Quel avenir pour l’interculturalité en France ?

Au lendemain du vote d’une loi que l’on peut aisément qualifier de liberticide, et dans une période comp

lundi 16 février 2004

Au lendemain du vote d’une loi que l’on peut aisément qualifier de liberticide, et dans une période comparable à la chasse aux sorcières que certains communistes avaient eu à subir, il semble nécessaire de poser à nouveau la question de la rencontre et de l’échange des cultures dans un pays de forte tradition interculturelle. Sans vouloir paraître pessimiste, un certain nombre de faits peuvent à juste titre nous inquiéter. La loi sur le voile, votée par les députés n’est pas l’un des moindres. A l’heure ou de nombreux textes légaux insistent sur la nécessité de ne pas exclure les élèves fauteurs de troubles (la nouvelle loi sur les punitions et les sanctions à l’école préconise "l’inclusion" et demande aux chefs d’établissement de conserver les élèves exclus dans les murs), une loi passe outre la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, et tous les textes fondateurs de notre état. Ce faisant elle ouvre la porte grande ouverte aux écoles confessionnelles qui présentent un risque manifeste de dérives communautaristes.

Nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, fiers d’ être les produits de l’école publique. Notons à ce titre que Ferry, qui a rendu l’école obligatoire avant que de la rendre laïque, doit se retourner dans sa tombe. On peut penser ce que l’on veut de cette école naissante à deux vitesses mais elle a au moins eut le mérite de naître à cette époque (c’est bien après, au cours du XXème siècle que l’école a affiché des ambitions égalitaires). Avec la mise à l’index d’une partie de la population déjà stigmatisée, viennent les dérives ici et là en France et il y a lieu d’en être inquiet.

De l’autre coté,certains jeunes musulmans se sentant rejetés prennent les devants : puisque vous ne voulez pas de nous, nous trouverons désormais nos modèles et nos "directeurs de conscience" à l’autre bout du monde, nous rêveront tous à une hypothétique "hijra", encore eut-il fallu que notre nouvelle Médine veuille bien de nous pour autre chose que pour les basses besognes auxquelles s’attachent quotidiennement en Arabie-saoudite des milliers de Philippins. Parfois on n’hésite pas à affirmer refuser de travailler pour un employeur "mécréant" (mais dans le même temps on empoche le RMI de l’infidèle). On s’arabise,on se tourne complètement au travers de la parabole ou du net vers un mythe que l’on élabore par dépit. On rêve d’un ailleurs sans penser à construire aujourd’hui.

Et puis entre les deux, il existe une frange non négligeable de la population musulmane qui construit quotidiennement le pays. Artistes, artisans, médecins, enseignants, étudiants, ouvriers, employés. Nous ne prenons pas la parole dans les meeting, nous ne décrions pas cette société avec laquelle chaque jour nous tissons un lien que d’autres s’évertuent à défaire comme Pénélope jadis. Mais nous sommes présents dans les associations de parents d’élèves, dans les syndicats, dans les débats professionnels pour que le message qui nous est parvenu et qui est un message d’amour, de paix, de tolérance, trouve un prolongement et une concrétisation. N’ayons pas peur de paraître mièvres ou "has been", notre message est un message d’amour et de respect de l’Homme....

Alors reprenons notre premier questionnement : quel avenir en France pour la rencontre, l’échange, entre les cultures et les projets humanistes ? comment ne pas être inquiet et ne pas se sentir serré dans un étau d’intolérance (car comme le disait disait Valery il n’y a pas non plus de maison pour cela, fut elle un établissement scolaire).

Souhaitons que les consciences ne basculent pas dans le chaos que l’humanité à autrefois connu dans l’histoire des hommes.....  

Publicité

commentaires