Quand Christophe Barbier entend « protéger la communauté musulmane contre l’islamisme »

C’est un protectorat que personne n’a réclamé, et dont tout le monde cherchera à s’affranchir. De quo

dimanche 10 octobre 2010

C’est un protectorat que personne n’a réclamé, et dont tout le monde cherchera à s’affranchir. De quoi s’agit-il ? De la tutelle d’un paternalisme invétéré que l’homme à l’écharpe rouge de l’Express rêverait d’infliger à la communauté musulmane française, comme une offense de plus après son dossier spécial islam du 7 octobre, cantonnant les citoyens français d’origine arabo-musulmane dans la catégorie des sous-citoyens qui n’ont pas encore atteint l’âge de la maturité.

« Le but, c’est de protéger la communauté musulmane contre l’islamisme », telle est l’antienne dégoulinant de condescendance dont nous a gratifié le sieur Barbier, en guise de justification de son numéro sensationnaliste qui semble avoir soigneusement calqué sa couverture apocalyptique sur l’agenda présidentiel.

Il est de tous les plateaux télés où l’actualité est disséquée, Christophe Barbier incarne un journalisme de boudoir qui fait fureur sur le petit écran, proche de la première dame de France, et très habile dans l’art de refaire le monde à sa sauce, avec ce petit nuage de manipulation des esprits qu’il distille à chacune de ses apparitions.

A la bienveillance pleine de morgue derrière laquelle se réfugie ce dernier pour faire l’apologie de sa diatribe anti-islam, il conviendrait de lui retourner, à lui et à son cercle de confrères starisés avec l’avènement des chaînes d’information en continu, la seule question qui s’impose avec acuité : qui protégera donc la France contre cette nouvelle trempe de journalistes de droite et leur forfaiture intellectuelle organisée, qui se prennent à jouer les oracles des temps modernes, plus prompts à semer le trouble et la confusion sur commande, qu’à lire l’avenir dans la limpidité de signes qui ne portent pas le sceau du pouvoir ?

Le minaret brille de mille feux au premier plan, quand le clocher est privé de lumière au second plan, le sommaire plaqué sur la couverture crépite de slogans chocs : « Le retour de la menace terroriste, la poussée des fondamentalistes, l’échec de l’intégration », l’Express a mis le paquet pour révolutionner le quatrième pouvoir à sa manière, non pas en le hissant vers la blanche lumière de la vérité, mais en le diluant dans une sombre propagande d’Etat qui se complaît à noircir la ligne d’horizon de la France.

Si l’on ajoute à cela, la grave faute professionnelle du Point qui a pris pour argent comptant une histoire de polygamie montée de toutes pièces, tellement symptomatique de ce qui fait courir ventre à terre les rédactions de nos jours, on aimerait dire aux Barbier et autres notables du journalisme, installés dans le confort douillet de leur respectabilité, que le vrai défi de taille qui se pose à la presse, quand l’islam est conté, se situe bien au-delà de l’effroyable fantasmagorie officielle et des sempiternels trains fantômes qui n’arrivent jamais à l’heure … Un défi, dont le prix à payer est certes plus élevé que le profit immédiat à en tirer.

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