« Point de contrainte en religion »

L’urgence est à présent non pas à la raison mais au cœur. Le mien, le nôtre, celui des victimes, toutes

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vendredi 7 janvier 2011

3. Une Eglise Copte endeuillée est une mosquée profanée

J’avais prévu de publier un troisième volet à cette réflexion sur un principe, ô combien fondamental : « Point de contrainte en religion ». Il m’intéressait d’y montrer comment, à travers l’analyse littérale, l’on pouvait d’une part débarrasser ce dit verset des poncifs qui l’empoussièrent, le libérer des fers de l’abrogation, et lui rendre à la lettre sa noblesse. Je pensais ainsi en explorer la structure intime afin de démontrer que nos certitudes s’imposent bien souvent au texte. Je ne sais pas si je le ferais, très sincèrement, parfois la fureur du temps me rend vaine la subtilité exégétique. L’urgence est à présent non pas à la raison mais au cœur. Le mien, le nôtre, celui des victimes, toutes les victimes, parfois un mort fait déborder l’immense fosse de la vie. Coptes en prière, Musulmans en prière, hommes et femmes en prière, hommes et femmes sans prières. Je ne sais qui a commis ce crime supplémentaire, quel esprit de mal, quel cœur malade ; mais j’ai la certitude qu’il a ainsi massacré tous les hommes de bonne volonté. Mon Dieu, Dieu, n’a nul besoin de sacrifices.

Il me reste donc pourtant encore de l’espoir pour tous les croyants :

“Dieu, certes, défendra les croyants.

Dieu, certes, n’aime pas le traître plein d’ingratitude.” S22.V38

L’actualité, sanglante, et le sang est bien l’encre des médias, rappelle ainsi l’exégèse à la réalité. Loin de l’effort exégétique, je lirais donc aujourd’hui avec ceux qui le souhaitent le Coran avec mon cœur et je lirais ainsi les versets qui, comme un fer rouge, marquent mon âme : “ Point de contrainte en religion.”

Mais, tout d’abord, si la tolérance nous semble un principe obligatoire, l’intolérance, elle, est de règle, et le bâtard de cette harpie a bien parfois le visage de l’indignation sélective. Nous sommerait-on de nous émouvoir du sort de nos frères !

A tous nous dirons ceci : « Qui a tué une âme a tué l’humanité entière, qui a sauvé une âme a sauvé l’humanité entière.  » S5.V32. Nous qui souffrons dès lors que le sang d’un seul fils d’Adam est versé, nous pour qui la vie est sacrée, pour qui toute âme est unique, afghane, palestinienne, arabe, juive, copte, noire ou blanche, croyante ou non-croyante. Mon frère, quelle que soit la couleur de son âme, est mon frère ; tel est le vrai visage de l’Islam.

Mais aussi, serions-nous les coupables désignés d’office que nous ayons à nous excuser avant procès ! En ce monde de duplicité les assassins ont pignon sur rue et les victimes sont repentantes ! De quels droits et de quelle raison se réclament l’hypocrite, le cupide, le populiste, l’apprenti fasciste, le servile !

Le crime ne profite jamais qu’à ceux qui le commanditent. Or, pas un attentat commis prétendument par des « musulmans » ne profite aux musulmans. Pas une horreur non plus que nous puissions légitimer, pas une infamie que nous devrions justifier.

Mais encore, le piège est simple, dresser les croyants les uns contre les autres, que la victime soit bourreau. La dignité et la patience sont les seules armes face à l’instrumentalisation machiavélique de la foi.

Le mal est partout ; à l’heure présente l’Occident ne s’interroge guère sur les raisons du mal qui le ronge et fait de lui le prédateur le plus redoutable qu’il soit. Un tueur froid et efficace, un planificateur de la mort selon une logique économico-politique, sans état d’âme. Un tel pouvoir vampirise, il vit de la mort.

D’autres, au nom d’une foi usurpée ou déviée, d’un désespoir mortifère, d’une crasse bêtise, ne sont que marionnettes aveugles explosant comme au cinéma show. D’autres, leurrées en leur foi, cultivent sans le savoir une sombre haine, l’indifférence, ne connaître que les morts et les souffrances de son propre camp, l’autre n’est rien d’autre qu’un cadavre sans valeur.  

Nous, croyants de tous les horizons de foi, n’avons cesse de nous interroger, ou tout du moins devrait-il en être ainsi. Seul le non-croyant infatué est empli de certitude, voila bien le faux paradoxe : tout croyant en la certitude de sa foi ne cesse de s’interroger car la vie n’est pour lui que sens moral.

En les premiers sombres jours d’une sombre année d’un sombre siècle, il cherche la lumière au cœur du Livre :

Il a vu, il a lu, comme une lueur, un espoir : « Point de contrainte en religion. »

Il a compris le message : La foi est un mouvement autonome, elle surgit en chaque être selon la volonté de Dieu, je lis alors : « Point de contrainte en la foi. »

La foi n’est pas une religion, c’est reconnaître l’existence du Créateur, je comprends alors : « Point de contrainte quelle que soit la religion. » 

Pour Dieu donc toute foi est noble, tous les croyants frères, je sais alors que : « Il n’y a pas à contraindre à l’Islam. » 

Etre croyant c’est donc accepter l’unicité de Dieu et la multiplicité de sa Création, j’affirme alors que : « Il n’y a pas à contraindre au nom de la foi. »

Au delà même de la tolérance, il sait que le respect le plus profond est dû à tout âme voulue par le Créateur, je saisis alors que : « Nul ne peut contraindre à croire. »

S’ouvrent à lui les lumières de la foi, au-dessus des carcans, je sais alors que : « La religion n’est pas un principe de contrainte. »

Il sait alors en sa chair alors que le croyant n’a pas à subir de contrainte du fait de sa foi.

Mais voilà, l’homme est homme, le loup son frère, et l’impossible blancheur de l’agneau.

Il est seul, il lit : « la droiture, certes, se distingue de l’égarement. »

Croyant il l’est car Dieu seul l’a appelé à fuir les dévoiements et à aimer la rectitude, la beauté au sein de la laideur.

Croyant, il sera jugé comme les autres à l’épreuve de ses actions Ici-bas. Il n’est pas à l’abri, pas d’impunité, pas de passe-droit, il est comme tout être tributaire de ce qu’il aura réalisé, il est faible et il est fort. Il peut percevoir en lui-même et par lui-même la droiture de l’égarement, il peut suivre le chemin de droiture ou en dévier.

Croyant, il sait alors que : « celui qui rejette l’Oppression et croit en Dieu saisit ainsi l’anse solide, sans faille. » Il n’est plus seul : « Dieu entend et sait. »

 

Cette anse parfaite est comme la Main tendue, la saisir est s’élever : « Dieu est l’Ami des croyants, Il les fait passer des ténèbres à la Lumière  ». J’ai compris que la Lumière était pour tous les croyants, tous les cœurs en recherche. J’ai compris aussi que Dieu ne connaissait pas la haine, ceci n’est que notre triste lot, le fruit amer de nos frêles certitudes. Simplement, « la droiture, certes, se distingue de l’égarement » et il en est qui se refusent à s’abandonner pleinement à Dieu : « ceux qui dénient la foi, leurs alliés sont bien les Oppresseurs, ils les font passer de la Lumière aux ténèbres. » Ils font de la terre d’Ici-bas un enfer, attisant le feu et semant la mort, ils sont les fossoyeurs de leur devenir : « tels sont les hôtes du Feu, ils y demeureront à jamais. »

Il en est ainsi,

Point de contrainte en la foi. La droiture, certes, se distingue de l’égarement. Celui qui rejette l’Oppression et croit en Dieu saisit ainsi l’anse solide, sans faille. Dieu entend et sait.

Dieu est l’Ami des croyants, Il les fait passer des ténèbres à la Lumière.

 Ceux qui dénient la foi, leurs alliés sont bien les oppresseurs, ils les font passer de la Lumière aux ténèbres. Tels sont les hôtes du Feu, ils y demeureront à jamais.S2.V256-257.

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Auteur : Dr Al 'Ajamî

Auteur de « Que dit vraiment le Coran » et de "Quarante Hadiths authentiques de Ramadan" parus aux éditions Zenith, 2009. http://editionszenith.fr

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