Quatre Heures à Chatila au Théâtre du Nord-Ouest

Le 15 Avril 1986, l’écrivain Jean Genet est mort à Paris alors qu’il corrigeait les épreuves de son ul

lundi 21 février 2005

Le 15 Avril 1986, l’écrivain Jean Genet est mort à Paris alors qu’il corrigeait les épreuves de son ultime récit intitulé : un captif amoureux qu’il commença dès 1970. Les quatre heures qu’il avait passées sur le lieu du massacre, lui ont permis de rompre avec le silence et de faire renaître son désir d’écrire. C’est ainsi que Quatre heures à Chatila vit le jour et fut publié dans la Revue d’Etudes Palestiniennes (automne 1983).

Dans Quatre heures à Chatila il n’y a place ni pour la lamentation, ni pour la démonstration idéologique. Ni chagrin, ni deuil, et pourtant il y a la mort, une mort qui ne règne pas seulement sur le camp de Chatila avec ses cadavres, mais sur toute une région déchiquetée par la haine, par toutes sortes de guerre. Au coeur de Beyrouth, Genêt se trouve assiégé comme tout le reste de la population. Il se met en scène en s’offrant un grand plan pour se situer parmi les cadavres de Chatila. Ce risque ne se manifeste pas chez lui comme une aventure pour la célébrité, ni comme une chasse au scoop journalistique, mais comme une mise à l’épreuve d’un poète fragile, courageux et mystique. Il aime entrer dans le monde de ceux qui le fascinent, il est à la quête des émotions les plus troublantes chez l’espèce humaine (tuer et mourir). Effrayé et tendre à la fois, Genêt apparaît familier aux cadavres gonflés des palestiniens de Chatila, à leur passé (d’ailleurs, au milieu des cadavres, se profilent des ombres d’un autre temps dont Genêt suivait les traces depuis des années) II semble saisi par un enchantement chaotique au milieu d’un monde mort où la mouche règne comme force ironique, où « l’odeur de la mort, est blanche et épaisse. » Il semble également à la recherche d’un mystère, compter les cadavres, les vérifier, peut-être identifier un proche (reconnaîtra-t-il son ami Hamza, ce jeune combattant palestinien qu’il avait rencontré en Jordanie ?). Cette quête apparaît comme un jeu de visite d’un théâtre impossible. Le théâtre doit-il se faire avec les morts pour le célébrer en toute vérité ?... Ces morts, où sont-ils ?... Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Le corps, cette niasse intelligente, pourquoi dès lors qu’il est cadavre dans « le spectacle de la mort », cesse-t-il de raconter sa mort ? Le théâtre, lieu d’illusion, nous avait exhibé tous les sentiments possibles vécus par l’Homme/l’acteur ; sauf la mort, la vraie. Car le mort ne peut pas raconter sa mort. Et la mort dans le théâtre vient toujours nous soulager et nous rassurer de l’absence de notre mort. Mais Genêt dans Quatre heures à Chatila semble signer un pacte avec la mort (celle des Palestiniens) dans une intimité absolue. Une sorte de grâce traversant le récit nous laisse dire que les morts de Chatila avaient délégué le droit de raconter leur mort uniquement à J. Genêt. Voilà ce qui a donné naissance à une tablette de l’histoire humaine, car ce texte est à la fois une déposition, un reportage, un journal, un conte...

Quatre Heures à Chatila au Théâtre du Nord-Ouest : La mise en scène

L’amour au pays des morts

Deux comédiens une femme et un homme sont sur un plateau nu, ils nous parlent. Par le verbe, la voix et le souffle, ils nous font découvrir une sorte de déposition d’un témoin particulier. La gravité d’un testament guerrier peut y être, le souvenir d’un aventurier peut y être, l’amour d’un voyageur peut y être, la poussière d’un messager tragique peut y être...La multitude de facettes du texte sera révélée par la charge juste que les comédiens donneront aux mots.

L’homme et la femme partageront la parole dans un mouvement de va-et-vient entre le silence et le regard. Ils ne sont que l’unité masculine et féminine de l’être humain revenant du pays des morts. Ainsi le récit n’a plus son origine individuelle, il devient collectif et universel et la transmission de cette parole devient inévitable.

La seule action dramatique des acteurs / conteurs, est justement de faire « renaître » le verbe... Les mots sont offerts aux spectateurs comme des offrandes dans un rite d’hospitalité, avec générosité, délicatesse et simplicité...

Quatre heures à Chatila

Texte de Jean Genet
Monté par
Mahmoud Saïd
Avec Gaël Mahric , Myriam Zghal

A l’affiche du 21 janvier au 12 mars 2005 (1H10)

Quatre heures à Chatila
Théâtre du Nord-Ouest

13, rue du Faubourg Montmartre
75009 Paris

Métro:Grands Boulevards

Réservation : 01 47 70 32 75 ou 06 81 89 87 64

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