Samedi 11 février 2012

Nom à l’amalgame et la diversion ! Réponse à l’éditorial des DNA « Une guerre ne s’exporte pas » (1)

L’auteur du texte, en commençant à interpeller en nous la chose la mieux partagée dans le monde selon Descartes, le bon sens, « Une personne sensée ne peut qu’éprouver indignation et colère….. », semble incarner la voix de la sagesse strasbourgeoise, alors que l’ensemble de son Editorial respire l’attitude altière dans son adresse à la population musulmane.L’auteur nous parle « d’indignation et de colère devant les événements de Gaza ».

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L’auteur du texte, en commençant à interpeller en nous la
chose la mieux partagée dans le monde selon Descartes, le bon sens, « Une
personne sensée ne peut qu’éprouver indignation et colère….. », semble
incarner la voix de la sagesse strasbourgeoise, alors que l’ensemble de son
Editorial respire l’attitude altière dans son adresse à la population
musulmane.

L’auteur nous parle « d’indignation et de colère devant
les événements de Gaza ». La voix de la sagesse ose réduire les massacres
et les horreurs d’une armée criminelle à de simples événements. Par cette
réduction, il les confine dans la sphère de l’affect pour ne point les élever au
stade de la pensée, donc de la condamnation politique.

« Une guerre ne s’exporte pas. » Qui parle de
guerre devant ces massacres ? La population qui est visée par ce message parle
d’agression et non de guerre. Qualifier ce qui se passe à Gaza de guerre est un
stratagème mensonger et fallacieux. La guerre présuppose l’existence de deux
armées, alors qu’à Gaza nous assistons à une agression programmée et planifiée
par un Etat criminel contre une population déjà fragilisée par un blocus depuis
juin 2007.

Vouloir séparer la société palestinienne du Hamas qualifié
d’extrémiste fait de l’armée israélienne, dont votre plume se fait l’écho, une
armée du salut qui, en amputant la société palestinienne du HAMAS, lui évite la
gangrène. Le Hamas que vous qualifiez de « groupe extrémiste » est
au cœur de la population de Gaza. En voulant l’éliminer, vous vous attaquez de
facto à la population car, en s’attaquant à son cœur, à ce qui fait sa raison
d’être et son âme, c’est la population palestinienne qu’on veut réduire en
silence. Le silence de la soumission. Gaza l’assiégée, par la voix des humbles
et des justes qui la composent, est devenue la citadelle de la résistance.

Nous refusons avec force cette diversion qui tend à décliner
le conflit israélo-palestinien sur un terrain religieux, « et certainement
pas les juifs aux musulmans ». L’essence du conflit est politique. Une
population palestinienne expropriée et chassée de ses terres et qui, depuis
1948, ne vit que l’expérience de l’exil, des camps de réfugiés, des massacres
et l’occupation avec toutes les humiliations qui en découlent.

« Les chaînes satellitaires ou via toutes les formes de
communication de l’Internet qui selon vous « distillent de la haine »
et ne sont qu’ « indigne propagande mensongère par définition » :
sachez que, comme chaîne satellitaire, pour ne citer que celle qui
cristallise toute les attentions et crispations, Aljazeera, par son professionnalisme
et sa crédibilité, est l’exemple même du journalisme. Si elle n’était pas aussi
crédible, les responsables israéliens ne daigneraient pas l’utiliser comme
tribune pour s’adresser au monde arabe. C’est l’équité et l’impartialité
qu’exige le travail journalistique qui l’amène à donner la voix à tous les
protagonistes du conflit. Les formes de communication de l’Internet, pour ne
citer qu’oumma.com, permet à d’autres plumes qui ne pourront jamais trouver de
lecteur dans les journaux traditionnels comme le vôtre par exemple de faire
entendre leur voix.

Ces formes de communication nous libèrent de votre emprise
médiatique et assurent ainsi notre indépendance. Cette indépendance ne gagne
pas Strasbourg seulement, ni la France aussi, mais elle est planétaire. Les
sociétés sont descendues dans les capitales du monde. Les mêmes cris des
manifestants déchirent les ondes et à travers les chaînes satellitaires
arrivent à nos oreilles. La sagesse crie dans la rue mais vous ne l’écoutez
pas. Vous n’êtes sensible qu’aux sirènes israéliennes. L’esprit de votre texte
n’est qu’une transposition sur le sol français des thèses israéliennes. Rien
dans vos propos ne vous différencie des responsables israéliens. Et nous
savons, par expérience historique, que le discours d’une armée en guerre, est
un discours de propagande, laquelle, comme vous le dites si bien, est
mensongère par définition.

« Cette septième guerre du Proche-Orient oppose un
groupe extrémiste palestinien à l’Etat d’Israël », « … la colère
devant le fanatisme de ceux qui prennent des populations entières en otage ou
en guise de boucliers ». Ce qui ne doit pas s’exporter, ce sont les thèses
israéliennes dans les médias en France. C’est cette exportation qui envenime la
situation et nous gonfle de colère.

Vous dites : « Le conflit du Proche-Orient ne
s’exporte pas. Surtout pas en France. Etat démocratique et laïque ». Aucun
conflit, à l’heure du village planétaire, ne se limite à ses frontières. Et
principalement celui du Proche-Orient car l’injustice dure depuis 60 ans. La
mission de la France, Etat démocratique et laïc, est d’être à l’écoute de ses
citoyens qui scandent par milliers, depuis le début de l’agression, halte aux
massacres. Cette France laïque doit contenir le conflit dans sa dimension
strictement politique et reconnaître qu’il y a un agresseur et un agressé, un
occupant et un occupé. Cette France qui a vécu, il n’y a pas si longtemps,
l’insoutenable contradiction entre la république et la colonisation -le cas de
l’Algérie -, ne doit pas occulter, dans le cas d’Israël, que Sarkozy a qualifié
de grand Etat démocratique, sa nature coloniale.

« Une guerre ne s’exporte pas » cette phrase dite
sous forme d’injonction se place strictement sous le registre religieux
(musulmans-juifs). Nous protestons contre cette déclinaison du conflit et nous
refusons à quiconque le droit, même implicite de prévenir les musulmans contre
toute dérive anti juif. Nous avons été, nous les musulmans (arabes, turcs et
perses), les protecteurs des juifs lorsqu’ils étaient menacés dans leur chair
en Europe. Nous avons un conflit avec l’idéologie coloniale sioniste qui sévit
depuis 1948. Et toute idéologie coloniale est une idéologie de domination,
d’occupation et d’asservissement de l’autre.

« Mais prendre parti pour l’un ou l’autre des
belligérants en avançant des appartenances religieuses serait
insensé » : le terme « belligérants » est inapproprié
pour la population de Gaza. Gaza n’est pas la capitale d’un Etat et le Hamas
n’est pas une armée régulière. Aucune dimension religieuse ni ethnique ne
motivent notre soutien à la population de Gaza.

Ce que nous défendons à Gaza, c’est l’idée de justice. Notre
ferveur est à la hauteur de l’injustice que subit le peuple palestinien. Une
injustice qui dure depuis 1948. C’est pour cette raison que, contrairement à
vous, nous ne parlons pas de lâcheté des grandes puissances mais de complicité.
Car cette complicité que dénoncent les manifestants à travers le monde a permis
à l’Etat d’Israël d’être un Etat au-dessus du monde. En faisant siennes les
thèses israéliennes, l’Occident est en train de perdre définitivement la
bataille sur le plan des valeurs.

Oui, nous sommes passionnés. Mais de justice. Ce que nous
dénonçons avec vigueur, c’est la légitimation de ces crimes par une logique
occidentale qui prend la résistance d’un peuple pour du terrorisme. L’impasse
politique de ce conflit n’a pour seule responsable et coupable que l’Occupation
et la mentalité de dominateur de ceux qui l’exercent et de ceux qui la
légitiment. L’Occident est encore prisonnier de la mentalité coloniale du
XIXème siècle. Elle continue à étaler, sur le sol de Gaza, sa logique macabre.

Gaza l’assiégée, Gaza la meurtrie, Gaza martyrisée, est plus
qu’ une prison ouverte sur le ciel*, plus aussi qu’ un camp de concentration* ;
elle est à l’image du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad où la
folie de puissance de Kurtz, qui incarne la voix prohétique de l’homme blanc en
Afrique noire, n’a trouvé chez Marlow qu’un seul mot pour décrire l’aventure
coloniale de l’occident dans cette terre d’Afrique : l’horreur. Et dans le
cas de Gaza, l’horreur israélienne.

L’idée de justice est complètement absente dans votre Editorial.
Cette défaillance sonne le glas des valeurs journalistiques occidentales.

Et sous votre plume, pour les passionnés de justice que nous
sommes, les DNA seront renommées les Dernières Nuisances d’Alsace.



class=MsoEndnoteReference>[1]
Editorial de Jean-Claude Kiefer, Les DNA, 9 janvier 2009.

Pour plus de clarté, je reproduis l’Editorial dans son
intégralité :


Une guerre ne s’exporte pas :

Une personne sensée ne peut qu’éprouver indignation et
colère devant les événements de Gaza.


L’indignation devant des de morts, parmi lesquels
autant d’enfants et de femmes que de combattants. La colère devant le fanatisme
de ceux qui prennent des populations entières en otages ou en guise de
boucliers.


La colère aussi devant l’inqualifiable lâcheté des
grandes puissances. Elles n’interviennent pas plus au Proche- Orient qu’au
Darfour tout en gesticulant - mais seulement à destination de l’opinion
publique. Chacun, Européen ou Américain, défend ses intérêts dont le premier
est de faire acte de présence en lançant d’interminables palabres pour se
concilier tout le monde avant une énième transaction pour une énième trêve
aussi provisoire que les précédentes. Pourtant, nul n’ignore –et depuis
longtemps - que sans intervention extérieure, sans coercition, sans pression
par tous les moyens économiques, le proche –orient restera à jamais une
poudrière aux mèches toujours allumées.


Nos indignations et nos colères sont légitimes car
elles viennent du cœur. Mais prendre parti pout l’un à l’autre des belligérants
en avançant des appartenances religieuses serait insensé.


Cette septième guerre du proche –orient oppose un
groupement extrémiste palestinien à l’état d’Israël.


Pas tous les palestiniens aux israéliens, et
certainement pas les juifs aux musulmans. Jamais, pendant la sanglante et
interminable guérilla en Irlande du Nord, les catholiques et le protestants d’Europe
n’auraient osé faire un tel amalgame d’ordre confessionnel, déjà en raison de
sa stupidité.


Malheureusement, aux drames provoqués par tous les
conflits s’ajoutent ces parasites que sont les profiteurs de guerre .Non
pas, dans le cas du Proche–Orient, pour faire de l’argent , mais pour distiller
la haine à partir de lointaines chaines satellitaires ou via les formes de
communication de l’Internet. Par <> ou par <
jointes>>, des prétendues <>
accaparent la toile. Peu importe leur origine, il ne s’agit que d’indigne
propagande mensongers par définition.


Le conflit du Proche-Orient ne s’exporte pas. Surtout
pas en France, État démocratique et laïque. Les responsables religieux et
politiques ne cessent de le rappeler, encore hier à Strasbourg. Des éléments
incontrôlés ne feraient que le jeu des vrais arabophones et des vrais
antisémites. Des tristes individus comme ceux qui début décembre, dans le
Pas-de-Calais, avaient profané les tombes musulmanes et israélites du grand
cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette."


* Propos tenus respectivement par RamaYade, Secrétaire
d’Etat aux Droits de l’homme, dimanche 11 janvier sur radio J et Martino
Renato, Ministre de la Justice et de la Paix au Vatican, le mercredi 7 janvier
à un quotidien italien en ligne IISussidiaro.

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