Perspectives féminines croisées (2/2)

Des voix se lèvent aussi bien parmi les musulmanes d’occident, qu’en terre d’islam pour revendiquer un

mardi 29 juillet 2008

On tente de nous faire croire à nous musulmanes que plus d’islam, c’est plus d’aliénation et donc moins de liberté, et qu’il n’ y aurait que deux choix possibles : se libérer de toute aliénation religieuse en adhérant au seul modèle de libération féminine qui prévaut aujourd’hui. Ou se résigner à accepter sans réserve, tout ce qu’un fiqh (jurisprudence islamique) a légiféré au nom d’une lecture rétrograde de la femme : autrement dit, accepter en tant que femme moins de droits et plus de discrimination au nom du sacré !

Alors que choisir ? Un véritable dilemme pour les femmes musulmanes ! Certaines opèrent un choix en se libérant de toute référence religieuse. Le modèle de réussite restant symbolisé par une certaine vision de la femme occidentale. D’autres, les plus nombreuses, préfèrent fermer les yeux sur le déni de justice dont elles sont victimes au nom du religieux ! Elles préfèrent se soumettre aux lois des hommes, car on leur a enseigné que la subordination à l’homme est une obligation divine. C’est ainsi que soumises dès leur plus jeune enfance à ce postulat qui les nie en tant qu’individus à part entière, elles finissent par transmette fatalement cette tradition de soumission aux normes patriarcales, à des générations de musulmans et de musulmanes.

Cependant, elles sont de plus en plus nombreuses à revendiquer le fait d’être des musulmanes pratiquantes tout en restant critiques aussi bien vis-à-vis d’une certaine perception de l’islam imposée par des traditions culturelles passéistes, qu’envers un Occident cherchant à imposer un modèle unique de libération, auquel elles refusent de se soumettre.

C’est à partir de cette perspective, celle d’une lutte féminine le plus souvent non reconnue et minimisée, voire totalement ignorée, que je voudrais témoigner aujourd’hui. Parler au nom de cet engagement féminin, que je revendique,  qui se veut spirituellement musulman, mais qui aspire à un universel partagé comme un bien commun de l’humanité. Cet engagement qui se fait au nom des références musulmanes, considère que l’islam peut être vécu comme un message émancipateur. Oui, je dis bien émancipateur. Ce terme peut paraître  antinomique, dès lors qu’il est associé aux termes « femme et islam. » Car si l’émancipation des femmes, signifie la capacité de celles-ci à parler pour elles-mêmes et d’elles-mêmes, ces femmes musulmanes sont donc dans un processus d’émancipation. Elles revendiquent une lecture de l’islam libératrice.  Motivées par leur foi et leurs convictions, elles réécrivent leur histoire en redéfinissant leur identité, considérée comme la propriété exclusive des hommes.

Un véritable mouvement féminin, vécu comme une troisième voie, entre une aliénation occidentale aveugle et un traditionalisme hermétique, est actuellement entrain d’émerger. Certes, il est encore minoritaire, mais il fait  doucement mais sûrement son chemin. Cette dynamique propose une nouvelle lecture des textes religieux à partir d’une perspective féminine  appelée tout simplement : « la nouvelle lecture féminine de l’islam ». Un mouvement féminin, dans lequel on retrouve également des hommes qui travaillent dans la perspective d’une véritable réappropriation féminine du débat religieux. De nombreuses femmes musulmanes sont donc engagées dans ce processus de requestionnement des sources et des modalités socio-politiques en islam. Elles sont conscientes aujourd’hui, que seule une interprétation des textes dans le sens d’une revalorisation de la femme, (et des réformes endogènes qui en résulteront) peut garantir la liberté et l’épanouissement de la femme musulmane. Ce mouvement lutte pour les droits de la femme, à l’intérieur de l’islam en tant que mode de vie spirituel, et selon une vision globale et contemporaine. 

  Le but est de développer à la fois une véritable autonomie, et une authentique identité féminine islamique avec ses droits et ses responsabilités.  Des voix se lèvent aussi bien parmi les musulmanes d’occident, qu’en terre d’islam pour revendiquer une relecture des textes afin de réviser les nombreuses injustices commises au nom de l’islam envers les femmes. Ce mouvement tente de déconstruire le monopole de la connaissance religieuse traditionnellement considérée comme le privilège exclusif des hommes, en proposant une relecture équilibrée et nuancée des textes en fonction du contexte actuel. Ce projet de « libération » de la femme musulmane se veut intrinsèque aux enseignements coraniques, car beaucoup de femmes musulmanes, issues des milieux intellectuelles et universitaires contestent aujourd’hui l’analyse, selon laquelle l’inégalité des sexes, l’oppression et le système patriarcal, sont des « valeurs » inhérentes au Coran. Elles souhaitent démontrer le contraire. Car, les sources islamiques peuvent être perçues comme sources libératrices. Elles dénoncent également que certaines interprétations des textes scripturaires sont devenues elles-mêmes sacrées, favorisant une certaine institutionnalisation de la misogynie en islam, du fait que de nombreux savants hommes, ont ignoré le message universel de l’islam en demeurant prisonniers de leurs contextes culturels respectifs. 

Certains ne manqueront pas d’évoquer un féminisme islamique. Ce terme inspire une certaine peur auprès de ceux et celles qui réduisent le débat à sa dimension sémantique, en n’y décelant qu’une vulgaire logique de confrontation entre les sexes, ou une tentative d’occidentalisation sournoise. C’est pourquoi, il convient d’effectuer, du coté musulman, un travail de fond sur la terminologie en sachant la dépasser, pour débattre plutôt des principes d’un concept dont on peut partager la signification en termes d’égalité des droits et de l’autonomie de la femme. N’oublions jamais que le féminisme est pluriel, et que l’histoire de la libération de la femme occidentale ne peut  être réduite à son « dénuement » comme le pensent certains. Les femmes musulmanes sont donc engagées vers un véritable travail de reconstruction de l’image de soi, luttant contre toutes les formes de ségrégation et d’injustices auxquelles elles restent soumises le plus souvent au nom d’une interprétation religieuse tronquée.

Il est cependant navrant de constater l’aveuglement dramatique de la part de certaines féministes non musulmanes d’une part, et de l’opinion internationale d’autre part, refusant de reconnaître que ces femmes sont dans un processus de résistance et d’apprentissage de l’autonomie, uniquement parce qu’ elles ont décidé de s’exprimer à partir de leur références spirituelles.  Or il faudra bien un jour, qu’elles se détachent de cette propension à ne reconnaître que ceux ou celles qui reproduisent leurs propres images culturelles. Il est impératif d’accepter de dialoguer avec ces femmes musulmanes et reconnaître que des changements ne peuvent advenir, que si elles  en sont les principales instigatrices. L’histoire a prouvé et prouve encore, que l’islam demeure une donnée incontournable des sociétés musulmanes. Tout projet de réforme doit émaner de l’intérieur en respectant la dynamique identitaire de ces pays.

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