Nom à l’amalgame et la diversion ! Réponse à l’éditorial des DNA « Une guerre ne s’exporte pas » (1)

L’auteur du texte, en commençant à interpeller en nous la chose la mieux partagée dans le monde selon Des

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mardi 13 janvier 2009

L’auteur du texte, en commençant à interpeller en nous la chose la mieux partagée dans le monde selon Descartes, le bon sens, « Une personne sensée ne peut qu’éprouver indignation et colère….. », semble incarner la voix de la sagesse strasbourgeoise, alors que l’ensemble de son Editorial respire l’attitude altière dans son adresse à la population musulmane.

L’auteur nous parle « d’indignation et de colère devant les événements de Gaza ». La voix de la sagesse ose réduire les massacres et les horreurs d’une armée criminelle à de simples événements. Par cette réduction, il les confine dans la sphère de l’affect pour ne point les élever au stade de la pensée, donc de la condamnation politique.

« Une guerre ne s’exporte pas. » Qui parle de guerre devant ces massacres ? La population qui est visée par ce message parle d’agression et non de guerre. Qualifier ce qui se passe à Gaza de guerre est un stratagème mensonger et fallacieux. La guerre présuppose l’existence de deux armées, alors qu’à Gaza nous assistons à une agression programmée et planifiée par un Etat criminel contre une population déjà fragilisée par un blocus depuis juin 2007.

Vouloir séparer la société palestinienne du Hamas qualifié d’extrémiste fait de l’armée israélienne, dont votre plume se fait l’écho, une armée du salut qui, en amputant la société palestinienne du HAMAS, lui évite la gangrène. Le Hamas que vous qualifiez de « groupe extrémiste » est au cœur de la population de Gaza. En voulant l’éliminer, vous vous attaquez de facto à la population car, en s’attaquant à son cœur, à ce qui fait sa raison d’être et son âme, c’est la population palestinienne qu’on veut réduire en silence. Le silence de la soumission. Gaza l’assiégée, par la voix des humbles et des justes qui la composent, est devenue la citadelle de la résistance.

Nous refusons avec force cette diversion qui tend à décliner le conflit israélo-palestinien sur un terrain religieux, « et certainement pas les juifs aux musulmans ». L’essence du conflit est politique. Une population palestinienne expropriée et chassée de ses terres et qui, depuis 1948, ne vit que l’expérience de l’exil, des camps de réfugiés, des massacres et l’occupation avec toutes les humiliations qui en découlent.

« Les chaînes satellitaires ou via toutes les formes de communication de l’Internet qui selon vous « distillent de la haine » et ne sont qu’ « indigne propagande mensongère par définition » : sachez que, comme chaîne satellitaire, pour ne citer que celle qui cristallise toute les attentions et crispations, Aljazeera, par son professionnalisme et sa crédibilité, est l’exemple même du journalisme. Si elle n’était pas aussi crédible, les responsables israéliens ne daigneraient pas l’utiliser comme tribune pour s’adresser au monde arabe. C’est l’équité et l’impartialité qu’exige le travail journalistique qui l’amène à donner la voix à tous les protagonistes du conflit. Les formes de communication de l’Internet, pour ne citer qu’oumma.com, permet à d’autres plumes qui ne pourront jamais trouver de lecteur dans les journaux traditionnels comme le vôtre par exemple de faire entendre leur voix.

Ces formes de communication nous libèrent de votre emprise médiatique et assurent ainsi notre indépendance. Cette indépendance ne gagne pas Strasbourg seulement, ni la France aussi, mais elle est planétaire. Les sociétés sont descendues dans les capitales du monde. Les mêmes cris des manifestants déchirent les ondes et à travers les chaînes satellitaires arrivent à nos oreilles. La sagesse crie dans la rue mais vous ne l’écoutez pas. Vous n’êtes sensible qu’aux sirènes israéliennes. L’esprit de votre texte n’est qu’une transposition sur le sol français des thèses israéliennes. Rien dans vos propos ne vous différencie des responsables israéliens. Et nous savons, par expérience historique, que le discours d’une armée en guerre, est un discours de propagande, laquelle, comme vous le dites si bien, est mensongère par définition.

« Cette septième guerre du Proche-Orient oppose un groupe extrémiste palestinien à l’Etat d’Israël », « … la colère devant le fanatisme de ceux qui prennent des populations entières en otage ou en guise de boucliers ». Ce qui ne doit pas s’exporter, ce sont les thèses israéliennes dans les médias en France. C’est cette exportation qui envenime la situation et nous gonfle de colère.

Vous dites : « Le conflit du Proche-Orient ne s’exporte pas. Surtout pas en France. Etat démocratique et laïque ». Aucun conflit, à l’heure du village planétaire, ne se limite à ses frontières. Et principalement celui du Proche-Orient car l’injustice dure depuis 60 ans. La mission de la France, Etat démocratique et laïc, est d’être à l’écoute de ses citoyens qui scandent par milliers, depuis le début de l’agression, halte aux massacres. Cette France laïque doit contenir le conflit dans sa dimension strictement politique et reconnaître qu’il y a un agresseur et un agressé, un occupant et un occupé. Cette France qui a vécu, il n’y a pas si longtemps, l’insoutenable contradiction entre la république et la colonisation -le cas de l’Algérie -, ne doit pas occulter, dans le cas d’Israël, que Sarkozy a qualifié de grand Etat démocratique, sa nature coloniale.

« Une guerre ne s’exporte pas » cette phrase dite sous forme d’injonction se place strictement sous le registre religieux (musulmans-juifs). Nous protestons contre cette déclinaison du conflit et nous refusons à quiconque le droit, même implicite de prévenir les musulmans contre toute dérive anti juif. Nous avons été, nous les musulmans (arabes, turcs et perses), les protecteurs des juifs lorsqu’ils étaient menacés dans leur chair en Europe. Nous avons un conflit avec l’idéologie coloniale sioniste qui sévit depuis 1948. Et toute idéologie coloniale est une idéologie de domination, d’occupation et d’asservissement de l’autre.

« Mais prendre parti pour l’un ou l’autre des belligérants en avançant des appartenances religieuses serait insensé » : le terme « belligérants » est inapproprié pour la population de Gaza. Gaza n’est pas la capitale d’un Etat et le Hamas n’est pas une armée régulière. Aucune dimension religieuse ni ethnique ne motivent notre soutien à la population de Gaza.

Ce que nous défendons à Gaza, c’est l’idée de justice. Notre ferveur est à la hauteur de l’injustice que subit le peuple palestinien. Une injustice qui dure depuis 1948. C’est pour cette raison que, contrairement à vous, nous ne parlons pas de lâcheté des grandes puissances mais de complicité. Car cette complicité que dénoncent les manifestants à travers le monde a permis à l’Etat d’Israël d’être un Etat au-dessus du monde. En faisant siennes les thèses israéliennes, l’Occident est en train de perdre définitivement la bataille sur le plan des valeurs.

Oui, nous sommes passionnés. Mais de justice. Ce que nous dénonçons avec vigueur, c’est la légitimation de ces crimes par une logique occidentale qui prend la résistance d’un peuple pour du terrorisme. L’impasse politique de ce conflit n’a pour seule responsable et coupable que l’Occupation et la mentalité de dominateur de ceux qui l’exercent et de ceux qui la légitiment. L’Occident est encore prisonnier de la mentalité coloniale du XIXème siècle. Elle continue à étaler, sur le sol de Gaza, sa logique macabre.

Gaza l’assiégée, Gaza la meurtrie, Gaza martyrisée, est plus qu’ une prison ouverte sur le ciel*, plus aussi qu’ un camp de concentration* ; elle est à l’image du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad où la folie de puissance de Kurtz, qui incarne la voix prohétique de l’homme blanc en Afrique noire, n’a trouvé chez Marlow qu’un seul mot pour décrire l’aventure coloniale de l’occident dans cette terre d’Afrique : l’horreur. Et dans le cas de Gaza, l’horreur israélienne.

L’idée de justice est complètement absente dans votre Editorial. Cette défaillance sonne le glas des valeurs journalistiques occidentales.

Et sous votre plume, pour les passionnés de justice que nous sommes, les DNA seront renommées les Dernières Nuisances d’Alsace.



[1] Editorial de Jean-Claude Kiefer, Les DNA, 9 janvier 2009.
Pour plus de clarté, je reproduis l’Editorial dans son intégralité :
Une guerre ne s’exporte pas :
Une personne sensée ne peut qu’éprouver indignation et colère devant les événements de Gaza.
L’indignation devant des de morts, parmi lesquels autant d’enfants et de femmes que de combattants. La colère devant le fanatisme de ceux qui prennent des populations entières en otages ou en guise de boucliers.
La colère aussi devant l’inqualifiable lâcheté des grandes puissances. Elles n’interviennent pas plus au Proche- Orient qu’au Darfour tout en gesticulant - mais seulement à destination de l’opinion publique. Chacun, Européen ou Américain, défend ses intérêts dont le premier est de faire acte de présence en lançant d’interminables palabres pour se concilier tout le monde avant une énième transaction pour une énième trêve aussi provisoire que les précédentes. Pourtant, nul n’ignore –et depuis longtemps - que sans intervention extérieure, sans coercition, sans pression par tous les moyens économiques, le proche –orient restera à jamais une poudrière aux mèches toujours allumées.
Nos indignations et nos colères sont légitimes car elles viennent du cœur. Mais prendre parti pout l’un à l’autre des belligérants en avançant des appartenances religieuses serait insensé.
Cette septième guerre du proche –orient oppose un groupement extrémiste palestinien à l’état d’Israël.
Pas tous les palestiniens aux israéliens, et certainement pas les juifs aux musulmans. Jamais, pendant la sanglante et interminable guérilla en Irlande du Nord, les catholiques et le protestants d’Europe n’auraient osé faire un tel amalgame d’ordre confessionnel, déjà en raison de sa stupidité.
Malheureusement, aux drames provoqués par tous les conflits s’ajoutent ces parasites que sont les profiteurs de guerre .Non pas, dans le cas du Proche–Orient, pour faire de l’argent , mais pour distiller la haine à partir de lointaines chaines satellitaires ou via les formes de communication de l’Internet. Par <> ou par <>, des prétendues <> accaparent la toile. Peu importe leur origine, il ne s’agit que d’indigne propagande mensongers par définition.
Le conflit du Proche-Orient ne s’exporte pas. Surtout pas en France, État démocratique et laïque. Les responsables religieux et politiques ne cessent de le rappeler, encore hier à Strasbourg. Des éléments incontrôlés ne feraient que le jeu des vrais arabophones et des vrais antisémites. Des tristes individus comme ceux qui début décembre, dans le Pas-de-Calais, avaient profané les tombes musulmanes et israélites du grand cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette."
* Propos tenus respectivement par RamaYade, Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, dimanche 11 janvier sur radio J et Martino Renato, Ministre de la Justice et de la Paix au Vatican, le mercredi 7 janvier à un quotidien italien en ligne IISussidiaro.

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Ancien professeur à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts d’Alger

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