Samedi 26 mai 2012
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook

Que dit vraiment le Coran ? (2/2)

Nous publions la suite de l’entretien avec le docteur Abou Nahla Al’Ajamî à l’occasion de la parution de son livre « Que dit vraiment le Coran » aux éditions Srbs. Un ouvrage indispensable pour tous ceux qui souhaitent connaître la véritable position du Coran sur le voile, le djihad, la laïcité, la polygamie, la démocratie, les attentats terroristes etc…

Partagez :

Nous publions la suite de
l’entretien avec le docteur Abou Nahla Al’Ajamî à l’occasion de la parution de
son livre « Que dit vraiment le Coran » aux href="http://srbs.fr/Affiche.htm" target="_blank">éditions Srbs. Un
ouvrage indispensable pour tous ceux qui souhaitent connaître la véritable
position du Coran sur le voile, le djihad, la laïcité, la polygamie, la
démocratie, les attentats terroristes etc…

Vous affirmez que l’Islam n’a
eu de cesse de se "juridiciser" et que le Droit musulman (le Fiqh),
élaboré sur plusieurs siècles, s’est en pratique bien souvent substitué à
l’autorité du Coran et de la Sunna tout en s’en réclamant.

Un seul exemple parmi d’autres
 : Le Fiqh a admis la lapidation en cas d’adultère en se référant entre autre au
trop fameux verset qu’aurait seulement connu Umar dit "verset de
lapidation". Le plus impressionnant dans cette affaire, nous le montrons
clairement en notre ouvrage, c’est que l’on puisse se référer à un
"verset" qui n’existe pas et que Umar ne mentionne pas expressément dans
le hadîth en question et ce, alors même que le Coran a abrogé cette
sanction en S.24.V2. Ni la Sunna ni le Coran ne font présentement autorité alors qu’il en est fait implicitement usage.

Effectivement, à bien comprendre,
l’Islam, et non le Coran, a suivi un processus de juridisation. Les besoins
administratifs et califaux réclamèrent et imposèrent un développement
légiférant. Bien avant que l’interprétation, le tafsîr, ne devienne une
discipline indépendante, le Droit musulman, le Fiqh, était codifié en
ses principes et applications et ses écoles principales déjà constituées. En
une perspective civilisationnelle, cela se justifie sans difficulté mais il
n’en demeure pas moins que l’interprétation du Coran n’aura jamais été en
mesure de récupérer la primauté qui est sienne.

Ainsi, le Droit musulman dont
l’originalité et d’être en filiation avec le Coran et la Sunna imposera-t-il sa marque exégétique sans souffrir d’une réelle concurrence. Mais, nous
l’avons précisé, les matériaux juridiques que ce soit dans le Coran ou le
Hadîth authentifié sont peu nombreux et largement insuffisants pour construire
un Droit complet.

Il est parfaitement établi et
bien connu que les droits de sauvegarde immédiate octroyés par le Coran et mis
en application par le Prophète (SBSL) durent par la suite être complétés selon
deux voies différentes.

-La première était déjà en
vigueur du temps du Prophète (SBSL). En l’absence d’une révélation spécifique
le droit coutumier prévalait. Attitude logique confirmée non pas explicitement
par le Coran ou la Sunna mais par l’évidence : la Révélation ne modifia que quelques points clef de la tradition arabe ce qui validait
implicitement la situation existante. Comment aurait-il pu du reste en être
autrement, était-il possible d’imaginer que l’on puisse effacer la mémoire et
la culture d’un peuple.

Quelques dictateurs exaltés s’y
sont essayés sans succès. C’est donc naturellement et logiquement que, dès le
Ier siècle, les juristes de l’Islam grandissant adoptèrent et incorporèrent au
corpus du Fiqh des éléments découverts dans les provinces nouvellement
conquises : Droit romain, Byzantin, Mosaïque, etc.

-La seconde est celle ayant
réellement donné au Droit musulman ses lettres de noblesse et sa spécificité.
L’on aura noté qu’à l’origine le lien organique entre la Loi et le Coran ou la Sunna était assez lâche et l’on doit aux mérites des fondateurs des
grandes écoles juridiques d’avoir systématisé la production du droit en Islam.
Filiation avons-nous dit ; si le Droit musulman se réclame du Coran et de la Sunna c’est en vertu du fait que ses principes généraux d’élaboration (’usûlu-l-fiqh)
sont en référence avec le Coran ou le Hadîth.

 Cependant il faut bien
comprendre que ce lien est conceptuel mais non obligatoirement réel. Cette
indécision laisse tout un chacun penser que le Droit musulman est une
continuité de la Loi révélée, au point que pour la plupart sont confondus le
Révélé, le Fiqh et la Charia. Si tel était, il n’y aurait jamais eu aucune
contradiction ou opposition entre les attendus de ce Droit et les énoncés
coraniques. Or, ce n’est point le cas lorsqu’on confronte certaines positions
juridiques directement au Coran.

De plus, la multiplicité des
divergences entre écoles démontre concrètement que le rapport avec les deux
sources principales, le Coran et la Sunna, est variable selon les
méthodologies, pouvant ainsi aboutir à des résultats opposés. Ceci s’explique
aisément si l’on pousse un peu plus avant l’étude du problème. A la référence
au Coran et à la Sunna (laquelle pose le problème d’authentification) ont été
par nécessité additionnés des principes connexes.

 Ces derniers sont en pratique
les plus utilisés et les plus productifs, citons : le consensus (al ijmâ’),
le raisonnement analogique (al qyyas), l’abrogation (an-naskh),
le choix préférentiel (l’istihsân), l’intérêt général (al maslaha),
l’usage coutumier (al ’urf). Observons que ces leviers essentiels de la
production du Fiqh reposent sur le jugement humain et non directement sur le
Coran ou la Sunna. Qui plus est, l’on peut démontrer name="_ednref1" title=""> class=MsoEndnoteReference>[1]
que les trois premiers n’ont aucune justification parfaitement établie dans le
Coran ou la Sunna. Ils eurent cependant le mérite d’exister et d’encadrer la
pensée juridique et l’élaboration du Droit ce qui permis, à défaut, de créer un
Droit spécifique aux musulmans.

Ce bref survol de l’histoire du
Fiqh nous aura permis de cerner les raisons essentielles de la relativité de
notre système juridique. Ceci étant, et bien plus concrètement, nous avons
abordé en ce travail une quinzaine de questions d’ordre "juridique" :
Statuts des hommes et femmes, polygamie, répudiation et divorce, talion et
peine de mort, peines corporelles, etc. Suivant notre méthode nous avons
envisagé la totalité des versets relatifs à chaque point et ou les versets
types complémentaires. Afin que le lecteur puisse lui même se faire un jugement
personnel, nous nous sommes contentés, avec neutralité, de faire précéder
chaque verset d’une brève mise en situation. Puis, dans un second temps nous
présentons sans ambiguïté le point de vue classique du Fiqh sur le sujet
concerné.

Comme il était prévisible, les
résultats sont très souvent différents de ce que le Droit musulman a entériné
par le passé, conclusions toujours validées au demeurant. Devrait-on postuler
que le Coran est en contradiction avec le fiqh, ce n’est sérieusement pas
envisageable ! Ce coefficient de variation est en lui-même la
démonstration que le Droit a suivi des développements propres. Bien souvent, il
finit par adopter des positions conformes aux mentalités ou à des besoins
spécifiques mais pas obligatoirement au message premier du Coran ou de la Sunna.

En conclusion, et pour reprendre
le distinguo imposé par votre question, je rappellerais que le Coran, y compris
en ses versets "juridiques", est systématiquement positionné
éthiquement. A l’extrême, lors de l’énoncé conditionné, j’insiste sur le
conditionné, des peines corporelles, il offre immédiatement les conditions du
rachat pénal et du pardon divin. Dieu par la Révélation aspire à sauver les âmes et non à affliger les corps. Ainsi la pédagogie
éthico-morale divine fit massivement renoncer à l’ivrognerie du temps de la Révélation. Alors que, par la suite, les coups de fouet prévus par la Loi des hommes, et non le Coran, ne purent jamais réduire les consommateurs.

Comment situez-vous la Sunna (actes et dires du Prophète Muhammad) par rapport au Coran ?

L’originalité de "Que
dit vraiment le Coran"
est de fournir une réponse aux sujets traités
en n’argumentant que par les versets du Coran. C’est en quelque sorte une
exégèse thématique. Les versets sont exposés suivant un plan pédagogique
mettant en valeur les axes de réflexions que chaque thème suppose. On obtient
ainsi un point de vue strictement coranique structuré et argumenté. Nous ne
faisons pas de commentaires mais procédons à de brèves mises en exergue afin
que le discours coranique n’en soit que plus saillant, plus de 700 versets pour
quarante questions ont été ainsi répertoriés et mentionnés.

Cette présentation directe laisse
apparaître clairement le sens des versets sans aucun autre apport
complémentaire class=MsoEndnoteReference> style=';'>[2].
Cela justifie que nous ayons affirmé, par le titre même du livre, transmettre
ce que dit vraiment le Coran. L’on pourrait vouloir nous reprocher ce manque de
modestie et objecter que la diversité des interprétations fournies par nos
prédécesseurs nous oppose un sérieux démenti. Qui donc prétendrait détenir la
vérité en la matière ? Non pas une personne physique ou intellectuelle, mais
une méthode dont la particularité est de permettre au lecteur du Coran d’en
percevoir un sens immédiat sans pour autant en perdre son jugement.

A bien considérer ce travail on
notera que je n’y donne pas mon avis, je ne condamne pas non plus mais présente
seulement le fait coranique sans aucun discours, à l’état natif. C’est donc
réellement (alors synonyme de vraiment) le propos coranique qui est exposé. De
nombreux lecteurs seront surpris des résultats, constatant que les versets
coraniques s’opposent à leurs points de vue, ils auront alors à faire leur
propre choix. Le Coran à l’origine s’adressa ainsi aux premiers hommes,
musulmans et non musulmans. Chacun fut interpellé directement en âme et
conscience et pris ses propres engagements, le Coran avait alors donc bien un
sens évident que l’on pouvait percevoir puis accepter ou refuser à des degrés
variables.

Les versets que nous présentons
ne sont pas mis directement en relation les uns par rapport aux autres mais
sont insérés selon une démonstration d’ordre logique. Nous avons effectivement
préalablement élaboré une grille d’analyse de la question envisagée et, par la
suite, recherché des informations coraniques correspondant à ce cheminement
logique. Pour que le résultat ne soit pas induit par cet ordre d’exécution,
nous avons bien évidemment vérifié qu’il n’y ait pas de versets en
contradiction.

Au-delà de deux versets distincts
concordants, il est impossible qu’un troisième vienne à infirmer les deux
premiers. Ceci du fait que le Coran ne comporte pas de contradictions internes href="#_edn3" name="_ednref3" title=""> class=MsoEndnoteReference>[3].

La question est donc conçue selon
des normes scientifiques et non pas apologétiques, défensives, rhétoriques ou
juridiques. Les résultats de cette recherche sont ainsi crédibles et au plus
près d’une lecture littéraliste. Par cette approche le Coran est relu en notre
contemporanéité selon une méthodologie et un propos en adéquation avec le vécu
actuel de ces problématiques. L’on peut ainsi vérifier que le Coran se suffit à
lui-même, ce qui pourrait être une évidence, mais fonde par ailleurs le tafsîr
du Coran par le Coran. Ce mode d’interprétation est pour nous essentiel.

Qu’en est-il donc de la Sunna en exégèse ? Fondamentalement
elle est justifiée par des versets tel que celui-ci "…Nous
t’avons révélé le Rappel afin que tu explicites ce qui leur a été ainsi révélé,
ceci afin qu’ils y réfléchissent."S16.V44
. Or, le verbe bâna
traduit le plus souvent par expliciter signifie aussi déclarer,
déclamer
, manifester, exposer, exprimer clairement. Cette
remarque permet de mieux comprendre que, contrairement aux idées reçues, nous
ne disposions que de très peu de hadîths authentifiés (sahîh) relatifs à
l’interprétation du Coran par le Prophète Muhammad (SBSL). A l’origine nous
l’avons dit le tafsîr n’existait pas en tant que discipline indépendante et les
données éparses figuraient dans les recueils de Hadîth.

 Al Bukhârî, fort heureusement,
s’est intéressé au sujet et a collecté plus de 450 hadîths en un seul chapitre.
Mais, si on examine son contenu on constate qu’émane directement du Prophète
Muhammad SBSL moins de 60 hadîths, le reste étant constitué d’avis personnel de
Compagnons, notamment Ibn Abbâs. Qui plus est, dans la plupart des cas, il
s’agit de prophéties, d’informations relatives à la nature ou la description de
l’au-delà. Un complément eschatologique bien plus qu’une interprétation
prophétique.

Conscient de cette carence on
postula que le tafsîr du Prophète SBSL était l’exemple même de sa vie et,
partant, il fut possible de relier plus de hadîths au Coran. Mais il ne s’agit
toujours pas d’interprétation au sens vrai du terme, en voici une démonstration
pratique : Ibn Kathîr excella en cette entreprise et en son important tafsîr de
la Fâtiha il cite plus de 25 hadîths. Après authentification ne reste qu’une
quinzaine de hadîths sahîhs. Après examen de leur contenu, seuls 2 hadîths
fournissent des éléments d’interprétation. Les autres étayent seulement le
propos de l’auteur mais ne sont pas à proprement parler des exégèses
prophétiques.

Si l’on examine et authentifie
les recueils consacrés aux "Circonstances de la Révélation", asbâbu-n-nuzûl, nous obtenons au maximum 200 propos sahîhs. Ils sont
majoritairement issus de l’opinion personnelle de Compagnons et non directement
d’une indication formelle du Prophète SBSL et, bien souvent, ils ne permettent
pas d’établir avec certitude, selon leur formulation, le lien entre tel verset
et telle circonstance de révélation. Au total, tous aspects confondus, 10%
seulement du Coran peut être ainsi encadré par des informations connexes ne
permettant de déterminer, le plus souvent, que des orientations
d’interprétation plus que des interprétations à proprement dire. En réalité si
on calcule le taux réel d’intervention directe du Prophète SBSL on obtient 1%.

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, le
Hadîth n’est pas pour nous une source secondaire, il s’agit seulement d’un
constat : en fonction d’une authentification réellement menée –bien trop de
hadîths faibles ou apocryphes figurent dans la majorité des tafsîrs- nous ne
disposons, et nous ne pouvons que le regretter, que de très peu de matériaux
exploitables. Nous avons par ailleurs rapidement évoqué certaines causes
expliquant fondamentalement cet état de fait mais une approche plus profonde du
sujet serait ici hors sujet.

Par contre, et c’est le fait
essentiel, il existe un rapport bien plus important entre l’interprétation du
Coran et la Sunna : l’obligation de cohérence. Si dans la Sunna l’on peut effectivement trouver des éléments explicitant ou spécifiant certains aspects
du Coran l’on ne peut concevoir que le Hadîth puissent contredire le propos
coranique et encore moins l’abroger. Pareillement, s’il y a conflit de sens
entre un verset explicite et un hadîth qui soit correctement authentifié il
faudra remettre en cause le sens que nous donnons au dit hadîth.

En "Que dit vraiment
le Coran"
nous avons souhaité éclairer le Coran par le Coran, mais
nous avons tenu compte de l’inférence Coran-Sunna en citant en conclusion de
chaque question un hadîth sahîh en rapport direct avec le sujet ou l’esprit le
caractérisant. Comme un point d’orgue attestant concrètement de la cohésion des
deux corpus authentiques, le Coran et la Sunna authentifiée, et corroborant le sens global de la question envisagée. Au final, une validation de la lecture
du Coran par lui même et tel qu’en lui-même.

Que pensez-vous de la
distinction entre les versets mecquois qui ont une dimension religieuse et
universelle et les versets médinois qui traitent de cas plus précis comme le
divorce, le mariage, l’héritage …

Nous avons précédemment vu que
nous devions considérer le Coran comme un tout homogène et cohérent. De ce
point de vue, la distinction entre verset mecquois et médinois n’apporte pas
d’informations supplémentaires. Pour le musulman postérieur à la Révélation et a fortiori pour le musulman des temps présents, cette subdivision coranique n’a
pas de valeur, le message coranique est un même s’il comporte des volets
thématiques différents. Que l’on puisse très grossièrement répartir en deux périodes
temporelles certains cadres de pensée ne permet pas de les hiérarchiser, l’on
ne peut donner par ce biais priorité à certains sujets par rapport à d’autres.

Il faut garder à l’esprit qu’à
l’origine ce type de classement constitua une première tentative de classement
chronologique de la Révélation. D’autres aspects furent de même considérés tel que : les versets révélés de nuit ou de jour, en voyage ou sur place, en tant de
guerre ou de paix, etc.

Cependant la chronologie de
révélation peut être, et doit être, bien plus affinée, elle revêt alors une
importance capitale pour la compréhension du Coran. Nous en avons donné
plusieurs exemples notamment lors de l’étude des délicates questions relatives
au voile et à la lapidation.

La connaissance de l’ordre des
révélations successives est d’une grande importance en des sujets ayant fait
l’objet de prescriptions coraniques progressives. De façon générale, l’on ne
peut que déplorer la perte irrémédiable de nombre de renseignements de ce type.
La division mecquoise médinoise ou le numéro d’ordre de révélation des sourates
n’y pallie que très grossièrement. Il est encore à regretter que très peu de
recherches soient menées systématiquement en la matière Lorsque nous avons eu à
traiter des questions d’ordre "juridiques" nous avons trouvé
l’information adéquate plus fréquemment en des versets médinois. Pour les
sujets plus dogmatiques, en des versets mecquois. Concrètement l’on ne peut
rien conclure d’une telle observation que je qualifierais de statistique.

Malgré tout, force est constater
un regain d’intérêt dans le discours actuel pour cette division binaire du
Coran. De nombreux nouveaux penseurs ou réformateurs en font effectivement
grand usage. On semble vouloir dire que l’essentiel de la communication
coranique serait mecquois et représenterait le message universel et intemporel.
Pour réactualiser l’Islam il faudrait donc, presque naturellement, comme un
mouvement d’introversion, remonter à la source en prenant préférentiellement en
compte les premières révélations. Sont ainsi confondus le nécessaire retour à
l’origine, le Coran en sa formulation finale, et la réduction de la
"Parole de Dieu" à une de ces fractions.

Ce serait progresser à reculons ;
à l’extrême ce genre de raisonnement pourrait nous ramener au premier temps du
Coran où il n’y avait aucune pratique religieuse et aucun interdit. L’on
imagine le parti que pourrait, ou voudrait, en tirer les partisans d’un Islam
laïcisant et non formel. Plus avant encore, on pourrait aussi selon une
thématique chère à la période mecquoise s’en référer au final à la religion
prototypique, dîn al qayyîm, et enjamber en une régression
transhistorique la Révélation de Dieu faites aux hommes.

Pour conclure, quelle lecture
du Coran un musulman vivant dans une société non musulmane doit-il avoir ?

Nous sommes à présent au-delà de
la méthodologie, au lien vivant, notre relation à la Révélation. Le respect en est le cœur, et le respect naît de l’amour et de l’intelligence.
Amour que le Croyant porte à Dieu et à ce qui émane de Lui vers lui.
Intelligence, car la subtilité est seule à convenir à la grâce de la Parole divine.

Vous précisez : dans une société
non musulmane. Pourrions-nous nous contenter d’une lecture superficielle ou
surfaite du Coran dans une société musulmane ? Probablement, mais seulement par
défaut, par paresse intellectuelle, selon une foi confortée par le suivisme et
non par l’engagement de la raison. En un monde occidentalisé, je vous
l’accorde, le rapport est inverse ; la raison doit primer. Non pas que la foi
doive être reléguée aux oubliettes de notre âme, être dissimulée, ou qu’il
faille n’établir qu’une relation intellectuelle ou intellectualisante au Coran
et, conséquemment, à notre religion.

 Je veux dire que l’intelligence
du Texte doit être étudiée et assimilée afin que cet acte de raison renforce la
foi. Dans un environnement rationnel, toute forme de foi est potentiellement
menacée et, le plus souvent, le croyant pour préserver son intégrité recours à
une disjonction nette entre foi et raison, il sépare lui-même son église de son
temporel. Ce réflexe d’autodéfense est nuisible à l’équilibre de l’être et, à
terme, il est fort probable qu’une foi ainsi esseulée finisse par se dessécher.
Le rationnel en ce monde domine et dominera de plus en plus, le croyant doit
non pas lui tourner le dos mais apprendre à l’utiliser pour vivifier sa foi,
comme une eau de connaissance irrigant le champ de sa conscience religieuse.
Ainsi fécondé, il renouvellera en permanence sa foi et pourra s’adapter aux
variations de son milieu. Le Coran ainsi lu, compris, vécu, est comme une eau
jamais épuisée.

Il convient de bien distinguer
l’adaptation de la réinterprétation. Je ne suis pas partisan d’une relecture
réinterprétée, elle a ses chantres qui, aux néo-conservateurs, opposent une
néo- pensée islamique. Seulement ce dernier concept est bien mal défini et,
essentiellement, ne se rattache pas directement à la lecture du Coran mais à
l’exposé de la pensée pensante. Entre ceux qui nous proposent le passé comme
avenir et ceux qui nous promettent des lendemains chantant il existe fort
heureusement un autre espace. Entre une lecture morte du Coran et une non
lecture du Coran la Révélation toujours vivante nous interpelle corps et âme,
foi et raison. Immuablement persiste un horizon de vérité et de sincérité qui,
quoiqu’il en déplaise, est littéraliste, littéralement textuel.

Le monde matériel a évolué, c’est
un fait sans incidence. Mais l’homme, en tant qu’être, a lui aussi changé. Il
est illusoire que certains réclament une involution en guise de solution à leur
inadaptation, et d’autres une aventure en un devenir indéfini. Une lecture
juste et actuelle du Coran est celle qui sera réalisée en équilibre ; foi et
raison, présent et passé, le fait religieux s’y enracinant, et adéquation avec
notre temps, seul lieu de nos perceptions vécues, notre "bien être".

 Double équilibre donc que celui
qui met en relation le Texte avec nous-mêmes sans provoquer de "mal
être". En d’autres termes notre lecture du Coran ne doit pas générer de
tension entre notre être et le Texte. Je ne dis pas qu’il faille adapter le
Coran à ce que nous sommes actuellement mais que la perception du sens doit
être réactualisée dans la littéralité, celle du texte et celle de nos états. 

Le Coran est un maître, soit nous
écoutons sa leçon, il s’agit alors d’une lecture linéaire, soit nous
l’interrogeons, c’est alors lecture thématique. Dans les deux cas si nous
voulons parfaitement en saisir les réponses nous devons faire silence ; être comme
l’enfant à son père, intact de préjugé et à l’écoute tendue par le respect et
la crainte. L’on ne peut bénéficier d’un enseignement lorsque nos connaissances
et nos préconçus l’emportent plus ou moins inconsciemment, si l’on pense avant
de recevoir.

Que dit vraiment le Coran
est en soi bien plus une méthode de lecture title=""> style=';'>[4]
qu’un livre de solutions imposées. Par une présentation inhabituelle, nous
forçons l’esprit du lecteur à d’abord entendre ce que dit vraiment le Coran
avant que ne surgissent en lui même les ombres de ses acquis. Vierge, neutre,
face au renouvellement, il lui sera alors ainsi possible de percevoir,
comprendre et assimiler le vrai message coranique.

 Pour répondre pleinement à votre
question nous dirions que nous enjoignons à une lecture directe, un tête à tête
sans intermédiaires. Vous pourriez objecter qu’à cette fin il faille
nécessairement un bagage, le Coran ne se livre pas facilement. Certes, mais ses
références ne doivent jamais venir oblitérer le perçu direct d’une lecture ouverte.
Donc, pour reprendre à présent la totalité de la formulation de votre question,
lire le Coran c’est apprendre à le non-lire, puis à le lire, puis à le relire,
puis à le vivre, puis à le revivre.

Le Coran se vit, il n’est pas un
système d’entrave à l’existence, il détermine des limites qui ne sont pas
uniquement d’ordre juridique mais essentiellement d’ordre moral et rien ne
justifie de ne pas respecter ces deux repères. Je dois seulement apprendre à
percevoir la finalité profonde et ultime du Coran qui, en définitive, est
clairement exprimé à l’exacte condition que je ne pratique pas une lecture
biaisée par la mise en forme séculaire dont nous sommes, malgré tout et malgré
nous, les héritiers. Il ne s’agit pas de délaisser ou de réinterpréter mais bel
et bien de comprendre au plus près le message coranique et de s’y confirmer en
fonction de la nature et de la capacité de chacun. Cette autre confrontation au
Révélé est la balance à laquelle nous pouvons juger nos actes et nos paroles
avant que d’être jugés.

Propos recueillis par la rédaction



Editions Srbs


class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[1]
Cf. les résumés à paraître sur Oumma.com.

title=""> class=MsoEndnoteReference>[2] style='font-size:10.0pt'> Deux questions font exception à la règle, celles
consacrées au voile et au verset coranique semblant indiquer qu’il persiste un
cas où l’homme pourrait battre son épouse. Dans les deux cas, outre
l’application du même principe d’analyse, nous avons du avoir recours à un
décryptage étymologique et à un discret détours par le Hadîth afin de résoudre
les difficultés apparentes posées par le texte lui-même.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[3]
Signalons que le recours à l’abrogation est pour nous inutile. Si l’on décrète
que tel verset abroge tel autre c’est que par l’analyse faite nous aboutissons
à des compréhensions discordantes ou contradictoires. Le principe de cohérence
coranique implique que nous devions revoir nos jugements concernant l’un des
versets ou les deux.

title=""> style=';'>[4]
Nous aurons l’occasion, à Dieu plaise, d’en
exposer prochainement les aspects principaux sur Oumma.com. Disons en synthèse
qu’il s’agit d’une lecture interprétante, une méthodologie
lectorielle
appliquant la totalité des enseignements coraniques relatifs à
l’exégèse. Elle met en jeu les mécanismes inhérents à l’analyse
intratextuelle
laquelle se décompose dans l’ordre en lecture textuelle,
lecture paratextuelle, lecture intertextuelle, lecture
métatextuelle
.

Publicité Oumma Media