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Vendredi 5 Septembre 2008
Articles
Qu’est-ce qu’un musulman ? (partie 2/3)

mardi 20 novembre 2007 - par Omero Marongiu-Perria

La volonté d’unification de la Oummah (communauté des croyants), par la diffusion d’une vulgate unique (ar-rasm al-‘Outhmânî) dans toutes les contrées conquises, n’aura donc pas résisté aux premières dissensions issues de la « Grande discorde », laquelle donnera naissance à une multiplicité de groupes, chacun utilisant le texte coranique et les hadiths comme base d’argumentation pour affirmer sa prééminence sur ses concurrents, ou détracteurs.

Du politique au théologique la barrière sera rapidement franchie, faisant du texte sacré la source d’où se diffusera une pluralité de représentations théologiques de l’unicité divine, de la conception du « chef » de la communauté des croyants, ainsi que des éléments constitutifs de la foi et du culte.

Même chez les sunnites, représentant désormais la grande majorité des musulmans à l’échelle du globe l’allégeance au calife, en tant que garant de l’unicité de la communauté, masquera à peine les dissensions politiques récurrentes et l’absence d’un leader charismatique faisant l’unanimité. Pluralité des visions du politique, pluralité des approches théologiques.

Ainsi, derrière l’affirmation de l’unicité divine se profileront cinq grandes doctrines théologiques dans le monde sunnite, à savoir le murdjisme, le mu’tazilisme, l’ash’arisme, le mâtûridisme et le hanbalisme. Les trois dernières s’imposeront historiquement dans des aires culturelles différentes, en lien avec des écoles juridiques prédominantes dans ces territoires.

C’est ainsi que l’ash’arisme est associé à l’école juridique chaféite, le mâtûridisme à l’école hanafite, qui dominera l’ensemble du monde musulman non arabe, et l’école de théologie hanbalite est associé à l’école juridique portant le même nom.

Une étude approfondie de l’émergence et du développement de ces écoles de théologie mettrait très certainement en évidence la relation dialectique entre les contextes les élaborations théologiques. Nous en donnons ci-dessous un aperçu très rapide.

De la multiplicité des groupes à la pluralité doctrinale musulmane

A la suite de la grande discorde, un second moment, correspondant à la deuxième moitié de l’Empire omeyyade et au début de l’époque abbasside, va ainsi voir plusieurs facteurs contribuer à ce pluralisme doctrinal.

Le premier facteur est d’ordre politique. Il est lié aux grandes vagues de contestation de la politique ségrégationniste pratiquée par le régime omeyyade.

Ce dernier, en effet, installant à la tête de chaque région conquise un gouverneur « arabe », s’attirait la colère des populations non-arabes nouvellement converties, à l’encontre desquelles il continuait à exiger le versement de la jiziya, capitation imposée aux non-musulmans afin qu’ils bénéficient de la protection de l’Etat.

Cette volonté de suprématie de l’arabité, en tant que facteur de domination, rapportée à l’origine arabe du Prophète, et à la filiation qu’ont voulu entretenir avec lui les représentants du pouvoir, sera largement combattue et contribuera à la chute du pouvoir omeyyade.

Les historiens musulmans relatent que plusieurs théologiens de renom, dont Abou Hanifa lui-même, prendront la défense des populations stigmatisées en dénonçant le caractère injuste de l’oppression des gouverneurs omeyyades.

On peut citer ici le cas des mawâlî, ces esclaves affranchis dont certains, à l’instar de Hasân al Basrî, deviendront des personnages très connus, bien qu’ayant souvent eu à subir le joug du pouvoir omeyyade pour leur qualité de « convertis » ou d’esclaves affranchis.

Parallèlement, Abou Hanifa développera une argumentation spécifique pour appuyer le fait que tout musulman prononçant l’attestation de foi possède la « plénitude de la foi » (Îmân kâmil), il ne peut donc être considéré comme un demi-croyant ou être soumis à une ségrégation particulière du fait de sa qualité de converti.

De même, il n’est pas possible de présupposer de l’appartenance à l’islam ou du degré de foi d’une personne en fonction de son assiduité cultuelle, dans la mesure où les actes ne font pas partie intégrante de la définition de la foi chez Abou Hanifa.

Au plan pratique, les juristes musulmans mentionnent quelques ouvertures intéressantes du hanafisme primitif vers les populations nouvellement islamisées, notamment un point qui suscite encore des polémiques chez les juristes musulmans contemporains, à savoir la possibilité pour une personne non arabophone convertie à l’islam de commencer à célébrer la prière canonique dans sa langue d’origine.

Cette ouverture, à notre avis, n’est certainement pas étrangère au fait que le Hanafisme s’est historiquement répandu dans la majorité des contrées non-arabophones de l’Empire musulman. L’aire géographique englobant les régions du sud de l’ex-Union soviétique et l’Afghanistan actuelle (Transoxiane) donnera d’ailleurs naissance à toute une littérature hanafite spécifique.

C’est également le cas des régions musulmanes de l’Asie du Sud-Est. Aussi, il convient de mentionner que c’est en partie à partir de la position théologique de l’imam Abou Hanifa relative à la définition de la foi que se développera ultérieurement l’école théologique murdjite qui, pour résumer rapidement, portera à son paroxysme la notion d’invariabilité de la foi pour laquelle elle sera récusée par les autres écoles théologiques musulmane.

Cela nous amène directement au second facteur, d’ordre culturel, et inhérent à l’extension géographique considérable de l’Empire. En moins d’un siècle, l’islam aura conquis des contrées s’étendant des portes de la Chine à celles de l’Espagne.

Sur un territoire aussi vaste, il est impensable que l’on puisse opérer une lecture unique des textes ou uniformiser les pratiques culturelles des croyants à travers un prisme théologique unique.

Les docteurs de la loi, et plus précisément les principologistes (Ouçoûliyyoun) vont en partie résoudre le problème en intégrant l’ « usage », ou coutume (al ‘urf), comme élément constitutif du droit musulman, ainsi que, dans une moindre mesure, ce qu’ils nomment « la loi des peuples monothéistes » (char’ man qablanâ).

Théoriquement cela signifie, d’une part, que les coutumes des gens, dans le sens de ce qu’ils reconnaissent comme bon et mettent en pratique, est corroboré par le législateur musulman tant qu’il n’entre pas en contradiction avec les préceptes fondamentaux de l’islam.

D’autre part, il inclut également, au moins en théorie, comme source de législation les éléments de la loi des gens du Livre, principalement mosaïque, en l’absence d’abrogation dans le texte coranique. Là encore, ce qui est couramment présenté aujourd’hui comme une approche théologique ou juridique pure, c’est-à-dire extraite du corpus religieux, ne peut pas être isolé historiquement des enjeux de société mentionnés précédemment.

Toujours sur le terrain culturel, les polémiques théologiques qui se développeront au cours du second siècle de l’Empire, et qui donneront naissance à la scolastique musulmane (‘ilm al kalâm) nous donnent de précieux renseignements sur l’intégration d’outils exogènes dans la réflexion théologique musulmane.

En effet, succédant au règne omeyyade, l’avènement abbasside dans la seconde moitié du VIIIè siècle verra se développer le contact des théologiens musulmans avec les théologiens chrétiens et les zanâdiqa (pluriel de zindiq), partisans d’une doctrine alors répandue en Mésopotamie professant l’éternité de l’univers et la négation de la résurrection et de l’unicité de Dieu.

Souvent polémiques, et centrés autour des éléments constitutifs de la foi, ces rencontres vont conduire les théologiens musulmans à devoir justifier la pertinence du credo islamique – le terme de ‘aqîdah, absent du texte coranique, s’imposera alors pour désigner ce credo - dans un contexte tout à fait différent de celui qui prévalait dans la péninsule arabique.

Ils étaient cette fois-ci confrontés à des populations aux croyances très diverses, dans des régions où la langue arabe n’était plus forcément le vecteur principal de la diffusion intellectuelle, et dans une civilisation beaucoup plus évoluée, d’un point de vue intellectuel et philosophique, que la société de la péninsule arabique.

On peut citer au moins trois éléments qui conditionneront désormais la démarche discursive des théologiens musulmans et leur réflexion sur les données de la foi, ce sont :

 -  la réflexion intellectuelle sur l’énoncé du dogme ;

 -  l’introduction de termes philosophiques dans l’exposition des articles de la foi ;

 -  le raisonnement spéculatif inspiré par la pensée greco-romaine.

C’est à l’aune de ces éléments extérieurs à l’aire culturelle des premiers musulmans et de contextes sociétaux allant en se complexifiant qu’il faut comprendre les polémiques théologiques qui n’auront de cesse de se développer dans l’Empire musulman.

En s’imprégnant des éléments littéraires et philosophiques gréco-romains, les théologiens vont élaborer un corpus dogmatique (doxa), sous forme de réponses, le plus souvent dirigées vers les doctrines jugées hétérodoxes ou erronées (‘aqâid fâsidah wa bâtilah).

D’un autre côté, la définition des contenus du credo devait être suffisamment souple pour laisser une possibilité à la coexistence, et aux relations entre les musulmans et les populations des territoires conquis, où les adeptes de la nouvelle religion étaient, dans bien des cas, minoritaires même s’ils détenaient le pouvoir politique.

Cette souplesse exégétique ne sera pourtant pas toujours l’apanage des théologiens musulmans. C’est le cas notamment des approches théologiques mu’tazilites, considérées à tort comme l’expression d’une approche très libérale du corpus coranique.

Celles-ci vont toutefois exploiter largement cet héritage gréco-romain dans une réflexion très rationnelle sur la définition de Dieu, de l’au-delà, du croyant et du rapport entre la foi et les actes cultuels prescrits.

Dans son combat contre un murdjisme jugé par trop laxiste, la rationalité mu’tazilite n’aura d’équivalent que son intransigeance vis-à-vis du musulman « pécheur » [1] (fâsiq), et l’appui de certains sultans abbassides lui conférera, au courant du 9ème siècle, pendant une trentaine d’années un pouvoir de coercition qui se soldera par une poursuite des théologiens refusant de professer la doctrine affirmant le caractère « créé » du Coran.

L’épisode le plus connu à ce sujet est celui de l’emprisonnement de l’imam Ahmed ibn Hanbal, dont le nom donnera naissance au hanbalisme juridique et théologique susmentionné.

Le point important à retenir en tout cas ici est que les écoles théologiques ultérieures, comme l’ash’arisme ou le mâtûridisme, ne remettront plus en cause cette évolution dans la réflexion sur le donné de la foi.

Pour résumer de façon rapide la multiplicité des approches théologiques musulmanes, disons qu’au plan historique ces acquis donneront naissance à deux positionnements théologiques majeurs, dont nous ne détaillerons ici que les aspects relatifs aux « conditions » d’appartenance à l’islam.

Le premier, à caractère « exclusif », considère que les œuvres sont constitutives de la foi. En ce sens, il n’est pas concevable qu’un individu ayant prononcé la profession de foi, mais ne la traduisant pas en actes cultuels puisse posséder ou conserver le qualificatif de musulman, car il a renié sa foi par ses actes.

Aussi, il est du devoir de Dieu de punir tout individu ayant commis un « grand » péché (kabîrah). Dans sa version la plus rigoriste, cette lecture sera promue par l’école théologique mu’tazilite, mentionnée ci-dessus, laquelle octroie un statut « excommuniant » particulier à l’encontre du musulman pécheur.

Cette école connaîtra pendant quelques décennies un certain succès pour son « rationalisme » poussé à l’extrême, dont certains intellectuels font aujourd’hui l’apanage en faisant fi de l’ostracisme extrême, pour ne pas dire extrémiste que les mu’tazilites ont manifesté à l’encontre de leurs détracteurs.

Les docteurs de la loi hanbalites se rangeront également à cette position incluant les œuvres dans la définition de la foi, en adoptant pour leur part une démarche complètement inverse des premiers, puisqu’ils seront les promoteurs d’une lecture littérale des textes, dépouillée de toute tentative d’extrapolation.

Il existe cependant une nuance de taille entre ces deux écoles puisque les docteurs hanbalites de renom, tel ibn Taymiyyah ou son principal élève, ibn Qayym al Jaouziyyah, s’abstiennent cependant d’excommunier le musulman pécheur dès lors qu’il ne remet pas en cause la validité des obligations canoniques.

L’autre lecture, au caractère beaucoup plus « inclusif », n’intègre pas les actes dans la définition de la foi. Certes, le croyant pécheur est susceptible d’être exposé au courroux divin, mais aucun manquement aux devoirs prescrits n’expose automatiquement le croyant au châtiment, et il ne peut y avoir de péché excommunicateur tant que l’individu ne renie pas les piliers fondamentaux du credo islamique, même s’il ne les pratique pas.

Cette position doctrinale se répandra principalement, avec quelques variantes qui n’ont pas lieu d’être mentionnées ici, au sein des écoles théologiques ash’arite et mâturîdite. La première sera adoptée par une majorité de docteurs de la loi chafé’ites.

Quant à la seconde, elle sera propagée aux confins de l’Empire par les juristes hanafites. Ces deux approches s’étendront à la majorité du monde musulman.

Pour complexifier un tant soit peu notre propos, citons également deux autres points sur les théologiens. Tout d’abord, il est important de rappeler que les théologiens musulmans ont pris la peine de distinguer les groupes professant une théologie partiellement inexacte (’aqîdah fâsidah) des groupes professant une théologie totalement révoquée (‘aqîdah bâtilah).

Nombre de musulmans aujourd’hui, qui n’ont aucune maîtrise ni de l’histoire de la théologie musulmane ni des subtilités des polémiques théologiques, se posent alors en théologiens improvisés, voire autoproclamés, citant ici et là des avis théologiques pour stigmatiser et, malheureusement, pour excommunier de façon très expéditive leurs coreligionnaires qui ont des avis doctrinaux divergents des leurs.

Le second point à mentionner est que les théologiens musulmans, dans les polémiques les opposant aux groupes se revendiquant de l’islam tout en professant des doctrines jugées hétérodoxes, ont très tôt pris le soin de distinguer les jugements portant sur les affirmations doctrinales de ces groupes, de ceux relevant d’une appréciation de propos ou d’actes singuliers.

Il est donc courant de trouver, dans la littérature théologique musulmane, des propos parfois très polémiques et virulents de théologiens à l’encontre de certains groupes considérés comme sectaires et, dans le même temps, des réponses très souples et prudentes sur la manière de considérer tel adepte d’un groupe jugé sectaire.

Dans ce deuxième cas, les théologiens ont généralement eu le souci de préserver l’intégrité physique et l’identité sociale de ces musulmans, en entourant les jugements à porter sur un musulman « déviant » de précautions rendant l’excommunication assez difficile, sauf dans le cas où un individu, par ses propos publics ou son comportement vis-à-vis des autres musulmans, remettait en cause la stabilité de l’ordre social.



[1] Pour désigner le croyant pécheur, les docteurs de loi l’ont qualifié de fâsiq, littéralement « celui qui s’est écarté des commandements divins ». Le terme a toujours gardé une large part de flou dans les acceptions qui lui ont été assignées, car il peut désigner tout à la fois le croyant ayant commis un « grand péché », ou le croyant qui commet des petites fautes de façon récurrente. Selon l’acception retenue, le terme aura alors une portée plus ou moins large.

Vos réactions et commentaires sur cet article : Qu’est-ce qu’un musulman ? (partie 2/3)

17 juillet 2008
Bonjour , J ai une question ma soeur vie depuis plus de 3 ans , avec un musulman avec qui elle a eu un enfant .Il vient de decedée d une maladie.Commement ce passe les funeraires ?? A t elle le droit de y assister , et en ce qui concerme la garde de l enfant comment ca ce passe ?Merci aux personnes qui voudront bien me repondre.
22 novembre 2007
François a dit :

Bonsoir tout le monde,

J’ai fait un pic nique avec des amis (en familles) dans un parc régional dont j’ai oublié le nom, et pendant qu’on prenait le thé, ils me dirent que les êtres humains naissent musulmans. J’en connais plein de gens qui pensent ainsi, et ce en vertu du hadith où le prophète Mohammad, prières et bénédictions d’Allah sur lui, dit que l’enfant naît dans la fitra (condition originelle) et que ce sont ses parents qui le judaïsent, christianisent ou zoroastrisent. Et pourtant si le prophète avait voulu dire que l’enfant naît musulman, il l’aurait tout simplement dit, il n’aurait pas employé le terme fitra, et enfin je réponds toujours que le fait même d’aller se poser la question de la confession du nouveau né est déjà une ineptie en soi.

Cordialement, François.

22 novembre 2007
SUSILO a dit :
SI LES OMMEYADES PRATIQUAIENT LA DISCRIMINATION A L ENCONTRE DES MUSULMANS NON ARABES ALORS POURQUOI AL ANDALUS AVAIENT UN EMIR OMMEYADE ABDERAHMAN AD DAKHIL SACHANT QUE LA POPULATION LA PLUS NOMBREUSE ETAIT CELLE DES MAWALID NEO MUSULMANS AUTOCHTONES D ORIGINE EUROPEENNE SIC ?
21 novembre 2007
François a dit :

Omero Marongiu-Perria écrit :

[1] Pour désigner le croyant pécheur, les docteurs de loi l’ont qualifié de fâsiq, littéralement « celui qui s’est écarté des commandements divins ». Le terme a toujours gardé une large part de flou dans les acceptions qui lui ont été assignées, car il peut désigner tout à la fois le croyant ayant commis un « grand péché », ou le croyant qui commet des petites fautes de façon récurrente. Selon l’acception retenue, le terme aura alors une portée plus ou moins large.

Je rappelle cette autre acception du terme « fasiq » que les Arabes emploient pour qualifier l’œuf qui avorte, c’est-à-dire dont le développement n’arrive pas à terme.

Cordialement, François.

21 novembre 2007
François a dit :

Bonsoir tout le monde,

C’est franchement ridicule de passer son temps à chercher à définir ce qu’est ou qui est Musulman, il y a des gens ici qui sont passés maîtres dans l’art de diviser, et à la fin ça devient franchement débile.

La formule est simple comme salamalikoum :

- Est Musulman celui qui veut être Musulman, et basta.

Allez bonne soirée à tous et sans rancune.

21 novembre 2007
Ren’ a dit :
Le "Message d’Amman" est en effet une initiative très positive, mais peu diffusée. Est-ce parce qu’elle provient de Jordanie, et que la monarchie saoudienne veut étouffer tout ce qui vient de cette dynastie légitime qu’elle a évincée d’Arabie au XXe siècle ? J’en veut pour preuve la récente -et certes historique- entrevue entre le roi d’arabie Seoudite et le pape Benoît XVI... arrivée à point nommé pour éclipser dans les médias la "lettre des 138 dignitaires musulmans (...) aux guides chrétiens", initiative (jordanienne) tout aussi historique, mais bien plus constructive ! Puisse Dieu bénir les artisans de paix et nous préserver de la basse politique...
20 novembre 2007
Didier a dit :

Je voudrais dire à certains intervenants que leur définition rituelle et non spirituelle de musulman ne donne pas vraiment envie de le devenir. Je préfère garder en mémoire pour ma part les paroles d’hommes de foi musulmans que j’ai eu la chance de rencontrer, et qui étaient pleines de tolérance et d’humanité.

Il est effectivement très important de définir ce qui anime la foi musulmane, ce qui en fait le ciment et la lumière. Définir le fond et pas la forme. Ne pas le dire revient à laisser à d’autres le risque de la caricaturer.

Et en terme de caricatures, je tiens à vous faire part de mon témoignage. Dans mon parcours, j’ai eu l’opportunité de discuter avec des croyants et des représentants de plusieurs religions. Il y a dans chacune d’entre elles des convaincus qui déservent leur cause par la radicalité de leur propos. Je me souviens notamment d’un prêtre catholique intégriste qui au cours d’une messe de funérailles félicitait la famille du défunt (un jeune père qui laissait une veuve et 4 orphelins !) d’avoir à supporter cette épreuve qui était une bénédiction divine qui leur permettrait de montrer la force de leur foi (sic). Un pasteur d’une église protestante évangéliste m’a montré du doigt en plein office dans un temple pour parler des mécréants qui n’avaient pas la vraie foi (sic) (il m’avait identifié comme ne faisant pas partie de sa communauté). Et un imam qui m’a dit après le séisme qui a tué des milliers de pakistanais en 2006, que Dieu les avait punis parce qu’ils n’avaient pas assez prié (sic). Et pour finir un anticlérical tellement convaincu qu’il m’a dit après avoir dû assister à une messe de funérailles d’un collègue commun qu’il devait absolument rentrer chez lui car il avait besoin de prendre un douche (sic).

Heureusement, ce sont des exceptions, enfin je l’espère, mais il ne faut pas les sous-estimer et savoir allumer des contre-feux à ce genre d’attitudes.

20 novembre 2007
Rahma a dit :

Salam,

" Le Musulman, est celui dont on ne craint ni la main ni la langue"

Quelqu’un connait-il ce hadith ? Je ne suis pas sûr de l’isnad mais si il est vérifié nous ne pouvont que constater notre faiblesse à être indulgent envers l’autre. Pour le reste cessons de juger et de condamner à tout va : Dieu n’est-il par Le plus Miséricordieux des Miséricordieux (a-rham al-Rahimin ) ?

wa-salam

20 novembre 2007

Salam

est musulman celui qui applique les 5 piliers de l’Islam et si un seul manque (la salat) alors il est sorti de l’Islam, soumission a Allah swt et quelle plus belle soumission que de coller son front contre terre devant le Maitre des Mondes swt ?!

vous n’avez aucune excuse sinon votre orgueil pour trouver des pretextes pour ne pas accomplir la Salat... Et qui donc refusa de se prosterner devant la créature que Dieu plaça au sommet de la création (Adam as)sinon iblis l’orgueilleux ? Qui vous guide ?....

salam

20 novembre 2007

Réponse à Fouad qui pose la question : « Que dire alors de ceux qui croient en Dieu qui font le ramadan mais ne prient pas. Sont-ils encore musulmans ? »

Mon point de vue personnel est que toute personne qui se considère musulmane l’est de ce fait. Qu’un individu commette des péchés, ou ne respecte pas toutes les prescriptions religieuses, ce sont là des questions dont il devra répondre dans l’au-delà.

Mais, tant qu’une personne n’annonce pas de manière volontaire, délibérée et publique qu’elle quitte sa religion (apostasie), elle est musulmane.

L’écrasante majorité des experts islamiques estiment que nul n’a le droit de porter un jugement sur le degré de foi d’un autre, ou de le déclarer apostat.

Je voudrais noter que le “message d’Amman” de 2005 porte précisément sur cette question.

C’est une déclaration préparée à l’initiative du roi Abdallah II de Jordanie, visant à définir ce que l’islam est et ce qu’il n’est pas, et quelles actions le représentent et lesquelles ne le représentent pas.

Le roi demanda à 24 théologiens célèbres du monde musulman de répondre aux 3 questions : (1) Qui est musulman ? (2) Est-il permis de déclarer quelqu’un un apostat (takfir) ? (3) Qui a le droit d’émettre des fatwas (décisions juridiques) ?

Sur la base des réponses des 24 théologiens, le roi organisa une conférence internationale islamique regroupant 200 théologiens célèbres de 50 pays. Ils rédigèrent et approuvèrent à l’unanimité une décision sur ces 3 questions.

C’est le « message d’Amman » dont le texte complet en arabe et en anglais se trouve sur le site : http://ammanmessage.com/

Je retiens de ce message, entre autres, ce qui suit :

Toute personne appartenant à l’une des quatre écoles sunnites (Hanafi, Maliki, Shafi’i et Hanbali), aux deux écoles shi’ites (Ja’afari et Zaydi), à l’école Ibadi et à l’école Dhahiri est musulmane.

Il n’est pas possible, ni permis de déclarer quelqu’un un apostat. Le sang du musulman, son honneur et ses biens sont inviolables.

De même, il n’est pas possible ni permis de déclarer apostat un groupe de musulmans qui croient en Dieu, en son Prophète, aux cinq piliers de la foi, et qui ne dénient aucun des éléments fondamentaux self-évidents de la foi.

20 novembre 2007
La relation de l’homme avec Dieu ou du relatif avec l’Absolu, est au centre de toutes les religions. Mais chacune met l’accent sur un aspect particulier de cette relation. L’Islam ne met l’accent ni sur une descente ou incarnation, ou manifestation de l’Absolu, ni sur la nature déchue, imparfaite et pécheresse de l’homme. Il envisage plutôt l’homme tel qu’Il est dans sa nature essentielle et Dieu, tel qu’Il est dans son absolue réalité. En proclamant l’unicité et la transcendance divines, l’Islam condamne toute association à Dieu d’une autre divinité, d’un quelconque parèdre ; tout attachement à un être , à un objet ou à une cause pouvant faire oublier Dieu ou éloigner de Lui.
20 novembre 2007
Hajar a dit :

Les communautés traditionnelles humaines croient que la vérité mène au salut et l’erreur à la damnation.

Il est probable que bien des religieux, sous diverses dénominations, croient encore cela.

Historiquement, les princes fidèles à la religion ont donc vu comme nécessaire d’utiliser un pouvoir coercitif, ou l’état, pour empêcher l’apostasie.

La manifestation historique la plus terrible de cette ‘compréhension’ fut sans nul doute l’Inquisition qui fut définitivement abolie en 1834.

Les pays protestant ont également appliqué ce principe drastique. En fait, les premiers convertis à l’Islam, en Grande-Bretagne, étaient empalés sur des pieux.

En climat Hindou « l’apostasie » était souvent assimilée à une violation des règles et des frontières inhérentes aux castes, et des peines similaires pouvaient s’en suivre.

Après le sac de Bagdad par les Mongols en 1253, les Bouddhistes qui embrassaient l’Islam étaient systématiquement mis à mort.

Les quatre écoles canoniques de Loi Islamique Sunnite, ainsi que la plupart des juristes shiites pré modernes recommandent des peines drastiques similaires, bien que le juge soit tenu de ‘chercher des ambiguités’ pour commuer la peine de mort dès que cela lui est possible.

L’Empire Ottoman, la représentation suprême de l’Islam, a formellement abolie cette peine au lendemain des réformes de Tanzimat, inaugurées en 1839. Le Shaykh al Islam, la dignité suprême des cours et des collèges de justice, ratifia ce changement majeur au sein de la doctrine législative traditionnelle.

Il fut mis en évidence qu’il n’existe aucune verset dans le Qur’an qui stipulerait un châtiment pour l’apostasie (Bien que le chapitre 5 verset 54 et Chapitre 2 verset 217 prédit un châtiment dans la Vie Future)

Il fut également mis en évidence l’ambiguïté du Hadith (Parole du Prophète) qui suggère que l’apostasie est un délit seulement quand celui-ci est combiné à un crime de trahison.

Ces ambiguités conduisirent quelques savants de l’ère médiévale à rejeter, bien avant l’avènement de la modernité, la position majoritaire.

Au nombre desquels on trouve par exemple al-Nakha’i (d.713) al –Thawri (d.772), al Sarakhsi (d.1090), al-Baji (d.1080) et al-Sha’rani (d.1565).

Le débat déclenché par la réforme Ottomane fut prolongé quand l’université al-Azhar au Caire, l’autorité religieuse suprême du monde Arabe, délivra un fatwa (avis religieux) en 1958 confirmant l’abrogation de la loi classique dans cette aire particulière.

Parmi les radicaux Salafis et Wahhabites qui n’acceptent pas les positions Ottomanes ou de l’Azhar, il est généralement admis que l’opinion majoritaire médiévale doit être promue et renforcée.

20 novembre 2007
Fouad a dit :
Je voudrais réagir au post de Tariq qui affirme que celui qui observe les 5 piliers sont musulmans. Que direalors de ceux qui croit en Dieu qui font le ramadan mais ne prie pas. Sont-ils encore musulmans ?
20 novembre 2007
Tariq a dit :

Suite à l’observation de Manar : « Il y a en effet plusieurs écoles juridiques dans l’islam, donc personne n’a de légitimité et ne peut dire ce qu’est véritablement un musulman », je voudrais observer ce qui suit :

Le manuel de fiqh pour enfants liste les 5 piliers de l’islam comme suit :

L’attestation qu’il n’existe qu’un seul Dieu et que Mohamed est son Prophète

la prière

la zakat

le jeûne

le pèlerinage pour celui qui en a la possibilité.

La personne qui observe ces 5 piliers est un musulman.

20 novembre 2007
Lola a dit :
Savoureux et éclairant le passage sur l’intolérance des Mu’tazilites (rationalistes).
20 novembre 2007
Muhammad (sas) avait anticipé sur la multiplicité des tendances face à une même question : " La diversité des opinions dans ma communauté est le signe de la miséricorde divine ". Mais un autre de ses propos fixait la finalité des débats " Jamais ma communauté ne pourra être d’accord sur une erreur. "
20 novembre 2007
Franck Morellato a dit :

Salam Every One,

A la question qu’est ce qu’un Musulman ?

Question trop spirituelle pour que je puisse y répondre par des mots.

Cependant, permettez-moi d’y apporter une contribution poétique ?

Take care all,

Salam, Paix, Peace, Paz, Shalom,

Franck Morellato, alias El French Muslim Rover (EFMR) from Lyon (France)

PS : Un de mes articles qui tourne depuis quelques temps sur le web...

"Holà a todos, Quand je lis « l’Ecclésiaste » de l’ancien testament, les paroles du roi Salomon, je ne peux qu’être touché...

Je viens donc de mélanger mes mots aux siens, en espérant que les puristes ne m’en voudront pas trop.

Prenez soin de vous, et bon voyage,

Salam, Paix, Peace, Paz, Shalom,

Franck, alias El French Muslim Rover (EFMR) from Lyon (France)

Quelques mots avec Salomon

« Vanité, tout est Vanité », je regarde le monde et je passe.

« Rien de nouveau sous le soleil », les choses se font et se défont.

« Tous les mots sont usés », il ne me reste que le silence.

Mes yeux ont fait fi de l’illusion. Des hommes qui se sont crus, et qui ont disparu. Les cimetières sont plein de gens irremplaçables, et moi, je ne vois que Toi. Je sens ton souffle dans chacune de mes cellules. Presque rien, et pourtant Tout. Une force qui me remplit. Une part d’infini ?

« Tous les mots sont usés », et l’équilibre de ce monde ne tient qu’aux bonnes volontés. Des femmes et des hommes qui naissent pour faire de la balance, un juste milieu. Toi ? Moi ? Nous ? Oui, nous avons tant à faire ici bas. Chacun a son rôle. Chacun à sa place. Pour un temps déterminé. Avant le grand voyage.

Et pourtant, « Rien de nouveau sous le soleil ». Les hommes restent les hommes et Salomon, mon frère, tu l’as dit, « Vanité, tout est Vanité ».

Combien de larmes pour un sourire ? Combien de Justes oubliés ?

« Le vent tourne, tourne et s’en va ». « Tous les torrents vont vers la mer, et la mer n’est pas remplie. » « Ce qui a été, c’est ce qui sera, ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera. » Oui mon frère, tu as raison, décidément « Rien de nouveau sous le soleil. »

L’homme qui passe, laisse la lumière s’élever seule. Ne rien prendre. Ne rien toucher. Contempler. Ne pas faire d’ombre. Approcher la porte de l’esprit. Puis s’effacer. « Rien de nouveau sous le soleil ». Et tellement de personnes à aimer.

« S’il est une chose dont on puisse dire, « voyez, c’est nouveau cela ! », cela existe depuis des siècles qui nous ont précédés . Il n’y a aucun souvenir des temps anciens. » Souvenir. Mes souvenirs. A ma femme qui m’a accompagné. A mes amis. A la route. Encore la route. Et à Dieu. Éternel.

S’élever l’âme pour mieux passer. Trépasser, puis s’élever. La lumière se regarde en face. Et tant d’humains dans leur caverne.

« Rien de nouveau sous le soleil ». De l’ombre, encore de l’ombre. Et la lumière bon sang ! Elle est là. En toi. Autour de toi. Dans les cieux. Dans les fleurs. Dans le regard de ton enfant. Dans le sourire du sage. Dans un rire. Dans la paix. L’amour. Toujours l’amour. Notre lumière est là. Partout. Pour tous. Divin. Il te suffit de voir. Il te suffit de croire. Il te suffit de recevoir et puis de redonner. D’ Être, au lieu d’Avoir.

« Rien de nouveau sous le soleil ». Et l’appel de la route qui se fait si fort. Un rôle que Dieu m’a alloué. Ni plus, ni moins. Un passant. Un témoin. Jusqu’au jugement dernier.

« Vanité, tout est Vanité ». Ma vanité de croire en la sagesse, alors que seul Dieu sait.

« Tous les mots sont usés », et j’ai déjà trop parlé. Ma route est là, simple, droite. Je viens de Dieu, et je retourne à Dieu. On se rencontrera peut-être, si Dieu le veut…

20 novembre 2007
Manar a dit :
Il y a en effet plusieurs écoles juridiques dans l’islam, donc personne n’a de légitimité et ne peut dire ce qu’est véritablement un musulman.
20 novembre 2007
Taremaillac a dit :

“Abou Hanifa développera une argumentation spécifique pour appuyer le fait que tout musulman prononçant l’attestation de foi possède la « plénitude de la foi » (Îmân kâmil), il ne peut donc être considéré comme un demi-croyant ou être soumis à une ségrégation particulière du fait de sa qualité de converti.”

Ne trouvez vous pas que c’est vraiment un peu trop facile de se dire musulman ? Il existe d’autres religions qui ont des conditions d’entree si j’ose dire plus draconniennes un peu partout dans le monde.

Par contre, vu que l’apostasie est punie de mort, la sortie n’est point aisee, voire impossible dans beaucoup de societes musulmanes.

Cette entree hyper simple et cette sortie impossible m’ont toujours paruent deroutantes.

Qu’en pensent les intervenants ?

Taremaillac.

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