11 décembre 2004. Les ministres et les chefs
d’entreprise invités par le Haut Conseil à l’intégration (HCI) à fêter la
« réussite des Français venus de loin » à l’Assemblée nationale ne
lâchent pas leur coupe de champagne. En cette veille de Noël, le Haut Conseil à
l’intégration, chargé d’orienter le gouvernement dans un domaine sensible, a
tenu à honorer neuf Français issus de l’immigration qui se sont distingués dans
différents domaines : civisme, entreprise, action sociale, médias,
sport... En parcourant la liste des membres du jury – Thierry Breton,
Claude Bébéar, Arnaud Lagardère, Michèle Cotta, Marc Tessier, Sonia
Rykiel... –, on mesure l’importance symbolique que revêt l’événement
organisé par Luce Perrot, fondatrice de la Journée du livre politique, à la
demande de Blandine Kriegel. Mme Kriegel est la présidente de ce Haut
Conseil. La manifestation a pour vocation de vanter les bienfaits du système
d’intégration à la française. Car, depuis quelques mois, les rapports qui
témoignent de la faillite des politiques menées en la matière et recensent les
différentes formes de discrimination se sont multipliés.
Ce
11 décembre, pour Blandine Kriegel, il s’agit de balayer avec panache les
critiques de plus en plus vives adressées au modèle républicain. Pour elle, il
existe des inégalités acceptables, dans la mesure où elles traduisent des
différences « de vertu et de talent ». Avec le Forum de la réussite
des Français venus de loin, c’est ce principe de « méritocratie »
qu’elle veut promouvoir. Or, beaucoup considèrent qu’il s’agit d’une illusion,
dans la mesure où il est impossible de distinguer chez une personne ce qui
relève de l’avantage socioculturel – lié à l’origine sociale – de ce
qui est de l’ordre du mérite personnel. Une jeune membre du HCI, issue de
l’immigration, n’hésite d’ailleurs pas à contredire sa présidente sur ce
point : « Comment ignorer que le système de promotion, justement, ne
repose pas sur le mérite ? Quand je vois comment fonctionnent les élites
“blanches”, qui placent tous leurs copains à des postes clés, je me dis :
“La méritocratie, c’est du pipeau, ça sert juste à maintenir les gens là où ils
sont.” »
Le danseur noir et Marianne
Ce
dimanche-là, à travers quelques exemples frappants, l’inflexible gardienne du
temple (républicain), par ailleurs chargée de mission à l’Élysée sur les droits
civiques et l’éthique, veut prouver que la société française n’est pas
inégalitaire et que ceux qui veulent s’en sortir le peuvent. Parmi les lauréats
de ce Forum de la réussite des Français venus de loin – quel euphémisme
pour éviter d’utiliser les mots qui gênent –, on retrouve, pêle-mêle, un
moniteur de ski, un colonel de l’armée de l’air, la P-DG de la marque de
lingerie Princesse Tam Tam, un boxeur. Pour s’assurer de la présence des
journalistes, le Haut Conseil a même convié des stars comme Isabelle Adjani,
qui entraîne dans son sillage les caméras du journal de 20 heures, ou le
cinéaste Claude Berri. Plus inattendue encore, la présence de Sofia Coppola, la
réalisatrice américaine la plus branchée du moment, dont on ne saura jamais si
elle a compris ce qui se passait à l’Assemblée nationale ce jour-là. La soirée
ne manque pas de piquant. Ni de symboles plus qu’étranges. Pendant plus d’un
quart d’heure, un danseur noir, torse nu et paré d’une écharpe tricolore,
multiplie les entrechats et les pirouettes, avant de se prosterner devant un
buste de Marianne en albâtre...
C’en
est trop pour quelques-uns des invités, qui explosent et dénoncent une
mascarade aux relents coloniaux sans qu’une seule caméra filme leur
indignation : « On a confondu allégrement les lauréats qu’on
prétendait célébrer et honorer, se souvient, amer, l’écrivain Abdourahman
A. Waberi, qui a reçu le prix de la littérature et des sciences humaines.
On a écorché prénoms et noms. On a invité sur l’estrade le scientifique en lieu
et place du sportif. On a accroché sur le poitrail de Mouloud la médaille
destinée à Mourad. » Le sucré du champagne ne fait pas taire les
commentaires acides. Cela dit, la réception fait au moins un heureux.
« Grâce à la réussite de certains “Français venus de loin”, j’ai pu voir
Adjani de près ! » persifle un conseiller du Premier ministre.
Pendant ce temps-là, en coulisse, la polémique enfle : un lauréat refuse
carrément le trophée qui lui est promis. Excédé par l’intitulé du Forum, Larbi
Benboudaoud, double champion d’Europe de judo, champion du monde en 1999, est
resté s’entraîner au Japon. « Je ne suis pas “venu de loin”, je suis
né à Dugny, dans le 93 ! Pendant combien de temps on va me rappeler que
mes ancêtres ne sont pas gaulois ? » nous hurle-t-il dans le combiné
téléphonique.
Quelques
jours plus tard, Mourad Ghazli, secrétaire national du parti radical (affilié à
l’UMP), pénètre dans la cour de l’Élysée. Le macaron accroché à son pare-brise
lui offre certains privilèges, comme le droit de garer sa voiture dans la cour
du palais présidentiel. L’ancien membre de l’équipe de France de judo est un
fidèle de Jacques Chirac. Ils ont en commun le goût du sumo et une méfiance
viscérale envers Nicolas Sarkozy. Le jeune père de famille gravit quatre à
quatre les marches de marbre qui le mènent au « salon d’argent », le
bureau de Jérôme Monod, le très proche conseiller politique du président de la
République. « Ce Forum de la réussite a été la goutte d’eau qui a fait
déborder le vase. C’était totalement discriminant et stigmatisant vis-à-vis des
Français d’origine immigrée ! assène-t-il au sherpa du président. Je lance
une pétition exigeant la dissolution de ce conseil, poursuit-il énervé. Jusqu’à
quand va-t-on nous seriner que nous ne sommes pas intégrés et que nous devons
exceller pour l’être ? Ils nous prennent encore pour des gens qui
débarquent tout juste du bled. » Ghazli dénonce l’ambiguïté de la mission
du HCI : « En France, il n’existe que deux statuts légaux, français
ou étranger. La loi ne reconnaît pas de Français de seconde catégorie, “moins
intégrés” que les autres. Le HCI mène donc une politique discriminatoire. »
Plusieurs
personnalités, comme Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et
spécialiste de l’immigration et de la nationalité française, donnent raison au
jeune homme. Depuis des années, Weil conseille plusieurs dirigeants socialistes
sur ces questions. Pour cet ancien membre du HCI, l’intégration selon Blandine
Kriegel et ses collaborateurs sonne comme une « injonction venue d’en
haut. La multiplication des rapports rédigés par le Haut Conseil semble dire
aux immigrés et à leurs enfants : “On a un problème avec l’intégration,
avec votre intégration” ». Or « il semble que le problème soit moins
le défaut d’intégration de ces personnes que la difficulté d’accéder enfin à
l’égalité réelle », souligne le chercheur. Voilà pourquoi beaucoup
souhaitent que le HCI soit remplacé par la Halde, chargée de lutter contre les
discriminations.
Azouz
Begag, le ministre délégué à l’Égalité des chances, ne s’en émeut pas :
« Si le HCI disparaissait demain, qu’est-ce que cela
changerait ? » s’interroge-t-il. Si cette jeune institution
cristallise à ce point les critiques, c’est aussi qu’elle nourrit une vision
largement mythique de la République. Au moyen de rapports et d’avis rendus tous
les ans au Premier ministre, le HCI définit et promeut la doctrine officielle de
l’intégration à la française. Un système unique, qui se veut une troisième voie
entre l’assimilation qui gomme les différences et l’insertion qui préserve les
particularismes. L’étranger arrivé en France doit faire siennes les règles de
la République et suivre un corpus de valeurs communes (liberté, égalité,
fraternité, laïcité). En échange, l’État garantit ses droits politiques, civils
et sociaux. Mais le pacte républicain ne peut vraiment fonctionner que si
l’égalité, pilier du dispositif, est respectée. Or ce n’est pas le cas. Les
mécanismes d’intégration sont rouillés et les discriminations perdurent. De
nombreux rapports montrent que les enfants de la République issus de
l’immigration ne sont pas égaux devant l’enseignement supérieur, l’emploi et le
logement. Bien qu’inscrite au fronton des mairies et gravée dans le marbre de
la Constitution, l’égalité reste un principe sans traduction concrète pour des
millions de Français. En occultant cette situation, le Haut Conseil accomplit
sa tâche sans influer sur la réalité.
Conçu
comme une arme politique, il a toujours été employé comme telle par les
gouvernements de gauche comme de droite. Ce fut le cas dès sa création par
Michel Rocard, le 19 décembre 1989. Pour le Premier ministre de François
Mitterrand, cet organisme devait aider le parti socialiste, alors aux prises
avec l’extrême droite, qui opérait la première grande percée de son histoire.
En publiant les « vrais » chiffres de l’immigration, le Haut Conseil
était censé déstabiliser le FN, dont toute la campagne reposait
– déjà – sur l’idée que le gouvernement « ment sur le nombre
d’étrangers installés en France ». La fin de l’année 1989 est
également marquée par l’affaire du foulard de Creil. Le spectre de l’intégrisme
islamique agité par la droite et certains cercles de gauche, ainsi que les
incidents répétés dans les banlieues, obligent le gouvernement à réagir. Grâce
au HCI, pour la première fois, la question de l’immigration est abordée
autrement qu’en termes de répression.
Quand
la gauche revient au gouvernement en 1997, les locataires de Matignon ne se
préoccupent plus guère du Haut Conseil, réduit à l’état de figurant. Celui-ci
propose même son autodissolution au profit d’une autorité chargée des luttes
contre les discriminations. Il n’en sera rien. Martine Aubry, alors ministre de
l’Emploi et de la Solidarité, se contentera de créer le Groupe d’études et de
lutte contre les discriminations (GELD) et un numéro vert censé recueillir les
plaintes. On n’en entendra plus jamais parler. « Le désintérêt des
pouvoirs publics était tel que j’avais redemandé la dissolution de la structure
à la fin de mon mandat en 2001 », se souvient Roger Fauroux, qui a succédé
à Simone Veil à la tête du HCI.
Mais
la situation change avec l’arrivée de la droite au pouvoir, en 2002. Après une
campagne présidentielle centrée sur le thème de l’insécurité, largement associé
à celui de la faillite des politiques d’intégration, ces questions deviennent
une priorité du gouvernement. Marseillaise sifflée en 2001 au Stade de France
pendant un match de football opposant la France à l’Algérie, lycéennes
voilées, émergence de la mémoire des descendants de colonisés... Les tensions
s’aggravent. Des jeunes Français issus de l’immigration, happés par un islam
rigoriste, sont accusés de remettre en question la laïcité. Pour les ramener
sur le chemin de la République, le président croit nécessaire de
« relancer une politique d’intégration ambitieuse ». « L’idée de
faire “revivre” le HCI est née pendant la campagne présidentielle », confirme-t-on
à Matignon. Nouveaux statuts, nouveau casting : le 22 octobre 2002,
le Haut Conseil est dépoussiéré et attend son heure.
Les vertus des restaurants marocains
Pour
Chirac, Blandine Kriegel, soixante-deux ans, avec son caractère opiniâtre – intransigeant, voire « stalinien », disent ses
détracteurs –, est la femme de la situation. Fille du résistant communiste
Maurice Kriegel-Valrimont et ancienne mao passée à droite, convertie aux
lumières de la République et aux bienfaits du jacobinisme, elle incarne
parfaitement la ligne voulue par l’Élysée. Professeur des universités et
travaillant sur la notion d’État de droit, elle sera la caution intellectuelle
du président. Ces deux-là se connaissent depuis longtemps. Pendant la campagne
présidentielle de 1995, Blandine Kriegel fut l’une des rares
intellectuelles à défendre sa cause. L’intéressé ne l’a pas oublié. Élu, il lui
confie plusieurs missions, comme celle d’animer la commission de réforme
de la justice et de rédiger en juin 2002 un rapport sur la violence à la
télévision, dont les conclusions très radicales ne furent jamais mises en
œuvre. Chirac la nomme néanmoins conseillère chargée des questions
d’immigration et des droits de l’homme. En évoquant le président, la philosophe
devient midinette, ses joues prennent la teinte de son tee-shirt Petit Bateau
et ses yeux brillent autant que ses perles. Amie fidèle, elle a accepté la
présidence du HCI sans hésiter, même si elle avoue, avec une parfaite
désinvolture, « ne rien connaître au dossier ». Jusque-là, la femme
de l’historien et éditorialiste Alexandre Adler, connu pour ses dénonciations
répétées du « fascisme musulman », déambule davantage dans les
couloirs du CNRS et des palais de la République que dans les barres
HLM. Ses amis s’appellent Alain-Gérard Slama, Régis Debray. Ses maîtres à
penser, Aristote et Descartes.
Blandine
Kriegel présente d’une façon originale son approche des questions
d’intégration : « J’ai découvert, étudiante, la question de la
différence par une amie directrice du CNRS. Elle m’a invitée à dîner dans
un restaurant marocain, dans le quartier Latin. Je me souviens lui avoir
dit : “Un pays qui mange comme ça ne peut être qu’une grande
civilisation !” » s’enthousiasme-t-elle dans un salon de thé du
7e arrondissement. « Comme beaucoup de Français
(sic !), dit-elle en minaudant devant un filet de bœuf, je n’avais pas
appréhendé qu’il existait une autre réalité. » En bonne élève, Blandine
Kriegel s’investit totalement dans sa nouvelle fonction. Depuis son arrivée,
cette femme énergique et susceptible se bagarre pour redonner du lustre à
l’institution en déshérence. Volontaire, elle joue de sa légitimité
intellectuelle pour exiger des moyens financiers supplémentaires. Elle sera
entendue. Dès lors, il faut agir. Aux dix-neuf autres membres du Haut Conseil,
tous bénévoles, elle impose des méthodes « tout à fait novatrices »,
selon elle. Son principe de base : pour saisir la réalité, il faut
traverser le périphérique. L’audace, encore et toujours ! Elle se contente
pourtant du classique « banlieue tour », qui comprend les mêmes
visites d’associations depuis dix ans.
« Sur
le terrain », la présidente s’éclate. Elle noue même des amitiés avec des
femmes issues de l’immigration maghrébine, ce dont elle n’est pas
peu fière : « Je voyais régulièrement Rachida Dati (conseillère
technique de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur). Nous nous sommes
connues en banlieue ! » raconte-t-elle.
Un club inutile ?
Ces
virées permettent aussi de fédérer son équipe, constituée de membres nommés sur
proposition du Premier ministre, aux profils très disparates. Au Haut Conseil
siègent Lilian Thuram, qu’on ne présente pas, mais aussi Jacky Dahomay,
professeur de philosophie en Guadeloupe, Jeannette Bougrab, maître de conférences
à la Sorbonne, ou Yves Jégo, député UMP proche de Nicolas Sarkozy. Zaïr
Kedadouche, lui aussi ancien footballeur professionnel devenu inspecteur
de l’Éducation nationale et conseiller à l’Élysée, Nelly Olin, ancienne
ministre déléguée à l’Intégration, l’écrivain et académicien d’origine chinoise
François Cheng, l’éditorialiste au Point Claude Imbert, Jacqueline
Costa-Lascoux, présidente de l’Observatoire des statistiques de l’immigration
et de l’intégration participent aussi aux travaux. Le degré de motivation varie
d’un membre à l’autre. Un mur sépare Yves Jégo, l’un des lieutenants de Nicolas
Sarkozy, qui pense que « le conseil est un sympathique club
d’intellectuels totalement inutile », de l’assidue Jeannette Bougrab,
proche d’Alain Juppé, qui ne rate pas une réunion. Au Haut Conseil, les avis
divergent fréquemment, et la parole est si libre qu’on n’hésite pas à afficher
des points de vue radicaux.
Ainsi,
en 2000, lors d’un colloque animé par l’avocat Gilles-William Goldnadel, Zaïr
Kedadouche avait déclaré : « Pourquoi tente-t-on de cacher
l’origine ethnique des auteurs des violences antisémites ? Pourquoi ne
dit-on pas combien il y a de musulmans en France ? Quels sont les vrais
chiffres de l’immigration ? Parce que le gouvernement a peur de la
vérité : les trois quarts des Français adhéreraient au Front
national. » À l’époque, il n’était pas rare que « Zaïr le
Gaulois », qui fut proche d’Éric Raoult quand il était ministre de
l’Intégration entre 1995 et 1997, reprenne à son compte, en petits comités, ce
genre de clichés. Certes, ses origines devraient lui éviter de passer pour
hostile à l’islam – islamophobe, comme on dit –, mais c’est pourtant
arrivé. Le 24 octobre 2003, sur la chaîne LCI, c’est au tour de Claude
Imbert de faire son coming-out : « Il faut être honnête. Moi, je suis
un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire [...] j’ai le droit, je ne
suis pas le seul dans ce pays à penser que l’islam – je dis bien l’islam,
je ne parle même pas des islamistes – en tant que religion apporte une
débilité d’archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de
déclasser régulièrement la femme [et] en plus un souci de supplanter la loi des
États par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe. » Malgré une
réunion à huis clos convoquée en urgence pour statuer sur son sort, Claude
Imbert participe toujours aux réunions.
Emmenés
par Blandine Kriegel, les membres du Haut Conseil enfantent leur première œuvre
en juillet 2003 : l’Observatoire des statistiques de l’immigration et
de l’intégration. « Pour la première fois, nous avons publié les chiffres
officiels de l’immigration légale, sans donner lieu à des polémiques comptables
sans fin », s’enorgueillit-elle. La nouvelle structure est pilotée par les
chercheuses Jacqueline Costa-Lascoux et Hélène Carrère d’Encausse, historienne
dont la perception des questions liées à l’immigration et à l’intégration
semble pourtant pour le moins caricaturale. Interrogée par la télévision russe
sur les violences urbaines qui secouèrent la France à l’automne 2005,
l’académicienne, âgée de soixante-seize ans, n’a pas hésité à désigner les
« Africains polygames » comme les auteurs des troubles... Pour la
première année de son exercice, en 2003, l’Observatoire recense cent
soixante-treize mille nouveaux immigrés légaux. S’ensuit, six mois plus tard,
un rapport qui, tout en faisant le constat de la panne d’intégration, rappelle
et renforce le socle idéologique sur lequel le système français est fondé.
C’est le cœur de la mission que lui a confiée l’Élysée.
La ronde des rapports
Blandine
Kriegel peut enfin déployer son goût pour les grands principes. Sans sortir
toutefois des sentiers battus : le « contrat d’accueil et
d’intégration », qui prévoit des cours de formation civique et des heures
d’apprentissage du français, n’est que « le renforcement des réseaux
d’accueil qui existent depuis 1974 », selon Catherine Wihtol de Wenden,
chercheuse au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) et
consultante pour l’OCDE. Le dispositif a englouti un budget considérable au
détriment des associations. Pendant la crise des banlieues, d’aucuns ont
déploré la baisse notable des moyens alloués aux acteurs de terrain, qui
maintiennent le lien social. Autre critique, idéologique celle-là : les
responsables associatifs craignent que ce contrat ne constitue « une sorte
de diplôme d’intégration, devenant indispensable pour pouvoir obtenir un titre
de séjour ou une régularisation ». Il est devenu en 2006 l’un des piliers
de la loi sur l’immigration de Nicolas Sarkozy, qui entend désormais
« choisir les immigrés qui entrent en France ». Par ailleurs, le HCI
réclame que soit mise en place une « politique positive ». Là encore,
rien de nouveau sous le soleil. Il ne s’agit pas de mesures concrètes pour
rétablir l’égalité des chances, mais seulement d’enjoindre l’État à
« faire preuve de volontarisme », notamment en faveur des jeunes des
quartiers difficiles.
Les
solutions proposées ? Stages, parrainages, meilleure orientation
professionnelle, aide pour préparer des concours... Des idées pas très
nouvelles et jamais réellement appliquées. Lors des auditions qui ont précédé
la rédaction de cette étude, le Haut Conseil a entendu Yazid Sabeg, l’auteur du
rapport Les Oubliés de l’égalité des chances. Pendant des heures, le capitaine
d’industrie a répété à la dame de fer de l’intégration que la méritocratie
républicaine avait atteint ses limites. Il a essayé de démontrer que la France
égalitaire était un leurre, que les jeunes diplômés issus de l’immigration
comptaient deux fois plus de chômeurs que leurs compatriotes « de
souche », que 66 % des CV à patronyme maghrébin restaient sans
réponse et qu’un jeune sur deux issu de l’immigration se retrouvait déclassé
sur un poste d’exécution contre un sur cinq pour la moyenne nationale... Rien
n’y a fait : la réalité ne s’impose pas aux membres du HCI comme au reste
de la société. Chez les membres du Haut Conseil comme pour leur présidente, la
bienveillance affichée se teinte même, parfois, d’une pointe de misérabilisme.
Comme
ce matin où la philosophe doit boucler un rapport sur les vieux travailleurs
migrants. Des milliers d’hommes âgés, démunis, qui ont sué sang et eau pour la
reconstruction de la France d’après-guerre et dont l’existence solitaire n’a eu
de sens que par le travail. Thierry Tuot, ancien directeur du Fonds d’action
sociale (FAS), connaît bien leur situation : « Pour ces hommes âgés,
la retraite est douloureuse. Ils sont seuls en France, n’ont personne pour
s’occuper d’eux, vivent dans des foyers insalubres où l’on compte dix fois plus
de cas de tuberculose qu’ailleurs. Les couvertures que l’on trouve dans
certains endroits datent de 1945 ! Les services sociaux devraient être
mobilisés à leur chevet. » Thierry Tuot a des idées très précises sur la
façon dont on peut améliorer les conditions de vie de ces
vieux travailleurs. Et pour cause. Lorsqu’il était au Fonds d’action
sociale, il a lui-même commandé le onzième rapport – en vingt ans –
sur la question... « Les études sur les vieux travailleurs migrants se
suivent et se ressemblent. Celle qu’a rendue le HCI n’apporte rien aux onze
précédentes, s’énerve le conseiller d’État. Les conclusions sont toujours les
mêmes, et la situation ne change pas. Assez de rapports, maintenant, il faut
mobiliser des crédits ! »
À
suivre Blandine Kriegel, on réalise qu’elle ne voit l’immigration qu’à travers
ses extrêmes. Comme s’il n’existait rien entre Zidane et une primo-arrivante
mariée de force. Pour le HCI plus exactement, un(e) Arabe, en France, est un
modèle d’intégration républicaine, une victime ou un islamiste. La majorité
silencieuse des Français de culture arabo-musulmane – cadres, balayeurs,
parents d’élèves – ne fait pas partie du paysage. « C’est un trait
récurrent chez les élites, a constaté la sociologue Catherine Wihtol de Wenden.
Quand elles n’ont pas une vision méritocratique de la question de
l’intégration, elles versent volontiers dans le misérabilisme, d’où la
récurrence des thèmes des “vieux travailleurs migrants” ou des “violences
faites aux femmes”... La plupart du temps, ces milieux ont en plus une vision
exotique des Français issus de l’immigration... » Cette tendance à
considérer l’autre comme une victime et un éternel étranger s’est répandue
jusqu’au sommet de l’État. C’est ce dont témoigne la conférence de presse
organisée par la ministre de la Parité et de l’Égalité professionnelle à
laquelle se rend Blandine Kriegel le 7 mars 2005 en fin d’après-midi.
Alerté par le HCI sur les conditions difficiles des « femmes de
l’immigration », le cabinet de Nicole Ameline a mené l’enquête. Entre
mariages forcés, excisions, répudiations, discriminations à l’embauche, la
palette des horreurs est large.
Le
point presse s’achève par un spectacle tout à fait charmant. Et exotique. Sous
les lambris et les dorures, une femme en tenue traditionnelle secoue des
clochettes puis déclame un poème. Entouré de jeunes filles en boubous qui
frappent dans leurs mains, un Malien, membre de la commission d’abolition des
mutilations sexuelles, chante. Dans la salle, les chargées de mission de la
ministre se trémoussent. Pour l’occasion, elles ont toutes passé un tailleur en
tissu africain, confectionné « par une dame très gentille »
qu’elles ont auditionnée. Décidément, on ne s’ennuie pas en suivant Blandine Kriegel.
Difficile de savoir ce qui est le plus choquant, du ton condescendant et
paternaliste de la ministre à l’endroit des femmes africaines présentes dans la
salle ou de l’exotisme déluré de ses conseillères...
Globalement,
les rapports du HCI se suivent et se ressemblent donc. Le plus souvent, ils
rendent responsables les Français d’origine étrangère de leur situation et ne
remettent pas en cause le système. Avril 2006 : les membres du Haut
Conseil sont partiellement renouvelés. En revanche, la présidente est toujours
là. En haut lieu, « on » est satisfait de ses bons et loyaux
services. C’est ce qui s’appelle la continuité... sans le changement.
Extrait
du livre Stéphanie
Marteau et Pascale Tournie"Black, blanc, beur... : La guerre civile
aura-t-elle vraiment lieu ?" Albin Michel, 2006.





Commentaires
Bonjour à tous
Voici un exemple de comportement de citoyens français de souches qui demandent aux français issus de l’immigration un comportement civique, moderne et tolérant, sinon on leur refuse toute reconnaissance de territoitre, comme si la terre appartient aux uns et pas aux autres, alors que nous finirons tous sous terre, en sachant que l’histoire véridique que je raconte concerne une famille française musulmane, non issue de l’immigration, mais juste parcequ’elle est musulmane:Objet de votre demande : dépot de plainte contre le restaurant "l’Amiral" à Rennes
Madame, Monsieur,
Le dimanche 03 décembre 2006, ma mère, ma soeur cadette, mes deux neveux
et moi, très bien habillés et correctement tenus nous rendimes au
restaurant "l’Amiral" à Rennes pour déjeuner comme toute personne qui se
respecte et qui se croit dans un pays moderne, démocratique et
égalitaire.
C’est alors qu’un monsieur surgit de je ne sais où, nous demande : "oui,
vous voulez ?", je répondis :" bonjour, nous voulons déjeuner, auriez-vous
une table pour 5 personnes non-fumeuses ?
Il ne me répond même pas et marmonne quelque chose à l’oreille d’une de ses
collègues qui accueillait les gens.
A son tour, elle nous pose la même question, et de ce fait je lui réponds
pareil.
elle me rajoute" nous sommes "complet", au revoir messieurs dames, je vous
souhaite un bon dimanche"
Je lui dis" Ah, c’est sur RDV ?
C’est alors qu’elle me répondit :" non pas forcémment, mais nous sommes
"complet"
Au début je ne comprenais pas, mais je me suis dit : elle aurait pu nous
dire :" il n’y a pas de place mais il va falloir attendre, mais non c’etait
au revoir sans nous proposer quoique ce soit !!!!!!!!!
C’est à ce moment là que j’ai compris que comme ma mère et ma soeur
portent le voile qu’on nous refuse l’accès au restaurant sans nous
proposer d’attendre surtout que visiblement la jeune fille qui nous éjecta
etait rouge de gène et de honte !!!
Et le plus étrange est que juste à notre sortie du restaurant, un couple
rentre, et j’observe à ce môment là leur réaction en me disant que c’est
peut être un malentendu, mais non il était reçu de suite ?????!!!!!!
Alors comment doit-on réagir à de telles bassesses ?
Je suis médecin, ma mère est une dame respectable, ma soeur travaille à
l’éducation nationale, mes deux neveux sont de brillants élèves, nous
étions très bien habillés et nous savons nous tenir correctement quand il
s’agit d’être dans un restaurant, alors de quel droit nous refuser l’accès
à ce restaurant ?
Je veux que justice soit faite, nous avons été très choqués par ce
comportement mesquin, primitif et indigne de démocratie.
Plainte adressée par email à :
HALDE
11 rue Saint Georges
75009 Paris
Bonsoir
Je ne réagis pas sur le texte, cela n’a aucun sens en revanche ma réaction va au commentaire de la HALDE.
Je note une non vérité dès la première ligne et cela me herisse les cheveux. En effet c’est devenu tellement commun d’opposer les français issus de l’immigration aux français de souche.
Combien de français de souche y a t-il en France. On devrait commencer par les recenser. A mon avis il ne doit pas y en avoir beaucoup, alors quand cessera t-on de parler de français de souche qui est une non vérité.
Honnis soit qui mal y pense.
Mohamed
Les premières lignes de ce texte m’ont horrifié, surtout le passage où il est relaté l’anecdote du « Danseur Noir ». Cela en dit long quant à ce que d’aucuns entendent par intégration : on sera français que lorsque l’on se prosternera devant le « Bon Maître Blanc ».
Attention, je suis d’accord pour que l’on combatte certaines pratiques liées - malheureusement - à certaines familles immigrées (excision, mariage forcé, répudiation). Elles sont le fait de gens qui n’ont pas reçu une éducation islamique correcte. Leurs agissements relèvent plus de la tradition que de la religion.