Otages en Irak : à qui profite le crime ?

L’inadmissible touche désormais aussi la France. Deux confrères français, Christian CHESNOT et Georges MA

mercredi 1 septembre 2004

L’inadmissible touche désormais aussi la France. Deux confrères français, Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT sont otages de la barbarie et de la bêtise. Un groupe combattant, l’armée islamique en Irak, exige de la France qu’elle abroge la loi sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école publique. L’ultimatum, prolongé, s’achève le 31 août à 20h30. Grand est notre optimisme qu’ils nous soient rendus vites et indemnes.

Alors que nos confrères sont retenus en Irak et afin d’identifier les moyens possibles de pressions sur les preneurs d’otages, demandons nous « à qui profite le crime » ? Le Premier Ministre irakien nous donne une piste claire en déclarant « que ce double enlèvement montre qu’il "n’y a pas de neutralité possible" en Irak et que ceux qui ne "combattent pas" aux côtés du gouvernement n’échappent pas au terrorisme. » « Les Français dit-il se faisaient des illusions s’ils espéraient rester en dehors. Aujourd’hui le chantage des extrémistes les atteint aussi » a-t-il ajouté en référence à l’opposition de Paris à l’intervention américaine en Irak. « Personne ne sera épargné. Ceux qui ne combattent pas avec nous, se retrouveront bientôt avec des terroristes chez eux », a ajouté M. Allaoui.

Dans le bourbier irakien, il est évident que ces enlèvements profitent à deux parties au moins liées au conflit, qui, peut être sans être complices de l’acte initial, peuvent tirer avantage de la situation.

A l’occasion de la prise ratée de Nadjaf, l’Ayatollah Ali Sistani s’est imposé face à Moktada Sadr comme centre de la vie politique et religieuse chiite. A la « faveur » de ces odieux enlèvements de journalistes français par un groupe supposé sunnite, des chefs religieux, bien qu’il n’existe pas de clergé chez les sunnites, tenteront d’obtenir des preneurs d’otages qu’ils relâchent nos deux confrères. Le « mufti » ou imam sunnite qui parviendra à cet objectif sera de facto l’alter ego du chiite Sistani sur l’échiquier politico-militaro-religieux irakien et premier bénéficiaire de cette terrible situation. Sur la scène internationale, le second bénéficiaire de ces deux enlèvement est le candidat Bush qui proclamera bien vite dans ses meetings que l’Irak est un terreau de terroristes assoiffés de sang qui ne respectent même pas ceux, les français, qui se disaient leurs amis. Ainsi il démontrera qu’il a bien eu raison d’attaquer ce pays en d’en « libérer » le peuple, même s’il a pu commettre ça et là « quelques erreurs d’appréciation ».

Face à ces prises d’otages, les positions de l’Islam officiel de France sont clairement audibles. Elles font honneur à une naturelle et nécessaire solidarité nationale. Tout comme les officiels, l’immense majorité des français de culte musulman désapprouvent et condamnent les enlèvements, qu’ils touchent des ressortissants civils de pays qui ont des troupes en Irak ou des citoyens de pays qui refusèrent la guerre. Ce qui se passe en Irak provoque des conséquences en France. Certains auront tôt fait de les instrumentaliser et de construire, à l’encontre des musulmans de France, un discours haineux. C’est déjà le cas de temps à autres, sous forme de « débat », dans les colonnes de grands journaux ou sur les ondes de radios communautaires. Musulmans de France victimes des musulmans d’Irak ? Ce serait là une bien triste victoire des fous d’ici et de là-bas.

Qu’ils reviennent vite ! et en bonne santé !

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