Oui à la laïcité, non aux lois d’exception

Il est à nouveau question, dans le débat public, d’une loi très " stricte " visant à " redéfinir " l’

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lundi 6 octobre 2003

Oui à la laïcité, non aux lois d’exception

Il est à nouveau question, dans le débat public, d’une loi très " stricte " visant à " redéfinir " l’application du principe de laïcité à l’école. Cette loi s’apparente à une loi d’exception, construite sur mesure autour du foulard islamique. Personne n’est dupe : c’est le foulard qui est à l’origine du débat, et c’est lui qui serait seul touché par une loi, même si celle-ci se présentait comme " générale ".

Ce foulard recouvre des réalités diverses, et nous avons des appréciations diverses, voire divergentes, de sa signification ; mais nous sommes tous d’accord pour estimer que, dans tous les cas (que le foulard soit imposé aux jeunes filles ou qu’il résulte d’un choix), l’exclusion est la pire des solutions.

Nous ne sommes pas des " partisans du voile " ; nous sommes simplement partisans d’une école laïque qui œuvre à l’émancipation de tous, et non à l’exclusion. Car la laïcité, telle que la définissent les lois de 1881, 1882 et 1886, est une obligation qui concerne les locaux, les programmes scolaires et le personnel enseignant, et non les élèves. Aux élèves s’imposent des règles comme l’assiduité à tous les cours ou le respect d’autrui, mais il n’est pas légitime de multiplier les exigences pour des jeunes en formation, qui viennent à l’école précisément pour apprendre, se former et se transformer - surtout si ces exigences n’ont aucune nécessité du point de vue du fonctionnement de l’école. Nous sommes plusieurs à côtoyer ou à avoir côtoyé ces élèves voilées dans des établissements scolaires, et nous témoignons qu’à aucun moment leur présence n’a empêché les enseignants d’enseigner, ni les élèves ou les étudiants d’étudier.

Nous n’oublions pas l’égalité des sexes, bien au contraire. Mais, que le foulard soit l’objet d’un choix ou qu’il soit imposé, on ne peut pas considérer la jeune fille voilée comme coupable, et ce n’est en aucun cas à elle de " payer ". Dans tous les cas, c’est en l’accueillant à l’école laïque qu’on peut l’aider à s’émanciper, en lui donnant les moyens de son autonomie, et c’est en la renvoyant qu’on la condamne à l’oppression.

Nous refusons aussi la focalisation sur le foulard islamique parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement d’ensemble qu’il est urgent d’enrayer : la colonisation de tous les espaces de la vie sociale par des logiques punitives. Après la fraude dans le métro, le stationnement dans les halls d’immeuble et l’outrage au drapeau ou à l’hymne national, c’est l’outrage à enseignant qui est devenu passible de prison. L’exclusion des élèves voilées s’inscrit dans cette surenchère punitive, au détriment des interrogations et des solutions politiques et pédagogiques. Elle ne peut donc être ressentie par l’ensemble des élèves que comme une mesure brutale et discriminatoire, venant redoubler toutes les injustices que subissent déjà, dans leurs quartiers, les jeunes des milieux populaires, notamment ceux qui sont issus de l’immigration post-coloniale. Le minimum d’estime réciproque requis entre professeurs et élèves pour que la relation pédagogique ait lieu risque d’être gravement compromis.

Ce que nous n’acceptons pas, c’est également que l’élève voilée joue le rôle d’un bouc émissaire. Car tel est bien le cas : pour justifier leur exclusion, on invoque souvent, pêle-mêle, des faits dans lesquels ces jeunes filles ne sont pas forcément impliquées : indiscipline, absentéisme massif, injures et inscriptions sexistes ou racistes (notamment antisémites)... Nous estimons que les injures sexistes et racistes doivent être sanctionnées, mais que la sanction doit s’appliquer à ceux qui en sont les auteurs, et non à ces jeunes filles qui sont la plupart du temps respectueuses et studieuses.

Nous refusons les fantasmes, les amalgames et l’enfermement dans un faux débat qui encourage toutes les divisions et tous les affrontements identitaires (entre " la France " et " les immigrés ", entre " la République " et " l’Islam ", ou encore entre les diverses confessions), alors que les principaux problèmes sont socio-économiques et politiques : libéralisation de l’économie, chômage de masse, précarisation des salariés, extension du contrôle social et des logiques sécuritaires, permanence des discriminations racistes et de l’inégalité sociale entre hommes et femmes…

L’école est elle-même traversée par des problèmes nombreux et profonds (classes surchargées, manque de personnels et multiplication des statuts précaires, manque de soutien pour les élèves en échec ou en difficulté...), que les " réformes " annoncées ne feront qu’aggraver. C’est pourquoi, à la question qui nous est imposée : " faut-il interdire l’école aux jeunes filles qui portent un foulard islamique ? ", nous répondons sans hésiter : Non, car l’école laïque est une école qui doit accueillir tout le monde - et nous exigeons que soient enfin posées les vraies questions. Nous appelons les associations féministes et laïques, les fédérations de parents d’élèves, ainsi que les syndicats étudiants et enseignants, à signer et faire signer ce texte. Nous appelons tous ceux qui partagent cette orientation à se mobiliser afin de rendre visible une force laïque tournée vers l’émancipation, et non vers l’exclusion.

Pour signer la pétition, cliquez là (en bas de l’article se trouve un formulaire à remplir).

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