Il n’est certainement pas aisé de revendiquer une libération féminine à partir d’une tradition religieuse tant les religions toutes tendances confondues sont considérées comme étant à l’origine de la culture universelle d’asservissement des femmes.
Il est encore plus difficile de le faire au nom de l’islam, religion qui détient aujourd’hui la palme d’or quant à l’oppression de la femme. Et ce, même si à travers l’histoire de l’humanité et transcendant toutes les particularismes, les femmes demeurent asservies à l’ordre sexiste.
Malgré donc une misogynie universelle qui perdure, l’islam reste le symbole du sexisme par excellence, qu’il est d’ailleurs de bon ton de dénigrer, car émanant d’un « ailleurs » à références non occidentales. Et comme il est toujours plus facile de dénoncer l’oppression chez les autres, le sexisme occidental, à la différence de celui de l’islam, est immunisé contre toute critique et absout de toute remise en question car émanant d’un monde civilisé et nanti.
Partant de cette assertion, il est plus facile pour des femmes de tradition judéo- chrétienne d’inscrire leurs luttes dans un « mouvement féministe universel » que pour celles qui se revendiquent musulmanes pratiquantes et refusant donc de renier leur enracinement à une histoire qui est la leur. On admettra cependant une certaine dose de libération pour celles, de culture musulmanes certes, mais qui se prêtent à un discours essentiellement anti-islamique, autrement dit, celles qui se libèrent de cette islamité entre autres, source d’obscurantisme et de soumission.
Le seul modèle de libération possible et imaginable actuellement, est celui qui adhère à des normes essentiellement occidentalisées et que l’on supposerait par je ne sais quelle logique, de l’ordre de l’universel !!! Les idées, les luttes, les témoignages des femmes en terre d’islam ne s’évaluent plus à l’aune des valeurs et des principes qui devraient être universels dans le sens profond du terme, c’est-à-dire en termes d’équité et de justice, mais plutôt en fonction de la capacité de distanciation voire dans certains cas de nuisance à l’égard de l’islam !
C’est ce type de vision ethnocentrique qui a sournoisement mené à la défaite de l’universel dans sa vision humaniste. On continue à instrumentaliser à outrance l’image d’une femme musulmane victime pour justifier les théories les plus dramatiques comme celles du choc des civilisations, du monde civilisé et barbare, du bien et du mal. On pousse d’ailleurs la rhétorique jusqu’à faire de la libération de ces pauvres femmes une affaire d’Etat, comme l’illustre l’exemple des femmes afghanes ou encore le projet du grand Moyen- Orient, qui propose avec les réformes politiques radicales, une révision sérieuse du statut de la femme musulmane.
Il ne s’agit pas ici de nier l’existence de graves problèmes liés au statut de la femme musulmane, en dénonçant ces ingérences culturelles très maladroites dans la forme, mais qui restent sur le fond certainement fondées. Il s’agit plutôt d’apprécier la gravité et l’impact de ces actes sur des populations musulmanes déjà fragilisées par des politiques intérieurs dévastatrices, et qui vivent ces ingérences comme une agression humiliante.
D’où les innombrables réactions de rejet vis-à-vis de toute réforme venant de l’occident, encore plus quand il s’agit des réformes concernant la femme musulmane considérée comme le dernier bastion d’une identité refuge.
Toutes ces tentatives de libération promulguées par certains courants occidentalisés sont vécues, à l’intérieur du monde musulman, comme des tentatives de déstabilisation et d’acculturation. Elles sont perçues comme une politique expansionniste dont l’objectif essentiel est de convertir les sociétés musulmanes en sociétés « permissives » et « amorales » à l’image de ce qu’est aujourd’hui l’Occident aux yeux de la grande majorité des musulmans.
On constate donc qu’une logique de la réaction identitaire règne dans la majorité des pays islamiques, empêchant toute tentative réelle de dialogue et de réformes, qui soit dit en passant, nous permet en tant que « bons musulmans » de fermer les yeux sur les multiples transgressions faites au nom de la « préservation de l’identité musulmane ».
Même s’il est certain qu’aujourd’hui, les sociétés musulmanes sont d’une grande diversité sur le plan socioculturel, économique ou politique, et que la situation des femmes musulmanes varie en fonction de la situation géographique et des conditions de vie, il n’en demeure pas moins vrai, que dans la majorité des pays islamiques, la femme musulmane endure de nombreuses formes d’injustices et d’inégalités, et jouit d’un statut juridique des plus déplorables.
Certes, le constat de la situation de la femme en terre d’islam est particulièrement accablant, mais il est important de différencier entre le fait culturel et l’essence d’une religion, entre un message spirituel et ses diverses interprétations. Une règle commune consiste à incriminer invariablement le Coran ou la tradition canonique comme source inéluctable de discriminations envers la femme.
Ce n’est pas tant le Coran en lui-même qui pose problème, mais ce qu’ on en a fait à travers des siècles et des siècles de lecture et d’interprétations sexistes envers la femme. Une interprétation rigoriste et complètement fermée du religieux a légitimé durant toute l’histoire musulmane volontairement ou non, une véritable « culture de discrimination » à l’encontre des femmes.
Il est en effet facile de puiser des arguments coraniques qui infériorisent la femme - comme d’ailleurs dans tout texte religieux que cela soit la Bible ou la Torah - quand on pratique une lecture littérale, statique qui ne prend jamais en compte ni la dynamique historique des époques de la révélation, ni celle de la conjoncture actuelle.





Commentaires
Si je ne peux en grande partie qu'être d'accord avec le Dr Asma Lamrabet , néanmoins il y a chez elle comme chez beaucoup de musulmans pratiquants comme ils prétendent l'être quelque chose de révoltant quand ils veulent des articles sur l'Islam .
Quand le Dr Lamrabet dit en parlant de l'Islam << religion qui détient aujourd’hui la palme d’or quant à l’oppression de la femme >> . On croit entendre un islamophobe . Si les musulmans ne savent pas faire eux même de distinction entre :
- L'Islam comme religion révélée immuable .
- Les sociétés musulmanes qui n'ont de l'Islam que le nom , et dans la majorité des cas sont gouvernés par des laïques pour ne pas dire laïcads ennemis de l'Islam même .
- Et les musulmans dont la majorité ne connaissent même pas les fondamentaux de leur religion .
Alors comment vous voulez que les non musulmans s'y trouvent et nous comprendre .
L'Islam est victime de l'ignorance de ses adeptes n instruits ou pas . Et souvent les instruits sont pire .
Merci Mohamed, et les choses ancestrales seront perpetuees.
Je fais court car de toute facon je risque fort d'etre censure. Je suis etonne mais pas surpris de constater le peu de contributions des oummautes lorsqu'il s'agit de remettre en question le fonctionnement des societes musulmanes. J'ai constate la meme repugnance a se mettre en question lors d'un article recent de Rene Naba, portant sur le monde arabe, et ou les possibles intervenants devaient probablement etre en train de preparer le ramadan. Comme disait Rene Naba que j'apprecie : "Il n'est pas interdit aux Arabes de devenir intelligents". Ceci dit, Bon ramadan a tous, car moi je le fais, par solidarite avec ma femme. Ayez l'esprit large... Et faites dementir votre reputation.
Une chose que je ne comprends pas dans cet article comme souvent dans d'autres articles du site...
Pourquoi quand vous traitez d'un sujet tout de suite dire "les Occidentaux disent de nous..."
Etes vous incapables de juger vos sociétés par vous-mêmes?
Quand en Occident on parle de féminisme, on parle des femmes en Occident déjà. En France, les femmes se battent déjà pour les Françaises pour une meilleure société. D'ailleurs pour toutes les femmes sans distinction de religion...
Alors oui, quand en France des personnes de religions différentes de celles qui ont modelé le pays s'implante et pose des problèmes inconnus ou oubliés cela pose débat.
Mais si vous parlez féminisme en pays musulman, faites le jusqu'au bout.
Avant de voir la paille dans l'oeil de ton voisin, regarde la poutre dans le tien.
Les femmes ont elles les mêmes droits? les lois sont différentes quand on est hoe ou fes? Les atteintes physiques sont elles condamnées? Ou oblige t on les fes à épouser le violeur?
@ durand:
Moi,une chose que je ne comprends pas c'est pourquoi des gens comme vous et Orlando viennent "nous donner" toute la journée des leçons sur un site qui s'appelle "oumma".
Si les articles et les sujets traités sur ce site ne vous conviennent pas,vous pouvez toujours aller voir ailleurs.
Perosnne ne vous oblige à lire des choses déplaisantes.
A bon entendeur.
Je suis pensif Sarah?
Seriez vous effrayer par les non musulmans? La controverse vous terrorise?
Dommage car c'est ainsi qu avec les plus grands philosophes du moyen-âge d'Averroès à Saint Thomas d'Aquin en Passant par Maimmounide la pensée de l'humanité à avancée...
Je crois seulement que ce que j'ai souligné vous dérange...
Comme le dit les proverbe populaires il n'y a que la vérité qui blesse.
Quoiqu'il en soit je suis heureux de voir que le site et les participants sont plus ouverts et accueillants
Je suis pensif Sarah?
Seriez vous effrayer par les non musulmans? La controverse vous terrorise?
Dommage car c'est ainsi qu avec les plus grands philosophes du moyen-âge d'Averroès à Saint Thomas d'Aquin en Passant par Maimmounide la pensée de l'humanité à avancée...
Je crois seulement que ce que j'ai souligné vous dérange...
Comme le dit les proverbe populaires il n'y a que la vérité qui blesse.
Quoiqu'il en soit je suis heureux de voir que le site et les participants sont plus ouverts et accueillants
@ durand:
La controverse pour la controverse ne m'intéresse pas.
Par contre,la discussion et l'échange d'idées sont toujours féconds, si c' est fait de manière courtoise.
Votre première intervention sur cet article de Madame Lambrabet n'était pas du tout de nature à engager une discussion de fond,mais c'était plutôt un mélange d'invectives,d'idées reçues,et d'un certain mépris.
Par ailleurs,détrompez-vous,je ne suis pas du tout blessée,et encore moins parce que vous auriez énoncé une quelconque vérité,je suis juste parfois agacée de lire certains commentaires.
Et bien madame,
Je pense que ma question est juste.
Souvent je lis sur ce site, l'Occident ne nous aime pas, l'islam n'est pas compris...
Je pose juste la question pourquoi toujours faire la compétition avec les pays Occidentaux de culture judéo-chrétienne.
Je demandais pourquoi, si l'Islam est une philosophie où toute âme est égale alors la question féminine devrait être résolue à l'intérieur même des sociétés musulmanes.
Si je puis me permettre, les religions ont façonné nos sociétés en Bien et ou Mal.
Il faut reconnaître que parfois, ces religions n'ont peut-être pas su faire passer les valeurs qu'elles sont censées professer.
Alors la femme a t elle la même âme ou yeux de Dieu (selon l'Islam?), l'âme a t elle la même valeur que l'on soit musulman ou pas?
Questions qui ne sont pas anodines. Je ne suis pas musulmane et ne suis pas sûre de la réponse.
@ durand:
Vous dénoncez la comparaison voire la compétition faite par Madame Lambrabet entre la situation des femmes en terre d'islam et en occident,mais c'est justement l'objet de cet article,d'où le titre:"Perspectives féminines croisées".
Par ailleurs,dans un monde universalite et dans une époque de globalisation,il n'existe pas de société close(ou si peu),les échanges d'idées,de mode de vie et les influences interculturelles sont constants.Il suffit d'aller dans n'importe quelle grande ville du Maghreb pour voir à quel point les cultures s'uniformisent.
La culture occidentale ou judéo-chrétienne comme vous l'appelez influence profondément les sociétés musulmanes,dans tous les domaines,y compris dans les rapports homme-femme.
La question féminine dans le monde musulman ne peut discutée sans prendre en compte cet état de fait,et surtout toutes les instrumentalisations qui l'accompagnent,de part et d'autre,que ce soit les islamistes ou les occidentalistes.
@ durand:
Je ne suis pas islamologue,mais étant de culture musulmane,ce que je peux dire et ce que j'ai compris c'est qu'en islam les êtres humains,quelque soit leur couleur de peau,leur origine, leur sexe sont considérés comme des êtres égaux,des êtres dignes.
Maintenant,vous avez raison:il faut distinguer l'Islam en tant que religion des musulmans qui eux peuvent se conduire de manière parfaitement non islamique.
Les exemples n'en manquent pas.
Mais cela est vrai pour toutes les religions,toutes les spiritualités.
Pour la question plus spécifique des femmes en islam,je ne possède pas assez de connaissances en la matière pour m'étendre sur le sujet(Si Yasmina passe par là,elle serait d'une grande aide),mais la chose fondamentale à retenir est que les femmes doivent être respectées dans leur dignité,qu'elles possèdent des droits,qu'elles sont les égales de l'Homme dans beaucoup de domaines.
Ceci dit,l'égalité ne signifie pas identité,la femme est complémentaire de l'Homme.
Avant l'Islam la femme était traitée comme un animal par l'homme et il ne lui accordait aucun droit sinon d'être son esclave.
Al Hamdoulillah, le Coran a depuis donné protection, droits et devoirs à la femme, comme le droit de refuser un homme qu'elle ne voudrait pas épouser, la dot, le fait de jouir de son propre argent, la rente en cas de divorce si elle est enceinte, etc... Mais ce qui est encore plus beau machAllah c'est de voir tous les devoirs que les hommes ont envers elle ! A savoir de subvenir à tous ses besoins (matériels, alimentaires, vestimentaires, éducatifs...) et de nombreux versets et hadiths rappellent à l'Homme combien il est important de bien se comporter avec elle et je ne citerai qu'un seul hadith pour illustrer mon commentaire.
Le Prophète (saws) a dit "Le croyant à la foi la plus complète est celui doté des plus nobles caractères. Et les meilleurs d’entre vous sont ceux qui se comportent de la meilleure façon envers leurs épouses". Rapporté par At-Tirmidhi