Pas une once d’antisémitisme

Si mes propos étaient antisémites, je n’aurais effectivement rien à faire au FSE. Mais il n’y a pas une

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mardi 21 octobre 2003

Jean-Luc Mélenchon, Vincent Peillon et Manuel Valls considèrent certains de vos propos comme antisémites. Dans ces conditions, n’est-il pas logique qu’ils contestent votre présence au Forum social européen ?

- Si mes propos étaient antisémites, je n’aurais effectivement rien à faire au FSE. Mais il n’y a pas une once d’antisémitisme dans mon parcours ou dans le texte que vous évoquez. Celui-ci est une critique d’intellectuels, qui, il se trouve, sont en majorité juifs, mais pas seulement, et je tiens à préciser que je savais pertinemment que Pierre-André Taguieff n’est pas juif. C’est au positionnement pro-sioniste que je m’attaque dans ce texte. D’ailleurs, au-delà de la réaction passionnée de certains, comme BHL ou André Glucksman, la majorité des gens qui l’ont lu ne le considère pas comme antisémite.
Je tiens d’ailleurs à rappeler que j’ai moi-même déjà condamné l’antisémitisme islamique dans une tribune parue dans Le Monde du 24 décembre 2001.

Néanmoins, derrière de belles phrases, vos formules rappellent quand même une logique antisémite, non ?

- Mais les mauvais souvenirs de la France ne doivent pas altérer notre jugement. On parle d’intellectuels musulmans et cela ne semble pas poser de problème. Je veux qu’on ôte l’idée d’une appartenance ethnique, mais les intellectuels universalistes présentent une vision biaisée par leur posture pro-israélienne. Certains l’affirment d’ailleurs, comme Alexandre Adler, mais d’autres le taisent.
Il ne faut pas nier la part identitaire qui est en nous et son influence sur notre jugement, mais il faut la dépasser pour tendre à l’universalisme. Et on ne peut pas être universaliste si on ne condamne pas, par exemple, les agissements d’Israël. Je ne condamne d’ailleurs pas moi-même l’existence de ce pays mais sa politique.
J’ai dit que certains intellectuels avaient une posture communautariste. Mais on n’est plus dans les années 1970 ou 1980, et il faut aujourd’hui traiter cette question des communautés car elle risque de se retourner contre nous. Reconnaître le réel ne veut pas dire qu’on s’y enferme. Il existe des communautés. Commencer par ce constat, ce n’est pas s’y enfermer.

Mais se fonder sur ce principe communautariste, n’est-ce pas entrer en opposition avec l’esprit laïque français ?

- Je ne suis pas communautariste. Mais il existe une réalité concrète. Il existe aujourd’hui des gens qui se voient rejeter vers leur identité, perpétuellement définis comme "d’origine maghrébine".
Le vrai débat c’est : comment on s’en sort. Soit on en fait des citoyens de seconde zone, soit on revalorise leur identité pour les amener à la citoyenneté. Il existe aujourd’hui une révolution silencieuse. Bien sûr, si on est malveillant, on peut voir la venue d’associations de musulmans au Forum social comme de l’entrisme. Mais on peut, aussi, considérer cela comme une première marque d’un partenariat qui s’instaure au-delà des communautés. Ce phénomène ne doit d’ailleurs pas être réduit à une confrontation entre juifs et musulmans. C’est une question qui concerne tous les citoyens. Il faut comprendre que le dépassement des communautarismes ne se fera pas sur les crispations des uns et des autres.

Propos recueillis par Céline Louail
(le Nouvel Observateur, mercredi 22 octobre)

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Auteur : Tariq Ramadan

Dernier livre paru, Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?, éditions Archipel, janvier 2005  (Cliquez ici pour vous procurer ce livre)
Professeur à l'université d'Oxford (St. Antony's College) et Senior Research à la Lokahi Foundation. (site internet : www.tariqramadan.com)

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