Quand Jean-Pierre veut s’appeler Mohamed

Le casse-tête de l’état civil C’est un article réalisé par deux journalistes du Times et repris par C

jeudi 11 décembre 2008

Le casse-tête de l’état civil

C’est un article réalisé par deux journalistes du Times et repris par Courrier International qui met en avant cette difficulté que rencontrent plusieurs jeunes de l’Hexagone. Ils sont nés en France et s’appellent Louis, Laurent ou Marie, mais ils veulent changer de prénom pour devenir Abdel, Saïd ou Rachida.

Les demandes de changement de prénom de la part d’enfants d’immigrés se multiplient devant les tribunaux français, ce qui est source d’inquiétude pour ce pays très attaché à l’intégration, c’est-à-dire à la fusion de toutes les identités au sein d’une unique culture nationale. Forts d’une nouvelle assurance, les enfants de familles venues d’Algérie, de Tunisie et du Maroc remettent en cause une vieille tradition qui voulait que les immigrés des anciennes colonies donnent à leur progéniture des noms français. Incités dans cette démarche par un sentiment personnel de déphasage avec leurs noms chrétiens, ces demandeurs se heurtent à la réticence des juges qui n’ont guère envie d’appuyer ce que beaucoup d’entre eux considèrent comme un rejet de la France.

En vertu d’une législation stricte, le changement officiel de prénom nécessite en France l’approbation d’un tribunal. Jusqu’en 1992, les parents étaient contraints de choisir le prénom de leur enfant dans une liste officielle. « Mon apparence est en contradiction avec mon prénom », explique Jacques, 25 ans, qui souhaite adopter un nom originaire du pays de ses parents, l’Algérie. Il rejette l’idée communément répandue selon laquelle un prénom français pourrait vaincre les réticences persistantes des employeurs à recruter des minorités non blanches. « Il y a juste un effet retard entre l’envoi de ma candidature et ma présentation à l’entretien. Ils hésitent, comme si la personne qu’ils avaient convoquée ne pouvait pas être moi », raconte le jeune homme.

Il est irréfutable que malgré la loi, les employeurs continuent de discriminer les chercheurs d’emploi portant des noms étrangers. Nadine, la quarantaine, n’est pas parvenue à convaincre un tribunal parisien de l’autoriser à reprendre le prénom qu’elle portait avant sa naturalisation, Zoubida. « Je ressens le besoin de retrouver mes racines », a-t-elle pourtant expliqué à la juge Anne-Marie Lemarinier, citée par Le Monde dans un article d’avril 2007. « Je vis ce changement de prénom comme une culpabilité par rapport à ma famille. »

Mais la juge a rétorqué : « Madame, je peux concevoir votre démarche identitaire, mais le droit ne peut pas s’adapter en permanence à des états d’âme. » Selon Frédéric Grilli, un avocat de Melun qui représente certains de ces demandeurs, il existe un lien entre ce désir de revendiquer une identité maghrébine et l’interdiction du port du voile à l’école publique, proclamée il y a trois ans. C’est la politique d’intégration française qui est en cause, estime Dominique Sopo, le président de SOS Racisme : « Elle rejette, stigmatise et enferme dans un ghetto. Et ça encourage le retranchement dans une identité communautaire », déplore-t-il. Il y a un fossé gigantesque entre la réalité et les discours politiques sur l’intégration. Mais qui peut croire que changer de prénom y changera quelque chose ? C’est triste d’en arriver là. »

Par R.Ep

www.elwatan.com

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