Pauvre Islam de France

Depuis l’époque coloniale, la France a maintenu une continuité dans ses relations avec l’Islam et les

dimanche 24 février 2008

Depuis l’époque coloniale, la France a maintenu une continuité dans ses relations avec l’Islam et les Musulmans, caractérisées par quelques mots clé : contrôle, suspicion et répression. Il y a eu les Bureaux Arabes instaurés en 1844 par la France en Algérie dont le but était de faciliter l’infiltration pour mieux connaître les populations autochtones et faciliter la colonisation. Ces bureaux pousseront l’hypocrisie jusqu’à prétendre « défendre les intérêts des Indigènes face à l’avidité des Européens.

Puis viendra la CIAM (commission interministérielle des affaires musulmanes) instaurée en 1911. L’objectif était de donner à la France une meilleure connaissance des données islamiques pour mieux déraciner une identité et la substituer par une autre.

C’est Alfred Lechatelier ancien officier des Bureaux Arabes puis des Affaires Indigènes, qui en 1910 eut l’idée de créer une institution de préparation et de contrôle des questions musulmanes en usant de plusieurs moyens : mainmise sur les Habous, nationalisation de l’enseignement de l’Arabe et des Mosquées, interdiction de publications, livres , affiches etc… jusqu’à l’organisation du pèlerinage à la Mecque par le biais d’achat d’hôtels à la Mecque et à Médine pour « accueillir » les pèlerins qui en fait seront surveillés pour éviter qu’ils ne soient contaminés par le souffle de la Nahdha au Moyen-Orient, et prévenir ainsi tout contact avec d’autres mouvements nationalistes pan-arabistes et pan-islamistes.

La CIAM ancêtre du CFCM ?

A partir de 1931, la CIAM envisage la participation en son sein de 5 représentants musulmans notables, nommés par les autorités françaises qui siègeront avec différents représentants des ministères dont celui de la guerre. En 1935, le gouvernement Laval décide d’élargir la CIAM à 5 autres membres élus. Après avoir rempli sa mission tout en essuyant de vives critiques de la part des musulmans qui y ont vu l’anti-chambre de la trahison, la CIAM disparaîtra en Avril 1937.

La nomination de ces 5 représentants musulmans par le gouvernement français et la proposition de leur rémunération par Aristide Briand alors président du Conseil et ministre des affaires étrangères augurait des rapports d’instrumentalisation et des multiples entorses à la laïcité dont sera à l’origine notre ancien ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkosy, lors de la création du Conseil Français du Culte Musulman dans lequel il nommera les personnes de son choix, avant de nommer son Préfet Musulman. (1)

Continuité coloniale ?

S’immisçant dans les affaires religieuses en vue de promouvoir une élite indigène pour remettre en cause les enseignements religieux comme ceux qui étaient prodigués par la célèbre université Zaytouna en Tunisie, la France jusqu’à ce jour, cherche encore à promouvoir une élite post-colonisée. Un bulletin de renseignements militaires daté du 17 Août 1920 affirmait : « En ouvrant aux enfants de cette bourgeoisie, les portes de nos lycées et nos facultés , en les soustrayant ainsi aux enseignements rétrogrades de la Djama-Zitouna , nous avons donné libre cours à leur activité intellectuelle, nous les avons délivrés des limites étroites et bornées des règles coraniques »(2)

Ceux qui se définissent comme musulmans et soutenus par une certaine classe médiatico-politique qui s’empresse de nous les présenter surtout comme de bons musulmans, alors que la plupart d’entre eux n’ont aucune idée de la direction de la Qibla et n’ont jamais apprécié la rupture d’un Jeûne. Certes il est de leur droit absolu de se dire musulmans, mais alors comment qualifier celles et ceux qui pratiquent les 5 piliers de l’Islam ? Des Intégristes, des Fondamentalistes, des Islamistes, voire des terroristes potentiels.

Vous remarquerez que lors des bulletins d’informations en France, les termes présumés islamistes reviennent souvent, c’est-à-dire présumés coupables. Encore mieux : notre secrétaire d’Etat Fadela Amara vient de nous apprendre sur une chaîne de télévision le 10 Février 2008 qu’il y avait plus grave encore que l’économie parallèle (c’est-à-dire vendre de la drogue pour détruire des êtres humains) l’islamisme dans nos quartiers. Donc musulmans de France et du monde, lorsque vous militez politiquement au nom de vos références religieuses vous êtes présumés coupables, voire plus dangereux que les dealers et leur drogue, alors que nos amis Marxistes, Libres Penseurs ou Catholiques et Juifs engagés politiquement eux, font œuvre utile pour répandre les lumières ou la Justice sociale.

Parmi ces serviteurs de la politique néo-coloniale, il existe deux catégories : la première qui œuvre par conviction et fait subir aux musulmans "les dégâts collatéraux" de leurs discours, en les faisant passer pour les ennemis des valeurs occidentales, républicaines ou démocratiques, qui seraient dogmatiquement leur espace exclusif .

 La deuxième catégorie, celle des des alimentaires dont certains d’entre eux sont disposés à offrir leurs services moyennant finances (subventions, emplois etc.). Une sous- catégorie s’est révélée récemment à l’occasion de la venue de Hirsi Ali en attaquant ouvertement l’Islam et les Musulmans et non plus l’intégrisme ou l’extrémisme.

Toutes ces catégories ont cette particularité de parler pour les musulmans, de penser pour ces derniers, de s’ériger en spécialistes de l’islam et de ses adeptes, de prendre les musulmans pour leur objet d’étude ou de les présenter comme « les mauvais objets » de la société, avec cette fâcheuse tendance à reproduire les rapports de domination que leur impose une classe médiatico-politique qui les confine à un rôle de faire-valoir.

STRATEGIE IMPERIALISTE

Les forces d’occupation impérialistes ont pris conscience que leur politiques criminelles en Irak, en Afghanistan et en Palestine et leurs soutiens aux dictateurs sanguinaires sont rejetés par les populations de cette région. C’est pourquoi, elles se lancent dans une campagne internationale, visant à changer l’image de cette politique d’agression en tentant de se rapprocher des musulmans pour mieux comprendre leur fonctionnement, à travers des campagnes de financements d’études sur l’Islam, la culture musulmane, la place des religions, le dialogue des cultures et même l’islamophobie. Cette campagne, va même jusqu’à faire pression sur certaines dictatures arabes pour faire une place dans le jeu politique à certains mouvements dits islamistes, à condition bien sûr qu’ils restent dans l’Axe du Bien défini par Monsieur Bush.

En France, on constate que certains hommes politiques avec à leur tête le chef de l’Etat, sont disposés, en plus d’octroyer des subventions et autres gratifications, à ébranler le socle de la République et du vivre ensemble pour instaurer des rapports clientélistes avec la « communauté musulmane » qui souvent se focalise sur des enjeux mineures, ou des dossiers comme ceux de la construction de mosquées. Une telle démarche clientéliste détournerait les musulmans des enjeux sociaux et politiques les plus importants. La question palestinienne notamment en est une parfaite illustration. Elle tend à devenir une question taboue dans les mosquées et les prêches du Vendredi, tout comme l’est l’expulsion de dizaines d’imams dans le silence assourdissant de nos chers représentants du culte musulman.

Notes :

1 : Pascal Le Pautremat, La politique musulmane de la France au XXème siècle , édition Maisonneuve et Larose

2 : Idem

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