerait à s’ouvrir aux arguments des religions du Livre en particulier mais dont le contenu serait, de prime abord, évidemment délesté de tout dogmatisme, c’est-à-dire « laïcisé » ou si l’on veut, explicité rationnellement.

[2] Il faut comprendre par « réislamisation » le retour à l’islam notamment par les moyens du tablîgh (visites religieuses régulières de personnes d’origine et de tradition musulmanes) et la diffusion massive de livres de dogmatique islamique ; tout cela sur fond d’exclusion sociale et de conflit des origines. Le retour à l’islam ne se fait toutefois pas forcément par une méthode dure, c’est-à-dire par la voie de la violence.

[3] Cf. ROY, O., L’Islam mondialisé, 2002 et 2004, pp. 157 à 191.

[4] Vincent Geisser (CNRS-Aix-en-Provence) nous fait justement remarquer qu’il existe « des islamismes » et non pas un islamisme monolithique. En effet, certains partis islamistes rentreraient dans le jeu politique classique sans recours systématique à la violence. Néanmoins, le vocable « islamisme » est lourdement connoté, c’est la raison pour laquelle s’agissant de mouvements identitaires démocratiques ou démocratisés, qu’ils soient politiques ou associatifs (par exemple le Parti de la Justice et du Développement au Maroc), nous préférons alors parler de mouvements « islamiques », autrement dit qui se reconnaissent dans les valeurs de l’islam.

[5] Terme arabe qui signifie la Communauté ; ce terme désigne généralement la communauté musulmane. Il est indispensable de préciser également que « Communauté » s’entend au sens de foi partagée par des personnes en dépit des barrières géographiques, linguistiques ou simplement nationales. Cependant, il n’est pas question pour autant d’abandonner sa liberté de conscience au profit du groupe. Il s’agit « d’une communauté de conviction » et non pas d’ « une communauté de conditionnement ». Enfin, il convient de rappeler que les musulmans se doivent d’être exemplaires dans leurs différentes relations sociales, et ce où qu’ils se trouvent.

[6]Cf. GARDET, L., L’Islam, Religion et communauté, 2002 (1ère édition 1967), pp. 155 à 164.

« L’année 37 de l’hégire (655 J.C.) marquera un plan de clivage. C’est l’année de la bataille de Siffin où s’opposèrent les partisans de ‘Alî quatrième Calife, et ceux de Mu’âwiya, du clan des Banû Umayya, grands marchands caravaniers de la Mekke. Quand la bataille fut indécise, les troupes de Mu’âwiya obtinrent une trêve en suspendant à leurs lances des feuillets (suhuf) du Coran. ‘Alî fut obligé d’accepter un arbitrage qui lui fut défavorable. Et les schismes se consommèrent. » Ce qu’il faut savoir en définitive, c’est que trois courants sont finalement nés de cette question de succession politique, en l’occurrence les sunnites, c’est-à-dire les fidèles musulmans qui s’en tiennent à l’avis des Compagnons et du Prophète Muhammad et s’en remettent par ailleurs à l’avis de la Communauté (ijma‘) ; d’autre part les partisans de ‘Alî qui formèrent son parti, la shî’a, et enfin les khârijites (khawârij du verbe kharaja qui signifie sortir, se séparer). Par ailleurs sunnisme et chiisme ont donné eux-mêmes naissance à une kyrielle de sectes qu’il est difficile de dénombrer avec exactitude.

[7] C’est le titre d’un ouvrage de l’orientaliste américain Bernard Lewis, cité par Mohamed-Chérif Ferjani dans son livre « Le politique et le religieux dans le champ islamique, 2005, p. 66 ». Monsieur Ferjani explique que ce qu’il y a de commun entre les intégristes musulmans et les orientalistes d’un certain bord, c’est le maniement tendancieux de concepts coraniques pour accréditer la thèse selon laquelle « les versets normatifs » se rapporteraient à des conceptions politico-juridiques absolument figées.

[8] La traduction est de Jacques Berque, Le Coran, Essai de traduction, (1ère édition 1990) revue et corrigée en 1995, p. 561. 

[9] Propos attribué au Prophète Muhammad, rapporté par Bukhâri et Muslim et cité par An-Nawawi. Cf. « Les Jardins des vertueux, traduit par Harkat Ahmed, 2004, p. 597.

[10] Cf. CARATINI, R., Mahomet, Vie du Prophète, (1ère édition 1993) 2002, pp. 142 à 145. Une tradition raconte que Muhammad avait l’habitude de se retirer sur le Mont Al-Hirâ pour accomplir de longues méditations. ‘A’isha, l’une des épouses du Prophète, rapporte en détails les conditions particulières dans lesquelles s’est effectuée la toute première révélation : « L’ange vint alors le trouver et lui dit : Lis !- Je ne suis point de ceux qui lisent, répondit-il. L’ange me saisit aussitôt, raconta le Prophète ; il me pressa au point de me faire perdre toutes mes forces et me répéta ce mot : Lis !- Je ne suis point de ceux qui lisent, répliquai-je encore. Pour la troisième fois l’ange me saisit, me pressa au point de m’enlever toute force, puis me lâcha en disant : Lis : au nom de ton Seigneur qui a crée. Il a crée l’homme à partir de sang coagulé. Lis : et ton Seigneur est le très généreux. » Face au Texte coranique, il est ainsi indispensable de redoubler d’efforts (ijtihâd). Ce qui laisse la porte de l’herméneutique ouverte.

[11] Cf. ROY, O., Op.cit. pp. 87 à 112.

[12] Cf. KAZIMIRSKI, A. DE. B., Dictionnaire Arabe Français Tomes 1 et 2, (1ère édition 1860) 1944, pp. 701-702. ‘Iqra est la forme impérative du verbe qara’a qui veut dire « lire » ou « réciter ». Si l’on prend également la peine de considérer ses dérivés, l’on découvre aussi qu’il peut s’agir « d’une lecture devant quelqu’un », « enseigner quelque chose à quelqu’un », d’un appel constant au savoir, où la relation intercommunicationnelle est en outre mise en avant.

[13] Cf. CHEBEL, M., Le Sujet en islam, 2002, p. 10. Les expressions « être-de-croyance » et « être-de-conscience » lui appartiennent. Je prends en ce qui me concerne quelque liberté dans le maniement de ces concepts. Enfin, j’ajouterai que je ne partage pas toujours les thèses développées dans cet ouvrage, notamment son approche du sujet en islam. Le sujet-croyant en islam est à la fois un être de spiritualité, de coeur et de raison (ijtihâd), et pas un seul de ces caractères au détriment des autres. L’autonomie du sujet, sa liberté n’est pas opposable à sa croyance et inversement. Nous serions ainsi tentés de dire que plus on croit au fond, plus on est libre

[14] Cf. ROY, O., Op., cit. pp.95 à 109.

[15] Nous renvoyons à l’ouvrage de Chérif Ferjani précité, dans lequel l’auteur mentionne les versets susceptibles, quand ils sont effectivement détachés de leur contexte, de justifier la lutte armée contre les athées, les associateurs etc., p. 256. Cf. Sourates 9, 5 ; 25, 52). La rhétorique essentialiste des islamistes (du moins ceux qui n’excluent pas la violence tant verbale que physique) et des islamophobes consiste à ignorer l’efficace de la critique historique. Cependant, si la révélation coranique s’est déroulée sur une échelle de 23 années, c’est bien parce que Dieu tient parfaitement compte de l’évolution des sociétés humaines et donc des circonstances dans lesquelles évoluent les hommes. Par conséquent, il convient d’interpréter certains versets du Coran à l’aune des causes circonstancielles de la révélation (asbâb an-nuzûl). Cf. Coran 17, 106 : « (Nous avons fait descendre) un Coran que Nous avons fragmenté, pour que tu le lises lentement aux gens. Et Nous l’avons fait descendre graduellement ».

[16] Coran (2, 179 ; 2, 197 ; 2, 2, 269 ; 3, 7 ; 3, 190 ; 5, 100 etc.)

[17] Op. cit. (2, 256 ; 18, 29 ; 11, 18 etc.)

[18] NAWAWI, op. cit, p. 345.

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