Nous sommes les indigènes de l’école de la République

Une étude menée dans la région bordelaise à partir des prénoms des élèves souligne la répartition in

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lundi 16 mai 2005

L’école est un des passages nécessaires pour acquérir les connaissances et les compétences qui vont permettre de construire son avenir. Elle doit à la fois assurer l’acquisition par tous les élèves d’un socle commun de connaissances et de compétences, mais elle doit être juste et tendre vers l’égalité des chances. Celle-ci éduque aux valeurs démocratiques et républicaines et garantit les conditions de la vie en commun. Elle se doit d’être la "porte du savoir" pour tous les élèves. Laurent Lafforgue définit ainsi l’école républicaine. Elle est celle qui assume véritablement "l’égalité des droits des enfants face à l’instruction".(1) Mais dans les faits, celle-ci continue d’être confrontée aux difficultés liées à la ghettoïsation et à la communautarisation de certains quartiers.

Il existe aujourd’hui des zones urbaines, enclavées et souvent en périphérie des villes, qui cumulent une série de handicaps sociaux et économiques. Handicaps qui n’ont cessé de s’aggraver ces trente dernières années. Ces zones urbaines (« quartiers », « banlieues difficiles » ou « quartiers sensibles ») sont l’objet de cette « question des banlieues » qui anime le débat public depuis la fin des années 70.

Une des enquêtes menées au sein de l’éducation nationale (2), par Georges Felouzis, professeur des universités à Bordeaux-II, démontre dans un rapport l’importance des phénomènes de ségrégation des élèves selon qu’ils sont issus ou non de l’immigration. Un travail mené dans la région bordelaise à partir des prénoms des élèves souligne la répartition inégale des enfants issus de l’immigration post-coloniale, qui conduit à l’existence de fait de classes-"ghettos". On remarquera également que les lycées professionnels sont bien souvent implantés dans les quartiers les plus modestes, quand les lycées classiques demeurent dans les centres villes et que les lycées ruraux ont de nombreuses places disponibles. Ainsi, pour les plus chanceux, les diplômes tendent à se ressembler dans le ghetto : BEP, CAP, au mieux BAC pro, et pour les autres, sans diplômes, ce n’est que le début d’un processus de dévalorisation de soi-même, constitutif de l’exclusion.

L’association « Agir contre les discriminations » vient de confirmer également l’existence de ségrégations ethniques à l’école qui se traduisent par la formation de "classes ethniques". Elle s’appuie sur les études menées par des chercheurs ou des sociologues spécialistes de l’éducation et sur leur propre expérience de parents. "Certaines classes comptent 80% d’arabes ou de noirs, parce que si on mélange tous les élèves, une certaine catégorie de familles va retirer ses enfants pour les mettre dans le privé"... et « Il nous faut "repérer les discriminations", "sensibiliser et alerter" les pouvoirs publics mais aussi les syndicats enseignants et les fédérations de parents d’élèves accusés de "fermer les yeux", et "faire cesser les discriminations" révèle la présidente. (3)

La commission nationale sur l’avenir de l’école stipule également que la qualité des établissements scolaires est inégale. Elle est souvent meilleure pour les plus favorisés. Certaines manières de regrouper les élèves accroissent les écarts, de même que la nature des examens et des évaluations. La sectorisation, c’est-à-dire l’obligation d’inscrire son enfant dans l’établissement du quartier a un effet pervers lorsque les quartiers sont devenus plus homogènes, et donc entérine les inégalités sociales. Ainsi l’accès des enfants de familles d’ouvriers non qualifiés et d’inactifs à l’enseignement supérieur, qui a connu une progression (passant de 10 % à 30% en une décennie), reste cependant limité par rapport aux enfants d’enseignants et de cadres (80%). (4)

Nous le savons, vous le savez, vous le vivez chaque jour, le système éducatif dans son ensemble a besoin d’une profonde transformation s’il veut intégrer, qualifier tous les jeunes qui lui sont confiés et les former à devenir de futurs citoyens.

Chaque famille doit trouver dans l’établissement de son secteur de bonnes conditions d’étude et de vie pour la réussite de ses enfants. Mais cela devient un parcours du combattant tant les handicaps sont nombreux pour les jeunes français issus de l’immigration post-coloniale. Dans le même temps, la part des familles précaires (chômage, augmentation du nombre d’allocataires au RMI) augmente. Ceux qui s’en sortent s’en vont, ceux qui restent s’enfoncent et de nombreux parents voient dans la scolarisation de leurs enfants dans ces écoles situées dans des quartiers difficiles un frein à leur réussite.

À quand un vrai débat national sur un sujet aussi fondamental pour l’avenir des jeunes et du pays ?

Notes :

1. Le Monde du 9 février

2. Une étude décrit l’ampleur des ségrégations ethniques à l’école 8/10/2003 Le Monde

3. Discrimination à l’école NOUVELOBS.COM 19.04.05

4. Commission national, Que signifie faire réussir tous les élèves ? 12/ 2004

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