Port du voile à l’école : Pour une liberté de conscience définitivement reconnue et respectée

A l’heure où le débat sur la légalité du voile à l’école réapparaît sur la scène médiatique, bra

lundi 30 juin 2003

A l’heure où le débat sur la légalité du voile à l’école réapparaît sur la scène médiatique, brandissant une fois de plus, l’épée de Damoclès sur les consciences particulièrement échauffées des citoyennes et citoyens français musulmans, il serait utile de rappeler tant les fondements religieux qui motivent cet acte de foi , que quelques principes de droit français et européen qui non seulement le permettent, mais plus justement encore, le protège.

Ces derniers jours, nous avons entendu çà et là les multiples prises de positions des hommes politiques sur le sujet, de Mr Raffarin à Mr Lang en passant par le ministre de l’Intérieur, Mr Sarkosy et celui de l’éducation Mr Ferry . On parle de montée des communautarismes, de péril pour la laïcité, en l’absence même de causes légitimes qui auraient pu justifier tout ce tapage médiatique. Certains (es) philosophes ou sociologues (ils se reconnaîtront), quand on va au bout de leur réflexion, souhaiteraient non seulement l’éradication du foulard islamique à l’intérieur, mais aussi, hors de l’enceinte scolaire n’ayant pas peur ainsi de prôner une sorte d’intégrisme laïque qui confinerait les personnes croyantes à vivre leur foi dans leurs chaumières, alors que le propre de leurs principes est de s’exprimer et de rayonner dans la société. Les exclure de la sphère publique, c’est leur réserver un ghetto à la marge afin qu’ils ne viennent pas gâcher le paysage des « bien- pensant ». Curieuses solutions pour les promoteurs de la démocratie. Ils prétendent combattre « le retour de Dieu » au nom de leurs seules valeurs justes, républicaines, laïques, sans qu’on ne sache plus très bien de quoi il en retourne avec ces concepts, tellement ils sont employés de manière sélective et à « toutes les sauces ! ».

Pourtant, d’un point de vue théologique, aux yeux de la majorité des musulmanes et musulmans de part le monde, la prescription divine est claire « O Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leur voiles »[Coran, sourate Les factions, verset 59] mais encore « Dis aux croyants de baisser leur regards, d’êtres chastes. Ce sera plus pur pour eux .Dieu est bien informé de ce qu’ils font .Dis aux croyantes de baisser leur regards, d’être chastes, de ne montrer de leur atours que ce qui en est visible et de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines »[Coran, sourate La Lumière, verset 31,32] .
Dès lors, tous les ’Oulémas (savants religieux musulmans) se sont entendus sur la portée de cette injonction. Passée l’âge de la puberté, une musulmane pratiquante, consciente de ses valeurs et de ses principes doit en toute liberté pouvoir faire le choix de porter un foulard ou pas (nous ne développerons pas ici les situations ou des jeunes filles sont malheureusement forcées par leurs proches de porter ce foulard islamique dans la mesure ou ceci reste un fait extrêmement minoritaire en ce qui concerne la présence musulmane française) .

Certains rétorqueront qu’il n’est pas stipulé dans le Coran que les femmes doivent ne laisser apparaître que leur visage et leurs mains « que ce qui est visible ». Or certains hadiths (propos du prophète de l’islam dans des circonstances précises) viennent préciser le sens des versets révélés et plus particulièrement la notion de « awrah » équivalente aux termes de pudeur, intimité. D’ innombrables débats eurent lieu entre les contemporains du prophète et de leur successeurs érudits jusqu’à ce jour, débouchant ainsi sur un consensus autour des parties à couvrir en public dans un environnement mixte qui représente la totalité du corps féminin hormis son visage et ses mains .

Il faut rappeler que d’un point de vue théologique, à travers cette prescription, ce ne sont pas les potentiels dérapages de la femme qui sont visés, mais clairement les faiblesses de l’homme dans ce qu’il a de plus primaire et instinctif à l’égard de la gente féminine . Tout homme normalement constitué sait combien peut-être grande l’attraction que les femmes exercent sur lui. Ceci est un fait et il n’y a rien de plus naturel à cela .Sans généraliser, il existe une particularité masculine dans son attirance au corps féminin, tandis que les femmes seraient beaucoup plus sensibles que l’homme aux sentiments et au romantisme . L’homme sait donc toutes les pensées et suggestions qui naissent en lui dans cette relation à la femme .C’est précisément ici que la religion musulmane pose une limite, offre une orientation, nous présente une conception de la relation homme-femme basée sur la pudeur, le respect et la maîtrise avant tout .Ce symbole, de l’intérieur du champs de représentation musulman, ne représente pas l’expression de l’asservissement féminin ou de la supériorité masculine comme beaucoup de « sociologues de l’islam » sont entrain de l’affirmer . Ce foulard représente plutôt le rappel de la dimension première d’une femme croyante qui est sa relation verticale avec Dieu au moment même où l’homme dans son regard n’y a vu que sa beauté extérieure et peut-être même plus .

Ceci dit, ne banalisons pas, les relations entre un homme et une femme ne se réduisent pas à la concupiscence, mais l’islam de ce point de vue là, pose un cadre clair, et le foulard que porte une musulmane en est un pilier. Cela n’excommunie pas toutes les femmes qui ne le portent pas, loin de là, mais, pour celles qui le portent avec une conviction profonde, cela représente le signe de leur attachement à des recommandations considérées comme divines. Qui peut s’arroger le droit de les condamner pour ça ?

Une femme voilée signifie aux hommes qu’elle côtoie, qu’elle est avant tout un être de cour évoluant devant Dieu et pour Dieu avant d’être un corps dans toute la beauté de son apparence, quand bien même la séduction est une dimension fondamentale de la religion musulmane .Cela s’apparente à la quête d’une dignité dans le rapport au transcendant .

Ceci n’a pas pour objet de nier le charme et la beauté chez une femme, mais plutôt de fixer un cadre, des limites au regard que l’homme peut porter sur elle et sur la manière dont il peut l’approcher . A une liberté qui abandonne les jeunes à tous les excès, à une société qui pousse les hommes à consommer toujours plus, à une publicité qui exploite le corps de la femme à des fins commerciales, une femme voilée proclame qu’il est un Dieu unique et qu’elle fonde toute sa vie sur les valeurs révélées déjà à l’époque, dans l’ancien et le nouveau testament puis plus récemment dans le Coran .Il n’y a rien d’étrange ou de suspicieux à cela .

Ainsi il nous faut réellement rendre hommage à ces femmes qui un beau jour en arrive à porter ce foulard par un long processus de maturation spirituelle, quand la pression sociale autour de cet bout de tissu est si forte .

C’est au nom de leur volonté de contribuer pleinement à l’enrichissement de la société française qu’elles souhaitent que leurs concitoyens les acceptent telles qu’elles sont avec leurs foulards, leur foi en Dieu, loin de toute violence et extrémisme, car ici elles demeureront et ici elles construiront, pour leur bien-être, celui de leurs proches et de la société française toute entière .

Or, quand on observe le traitement médiatique de ce fait de société, on s’aperçoit que les journalistes et les « nouveaux spécialistes de l’islam » qui traitent de ce sujet ont un mal fou à se décentrer de leur propres positions pour appréhender avec empathie la réalité spirituelle de celles qui le portent et n’y voir qu’un signe politique, expression forcément évidente de leur rejet de la société française .

Le raisonnement est infondée et le raccourci très dangereux . On a vraiment du mal, en France, à reconnaître à ces femmes le droit de concevoir leur présence sur la base de leurs propres références et non celles qu’elles n’ont pas souhaité intégrer à leur identité .Il existe encore une dictature de la pensée à ce niveau, dont plusieurs personnalités influentes du microcosme politique et intellectuel se font encore le relais .

La question du voile cristallise toutes les passions en ce qu’elle est l’expression la plus visible dans la sphère publique du retour du religieux sur le devant de la scène dans notre pays. Quand la tendance est plutôt à l’éradication de toute manifestation extérieure des religions, une femme avec un foulard ou un homme musulman en prosternation ramène certaines consciences quelques siècles en arrière . Oui le passif est lourd, oui la méconnaissance réciproque, les à priori et les préjugés y sont pour beaucoup dans les questions que se posent une grande partie des français .Dans leur longue mémoire, l’évocation de l’islam, renvoie les français aux hordes de sarrasins débarquant d’Andalousie à l’assaut de la France chrétienne ou plus récemment encore à la libération de l’Algérie obtenue au prix d’un lourd tribut, la révolution iranienne, les attentats à Paris ou ceux du 11 septembre . Ne sous-estimons pas l’avalanche médiatique d’images négatives associées à l’islam qui se réfèrent certes à des faits réels mais qui en exagèrent l’effet et stigmatisent toute une population quand on sait que statistiquement, ces mêmes faits, concernent moins de un demi pour cent de cette dernière. Aujourd’hui, Il faut dire et répéter qu’il ne fait clairement pas bon être musulman en Occident. A peine le mot est lâché, que les clichés et images s’enchaînent déjà à toute allure dans la tête du citoyen lambda .

N’oublions pas que la république s’est élevée et édifiée contre le joug de l’église chrétienne qui a vu la raison des lumières triomphée des « ténèbres de la foi » . « Qu’adviendra-t-il si nous laissons ces jeunes filles porter un symbole si évocateur dans notre histoire et nos consciences ? »  ; « Quel est la prochaine revendication de ces citoyens pas tout à fait comme nous car ne construisant pas leur système de pensée et leur discours à partir des mêmes références que nous et provenant d’une autre civilisation ? » ; « En d’autres termes, sont-ils avec nous ou contre nous ? » .Telles sont les interrogations légitimes d’une grande partie des français qui voient en « l’autre » le reflet de leurs propres angoisses intérieures :crise de l’état nation, intégration européenne, mondialisation de l’économie et de la culture, chômage, déliquescence sociale . « Que deviendra notre identité nationale française (dans son substrat judéo-chrétien) si ces musulmans arrivent à grand renfort de revendications cultuelles, presque politiques ? » .

Le vrai défi qui se pose à la France est qu’elle doit impérativement renouveler l’image qu’elle a d’elle même dans tous sa composante citoyenne pluri-culturelle .

Les clichés véhiculés par l’univers audio-visuel français sont à cet égard très révélateurs .Les productions intègrent , très peu de français de confession musulmane . Dans les fictions cinématographiques, les seuls rôles qui sont attribués à cette catégorie de citoyen sont ceux de braqueurs, dealers ou au mieux « d’arabe de service » . Quand à l’univers publicitaire, ils en sont tous simplement absents . Quand on sait l’impact du champ médiatique sur les constructions et les perceptions de la population française, la majorité des citoyens n’intègrent pas les musulmans dans leur représentation symbolique de l’identité nationale en tant que groupe d’individus vivant dans un même espace et surtout partageant un certain nombre de valeurs communes .

Si nous revenons au cadre juridique, les textes sont clairs : le principe de la liberté de conscience est fondamental et il est privilégié à chaque fois dans toutes les affaires portés aux tribunaux depuis une quinzaine d’années .En ce sens l’arrêt du conseil d’état de 1989 est un modèle de sagesse, il n’y a pas d’obstacle au port du foulard au sein de l’institution scolaire en dehors du fait que l’élève concernée se rende coupable de propagande, de prosélytisme ou de nuisance à la bonne marche des cours . En d’autre terme ce n’est pas le vêtement qu’il faut supprimer mais les actions dont pourrait se rendre coupable l’élève au cour de l’établissement qui, lui, reconnaît et respecte toute les religions sans en privilégier aucune (principe de laïcité) .

Au niveau européen, la charte des droits fondamentaux reconnaît dans son article 10 à toute personne le droit de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites . Ce qui veut dire que toute loi française qui interdirait le foulard sans conditions tomberait inévitablement en contradiction avec l’orientation juridique européenne ainsi que les autres législations nationales qui ont toutes privilégié la liberté de conscience et le règlement amiable au cas par cas à l’interdiction pure et dure .

D’ici quelques temps et déjà maintenant, l’émergence d’un nouveau type de citoyen français « islamo-occidental » confirmera les bonnes intentions de la majorité des musulmans vivant ici. Nous avons beaucoup plus de valeurs à partager que de divergences vestimentaires sur lesquelles s’arrêter .En tant que citoyens français musulmans, nous avions déjà enterré ce débat, et l’heure pour nous est à des enjeux beaucoup plus importants que la tenue vestimentaire que nos compagnes, sœurs ou amies ont librement décidé de porter . Tous citoyens, humanistes athées, agnostiques, chrétiens, juifs, musulmans ou autres, avons le devoir de nous reconnaître, de nous respecter et d’apprendre les uns des autres pour le bien et l’enrichissement de l’ensemble des individus composant ce si beau pays qu’est la France .

Ne nous demandez pas de jouer le rôle de qui nous ne sommes pas, pour pouvoir exister pleinement dans cette République, car alors, pernicieusement, vous faîtes le contraire de ce que vous prétendez défendre et les conséquences en seraient désastreuses sur le plan social. Vous voulez des adultes équilibrées, alors acceptez, respectez et accompagnez ces femmes en devenir. C’est la meilleure garantie d’ une émancipation féminine musulmane qui part de l’intérieur de ses références pour rayonner, nous le souhaitons, à tous les échelons de la société française.

Dépassons cette querelle de « basse volée » qui met les musulmans pour la énième fois dans l’œil du viseur, et focalisons-nous plutôt sur des enjeux bien plus fondamentaux tels que la justice sociale, l’aide aux exclus du système, l’équilibre des richesses mondiales, le rapprochement des peuples et des cultures, et nos retraites !

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