Philippe Val, vendeur de l’idéologie néo-conservatrice américaine

Philippe Val est directeur de Charlie Hebdo. Le journal a une image contestataire, humoristique. Il attire don

mardi 6 décembre 2005

Philippe Val, vendeur de l’idéologie néo-conservatrice américaine

Philippe Val est directeur de Charlie Hebdo. Le journal a une image contestataire, humoristique. Il attire donc un lectorat jeune. Philippe Val a évolué politiquement pour devenir aujourd’hui proche des thèses des néo-conservateurs américains. Sharon et Bush sont ses héros positifs, ceux qui osent les critiquer sont selon lui complaisants avec les terroristes. Dans la grande bataille des idées à laquelle nous assistons, Val constitue un élément important. La tonalité ironique du journal, les dessins humoristiques lui permettent de vendre l’idéologie néo-conservatrice contenue dans ses éditoriaux à un électorat qui n’aurait pas naturellement penché de ce côté.

Philippe Val est pour la démocratie mais il ne faut abuser. Cela ne va pas jusqu’à accepter le débat contradictoire. Lui a le droit de mettre en cause ceux qui ont le malheur de ne pas partager son admiration pour la politique de George W. Bush. Eux n’ont pas le droit de répliquer. Val est connu pour refuser systématiquement de publier les droit de réponse de ceux qu’il attaque. Il m’a violemment pris à partie dans un éditorial du mois d’août de Charlie Hebdo, à propos d’un article publié dans Libération le 29 juillet sur le terrorisme et les attentats de Londres. Je lui ai envoyé un droit de réponse qu’il n’a pas publié. Devant son refus persistant, j’ai entamé une procédure pour le contraindre à publier ma réponse. Il est extrêmement intéressant de voir quelle argumentation l’avocat de Val a défendue. Afin de justifier la non-publication de ma réponse et les attaques de Val à mon égard, il a mis en avant la polémique lancée par l’Ambassadeur d’Israël contre moi en 2001 à propos de mes positions sur le conflit israélo-palestinien et ses conséquences en France, ainsi que les démêlés que cela m’avait causé au Parti socialiste. On ne voit pas ce que cela a à voir comme argument juridique pour refuser de publier un droit de réponse à propos d’un article sur le terrorisme, où il n’était pas question d’Israël. Mais cela explique le cheminement intellectuel de Val ses véritables motivations politiques et les raisons de son agressivité à mon égard. Pour des raisons de formes (il manquait un document dans mon dossier), je n’ai pas gagné ce procès. Mais je crois utile que ma réponse soit publiée et je remercie Oumma.com de l’accueillir.

 

CHARLIE HEBDO
Philippe VAL
Directeur de la rédaction

44 rue de Turbigo

75003 Paris
Paris, le 23 septembre 2005
Réf : 395 IRIS/PB/SC

 

Objet : Lettre valant droit de réponse en application de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881.
Lettre en recommandé avec AR

 

Y a un truc qui énerve particulièrement Philippe Val ces derniers temps, c’est qu’on ose critiquer George Bush. Parce que George Bush, c’est un mec vachement bien, courageux et qui nous protège contre le fascisme islamique. Heureusement qu’il est là sinon ce serait la catastrophe, et le fascisme islamique aurait gagné. Alors que là, c’est visible, le fascisme islamique est en perte de vitesse, grâce à George Bush et à sa très bonne politique.

Alors quand on critique son idole George, Philippe Val devient furax. Il ne réfléchit pas avant de tirer, il tire tout de suite. Et d’ailleurs il ne réfléchit pas non plus après.

Parce que j’ai osé critiquer la politique extérieure de Bush, Philippe Val a pété les plombs et publie un texte dont le style rappelle plus la presse d’extrême -droite des années 30 que la prose habituelle de CHARLIE HEBDO. Il m’accuse de complaisance vis-à-vis d’Hitler, de collaboration avec le terrorisme, de chercher des excuses à Ben Laden et de rendre la démocratie coupable du terrorisme. On se demande presque pourquoi je suis encore en liberté ! Sans doute parce que Philippe Val n’est pas ministre de l’Intérieur, sinon cela n’aurait pas traîné.

Philippe Val aime la démocratie, mais il en a une conception très personnelle. La démocratie c’est bien, à condition qu’il n’y ait pas d’opposition. Si l’on n’est pas d’accord avec la démocratie telle que la conçoit Val, on est forcément un fasciste islamique. Ca ne doit pas être drôle tous les jours à CHARLIE. Je crois d’ailleurs que quelques chroniqueurs qui ont fait l’erreur d’être en désaccord avec le chef suprême à propos du conflit israélo-palestinien ont été virés ! Au nom de la démocratie sans doute.

Et puis, pour Val, la guerre d’Irak, Guantanamo, Abou Ghraib, les bombardements sur les populations civiles, les bavures aux Check Points, tout ça c’est la démocratie. Sûr qu’on n’a pas la même conception.

Libre à Philippe Val d’admirer éperdument George W. Bush et Ariel Sharon, c’est un problème qui le concerne et qui concerne éventuellement les lecteurs de Charlie Hebdo. Mais cela ne lui donne pas le droit de déformer totalement mes propos et ma pensée, et ce avec une mauvaise foi qui pèse plus qu’un bombardier américain.

Dans l’article incriminé (consultable sur www.iris-france.org), j’écris que le terroriste éprouve de la haine pour les sociétés démocratiques (ce que nous sommes), que nous risquons tous d’en être victimes, que le terrorisme existe depuis longtemps, mais que la politique de George W. Bush a eu pour conséquence de le développer.

Pour Philippe Val, ce sont des menteries, et quoi que nous fassions, Ben Laden voudra nous détruire. Evidemment ! Et ce n’est pas la peine d’avoir les posters de Donald Rumsfeld et Condie Rice au-dessus de son lit pour comprendre que Ben Laden n’est pas prêt à se convertir aux mérites de la démocratie participative. Mais l’enjeu est bien de ne pas lui fournir d’arguments et d’éviter qu’il puisse faire de nouvelles recrues. Et donc, si l’on prône la démocratie, mieux vaut en respecter les valeurs. Par ailleurs, on rappellera que Ben Laden, n’a pas toujours été l’ennemi des Américains, bien au contraire...

Philippe Val me reproche d’avoir remplacé mon devoir de chercheur par la joie du militantisme. Le problème c’est que pour lui visiblement le militantisme c’est émettre des réserves sur la politique de Bush et de Sharon, alors que, j’imagine, la recherche c’est applaudir leur politique des deux mains en regrettant de ne pas en avoir plus. Mais qui se fonde sur des présupposés idéologiques, si ce n’est Philippe Val ? Le problème, et il est de taille, c’est qu’à part les Think Tanks idéologiquement néo-conservateurs, tout le monde s’accorde à reconnaître que le terrorisme, qui préexistait évidemment à la guerre d’Irak, s’est largement développé depuis et à cause de cette guerre. De Bzrezinski à George Soros, en passant par Samuel Huntington (tous de dangereux gauchistes) ainsi que la plupart des responsables ou anciens responsables des renseignements américains ou européens (tous certainement des altermondialistes infiltrés) s’accordent à dire la même chose. Les 57% d’Américains qui fin août 2005 jugeaient que la guerre d’Irak rendait les Etats-Unis plus vulnérables au terrorisme, sont-ils des néo-nazis ou des fascistes verts ?

Je fais dans mon livre "Vers la 4ème guerre mondiale ?" paru aux éditions Armand Colin, un recensement relativement exhaustif de ces déclarations unanimement convergentes, et il est édifiant.

Philippe Val passe également sous silence le fait que Tony Blair lui-même a, aussi bien avant qu’après les attentats de Londres, rappelé que la résolution du conflit israélo-palestinien contribuerait de façon efficace à la lutte contre le terrorisme et qu’il ne faut pas se contenter de réponses militaires, mais aussi apporter des réponses politiques à ce défi.

Mais cela n’a aucune importance pour Philippe Val. Puisqu’il n’est pas d’accord cela ne peut pas être vrai. Et cela ne peut pas être vrai, parce que Bush qui dit toujours la vérité, affirme que ce n’est pas vrai. Circulez, il n’y a rien à voir !

Philippe Val pense qu’il ne faut pas chercher à comprendre le terrorisme, car cela revient à lui trouver des excuses et donc à le légitimer. Je reconnais que sur ce point il est cohérent. Il ne cherche effectivement pas lui-même à comprendre. Mais si l’on veut lutter contre le terrorisme il faut au contraire en comprendre les ressorts pour le combattre plus efficacement. Le parallèle qu’il fait avec les nazis est d’ailleurs édifiant. Les vainqueurs du nazisme ont compris que pour éviter qu’il ne se reproduise, il ne fallait pas commettre en Allemagne les mêmes erreurs qu’après la Première Guerre mondiale. La politique suivie par les Alliés à son égard après 1945 n’a été en rien une légitimation du nazisme, mais au contraire un moyen d’en empêcher sa résurgence.

Philippe Val croit-il qu’un accord de paix aurait été possible si l’armée britannique s’était conduite en Irlande comme l’armée américaine en Irak ou l’armée israélienne dans les territoires occupés ?

Le terrorisme est notre ennemi à tous. Nous pouvons tous en être la victime. Mais penser comme Philippe Val que la seule réponse à y apporter est l’accentuation de la politique du tout militaire, sans apporter de solutions politiques aux problèmes du Proche-Orient, ne peut conduire qu’à développer le terrorisme. Philippe Val soutient une politique qui a pour effet de développer le terrorisme. Cela ne le place pas en position idéale pour donner des leçons de morale à la sulfateuse.

Pascal Boniface

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