La Colombe à l’épée.
“ Le Coran, plus que notre passé, est notre avenir. ”
Bien que nous n’ayons pas pour habitude de
rédiger court, l’on nous excusera de la longueur inhabituelle de cet article,
mais le sujet, d’importance, ne pouvait faire l’objet d’une brève de minbar.
Malgré tout, le présent travail est composé de deux parties distinctes qui
peuvent être lues séparément.
Ceci, à vrai dire, fait suite à notre
précédent propos « Guerre & paix, violence, terrorisme »
et, à nouveau, l’on m’excusera à présent de l’emploi du « Je » ;
mais c’est que j’ai été aimablement sommé de m’expliquer. J’aurais, en
quelque sorte, commis un crime de lèse-Coran en lisant un verset du Livre à
l’envers. Comment ai-je pu soutenir la lecture : “
Ne faiblissez pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de
force. Dieu est avec vous, et il ne laissera pas vaines vos œuvres.” S47.V35 alors
que Ibn Kathîr, Az-Zamakhsharî, Al Qurtubî, Ibn ‘Âshûr, et tant d’autres
éminents commentateurs à travers les siècles affirment et confirment que ce
verset est constamment compris, expliqué et traduit, comme signifiant : “
Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la paix quand vous êtes en
position de force. Dieu est avec vous, et il ne laissera pas vaines vos œuvres.”
?
Qu’il n’y ait pas de méprise, l’on ne m’a
pas reproché d’être un anti-jihâdiste, un colombophile à la solde des Faucons.
Je qualifierais précisément ma faute : « Comment, moi, humble fiente
de pigeon, aurais-je pu roucouler sur un autre ton à l’ombre protectrice et
tutélaire des statues pétrifiées de nos Ulémas ? Eux, qui depuis mille ans
montent la garde aux portes du temple de l’ijtihâd ! » Sur ce dernier
point, je préciserais ceci : ces nobles chercheurs ne se savaient être
qu’un des maillons pensants de la chaîne de Vérité, et le véritable manque de
respect à leur égard est de les avoir statufiés.
Qu’ai-je donc à penser et dire
différemment, alors que notre science est de répéter leurs dires ?! Quelle
faiblesse que de réfléchir, alors même que le copié /collé nous épargne à
présent de longues années d’apprentissage. Un chat armé d’une souris ne
devient-il pas ainsi aisément un tigre de science ?! Comment donc, dans
ces conditions, oser penser et oser dire ?!
Ceci dit, j’accueille pleinement et
positivement ces remarques car, de mon point de vue, elles témoignent d’une
certaine existence du dialogue, d’un débat intellectuel en islam.
Mais avant d’en répondre, je poserais
quelques questions :
1- Si vraiment le Coran dit que lorsque
les musulmans sont en position de force ils ne doivent pas incliner à la paix,
alors c’est la guerre ? Dans ce cas, parce que je suis croyant, je me
rangerais du coté de l’Empire. Je justifierais alors les politiques
expansionnistes Califales qui au nom de l’Islam tant de sang versèrent, et de
ceux qui tant veulent encore en verser.
2- Cependant, crime de lèse-Islam à
présent ; puis-je me demander si Dieu aurait ordonné à un peuple, les
musulmans, de combattre tous les autres sur cette Terre jusqu’à la fin des
temps et jusqu’à qu’ils se convertissent tous ? La question n’est donc pas
de savoir si je suis un pacifiste, une colombe égarée, mais bel et bien
d’imaginer que Dieu nous aurait investi de cette divine mission.
-3 Mais alors comment comprendre que Dieu
nous ait dit : “ Si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes sur
Terre eussent été croyants. Alors, sache donc que tu n’as pas à contraindre les
gens afin qu’ils croient.” ? S10.V99.
4- Mais alors que signifie : “
Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la paix quand vous êtes en
position de force…” ?
Il ne s’agirait donc pas d’un combat pour
répandre l’Islam mais pour conquérir des territoires ? Lorsqu’un musulman
lit ce verset que pense-t-il ? Se dit-il que voilà un conseil fort sage et
stratégique, et qu’il convient de se tenir à couvert en attendant d’avoir
retrouvé nos forces pour aller bouter l’infidèle ? Le bouter d’où ?
De la Terre ? Par Dieu ! Nous avons combattu l’infidèle durant des
siècles et à présent nous en serions réduits à visionner « Rambo en
Afghanistan » ! Que les hérauts du jihâd sonnent leurs funestes
trompettes, que les chantres de l’Islam triomphaliste et conquérant affûtent
leur siwâk et pourfendent le mécréant, nous avons trouvé en ce verset une
preuve étincelante !
5- Mais encore, dès lors que nous
posséderons l’arme atomique, devrons-nous déclencher le méga prosélytisme
nucléaire ? Un Hiroshima de la foi pour accomplir le dessein
divin ! Et n’objectons pas que Dieu n’a pas voulu que tous les hommes
croient….ce serait contradictoire…tout du moins avec nos projets…
6- Ou alors, n’ai-je rien compris ?
Nous sommes en position de faiblesse et nous devrions attendre notre
heure ? La thèse du complot islamique est donc fondée ! Mais alors,
sous nos doctes turbans il y a-t-il des champs de mines, des idées au
phosphore, des paroles irradiantes ? Sous nos costumes-cravates
d’intellectuels se dissimulerait-il un treillis kaki ? Dans ce cas, un
terroriste serait-il le fils d’un théologien ayant anticipé et les kamikazes
seulement des impatients ?
7- Face à la lecture de ce verset que vous
défendez, que nous proposez-vous ? Une lecture historisante le cantonnant
à un contexte de révélation ? Mais je ne suis pas d’accord : tout
verset du Coran est un message universel et intemporel, et un milliard de
musulmans pensent comme moi.
8- Ou alors, un moratoire ? En
attendant quoi ? Que nous soyons en position de force ?
9- Les Imâms, les Savants, les
Théologiens, les Intellectuels, n’auraient-ils donc aucune
responsabilité ? Mais nous, les musulmans ordinaires, disons que leur
lecture les engage et nous engage. Nous disons que le cas présent cet
engagement, on l‘aura compris, mène droit à la confrontation et maintient un
esprit de dominateur ; Or, il n’y pas de pires tyrans que ceux qui ont été
frustrés de leur faiblesse.
10- Quel choix face à cette théologie de
guerre ? Le silence ? La discrétion ? L’expectative ? Le
double discours ? L’autruchisme ? Soyons responsables, par
Dieu ! Osons affronter la réalité de notre héritage.
11- Croyons-nous que l’on puisse prétendre
penser l’islam sans réformer les visions du passé ? Que faut-il donc
attendre ? Un miracle ? Ou bien que nous abandonnions une partie de
notre Coran, contraints et forcés ?
Beaucoup de questions pour une seule
réponse : Il y a urgence à relancer la réflexion et le dialogue, à cesser
de nous empêtrer en certains acquis séculiers assenés comme des vérités
révélées. Chaque musulman est en réalité un acteur de sa religion, il la
construit ou la détruit. Chaque musulman est un acteur de ce monde, il le
construit ou le détruit.
A ma modeste contribution, le cas de ce
verset litigieux devrait nous permettre de mesurer concrètement le chemin et
les enjeux d’une lecture juste du Coran, tout comme il nous aidera à comprendre
comment l’on peut trahir ou servir le Texte. Il me semble que réside là la clef
essentielle du devenir des musulmans, établir une juste relation, de cœur et de
raison, à leur Livre.
Partie I : Que dit donc réellement
ce verset ?
Je présenterais ma démonstration en cinq
points en espérant arriver à en rendre digeste la nécessaire technicité… c’est
à ce prix que l’on peut espérer comprendre certaines difficultés du Coran.
Nous rappelons en note ces cinq axes de
notre méthodologie exégétique,
class=MsoEndnoteReference>
style=';'>[1]
cette étude les mettra concrètement en œuvre. De même, nous reporterons en note
les transcriptions des originaux et certaines précisions grammaticales.
Ainsi donc, nous avons :
| “Ne faiblissez pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de force…”S47.V35. |
| Versus |
| “ Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la paix quand vous êtes en position de force…” S47.V35. |
1- Etude du texte :
Cette première étape de la démarche
exégétique est primordiale, mais elle est aussi la plus ingrate, ce dont je
m’excuse. Bien évidemment nous parlons du texte arabe et, pour simplifier, il
est possible de ne s’intéresser qu’au segment souligné dans le texte du verset,
véritable objet du litige :
style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>فَلَا
تَهِنُوا
وَتَدْعُوا
إِلَى
السَّلْمِ
lang=AR-SA dir=RTL style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>وَأَنْتُمُ
الْأَعْلَوْنَ
وَاللَّهُ
مَعَكُمْ
وَلَنْ
يَتِرَكُمْ
أَعْمَالَكُم.ْ
Ce segment se lit : « fa lâ
tahinû wa tad‘û ilâ-s-silm ».
C’est ce passage qui, nous dit-on, est
compris par tous les ulémas et traduit par tous les traducteurs comme
signifiant : “Ne faiblissez pas [fa lâ tahinû], et n’appelez
pas [wa tad‘û] à la paix.” Rapidement,
mentionnons que « silm » signifie « paix ».
- Le premier verbe « tahinû »,
« faiblir », est incontestablement marqué par la négation « lâ »,
lâ tahinû , ce qui signifie sans aucun doute : « ne
faiblissez pas ».
class=MsoEndnoteReference>
style=';'>[2]
- Le deuxième verbe « tad‘û »,
« appeler », n’est précédé que de la préposition de
liaison « wa », et il n’est marqué directement par
aucune négation ou autres prépositions grammaticales. Cependant, ce verbe d’après
sa graphie « تَدْعُوا
dir=LTR> », « tad‘û », semble
conjugué sur le même mode que le verbe « tahinû »
href="#_edn3" name="_ednref3" title="">
class=MsoEndnoteReference>[3]
et là réside précisément la difficulté principale de ce verset. En effet, à
cause de l’absence de préposition devant ce verbe « tad‘û » la
phrase ne se comprend pas directement et, conséquemment, sept
hypothèses de lecture au minimum, et non pas une seule comme on le prétend,
peuvent être proposées afin d’en préciser la structure grammaticale et le sens
:
a)- La première
hypothèse postule que la négation lâ marquant le premier verbe, « tahinû »,
gouverne aussi en sous-entendue le verbe « tad‘û ». On lirait
alors comme ceci : « fa lâ tahinû wa [lâ] tad‘û »
ce qui se comprend : “Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la
paix”, le [lâ] sous-entendu négativant alors le verbe « appeler ».
Cette possibilité est grammaticalement correcte, mais, il resterait à prouver
que cette négation, un ordre pouvant devenir un interdit, soit réellement
sous-entendue. Prétendre qu’un verbe, un mot, une préposition, sont
sous-entendus en un texte doit reposer sur des éléments probants, et ce,
d’autant plus, lorsqu’il s’agit de la « Parole » de Dieu.
Ce cas de figure est pourtant le plus
fréquemment retenu, et l’on cite généralement l’avis de Az-Zamakhsharî,
philologue de la fin du IVème siècle de l’Hégire, mutazilite, mais
unanimement reconnu pour sa haute compétence en la matière. Effectivement, il
mentionne cette possibilité comme grammaticalement probable et valide cette
lecture, mais sans pour autant fournir de preuves à cette hypothèse.
b)- La deuxième
hypothèse suppose que le verbe « tad‘û » est au subjonctif et
que la particule gouvernant ce subjonctif, elle aussi sous-entendue, serait
« in ».
class=MsoEndnoteReference>
style=';'>[4]
Dans ce cas l’on comprend alors : “ Ne faiblissez pas, et si vous
appelez à la paix quand vous êtes en position de force [sachez que]
Dieu est avec vous…” La possibilité de faire la paix est ici clairement
indiquée.
class=MsoEndnoteReference>
style=';'>[5]
Comme précédemment, cette deuxième
possibilité grammaticale est tout aussi correcte, et le même Az-Zamakhsharî
la signale clairement en son tafsîr. Mais, curieusement, lorsqu’on fait
mention de cet auteur de référence cette citation est tronquée
name="_ednref6" title="">
class=MsoEndnoteReference>[6] !
J’ajouterais que d’autres prépositions régissent le subjonctif : ainsi si
l’on suppose que la préposition sous-entendue serait « li »,
ce que rien selon cette logique n’interdit, on obtient alors : “Ne
faiblissez pas, afin que vous puissiez appeler à la paix lorsque vous êtes en
position de force…” D’autres possibilités seraient tout aussi
théoriquement envisageables en fonction des prépositions choisies.
c)- La troisième
hypothèse de lecture est citée par Tabari, le grand commentateur de la fin du
IIIème siècle de l’Hégire, respecté spécialiste de la langue
coranique. Après avoir rappelé la première hypothèse, il mentionne que le verbe
« tad‘û » pourrait tout aussi bien être au subjonctif.
href="#_edn7" name="_ednref7" title="">
class=MsoEndnoteReference>[7]
On supposer en cas que la préposition sous-entendue étant alors généralement
« an ». D’autres exemples coraniques de cette particularité
sont bien connus comme par exemple en : S42.V35. L’on doit
alors comprendre ainsi : “ Ne faiblissez pas, et que vous
appeliez à la paix quand vous êtes en position de force [sachez
que] Dieu est avec vous …” Le sens au final est identique à la
lecture précédente.
d)- La quatrième
hypothèse est aussi citée par Tabari. Il mentionne ainsi l’avis de Ibn Zayd,
commentateur du Coran de la génération dite des Suivants, qui explique le
verset en spécifiant que le premier verbe est une négation : « ne
faiblis pas », et le second une affirmation : « appelle à
la paix ». On notera que Ibn Zayd estime que ces deux verbes, semblant
pourtant à la deuxième personne du pluriel ( ne faiblissez pas….appelez…),
doivent être compris à la deuxième personne du singulier, le sujet étant ici le
Prophète SBSL. Le phénomène
est connu, le Coran représente un état de la langue arabe bien antérieur aux
normalisations grammaticales du IIème siècle, et le texte coranique
comporte de nombreuses particularités grammaticales, accord des verbes, des
temps, des pronoms, etc. qui au regard du canon de la langue arabe postérieur
seraient des ‘incorrections’. Selon l’avis de Ibn Zayd ont lit
alors : “Ne faiblis pas, et appelle à la paix quand vous êtes en
position de force…”
e)- La cinquième
hypothèse est due aussi à Tabari. Il s’agit en fait d’un autre cas de ce que
Tabari nomme subjonctif de substitution et il paraphrase le verset comme
suit : « Ne soyez pas faibles à leur égard, et vous les appelez
(ou tu les appelle) à la paix et à la conciliation. »
name="_ednref8" title="">
class=MsoEndnoteReference>[8] Signalons
qu’une particularité orthographique de la langue arabe empêche de savoir si
Tabari a voulu dire « appelez-les » ou « appelle-les »,
cette dernière possibilité étant directement liée à celle évoquée par Ibn Zayd.
href="#_edn9" name="_ednref9" title="">
class=MsoEndnoteReference>[9]
A la note 8 nous montrons qu’au final le
verbe appeler est en ce cas l’équivalent d’un impératif faible. On traduit
alors selon l’accord retenu le verset de deux manières :
- “ Ne faiblissez pas, et appelez à
la paix…” et c’est cette solution qui semble avoir été retenue par le
Professeur Hamidullah ainsi que par M. Gloton.
title="">
style=';'>[10]
- “ Ne faiblissez pas, et appelle à
la paix…” et il s’agit là de la traduction que j’ai personnellement retenue.
Concernant cette dernière possibilité de
traduction et afin que les arabisants n’en perdent pas immédiatement leur latin
et leur sang-froid, nous aurons parfaitement noté le changement de pronom
personnel. Mais, pour ne pas alourdir l’exposé, nous expliciterons ce fait à
l’avant dernier point de la partie III.
| Les quatre dernières propositions offertes par l’éminent Tabari pourraient nous suffire comme justification. Ceux qui voudront arrêter là leur lecture le peuvent, l’argument d’autorité satisfaisant généralement les chercheurs. Mais, face en réalité à plusieurs possibilités, sur quels critères placer à la plus haute marche du podium la bonne solution ? |
A vrai dire, l’argument d’autorité et
méthodologiquement faible, si ce n’est nul, et ce que je ne reconnais pas aux
autres je ne peux l’accepter pour moi-même. Ainsi, il conviendra d’expliquer par
quels critères rigoureux et concordants l’on peut prouver la validité d’un
choix. C’est donc là l’objet de la suite de notre méthodologie exégétique.
En toute rigueur, au terme de cette
première étape essentielle nous pouvons faire le bilan suivant : Sept
propositions de compréhension et donc de traduction sont à retenir :
1 - “Ne faiblissez pas, et n’appelez
pas à la paix quand vous êtes en position de force…”
2 - “ Ne faiblissez pas, et si
vous appelez à la paix quand vous êtes en position de force…”
3- “Ne faiblissez pas, afin que
vous puissiez appeler à la paix lorsque vous êtes en position de force…”
4 - “ Ne faiblissez pas, et que
vous appeliez à la paix quand vous êtes en position de force…”
5 - “ Ne faiblis pas et appelle
à la paix quand vous êtes en position de force…”
6 - “Ne faiblissez pas, et appelez
à la paix quand vous êtes en position de force…”
7 - “ Ne faiblissez pas, et appelle
à la paix quand vous êtes en position de force…”
| Ainsi : Il n’existe pas, comme on le prétend, une seule lecture possible mais bien sept. Grammaticalement toutes ces hypothèses ont la même valeur théorique. De plus, et en résumé, cette première approche ne produit au final que deux sens, mais opposés ou contradictoires : Appeler à la paix ou pas ? On notera qu’une seule possibilité sur sept s’oppose ici au principe de paix |
Cependant, nous avons fait remarquer que
l’on ne disposait pas d’éléments permettant d’affirmer que telle ou telle
préposition était sous-entendue pour expliquer la forme et le statut apparents
de notre verbe « tad‘û », « appeler ». Ainsi,
les trois dernières propositions (5-6-7) sont-elles largement préférables
puisqu’elles ne font pas recours à ce procédé, elle ne se permettent pas de
supputer sur un éventuel sous-entendu de Dieu. Nous développerons cette idée au
dernier point de la deuxième partie.
Malgré tout, il convient encore de
rechercher en poursuivant nos étapes exégétiques quels autres éléments de
compréhension nous permettront de départager ces deux possibilités théoriquement
envisageables.
2 - Etude des « circonstances
de révélation » :
Il n’est connu aucune
« circonstance de révélation » authentifié pour ce verset, ni pour
aucun autre de cette sourate. Cela rend au demeurant la datation de cette
sourate difficile. Elle apparaît toutefois sans aucun doute Médinoise, sa
thématique en atteste : dogme, eschatologie mais aussi combat et, dit-on,
une problématique liée aux hypocrites. De plus, le style et le rythme la
rendent proche des sourates de la dernière période Mecquoise. Une hypothèse
classique en ferait une révélation située après la bataille de Badr, en l’an 2
Hégire, mais sans réellement disposer d’éléments pour l’affirmer. Au final, il
est raisonnable de situer cette sourate dans les premières années de l’Hégire.
| Nous ne pourrons donc pas nous aider de l’étude de « circonstances de révélation » pour résoudre notre problème. |
3- Indications prophétiques, la
Sunna :
Bien qu’il n’y ait pas de
« circonstances de révélations » authentifiées connues, nous pouvons rechercher
dans la Sunna un exemple prophétique qui nous permettrait de fixer une
orientation aux possibles interprétations exégétiques pour l’instant encore en
présence. De nombreux exemples tirés de la Sunna prouvent que le Prophète
style='font-size:8.0pt'>SBSL fut toujours à la recherche de la
paix et de la conciliation. Nous n’en citerons qu’un, parfaitement adapté au
propos de ce verset :
Deux ans après la signature du traité de
Hudaybyya (An 6), qui en apparence avait semblé être un affaiblissement,
les musulmans purent réunir une armée considérable pour l’époque, et que l’on
dit composée de 10.000 hommes. Ainsi, lorsque le Prophète
style='font-size:8.0pt'>SBSL marcha à la tête de cette armée
pour conquérir la Mecque, et s’il avait appliqué la lecture proposée
classiquement pour notre verset, il aurait du écraser ses ennemis de 20 ans du
fait de sa supériorité numérique. Or, il profita de l’impression causée par sa
« position de force » pour négocier sans combat une
reddition accordant « paix » et protection à tous les
habitants de la ville. Il est donc clair qu’en ce cas son agissement fut en
parfait accord apparent avec la compréhension du verset ainsi formulée :
“ Ne faiblissez pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de
force…”. Chacun sait, et là réside l’argument, que le Prophète
style='font-size:8.0pt'>SBSL n’agissait qu’en pleine conformité
avec la Révélation. Notons que le choix du singulier « appelle »
se justifie ici parfaitement du fait que cette décision relevait seulement des
prérogatives du Prophète SBSL.
| Il y a donc ici une indication puissante en faveur de l’hypothèse : “ Ne faiblissez pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de force…” |
L’on pourrait toutefois objecter que nous
ne savons pas si le Prophète SBSL
a agi en fonction du principe général contenu en ce verset ou si, sur
injonction divine, il aurait opté pour une autre stratégie à cette occasion.
Bien que cette hypothèse soit par trop spéculative, nous la prendrons en compte
par souci de rationalité méthodologique. Nous noterons cependant que sourate “
al fath ” « la Victoire », S48, annonçant la prise de
la Mecque est immédiatement située dans l’ordre du Coran après notre V35 (S47
ne comportant que 38 versets) et cela ne peut être le fruit du hasard.
Poursuivons notre analyse.
4- Etude du contexte littéral :
Cette sourate est logiquement de tonalité
très générale. Les 38 versets qui la composent ne mentionnent textuellement et
explicitement aucun événement repérable avec certitude. La construction est
très particulière, passant alternativement d’un verset s’adressant aux croyants
à un autre traitant de dénégateurs sans autres précisions.
name="_ednref11" title="">
class=MsoEndnoteReference>[11]
1- Classiquement, nous l’avons dit,
il nous est proposé une lecture circonstanciée de cette sourate situant le
discours coranique après la bataille de Badr et en vue des préparatifs de celle
de Ohod. On aboutit ainsi au V33 où il est stipulé que les
véritables croyants seront ceux qui auront accepté le combat en
obéissant à Dieu et à son Prophète. Dans ce contexte notre V35
dit : « ne faiblissez donc pas » conseil à
comprendre comme un encouragement à affronter l’armée Qurayshite qui préparait
la guerre (Ohod). La suite : « n’appelez pas à la paix »
signifie dans ce contexte d’inquiétude légitime chez les musulmans à Médine
« ne cherchez pas à cette occasion à pactiser afin d’éviter ce combat
sur lequel vous avez des inquiétudes alors que je vous L’ai
prescrit (voir V20 et 33) ». Pour les rassurer,
Dieu leur dit alors : « [Je vous garantis] que vous êtes
[malgré les apparences] en position de force (ou en une position
plus élevée aux yeux de Dieu] car Dieu est avec vous et il ne laissera
pas perdre vos actions. » V35.
Cette lecture projetée sur des événements
historiques particuliers conserve donc la compréhension
« classique » : “ Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la
paix quand vous êtes en position de force…”. Mais, cette historisation
aboutit au final à valider un sens restreint et particulier, totalement
circonstancié, et qui écarterait de fait toute interprétation généralisable
jusqu’au-boutiste. En effet, ce sens circonstancié peut se comprendre en sa
portée générale comme signifiant : Le premier principe est de ne jamais
être en position de faiblesse, le deuxième principe est qu’en certaines
circonstances il est préférable d’aller au combat même si les apparences laissent
à penser que l’ennemi est plus fort. On comprend parfaitement, qu’en ce cas de
figure, refuser le combat ce serait capituler. Mais je ne pourrais valider
cette lecture du contexte littéral et son résultat pour deux raisons :
a)- Elle manque
singulièrement de preuves : rien dans le texte ne permet explicitement de
prétendre qu’il s’agit là d’un discours en lien avec les préparatifs de la
bataille de Ohod.
b)- Rappelons que Ohod
fut un demi-succès ou une demi-défaite et, dès lors, un tel conseil aurait été
pour le moins aléatoire et la prédiction de Dieu incertaine, ce qui ne se peut.
2- Conformément à l’absence d’indication
temporelle de cette sourate, l’on doit donc en faire une lecture de type général.
Il s’agit alors d’un discours s’adressant aux musulmans sur la nécessité de
combattre dès lors qu’ils sont menacés. En effet, les premiers mots du premier
verset sont : « Ceux des dénégateurs qui s’opposent à la voie
de Dieu » (V1) sans autres précisions. C’est le V20
qui, prescrivant le combat,
title="">
style=';'>[12]
permet de comprendre que l’opposition de ces dénégateurs (kâfirûn) est
de nature militaire. Or, nous retrouvons exactement ces mêmes mots « Ceux
des dénégateurs qui s’opposent à la voie de Dieu » au V32,
puis au V34. Le propos de la sourate s’inscrit donc avec
cohérence dans le cadre coranique général d’un jihâd défensif. Par conséquent,
le V35 permet en ce cas une double lecture :
a)- Selon la lecture
« classique » du V35 : “ Ne faiblissez pas,
et n’appelez pas à la paix quand vous êtes en position de force…”.
Ceci signifierait qu’en cas d’agression militaire préalable, la réponse armée
doit être menée jusqu’à la défaite des agresseurs, ce qui se comprend
logiquement et n’est en rien un appel à la guerre totale.
b)- Selon l’autre
signification possible : “ Ne faiblissez pas, et appelle à la
paix quand vous êtes en position de force…”, la cohérence du discours
n’en est pas pour autant rompue ; une fois les hostilités maîtrisées il
est conseillé de rechercher une négociation de paix pour stopper le plus
rapidement le conflit ; l’objectif final n’étant pas la recherche de la
guerre mais de la paix.
| Nous aurons donc pu observer que l’ensemble des sens dégagés par l’analyse littérale est en faveur, selon des modalités différentes, de la recherche de la paix et non pas de son refus conquérant. |
5- Etude de la cohérence coranique :
Ce temps est essentiel. Outre que la
raison l’impose et le nécessite, le Coran en stipule lui-même le
principe : “N’examineront-ils donc pas avec discernement le
Coran ? S’il provenait d’un autre que Dieu ils y retrouveraient
certainement maintes contradictions. ”S4.V82. Cette injonction fonde
pleinement une recherche de cohérence interne sur l’ensemble du texte
coranique, et elle lui confère une importance exégétique capitale.
Or, nous lisons dans le Coran, en un même
contexte d’agression possible à l’égard des musulmans : “Rassemblez
contre eux vos forces…mais s’ils inclinent à la paix, alors fais de même, et
place ta confiance en Dieu…” S8.V60-61.
Selon ce principe de cohérence coranique,
la lecture de V35 : “ Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la
paix quand vous êtes en position de force…” est contradictoire avec le
verset précédent.
Alors que : “ Ne faiblissez
pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de force…”
respecte a logique interne du Coran.
Notons la symétrie de construction et de
propos de ces deux versets. Dans les deux cas il est demandé d’être en
position de force mais, il est clairement indiqué que l’objectif, la
finalité, est la recherche de la paix.
| Cet argument de cohérence est ici hiérarchiquement fort et, combiné à une possibilité grammaticalement correcte et admise, il impose ici de comprendre et traduire notre verset 35 par : “ Ne faiblissez pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de force…” |
Pour être juste, il a été parfaitement
perçu l’incohérence résultant de la proposition classique, ainsi a-t-on décidé
d’abroger le verset contradicteur (S8.V61) ! D’autres ont cru distinguer
en ces deux versets des cas de figure différents, situation n’impliquant donc
pas de problème de cohérence. Pour la critique : Cf. infra deuxième partie.
Synthèse :
Nous aurons donc fourni selon plusieurs
niveaux d’analyse exégétique (les cinq principes précisés en note 1) des
preuves et arguments cohérents et convergents. Cette démarche exégétique
rigoureuse aura permis de prouver quelle compréhension, et traduction, nous
devons donner à ce verset. Parallèlement, il aura été possible de dégager la
seule solution possible parmi les différentes propositions que nous avons
discutées. Ainsi, le sens mis en évidence : “ Ne faiblissez pas, et
appelle à la paix quand vous êtes en position de force. Et Dieu est avec
vous, et il ne laissera pas vaines vos œuvres.” est le seul qui soit
compatible à la fois avec :
1) Les données grammaticales et
linguistiques. 2) L’analyse contextuelle littérale. 3) La pratique du Prophète.
4) Le principe de cohérence coranique. Soit une parfaite cohésion sur
l’ensemble du processus exégétique puisque nous ne disposions pas du cinquième
point, les « circonstances de révélation ».
Inversement, aucune des autres
propositions ne remplit ce cahier de charge. Et notamment celle considérée
comme « classique » : “ Ne faiblissez pas et n’appelez
pas à la paix quand vous êtes en position de force…” qui ne peut
conséquemment être validée.
Nous aurons pu concrètement, éléments de
comparaison et de démonstration en main, comprendre par quels mécanismes l’on
peut induire le sens d’un verset du Coran en fonction de choix préétablis. En
l’occurrence, cet exemple illustre tout à la fois une nécessité et une
mentalité. Nécessité d’arguments coraniques, et donc théologiques, pour
justifier les politiques expansionnistes califales sans cesse demandeuses.
Nécessité régulière de mobiliser les musulmans au jihâd, parfois défensif,
parfois offensif. Nécessité de recréer l’unité politique de la Oumma autour
d’un thème fédérateur lorsque les empires et la Oumma furent menacés de
l’extérieur ou de l’intérieur. Mentalité d’une vision islamo-exclusiviste. Mentalité
propre à un peuple qui a connu la gloire et le triomphe. Mentalité d’un peuple
qui a connu la décadence et ne put sauvegarder qu’un espoir millénariste.
Quoiqu’il en soit, ce verset, comme tant
d’autres, ne pourra légitimer la volonté des hommes au nom de Dieu.
Notre démonstration pourrait donc s’arrêter là.
Cependant, pour ceux qui auraient le désir
d’aller plus avant, nous ajoutons une deuxième partie dont les données instruisent
et confortent notre exégèse et traduction. Notamment, nous y apporterons
d’autres informations justifiant que l’on doive traduire le verbe appeler
au singulier, « appelle », plutôt qu’au pluriel « appelez »,
ce qui en soi serait bien la seule singularité de notre traduction…
CONCLUSION.
On l’aura compris, ce n’est point de
couper les alif en quatre qui nous préoccupe mais bel et bien les enjeux
exégétiques. Affirmer que le Coran nous enseigne de préparer la guerre pour ne
pas à avoir à accorder la paix a pu correspondre à une certaine vision du monde
et de la politique. Mais, nous l’aurons démontré, cette géopolitique
n’appartient pas au Message coranique. L’exégèse du Coran, on le voit, n’est en
rien une discipline anodine. Chacun sait, et reconnaît, en tant que croyant,
que notre Livre est fondateur et souverain. Toute exégèse du Texte est donc
lourde de conséquence.
Et nous disons ceci :
“ Le Coran, plus que notre passé, est notre avenir.”
Il y a urgence, au temps présent, à ce que
nous lisions le Coran autrement que sous la houlette de nos prédécesseurs. Nous
devons fournir à nouveau un tel effort exégétique, car il en va de notre
devenir en ce monde nouveau. Cela ne signifie pas qu’il faille effacer avec
dédain les acquis transmis par les anciens commentateurs du Coran. Il n’ y
aurait là qu’une funeste influence d’une modernitude destructrice. Mais, en
toute lucidité, et en toute objectivité, force est de reconnaître que le
contexte historique ayant donné lieu à certaines de ces lectures est
définitivement révolu. Il nous faut donc développer un esprit critique,
méthodologiquement fondé, afin de dégager, non pas une exégèse en conformité
avec notre réalité, mais une exégèse conforme d’avec le Coran. Cela en toute
littéralité, pour la recherche du sens intemporel et universel de la
Révélation, sens qui ne peut qu’être, par essence, qu’en parfaite adéquation
avec notre situation actuelle.
D’aucuns prétendent « penser le
Coran » en le reléguant aux oubliettes de l’Histoire, ce n’est point notre
propos. D’autres laissent en suspend les difficultés dont nous avons héritées
et proposent un « penser autour du Coran ». Pourrait-il y avoir d’un
coté des « nouveaux penseurs de l’Islam », et de l’autre des exégètes
coupés de notre réalité depuis des siècles ! Cet état de fait est schizophrénique.
Ou bien cela signifie-t-il que la pensée
islamique s’autonomise et que l’exégèse doit être confiée à ceux qui, selon
cette logique ne seraient donc pas considérés comme des penseurs ? Cette
délégation de l’exégèse des textes par nos intellectuels nous fait courir, d’une
part, le risque d’adhérer à un discours déconnecté du Coran, et, d’autre part,
conséquence directe, elle programme à terme l’abandon du Coran comme fondement
de la pensée islamique.
Il y a urgence, encore une fois, à ouvrir
le dialogue et l’effort, l’ijtihâd, dans la plus grande fidélité au Texte et
selon des exigences de rationalité et de fiabilités renforcées. Déverrouiller
ce cœur dont nous parle le Coran, le cœur sémite, le siège de l’intelligence et
de la sensibilité conjointes.
C’est à cette unique perspective, à notre
modeste mesure, que nous nous efforçons d’appeler et de participer.
Dr Al Ajamî.
Partie II : Quelques
compléments d’informations et de réflexion.
• De l’abrogation.
Al Qurtubî rappelle que ce verset, lu
selon l’opinion majoritaire : “ Ne faiblissez pas, et n’appelez
pas à la paix quand vous êtes en position de force…”, abroge,
de l’avis de nombreux commentateurs du Coran, le verset que nous avions cité au
sujet de la nécessaire cohérence du Coran : “…mais s’ils inclinent à
la paix, alors fais de même, et place ta confiance en Dieu…”S8.V61. La
cohérence interne du Coran, qui était menacée par une interprétation
contradictoire est ainsi promptement rétablie. A ceci près, que ce même Al
Qurtubî mentionne, qu’à l’inverse, d’autres ont soutenu que notre verset était
abrogé, et ce par ce même V61.S8 ! Il y a en cette
auto-annulation l’aveu de l’artifice total du principe abrogeant-abrogé. Sur
quels critères décide-t-on du caractère abrogeant ou abrogé ? Encore une
citadelle que l’on ne devrait pas approcher ? Je préciserai seulement, que
si nous voulions valider le verset censé fonder le principe d’abrogation, S2.V106,
ce principe, selon la lettre même de ce verset, serait une prérogative purement
divine, et cela se comprend aisément.
Cet exemple démontre en soi l’arbitraire
régnant en ce domaine. Comment pourrait-il en être autrement, alors même
qu’aucun verset du Coran ne stipule être l’abrogeant ou l’abrogé d’un autre, et
que le Prophète, dont on serait en droit d’attendre que cette prérogative ne
relève que de sa seule connaissance, n’a jamais cité en un hadîth authentifié
un tel phénomène, et encore moins précisé que tel verset était abrogé ou
abrogeant !
User du concept d’abrogeant-abrogé est
déjà, pour nous, l’aveu d’une contradiction perçue entre l’interprétation
soutenue et d’autres versets s’y opposant, l’arme fatale consistant à déclarer
abrogé le verset contradicteur. Je dis bien contradicteur et non pas
contradictoire. Sans vouloir d’avantage ici discuter du principe, nous dirons
simplement que tout verset déclaré abrogeant ou abrogé est ainsi qualifié par
les commentateurs en fonction de leurs propres interprétations et sans aucune
possibilité de pouvoir prouver leurs dires par le Coran ou le Hadîth.
Pour être complet, et concernant notre
verset, certains ont cherché à contourner l’obstacle de cette abrogation
réversible. Ils ont donc bien voulu croire qu’entre S8.V61 et
notre S47.V35 les circonstances historiques étaient différentes
et que, par conséquent, ces deux versets traitaient de sujets différents. De
plus, dans un cas ce serait les ennemis qui demandent la paix, et dans l’autre
les musulmans qui ne doivent pas la demander. Que l’on m’explique sur quel fil
de sabre se situe cette distinction aussi casuistique que déconnectée de la
réalité. Comment demander la paix quand on sait que l’adversaire doit la
refuser de principe ?!
• De l’argument d’autorité.
Il s’agit d’une pratique classique et
traditionnelle consistant à renforcer une opinion admise par la mention itérative
d’autorités de référence, un adoubement intellectuel en quelque sorte. Bien
souvent, il est le refuge d’une fausse recherche, les avis des commentateurs
passés remplaçant à moindre coût un investissement intellectuel personnel. Il
nous faudra observer que l’argument d’autorité, méthodologiquement nul, est par
contre psychologiquement d’une grande efficacité contraignante. En sa forme
extrême ce procédé, qui n’a rien de scientifique, prend la forme de l’ijmâ‘a
ou consensus.
Là aussi, la partialité l’emporte de
principe et, en notre exemple, il a été soigneusement omis de mentionner comme
nous l’avons signalé certains avis cités par Tabari, ou la remarque
complémentaire de Az-Zamakhsharî, puisqu’elles sont contraires à l’opinion qui
s’imposa. Cet oubli s’explique aussi du fait même de l’argument d’autorité,
celui-ci incitant inconsciemment de ne pas chercher plus loin, une autocensure
frisant le suicide intellectuel.
Au sujet de ma traduction, il a été
appliqué le même principe en affirmant que toute les traductions donnaient le
même sens : « Ne faiblissez pas, et n’appelez pas à la
paix ». Là aussi, partialité ou insuffisance, cela
alors même que nous avions cité le Professeur M. Hamidullah ayant traduit : “ Ne
faiblissez pas, donc, mais appelez à la paix alors que vous avez le
dessus…”. Nous aurons présentement ajouté la contribution de M.Gloton.
L’inexistence réelle d’un consensus, même
en une temps donné, rend en soi aussi inutile que faux tout argument
d’autorité tel que : « Tous les ulémas ont dit » », ou
conséquence directe : « Celui qui dit le contraire n’est donc pas
un savant », ou conséquence de la conséquence : « Si son
avis est différent c’est donc un hérétique »…sans autres commentaires.
• Ce verset est-il ambigu ?
Il convient à présent de pénétrer plus
avant au cœur même de la problématique ; une ambiguïté
« ortho-graphique » en ce verset, nous l’avions signalé, qui est le
véritable support de la difficulté de compréhension. Et, pour être tout à fait
précis, il conviendra d’examiner une subtilité que nous avions laissée
volontairement en suspend jusqu’à présent.
Quelques connaissances d’arabe s’imposent
pour aborder ce dernier sujet, nous espérons pouvoir exposer la problématique
simplement :
Mais, auparavant, faisons l’observation suivante :
D’aucuns pourraient être tentés de penser que ce verset est ambiguë. En effet,
nous l’avons vu, il a été proposé plusieurs interprétations que l’on pouvait
réduire théoriquement à deux sens contradictoires. Nous pourrions refuser la
question, attendu que nous avons démontré qu’une seule possibilité était
fondée. Mais, un verset peut-il être ambigu ? Cela n’a pas, pour nous, de
sens. Comment Dieu en sa dernière Révélation pourrait-il avoir communiqué un
texte comportant des ambiguïtés ?! Nous renvoyons ce débat de fond, faute
de pouvoir ici ouvrir ce dossier.
Cependant, notre problématique provient
malgré tout à l’origine d’une « ambiguïté » du verset 35 car,
comme il n’ y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas d’interprétation sans
supports. Je le répète, la présence de cette « ambiguïté » d’un type
très particulier comme nous allons le constater, ne signifie en rien que le
verset soit en lui-même ambigu.
Présentement, l’équivoque provient d’un
problème d’écriture, de graphie orthographique plus exactement :
Relisons le segment litigieux en
arabe : فَلَا
تَهِنُوا
lang=AR-SA dir=RTL style='font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>
وَتَدْعُوا
إِلَى
السَّلْم
lang=AR-SA dir=RTL style='font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>ِ
dir=LTR> , « fa lâ tahinû
wa tad‘û ilâ-s-silm ». Nous avions fait observer dans la partie
grammaticale que le verbe « da‘â », « appeler »,
conjugué « tad‘û », était au cœur du problème. C’est qu’en
effet, lue directement sous cette forme, cette phrase ne peut en arabe se
comprendre clairement. Le verbe tel qu’il apparaît dans le texte coranique « tad‘û »,
َتَدْعُوا
dir=LTR>, a la forme graphique d’un apocopé
ou d’un subjonctif à la deuxième personne du pluriel, pluriels qui dans l’écriture
de l’arabe sont marqués graphiquement par un alif final. Toutefois, nous
l’avons vu, ce verbe nécessitait alors d’être induit par une préposition
entraînant un de ces deux modes verbaux (apocopé ou subjonctif), or cette
préposition est absente du texte concernant le verbe « tad‘û ».
Autre observation, la graphie de ce verbe évoque celle du premier verbe,
« tahinû », « faiblissez »,
lang=AR-SA dir=RTL>تهنوا
dir=LTR>, porteur d’un alif final, ce qui laisserait à penser que « tad‘û »
est conjugué lui aussi comme « tahinû » à la deuxième personne
du pluriel. Il fut par conséquent logiquement imaginé qu’une telle préposition
devait être sous-entendue, ce qui est grammaticalement possible et
envisageable ; d’où les diverses solutions et suppositions grammaticales
ayant donné lieu à autant d’interprétations y compris opposées en sens. En ces
hypothèses grammaticales l’on a majoritairement cherché à conserver le verbe appeler
à la deuxième personne du pluriel « appelez » car c’est ce que
semble bien témoigner la graphie coranique,
dir=RTL style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";
color:black'>
style='font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>َتَدْعُوا
lang=AR-SA dir=RTL style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";
color:black'> ,du fait de
la présence du alif orthographique final. Ce choix relève aussi de la recherche
d’une interdiction qui, à défaut d’être explicitement mentionnée, le sera alors
implicitement.
Tel est donc la nature exacte de
« l’ambiguïté » de ce verset.
• Pour quelles raisons ai-je choisi de
traduire : « Ne faiblissez pas, et appelle à la paix » ?
Nous l’avons dit, il s’agit là de la seule
singularité de notre traduction, mais il ne s’agit à vrai dire que d’un détail
de puriste, puisque cela ne modifie en rien le sens voulu par le verset. Et
même si nous rappelions que Ibn Zayd avait compris les deux verbes, « faiblir
et appeler » au singulier, il nous reste à expliciter notre propre
choix.
Nous aurons compris que toute la
problématique, « l’ambiguïté », provient de la présence d’une simple
lettre, le alif porté à la fin du verbe
style='font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>َتَدْعُوا
dir=LTR>. Cet alif, répétons-le, ne se prononce pas
et il ne sert par convention qu’à marquer le pluriel. Or, il s’agit d’une
convention d’écriture bien postérieure au Coran. Dans les plus anciens
manuscrits, l’usage de la lettre alif, quelque soit sa position dans les
mots, est très irrégulier et sans règles sûres. Nous savons tous que le Coran
n’est pas descendu tout écrit du Ciel mais que, lorsque les premiers scribes du
Prophète, notamment Zayd ibn Thâbit pour Abû Bakr et ensuite Uthmân, et ceux
qui lui succédèrent, eurent à mettre par écrit le Coran, ils utilisèrent une
écriture archaïque très défectueuse, notamment : pas de points
diacritiques, pas de voyelles, et un usage du alif très aléatoire. L’écriture
fut progressivement améliorée, les conventions précisées et fixées. Concernant
le texte même du Coran, la graphie actuelle remonte à l’édition dite du roi
Fouad de 1923. Cette dernière révision, qui avait entre autres objectifs de
normaliser l’orthographe de la version dite Hafs, a malgré tout laissé des
centaines de « particularités » de ce genre.
name="_ednref13" title="">
class=MsoEndnoteReference>[13]
Le lecteur inattentif ne les relève généralement pas, ou les corrige par
automatisme dès lors qu’il est arabophone. Toutes les éditions courantes du
Coran sont établies à partir de ce travail de 1923.
Ceci étant, notre recherche nous a conduit
à observer dans le Coran des anomalies relatives à l’écriture du verbe « da‘â », «
lang=AR-SA dir=RTL>دعا
dir=LTR> », « appeler » qui donne notre fameux tad‘û.
Ces anomalies s’expliquent principalement du fait de l’irrégularité de ce type
de verbes que l’on qualifie d’ailleurs de défectueux. Citons un exemple
significatif en S70.V17 :
style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>تَدْعُوا
lang=AR-SA dir=RTL style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";
color:black'> مَنْ
أَدْبَرَ
وَتَوَلَّى
lang=AR-SA dir=RTL style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";
color:black'>
dir=LTR>" qui se lit « tad‘u man
adbara wa tawallâ » et se traduit : « Il appelle
celui qui se détourna et se déroba » si l’on traduit le sujet du verbe
qui est au V15 par « feu ou Enfer ». Ou bien on
traduit aussi par : « Elle appelle celui qui se détourna
et se déroba » si on traduit le sujet (lazâ) par
« flamme ». En arabe ce mot est féminin. Toutes les
traductions que j’ai consultées concordent, bien que ce ne soit aucunement une
preuve, et donne l’accord du verbe tad’û au singulier car, et là réside
la preuve, il ne fait aucun doute que le sujet, « feu », ou
« flamme »
class=MsoEndnoteReference>
style=';'>[14]
est un et entraîne un accorde du verbe « appeler » au
singulier. Pourtant, comme on peut le constater en ce verset, le verbe da‘â,
« appeler » a graphiquement une forme plurielle « tad’û »,
تَدْعُوا
dir=LTR> ce qui est tout à fait fautif du point de
vue des règles d’écriture normalisée mais parfaitement identique au « tad’û »,
تَدْعُوا
dir=LTR> de notre verset 35. Il y a donc
ici une « anomalie » similaire.
Pour illustrer et confirmer que de manière
générale la graphie du alif pose problème dans les transcriptions du
Coran, nous pouvons rapidement citer un autre exemple relatif à la mention
incorrecte d’un alif en fin de verbe. Le verbe talâ,
lang=AR-SA dir=RTL style='font-family:"Traditional Arabic","serif"'>تلى
lang=AR-SA dir=RTL> , « réciter »,
est en effet du même groupe que le verbe da‘â, et nous lisons :
style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>رَبَّنَا
وَابْعَثْ
فِيهِمْ رَسُولًا
مِنْهُمْ
يَتْلُوا
عَلَيْهِمْ
آَيَاتِكَ
وَيُعَلِّمُهُمُ
الْكِتَابَ
وَالْحِكْمَةَ
وَيُزَكِّيهِمْ
إِنَّكَ
أَنْتَ
الْعَزِيزُ
الْحَكِيمُ
“ Seigneur, suscite leur un
Messager qui soit des leurs et qui leur récite tes versets…” S2.129.
De fait, dans le texte arabe, le verbe
« réciter » porte un alif final «
style='font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'>يَتْلُوا
dir=LTR> » qui lui confère en apparence une
forme pluriel alors, qu’à l’évidence, s’agissant du Prophète, ce verbe devrait
s’écrire sous la forme de la deuxième personne du singulier «
lang=AR-SA dir=RTL style='font-family:"Traditional Arabic","serif"'>يتلو
dir=LTR> » sans alif final. La recherche
pourrait multiplier les exemples de ce genre.
Il est donc logique et probable de penser
que dans le verset que nous étudions nous sommes dans un cas semblable et que
la graphie « تَدْعُوا
dir=LTR> » est incorrecte. Il aurait donc fallu
transcrire « تدعو
dir=LTR> » sans alif final, donc à deuxième
personne du singulier. Ceci justifie en partie notre traduction : « et
appelle à la paix ».
Il existe de plus une confirmation
complémentaire : Nous avons montré que selon le respect de la cohérence
interne du Coran, les versets : “Rassemblez contre eux vos forces…mais
s’ils inclinent à la paix, alors fais de même, et place ta confiance en Dieu…” S8.V60-61
avait même signification que notre V35 : “ Ne
faiblissez pas, et appelle à la paix quand vous êtes en position de force…”.
Si les sens en sont identiques, ces deux versets sont aussi symétriques
structurellement parlant : L’on remarquera dans le premier verset tout
d’abord un verbe au pluriel « Rassemblez contre eux vos
forces », puis un passage au singulier « s’ils
inclinent à la paix, alors fais de même ». Ceci s’explique
du fait que si l’effort de guerre est collectif, justifiant un pluriel, la
décision et la conclusion de la paix ne peut appartenir qu’au Prophète ou à une
autorité ce qui justifie alors l’emploi du singulier. Ceci nous amène à penser
qu’il en est rigoureusement de même en notre verset : « Ne
faiblissez pas » au pluriel, et « appelle à la paix »
au singulier, pour logiquement les même raisons.
• Une dernière réflexion.
Sans vouloir aucunement supputer sur
« l’intention » de Dieu, l’on peut toutefois se poser la question
suivante : Lorsqu’il s’agit d’interdire une chose -et qui plus est
lorsqu’il s’agit d’interdire de rechercher la paix, chose d’importance-
pourquoi décider d’une formulation qui ne soit pas totalement explicite ?
Pourquoi donc choisir de formuler cet ordre en recourant à une interdiction
sous-entendue, non mentionnée dans le texte ? Pourquoi n’avoir pas fait
recours à la négation explicite [lâ] ce qui aurait levé toute ambiguïté,
clarté qui s’imposait au vu de l’importance du sujet ?
Or, à l’inverse, cette supposée
insuffisance apparente du verset entraîne au moins sept compréhensions
différentes et, au final, deux ordres strictement contraires. L’on ne peut
vouloir dire en même temps « n’appelez pas à la paix »
et « appelez à la paix ». Si l’on suit ce raisonnement
de simple bon sens, et si l’on admet que le discours de Dieu peut avoir
sûrement des raisons qui nous échappent, l’on ne peut tout de même pas penser
qu’Il introduirait Lui-même des ambiguïtés en Sa Révélation, qui plus est sur
des sujets d’une aussi grande importance. Vouloir fonder une interdiction en
recourant à des indications sous-entendues ne peut être que source de
malentendus. L’on peut donc en conclure qu’en ce verset il ne peut y avoir de
préposition sous-entendue ; Ainsi, sur l’ensemble des diverses hypothèses
de compréhension proposées, une seule est issue d’une telle lecture,
c’est-à-dire selon les modalités d’un discours direct grammaticalement correct
et pleinement explicite : “ Ne faiblissez pas, et appelle à
la paix quand vous êtes en position de force…”
Malgré tout, nous avons parfaitement
conscience que cette démonstration ne pourra jamais être totalement suffisante
puisque l’historicité du document, le Coran, semble porter définitivement trace
de cet alif. Au final, point n’est là l’important.
Mais, d’une part, nous aurons démontré que
la compréhension « classique » de ce verset ne reposait que sur un
argumentaire faiblement étayé ne résistant pas à l’analyse. D’autre part, nous
aurons apporté un nombre conséquent d’arguments cohérents et convergents qui
justifient largement que nous retenions une autre possibilité de compréhension.
Nous aurons démontré sans conteste et par de multiples voies méthodologiquement
probantes que ce verset posait et confirmait des principes coraniques
primordiaux :
1- La guerre n’est pas un objectif en soi,
mais une nécessité lorsqu’il s’agit d’assurer la défense des musulmans.
2- La force et la puissance relèvent de l’action
dissuasive.
3- Corollaire direct de ces deux
principes : la paix est l’objectif premier, tout doit être mis en œuvre
pour parvenir à cette noble solution.
[1]
Je préciserais ici que je n’ai pas pour objectif ni
méthode de torturer les versets jusqu’à ce qu’ils finissent par avouer ce que
je pense. Tout comme il me parait inconcevable qu’un verset, prétendument au
nom de la multiplicité des interprétations fournies, puisse signifier tout et son
contraire !
Progressivement, j’explicite sur Oumma ma méthodologie exégétique en la série « Comprendre
le Coran ». Mais, pour l’instant, je dirais seulement ceci : Mon présupposé
est celui de la neutralité face à l’énoncé du texte. Il s’agit alors
d’analyser le signifiant pour passer au signifié, en d’autres termes, lire le
texte pour le comprendre. C’est cela, et uniquement cela que nous nommons
exégèse, le reste est commentaires. Cette démarche objective repose principalement
sur cinq axes participant tous de la littéralité :
- La sémantique, la lexicographie, la grammaire et la syntaxe.
- La recherche contextuelle liée aux « circonstances de révélation » authentifiées.
- Les indications prophétiques, la Sunna authentifiée.
- L’analyse contextuelle, c’est-à-dire l’environnement textuel où s’inscrit le verset en la sourate.
- La cohérence du verset étudié sur l’ensemble du propos coranique.
Méthode
somme toute classique, mais qui menée avec objectivité et rigueur permet
d’extraire le sens voulu par un verset. Ce processus ne possède de valeur que
si l’on prend soin de ne pas investir à chaque étape certains présupposés ou
acquis, et si l’on ne valide les résultats qu’en fonction de leur cohérence
niveau par niveau et transversalement pour l’ensemble des cinq approches suivies.
Enfin, nous postulons du fait que le sens ainsi mis à jour aura toujours valeur
et vocation universelles et intemporelles quelque soit le degré circonstanciel
du verset. L’étude de ce verset illustrera la cohérence et la force probante de
cette méthodologie.
[2]
Techniquement le verbe de cet impératif négatif est à l’apocopé, al mudâr‘i al majzûm.
name="_edn3" title="">[3] Apocopé mais aussi subjonctif, car on ne peut distinguer ces
deux temps aux 2ème et 3ème personnes du pluriel.
[5]
L’expression
dir=RTL style='font-size:14.0pt;font-family:"Traditional Arabic","serif";color:black'> وَأَنْتُمُ
الْأَعْلَوْنَ
, « wa antum al a‘lawn » peut signifier
soit : être en position de force, avoir le dessus, être
les plus forts, mais aussi : être en position élevée, être
élevés. L’on aurait pu ici retenir le deuxième choix et traduire : “
Ne faiblissez pas, et si vous appelez à la paix, [sachez que] vous
êtes plus élevés et Dieu et avec vous…”.
[6]
Je cite : « aw mansûb li idmâri
in », ce qui se traduit : « Ou bien cela se comprend
comme un subjonctif induit par la préposition « in »
sous-entendue. Tafsîr al Kashshâf.
name="_edn8" title="">[8] Je cite : « lâ tad‘ufû ‘anhum
wa tad‘uhum ilâ-s-sulhi wa-l-musâlamati. »
En cette paraphrase Tabari n’introduit pas de préposition supposée
sous-entendue en disant : « lâ tad’ufû ‘anhum wa [lâ]
tad‘ûhum ilâ-s-silmi » puisqu’il a étudié ailleurs cette
possibilité, Cf. point c) et note 7. En conséquence, sa présente paraphrase du
verset apparaît bien comme un cas d’application de ce qu’il a nommé un
subjonctif de substitution concernant la forme verbale tad’û ,
c’est-à-dire en ce cas sans préposition sous-entendue. Sa paraphrase signifie
alors : « Ne soyez pas faible à leur égard, et vous les appelez
(ou « et tu les appelle ») à la paix et à la conciliation ».
Cette paraphrase rend bien « l’archaïsme », c’est-à-dire un état
ancien de la langue coranique, de cet emploi particulier qui, une fois bien
compris, revient en fait à formuler un impératif faible par l’emploi d’un
subjonctif sans préposition. De ce fait l’on doit traduire : « appelez
à la paix » [ou « appelle à la paix]. Pour que
ce point délicat soit tout à fait clair, nous préciserons que ceci peut aussi
se déduire du fait que Tabari n’a en aucune façon employé en sa paraphrase
l’impératif « ud‘û » ou le présent « tad‘ûna »,
mais a cherché par cette paraphrase à illustrer ce que pouvait signifier
l’emploi très particulier de la forme verbale tad‘û en ce verset.
[9] En effet, il existe dans le texte de Tabari une confusion graphique entre tad’u hum,
lang=AR-SA dir=RTL style='font-size:12.0pt'>تدع + هم, soit la deuxième personne du singulier
au présent ou à l’apocopé, et tad’û hum تدعوا
+ هم, « appelez-les »,
deuxième personne du pluriel à l’apocopé ou au subjonctif, qui toutes deux
s’écrivent de la même manière تدعوهم
lorsque un pronom, ici hum, هم, leur est affixé, le alif marquant
le pluriel disparaissant alors orthographiquement. Donc, de part cette
imprécision orthographique et du fait que Tabari mentionne l’avis de Ibn Zayd
pour qui le verbe appeler est au singulier, l’on ne peut réellement savoir
l’accord choisi par Tabari en cette phrase.
name="_edn10" title="">[10] Concernant la
traduction du Professeur M. Hamidullah, il faut bien évidemment le lire en sa
traduction véritable. En effet, la traduction dite communément de Hamidullah,
très largement diffusée par les autorités saoudiennes, n’est pas la sienne.
Elle comporte de très nombreuses différences destinées à labelliser la lecture
wahhabite, ce verset en est un bon exemple. Le Professeur M. Hamidullah a par
ailleurs officiellement désavoué cette traduction. Je dois signaler ici une
imprécision de ma part. J’avais dit que ma traduction était aussi celle de M.
Hamidullah signifiant ainsi qu’il traduisait en positif « l’appel à la
paix » et non pas en négatif « ne pas appeler à la paix ».
Mais, nous venons de le citer, il emploie en sa traduction « appelez
à la paix », alors que j’avais personnellement traduit « appelle
à la paix ». Ne consultant pas les traductions pour traduire je
n’avais pas relevé, par inadvertance, la différence lors de ma citation, que
l’on veuille bien m’en excuser.
M. Gloton,
éminent spécialiste de la langue coranique, en son considérable ouvrage « Une
approche du Coran par la grammaire et le lexique », mentionne que l’on
peut aussi traduire : “ Ne faiblissez pas, et sollicitez la paix.
”
[11]
De façon caractéristique les versets se
terminent soit par le pronom kum (vous), soit par le pronom hum
(eux) ou parfois hâ (elles). Ce procédé donne à cette sourate un
rythme très particulier, mais l’usage de ces pronoms et l’alternance rapide
majore de fait l’impression d’un discours dépersonnalisé, général.
[12] C’est d’ailleurs de là qu’est tiré à juste titre l’autre nom de
cette sourate : « Le combat ».
[13]
Signalons que certaines versions électroniques normalisent à présent nombre de ces incorrections.
[14]
Précisons qu’en arabe la plupart des formes conjuguées indiquent par
elles-mêmes le genre du sujet sans que l’on ait à recourir à des pronoms. Mais,
toutefois, l’on ne peut distinguer au mode présent la deuxième personne du
singulier masculin (tu) de la troisième personne du singulier féminin (elle)
cas où le verbe s’écrivant et se prononçant alors de la même manière. Seul le
contexte ou plus rarement l’ajout de pronom permet de préciser le cas.




Commentaires
La lecture de ce texte me laisse admirative..
Barak Allahufik, vous avez le courage de questionner ce qui a été décrété de façon "institutionnelle" comme vérité.Ce texte bouscule les postulats figés pour réouvrir le champ des possibles.
Vous réussissez grâce à une pédagogie qui n’enlève rien à la scientificité de la démarche, à mettre votre démonstration à la portée de celui qui n’a pas votre érudition..merci de faciliter l’accès au raisonnement autonome, si nécessaire et pourtant si souvent confisqué.
wa salam.
@ hayat :Il ne faut pas tomber dans l’excès de l’admiration parce que un texte est bien écris ! on peut manipuler le verbe à merveille pour faire passer des idées qui sont souvent néfastes ! Si vous avez bien suivi les écris de Mr Al-Ajami ; vous allez vous rendre compte qu’il avait déjà dit par le passé des choses qui sont vraiment absurde , absurde car pas dites par le musulman lambda , mais de quelqu’un qui se veut théologien réformiste ! et c’est là où réside le danger pour les musulmans francophones sans connaissance réelle de la religion ! je sais que cela ne va pas plaire aux tenants de la pensée unique de ce site ! mais ouvrant le débat ! soyons des contribuables de la vérité et non pas de simples consommateurs de belles paroles bien écrites ! wa assalam !
Une analyse excptionelle, merci Dr Alajami pour tous vos éclairages.
Merci Dr Al’Ajami pour cette leçon éclairante et magistrale.
salam le demonstration et un peu longue mais obligatoire ,mon pere qui et pro d arabe ma confirme que cet traduction et tou a fais possible et que l auteur n avait pas fais d heresie je m excuse pour les fautes je ne suis pas francais
rien a dire tous les commentateur tel que tabari ou zamarcharie on confirme cet version du verset,mais il et vrai que veut tjrs infirmer le contraire pkoi pkoi pkoi ???
oh dommage moi qui voulait figther du mecrean ,le dr alajami a une nouvel fois dejoue no plan funeste ,pas cool
je m epencherais pas trop sur le texte < juste congratulation DR
salam
on peut le dire nous sommes en face du methode revolutionnaire si ca passe je crois qu il va y avoir deux groupe biem separe les intelo qui pense pas et qui font du copier coller et les intello qui pense mais qui non pas la methode mais le premier groupe le boycotera trop fier de remettre en cause le copier coller et les autres quel chance il verront un islam plus tolerant et ouvert et reflechie
A khenifra
OUI D ACCORD MAIS A PART D ETRE BIEN ECRIT C EST TRES BIEN ARGUMENTER ET JE TE PARLE MEME PAS DE LA DEMONSTRATIONS
WA SALAM
@ Khenifra ; tu t’en prends à l’homme et pas à son propos. Tu répètes que c’est bien écrit mais ce n’est pas là l’essentiel, c’est surtout parfaitement argumenté. Puisque tu prétends vouloir ouvrir la discussion amenez donc des arguments solides, des vrais, pas du copié collé de Uthaymyya, et prouvez-nous que le Dr Al Ajami a tort...relevez le défi point par point, langue arabe, grammaire, sababs, référence, rigueur, logique,etc. Voilà un vrai jihâd pour vous. Au passage, tu écris Mr al Ajami et pas Dr al Ajami cela dévoile bien tes intentions et l’état de ton cœur... Allez,sans rancune.
Salam Aleïkoum,
Ce que je trouve admirable dans ce texte, cher Khenifra, c’est justement sa capacité à permettre au lecteur de raisonner par lui mêmeet ne pas rester de simples consommateurs de pensée toute faite. Il me semble que la démonstration qui est faite ici est extrêmement rigoureuse et en même temps pédagogique,très loin de la simple "belle parole". C’est cela que je saluais.
Quant aux choses absurdes et néfastes que M. Al ’Ajamî aurait dit, j’attends que vous expliquiez, car personnellement, je n’ai jamais fais un tel constat et je pense être une lectrice plutôt critique. Mais il est vrai, n’est-ce pas, que les musulmans francophones ont de très nombreuses lacunes....
SALAM
TOU D ABORD JE MEXCUSE POUR LES FAUTES JE SUIS EN ASIE ET JAI QUERTY ET JE DOIT TOU TRANSLATER ,MON FRERE EN ISLAM ABDOU QUI ET PROFFESEUR D ARABE A LA FACULTE DE BOUQUARA ME DISAIS QUE CERTAINS MILIEU INTELECTUEL CONAISSE CET VERSION MAIS INTERDIT D EN PARLER, ON NE BOUSCULE PAS L ESTABLISHMENT SINOM ON ET CONSIDERE COMME ERETIQUE ,D APRES LUI CA DEMONSTRATION ET VALABLE ET QUE SONT NIVEAU D ARABE ET TRES BON MAIS LES SUBTILITER APPORTER DANS CA DEMOMSTRATIONS TIEN APROUVE QUE LE DR AL AJAMI ET D CONNAISSANCE TRES PROFONDES EN MATIERES D EXEGES ET COMME CERTAINS LE DISE CA METHODE ET REVOLUTIONNAIRE ,QUE ALLAH VOUS PROTEGE ,ON VA VOUS DETESTEZ MON AMI
SALAM
a khenifra tu et d un sinisme absurde ,si tu crois que tu et capable de demonter sont raisonement fais le mais laisse l homme tranquille ,soyons juste et critique sur le texte et montrons nous musulmans que nous sommes capable d elever le niveau du debat,les coups sous la ceinture y en a marre ,
salam cher monsieur .
Le chainon manquant dans notre compréhension de l’histoire musulmane consiste en deux point essentiels
1°)L’OPA faite par le système ommeyade sur le message et son instrumentalisation qui a déteint sur le fikh et bien d’autres facettes de notre commaunauté.
2°) la vision statique que nous avons de nos textes.
Ceci a entraîné une approche où non seulement (makasid chari’a) ont été occultés mais où l’on a oublié que l’Islam est une pédagogie de spiritualité conjuguée avec une civilité dont la paix est au centre ( soyez frères o etres humains ( ya ayouha nass)a bien dit le Prophète (sws)dans son dernier discours . Même étymologiquement islam a pour racine ’’ salam’’ (paix). Nous devrions en être les initiateurs mais apparemment les marchands de canons ne sont pas d’accord et le ’’siwakobellicisme’’ fait leur affaire.
Je tiens à vous manifester, monsieur le grand respect que j’ai pour vos approches.
Je ne manquerai pas de reprendre ces argumentations fort intéressantes sur mon site avec la permission de oumma.com , admirable agora islamique.
Dernière remarque : la caravane doit passer ...
Dr Al’ Ajami est grandiose de rigueur et de reflexion. le lire est toujours un grand moment intellectuel. Un privilège dont on mesure toute la portée.
Kkenifra est un immense ignorant qui se permet de porter des jugements déplacés sur Le Dr Aljami époustouflant de classe, de rigueur de culture comme le prouvent ces articles qui nous projettent dans un univers : celui de la science et du savoir.
Khenifra est visiblement ébranlé par l’argumentation implacable du Dr Aljami, n’ayant rien à lui opposé sauf son dépit, Khenifra tapi derrière un pseudo se lance dans des jugements personnels au lieu de répondre à l’argumentation étayé du Dr Aljaami. Mais Khenifra en a t-il les moyens : Nous attendons sa réponse... Mais je crains que l’on attende longtemps....
je croyais naïvement que Tariq Ramadan était à la pointe de la réflexion théologique, or en lisant M. Al Ajami, je me rends compte combien Tariq Ramadan a encore beaucoup à apprendre et qu’il est bien en dessous du niveau d’analyse de Al AJami. Ce n’est pas en écumant les plateaux TV, que Tariq Ramadan approfondira sa réflexion. Un peu d’humilité et de discrétion ferait du bien au frère Tariq.
Des textes comme ceux-là, je dis oui . On en redemande. Vous êtes notre éclaireur Dr Ajami. Merci pour pour votre culture si grande qui impose le plus grand respect.
PhénoménalPhénoménalPhénoménalPhénoménalPhénoménalPhénoménal
VIVE LE DR ALAJAMÎ
Salam alaykoum ou plutôt Paix sur vous,
J’ai beaucoup apprécié la méthodologie de l’argumentation, même si j’ai un peu buggé sur certaine explication d’analyse grammaticale. Je n’ai jamais aimé le i’rab en arabe alors en français pour une texte en arabe, c’était difficile, mais les explications sont claires et très pédagogiques. Aussi je ne connais pas le terme français apocopé, mais si j’ai bien compris dans le dico c’est une abréviation, comme lorsqu’on dit dico pour dictionnaire. Je ne sais pas si le Coran qui excelle en langue arabe très soutenu, ai en son sein cette figure de style, et comme cela était présenter comme une possibilité, j’aurais aimé au moins avoir un exemple d’un verset qui applique ce style comme argument de cette thèse. (Cela plus par curiosité sur les différents styles existant dans le coran que sur le fond en lui-même de l’argumentation.)
Sinon une dernière remarque, Dr. Ajami à omis de souligné la « mauvaise » traduction du coran dans le site Oumma.com, en effet, au verset 35 s47 en question on peut lire sur le site oumma.com/coran : « 35. Ne faiblissez donc pas et n’appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts, que Dieu et avec vous, et qu’Il ne vous frustrera jamais [du mérite] de vos œuvres »
Aussi pour les commentaires, je rappellerais simplement que le Dc. dit lui-même de ses illustres savants : « ces nobles chercheurs ne se savaient être qu’un des maillons pensants de la chaîne de Vérité, et le véritable manque de respect à leur égard est de les avoir statufiés. », ainsi il ne faut pas trop vite jeter au chien une quelconque remarque, ou critique sur cette exposé. Qui pour moi, simple lecteur et simplement excellent sur le contenu et la forme, la bonne lecture d’un verset « équivoque ».
Sans être un fervents défenseur d’une lecture dite « anti-paix », je tiens juste à rappeler que ma lecture de se verset dans mes lectures quotidiennes était aux sens négatives, elle était un simple réflexe d’appliquer la négation sur les deux verbes. Comme cela existe dans de nombreuse prépositions et que l’absence de la négation du [la] était volontaire pour éviter la lourdeur de la répétition, comme cela est très souvent d’usage.
Je ne pense pas que cette incompréhension de lecture nous même à des raisonnements d’apologie de la guerre. Car comme cette étude nous le montre, les lectures, les interprétations, les exégèses ne pourraient être en contradiction avec de tels principes et valeurs prôné par notre religion comme la Paix. Lorsqu’on lie le Coran on recherche la paix, comment celui-ci nous inviterait à la guerre !
salam
felicitation pour le cours de grammaire vous m avez bleufe
salam
je crois que je vais le traduire en arabe et l envoyÉ au saoudien ,il vont haluciner .apres tou il sont bien trafiquer la traduction de hamidulah.la premiere.
a Raachid : mon frère, l’apocope ou apocopé est tout simplement un temps de conjugaison en arabe très proche du subjonctif et pouvant être utilisé pour exprimer l’impératif. d’ailleurs en note 2 le Dr a donné le nom de ce mode verbal, al mudâr‘i al majzûm, donc rien à voir avec le style du Coran.
Wa salam
Raachid, vous exprimez mieux que j’aurais su le faire le léger bémol que m’inspire la démonstration du bon Dr Al ’Ajamî, un bémol qui n’enlève rien à l’exemplarité de sa méthode. Car au fond, apporter une légère critique sur tel ou tel point revient à lui rendre l’hommage de son imitation.
Par exemple, je ne vois pas ce qui interdirait au Texte d’être ambigüe voire contradictoire. L’ambigüité et la contradiction sont des figures de style qui peuvent fort bien être là pour inciter le lecteur à s’affranchir de certaines contraintes (logiques, spatiales, temporelles ...) et atteindre un niveau (spirituel) où ces contradictions sont abolies : de même que dans la Mosquée aux Mille Colonnes il est un point de perspective d’où la forêt des colonnes se range en alignements parfaits.
J’aurais aimé que notre cher docteur Al ’Ajamî nous parle aussi du rôle de (wa) dans le verset S47-V35 et nous dire si cette préposition de liaison a la même fonction dans une proposition donnée qu’une conjonction de coordination. En effet, n’étant pas arabisant, je ne trouve pas de lien logique que le wa est sensé apporter entre les verbes “faiblir” et “appeler” de ce verset. Je pose donc la question de savoir quel type de rapport le wa introduit entre ses deux verbes et s’il y a lieu de comprendre que l’un soit la conséquence de l’autre ou qu’il lui soit subordonné.
De plus, de part l’importance et la nécessite urgente que comporte ce verset, exigeant en lui-même une compréhension claire et sans ambigüité, je crois sincèrement que l’ allusion implicite de la négation qui serait associer au verbe appeler trouve difficilement sa place d’autant plus qu’il s’agit d’une question vitale puisque liée à la paix. Pour ma part, j’ai toujours été convaincu de la primauté d’une lecture pacifiée de ce verset particulièrement et du coran plus globalement et ce quelques que soient les considérations.
Le coran insiste par contre à plusieurs endroits sur le recours de la légitime défense mais nous invite aussi à nous abstenir de nous venger et mieux encore à pardonner. Je reste persuader que même si le verbe appeler est conjugué implicitement dans sa forme négative, avec l’introduction de la négation lâ , rien n’autorise à conclure nécessairement et systématiquement que le non-appel à la paix implique une volonté guerrière. Dans le pire des cas, c’est un accommodement d’une situation de ni guerre ni paix. Un peu comme “A vous votre religion, et à moi ma religion”.
salam
hamdoulilah je ss content que notre soeur nadia yassine fille de abdelsalam yassine intervient sur le site de oumma bien a vous nadia
Dr El’Ajami,
Ce que vous nous dites là est... énorme !
Cela signifierait que si le Coran est préservé de la corruption humaine, cette pureté nécessaire est contournée par des interprétations lourdes de conséquences. On ne va pas refaire l’Histoire. Mais il serait peut-être temps de reprendre profondément l’exégèse du Coran (travail de très longue haleine), pour l’entier bénéfice des Musulmans et non plus pour celui des Princes de ce monde ou des curés qui s’ignorent).
Il est aberrant, incroyablement aberrant qu’il faille encore et encore, se soumettre, même avec toutes les précautions nécessaires, à des exégèses d’un autre temps, alors que notre époque, pendant laquelle l’Islam affronte de toute part (de l’extérieur, mais aussi paradoxalement, de l’intérieur) des pressions immenses, historiques, alors que notre époque disais-je, nécessite avec une extrême urgences, des réponses impérieuses à des défis immenses. Les réponses sont, là, dans le Coran, Livre sans contradictions aucune, Livre absolu.
Il n’est bien entendu pas question de dénigrer le travail des anciens, combien même parfois, ils ont interprété dans le sens des intérêts du Prince, ou autre... Pour paraphraser le Coran, à eux leur ère, à nous la nôtre.
MAis il est temps de ré-ouvrir grandes, les portes de l’Ijtihad, sans peur, sans crainte, avec deux seules contraintes : le désir sincère d’aller dans le sens du Bien, et la rigueur extrême que nécessite un Livre absolu. C’est d’évidence, le sens de votre démarche (et votre livre est un premier pas dans ce sens).
Merci encore pour votre démarche qui redonne de l’espoir. Sachez qu’ils sont nombreux, immensément nombreux, les Musulmans avides de vérité, de justice, de respect, de sérénité, pour enfin aller de l’avant, et être plus forts face aux défis de ce temps.
Salam à marie et à tous . Merci beaucoup pour ton salut particulier.
Merci surtout aux concepteurs de ce site et à sa sympathique équipe.
Je voulais juste revenir sur le commentaire de Lamina et relier sa réaction à notre sujet justement .
Que vient faire Tarik Ramadan dans cette affaire, chère amie ?
Pourquoi doit-on toujours avancer en stigmatisant l’un ou l’autre ?
Tarik fait ce qu’il peut et si l’on n’est pas toujours d’accord avec lui , il faut respecter son choix.
Monsieur Ajami parle de statufication de nos penseurs et de nos oulémas. Il faudrait nous défaire de celle-ci ( statufication) que ce soit pour les encenser ou pour leur jeter la pierre.
Je ne suis pas toujours d’accord avec Tarik ramadan et plus souvent qu’on puisse le croire mais je lui reconnais une grande valeur et apprécie l’effort qu’il fait .
La chose à faire serait de l’égaler dans son effort afin de pouvoir construire une culture du débat dont nous avons été coupés ou que l’on nous a confisquée plus exactement .
Monsieur Ajami ne s’est pas opposé à tel ou tel penseur ou Alim pour briller comme il le fait ; il a juste participé et continué une approche critique faisant rupture avec une longue nuit de taklid et de ronronnement et s’inscrivant dans le maniement de l’argument non de la haine ou du rejet gratuit.
Pour en sortir , chacun devrait économiser son énergie et ne la dépenser que pour déconstruire et construire une pensée qui en a bien besoin. Plus nous serons , mieux vaudra tant que nous taravaillons pour la bonne cause qui, malgré ce qu’en pensent beaucoup est universelle...
J’ai envie de parodier une pub (peu importe laquelle et pour quel produit !) en disant je suis musulman (e) donc je crois , je crois donc je réfléchis , je réfléchis donc je pense , je pense donc je suis, je suis donc je participe à l’universel , je participe à l’universel donc je dois comprendre mon rôle , je comprends mon rôle donc je suis pour la paix , je suis pour la paix donc je suis un bon musulman , je suis un bon musulman donc je dois défendre la paix... et l’on pourrait continuer comme cela très longtemps.
Réfléchissons ensemble car rien ne nous l’interdit surtout si notre but est de sauvegarder ce message de paix universelle.
La seule guerre que nous devrions mener est une guerre contre l’Ignorance qui a sapé notre intelligence de Dieu et de notre foi . Dieu s’appréhende par l’intuition que l’on préserve en la modelant à coup de ’ibadate’’.
Le monde auquel Dieu nous demande de participer positivement s’appréhende en faisant faire un peu de gymnastique à notre raison et à l’aiguiser dans la sérénité et non le rejet de l’autre .
Très cordialement et encore tous mes respects à notre cher auteur pour l’effort qu’il fournit malgré tous les découragements.
C’est une excellent exposé que vous nous avez offert.Le niveau monte monte...
A quand une démonstration en direct ?
Pour moi ce sera bientôt inchaallah !