Lundi 13 mai 2013
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Ramadan et Karantita

Ramadan et Karantita
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On se lève donc, l’esprit aiguisé mais avec le ventre qui gargouille déjà et la calculatrice mentale qui tourne à plein régime. Voyons, hier, c’était le troisième jour. Il en reste vingt-six (toujours rester optimiste en pariant sur un mois lunaire court…). Bon, allez, courage, la semaine prochaine, à la même heure, il n’en restera plus que dix-neuf, presque la moitié… Et ce soir même, vers vingt-heures, on lancera - à voix haute, pour faire rire et s’amuser de cette innocente transgression - « et de quatre ! » en imitant un footballeur qui serre le poing, lève le coude et crispe ses mâchoires en signe de satisfaction.

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Sortir du lit à l’heure habituelle parce que l’on a toujours pensé que se réveiller bien avant l’aube pour s’empiffrer en attendant de pouvoir distinguer le fil blanc du fil noir, c’est un peu tricher et qu’il ne sert à rien, alors, de jeûner la journée. Il faut, nous est-il dit, ressentir (ou essayer de le faire), pendant vingt-neuf ou trente jours, ce qu’endurent le pauvre et le mal-nourri. Alors, à quoi bon le « shour » ? De toutes les façons, étrange paradoxe, entre le sommeil et la nourriture tardivement nocturne, choisir le premier, c’est se donner les moyens de mieux résister à la faim diurne.

On se lève donc, l’esprit aiguisé mais avec le ventre qui gargouille déjà et la calculatrice mentale qui tourne à plein régime. Voyons, hier, c’était le troisième jour. Il en reste vingt-six (toujours rester optimiste en pariant sur un mois lunaire court…). Bon, allez, courage, la semaine prochaine, à la même heure, il n’en restera plus que dix-neuf, presque la moitié… Et ce soir même, vers vingt-heures, on lancera - à voix haute, pour faire rire et s’amuser de cette innocente transgression - « et de quatre ! » en imitant un footballeur qui serre le poing, lève le coude et crispe ses mâchoires en signe de satisfaction.

Dans la rue où flotte un petit parfum bienvenu d’été indien, on marchera moins vite que de coutume. S’économiser, ne pas chercher noise à la soif car c’est bien elle la plus dangereuse et la plus sournoise. Ah, regrets. Jeûner en décembre : une promenade ! N’existe-t-il aucun exégète téméraire et subversif capable de décider que l’hiver est désormais l’unique saison du jeûne et, pendant qu’on y est, que quinze jours sont largement suffisants ? Vous froncez les sourcils ? Mais, je plaisante, bien sûr !

Dans le métro, de toutes les molécules odorantes qui flottent, on réalise que ses narines captent surtout les effluves douceâtres des viennoiseries industrielles. Et là, le tube digestif attaque et prend le contrôle du cerveau : « ce soir, lui ordonne-t-il, à l’heure du ftour, il faudra des croissants et pas n’importe lesquels : fourrés aux amandes et à l’eau de fleur d’oranger ». Convoquée d’urgence, la salive inonde le palais.

On déglutit et on se souvient, amusé, des interminables discussions d’enfants à propos du jeûnant et du mangeant. « Si tu avales ta salive, tu es un faâtar » ; « Et si tu te mets de l’eau de Cologne, c’est la même chose ! ». Et dire que des enfants devenus grands discutent des heures sur internet pour savoir si l’on est un mangeant après s’être brossé les dents le matin.

Dans le hall paysager qui sert de plateau de travail, il est douze heures trente et on fait mine d’être absorbé par les fenêtres qui s’affichent sur l’écran de l’ordinateur. C’est le grand moment de la journée, celui où le collègue s’interroge sur le lieu de son déjeuner. « Tu viens ? », nous demande-t-on quand le choix est fait. « Tu nous fais la g… ? » est le reproche qui fuse quand on décline poliment. On s’explique, à la fois gêné et résigné car l’on devine déjà le flot d’interrogations et de commentaires qui vont se déverser.

« Et vous ne mangez rien de toute la journée ? ». On opine, en notant mentalement le « vous ». « Mais, vous pouvez quand même boire ? », s’informe la compatissante. « Non ? Mais ce n’est pas possible ! » s’exclame-t-elle avec une surprise non feinte mais pareille à celle de l’année dernière lorsqu’elle avait posé la même question. « Ça doit être un super moyen pour maigrir », lance le pragmatique revenu de vacances avec un pneu un peu trop visible autour de la taille. « Vous êtes quand même des masochistes », tranche l’un d’un ton définitif qui n’appelle aucune réponse ni justification. « Moi, j’aimerais bien essayer. Je suis sûre que ça a du sens. Gandhi aussi jeûnait », tempère en souriant une adepte des médecines douces.

Le tour de force, c’est d’arriver à faire oublier la chose. Ne pas en parler, ne pas en jouer. Faire en sorte que celui qui entend déjeuner à sa table de travail ne soit pas saisit par un sentiment de culpabilité. La faim volontaire dans un pays où rares sont les personnes qui font encore carême provoque souvent le respect et « la ramener » est une réelle tentation. Le défi ? Un jeûne tranquille et (presque) silencieux.

Le plus souvent, on y arrive au bout de quelques jours et l’on se retrouve, vers treize heures, cerné par d’agréables fumets. A droite, des sushi noyés dans une sauce de soja, à gauche, une soupe de légumes bios, devant soit, c’est-à-dire à l’ouest, nouilles chinoises grillées, derrière, felafels et homous libanais. On capte tout et on comprend pourquoi le jeûne est si nécessaire à « la pleine conscience ».

Sortir dites-vous ? Facile à dire. Marcher est effectivement une solution mais là aussi. Kebab à droite, Rôtisserie devant, Pizzeria à gauche. Et encore et toujours la salive. Non, mieux vaut rester à son poste de travail. Jeûne et étude : l’un des meilleurs djihads. On lit, on se concentre mais le homous fait des ravages. La mémoire olfactive est en ébullition et par le jeu chaotique des synapses, un goût remonte brusquement à la surface : Karantita.

D’autres écriraient Garantita ou Galentita mais qu’importe le nom. Farine de pois chiche, des œufs et surtout, surtout du cumin. Enfoncée, que dis-je, écrabouillée, la socca niçoise. Les matchs de football sur les hauteurs d’Alger, la part de Karantita avalée brûlante et sans pain. La seconde, qui cale l’estomac et la troisième que l’on fait passer avec de l’harissa. Vite, téléphoner à l’autre bout de la ville, à un jeûnant qui sait bien des choses. Expédier les salutations d’usage, les « ça va, pas trop dur ? » et en venir à l’essentiel à moins de cinq heures de la libération : Où trouver de la Karantita à Paris ?

Silence à l’autre bout du fil. Puis grosse colère. « Tu le fais exprès, c’est ça, hein ? La dernière fois, tes histoires de pâtisseries algériennes m’ont fait cavaler dans toute la ville, mais là ça ne marche pas. » On insiste, on dit que c’est ce qu’on veut pour ce soir (oubliés les croissants aux amandes). Rien n’y fait. Combiné raccroché au nez, on se jette sur google. Longue traque (les papiers à relire attendront). Bingo ! Rue Raymond Losserand, Paris, quatorzième arrondissement. Allez, on s’en va au galop. Papiers expédiés et excuse trouvée : la karantita n’attend pas.

P.S : Saha ramdanekoum.

Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 septembre 2007

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Commentaires

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Saha ramdanek a vous aussi Akram, ainsi qu’a tous les musulmans du monde.
Toujours un plaisir de lire vos articles :)

Farid (San Francisco)

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Merci pour cette note d’humour qui nous redonne un peu de courage pour ce Ramadan .

Saha ramdankoum.

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La garantita c’est hyper bon et délicieux......

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Superbe pensée pour tous les "jeuneurs",Avez vous une adresse à Strasbourg, pour trouver de la Karantita.
Ramadan moubarak

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Que de spiritualité ! Que de force et de persévérance.

Alors comme ça cher Akram tout ce que vous inspire le mois du ramadan c’est un combat quotidien contre votre estomac ? et votre seul préoccupation pendant ce mois c’est la "bouffe" ?

Je suis déçu par cet article. Oumma nous a habitué à plus de hauteur et de sérieux. Je ne dis pas que l’article ne m’a pas quelque peu amusé, mais je dis que ce "Minbar" doit rester comme il était, consistant et sérieux.

Ce genre d’article doit pouvoir trouver ça place dans d’autres colonnes de blagues et autres plaisanteries.

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Tu nous a bien fait rire Akram, un peu d’humour fait du bien, beaucoup de bien même à notre estomac

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Est ce que quelqu’un peut m’expliquer ce que c’est Karantita ?

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RECETTE GARANTETA

Temps de preparation : 10 min
Temps de cuisson : 40 min
Temps de repos : Aucun
Nombre de personne : 6
Difficulté :
Prix :

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Ingrédient :
250 g de farine de pois chiches
1/2 l d’eau
1/4 d’1 verre d’huile
1 c. à café de cumin en poudre
1 oeuf
sel, poivre

Recette :
Préchauffez le four th.6 (180°C).

Mettez la farine de pois chiches dans un saladier, ajoutez l’eau, l’huile, du sel, du poivre, le cumin et l’oeuf.

Mélangez le tout au mixer.

Beurrez un moule et versez-y la préparation.

Enfournez pendant 40 min.

Servez chaud, accompagné d’harissa et de pain bien croustillant.

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Le souvenir de la karantita est imprégné d’images joyeuses et emerveillées de mes séjours épisodiques en Algérie. Il y a la mer , le soleil, les odeurs magnifiques, la chaleurs des algériens, cette joi de vivre, cet humour, cette candeur et bien sûr la karantitta bien chaude et crémeuse servi avec un verre glacée de selecto. C’était la belle vie, c’était il y a 20 ans en Algérie. Tout a changé depuis, le consumérisme a tout liquidé, hélas....

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Monsieur Belkaid, Il est ou la taqwa dans tout cela.

Qu’Allah puisse agrée le jeûne à tout les musulmans.

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salam,

En total accord avec les 2 internautes, sayem et l’émir ! Monsieur Akram Belkaïd,un peu de respect à des millions de jeuneurs de part le monde !N’est pas ce genre d’articles abétisants,ressassés chaque année qui entretient justement la méconnaissance, l’ignorance des non musulmans sur le Ramadan ,qui ne parlent que "bouffes" ?
Vous allez sans doute applaudir des deux mains , france 2 qui a va nous refaire "la nuit du Ramadan, derbouk et tbel à volonté , à coup sur , vous allez vous réjouir... !

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C’est de l’humour. Vous êtes pas très marrants et marrantes...

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Salam aleykoum,

L’article n’est pas méchant, plutot sympa même, il m’as fait sourire et m’as rappellé certaines situations. Mais il est claire que le côté spirituelle du jeune est négligé... La langue, les mains, les yeux, les oreilles, les pas, les intentions ect... tous cela jeune avec le ventre, il est la le vrai sens.... et le mérite de la récompense de ce meme jeune.

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Décidément, quand il n’y a rien à dire, il y a quand même une bêtise à sortir. Monsieur Akram, jeûner c’est aussi, quand il le faut, observer le silence !

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Le ramadhan est un mois de recueillement certes mais chacun sait que notre religion n’est pas austère et ne doit pas le devenir. L’article est plein d’humour et un peu d’humour ne fait pas de mal. Quant à ce que peuvent penser les autres, à savoir que nous ne parlons que de "bouffe" à ceux là il est bon de rappeler que nous ne sommes que des hommes, avec des pulsions, des besoins et des désirs et qu’il ne nous est pas toujours facile de les contenir...mais nous nous y attelons.

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On ne peut nier la difficulté de jeûner, personne ne peut nier également qu’on attend souvent l’heure de la rupture du jeûne avec impatience. Il n’ y a pas de honte à se l’avouer, nous sommes des hommes forcément imparfaits et que notre corps réclame à manger est tout à fait logique. Sachons le reconnaître et soyons intègres. Ce n’est pas une faiblesse que le dire, si jeûner était facile, nous n’aurions aucun mérite.

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Je sens de l’énervement dans vos propos les petits internautes. Soyez calmes, détendus et sereins. Je sais que l’absence de bouffe a le don d’en irriter quelque uns. Calmos et tout ira bien, vous allez bientôt retrouver votre bol de chorba, votre bourak, votre kalbouze.... votre limonade...Je suis sûr que vous salivez là... je vous vois et je le sens à qui va lire ce post.

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Bonjour, Monsieur Belkaïd

Je vous lis toujours avec plaisir mais aujourd’hui, tout en me faisant rire, vous avez réussi à m’émouvoir avec la karantita. Merci d’être intelligent, ouvert et plein d’humour. Il faudra penser à vous encadrer : un intello algérien qui ne se prend pas trop au sérieux, ni donneur de leçons, ni castrateur,ni rabat-joie ni pisse-vinaigre comme certains de vos commentateurs, tbarkellah sur vous et votre mère !

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Salam à toutes et à tous,

loin de moi l’idée d’offenser ou de faire injure au ramadan. Une chronique, est un moment de vie. Une pause.
Saha Ramdanekoum

akram belkaïd

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J’aime beaucoup la façon dont vous parlé de la patisserie de la convention. J’aime bcp votre humour Moi je suis auvergnate 100%( !!!) et sétifienne de cœur. J’attends le ramadan avec impatience car dans une patisserie de Clermont ferrand(ou l’on trouve des makrout toute l’annéequi prouve quasiment que dieu existe !) pendant la periode du ramadan ils font des zlabia rouge une recette différente des oranges. Vous voyez je ne suis pas fan des cornes de gazelle moi c’est la crepe feuilleté et les zlabia qui me font courrir !
Je vous souhaite un bon ramadan.
AJ

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Salut/Salam

L’an passé c’était un article très controversé sur le jeûneur beur et sa journée...Aujourd’hui tu nous dresses le parfait portrait du bledard qui refléchit comme cela..n’est-ce pas ?? Sur 1 miliard et quelques millions de musulmans qui observent ce mois béni...oui...tu en trouveras bien des beaufs de ce genre...mais de grâce..Monsieur Belkaïd ne généralise surtout pas...il faut plutôt s’attarder sur les pauvres...pardon les riches de coeur..

Bon Ramadan

Sahha Ftourek Akram