Mystérieuse équipée contre trois mosquées

Dans la nuit de samedi à dimanche, la mosquée de Valdegour a été visitée, celle du Chemin-bas-d’Avignon

mardi 21 janvier 2003

Dans la nuit de samedi à dimanche, la mosquée de Valdegour a été visitée, celle du Chemin-bas-d’Avignon a été cambriolée et celle du centre ville a fait l’objet d’une tentative d’effraction. Un étrange concours de circonstance que les responsables de ces différents lieux de culte n’interprètent pas de la même façon.
Dans le cas de la mosquée de Valdegour, que nous évoquions dans notre précédente édition, seul un vol minime a été constaté (une somme d’une dizaine d’euros) mais des dégradations ont été commises par le ou les intrus : portes forcées, livres et revues jeté par terre, feuille des donateurs partiellement arrachée et une voiture, garée dans l’enceinte de la mosquée, a été fouillée. Déjà, dimanche, le recteur de cette mosquée s’interrogeait sur le sens à donner à cette visite nocturne.

Depuis, il est apparu que la même nuit, la mosquée du Chemin-bas-d’Avignon a été cambriolée. Selon les responsables de l’endroit, une somme de 3 000 euros, provenant de dons et de cotisations, contenue dans une caisse, a disparu. « Samedi, nous sommes partis vers 19 h 30. Nous sommes revenus dimanche à 7 h 30. Le cambriolage s’est produit entretemps, explique Driss Saoudi, le recteur. Ce sont des voyous qui ont fait ça, des gens qui cherchaient de l’argent. »

Pour lui, les malfaiteurs ont sauté le mur d’enceinte et ont pu s’introduire facilement dans la salle de prière, située à l’étage, puisque la porte n’était pas verrouillée. Ils se sont ensuite dirigés vers le bureau dont la porte était fermée, mais qu’ils ont franchi en la défonçant en partie. Dans le bureau, « ils ont jeté les papiers par terre, ils ont fouillé », avant de mettre la main sur la caisse renfermant les dons récemment faits par des fidèles. « On est deux à savoir qu’il y avait de l’argent ici », note M. Saoudi avant d’observer que depuis son ouverture, il y a cinq ans, ce lieu de prière n’avait jam ais connu de pareille mésaventure : « Normalement, un lieu de culte ne risque rien. » Le recteur émet une hypothèse : « Comme ils (les malfaiteurs) ont trouvé de l’argent ici, ils se sont peut-être dit qu’à Valdegour ils en trouveraient aussi. » A moins qu’ils n’aient fait le chemin inverse après avoir fait choux-blanc à Valdegour mais également à la mosquée du centre ville (Sergent-Triaire) qui a fait l’objet d’une tentative d’effraction.
« Notre gardien a entendu des bruits, il est sorti et a vu plusieurs individus prendre la fuite », explique ainsi Hamid Mimoun, responsable de l’association qui gère la mosquée Sergent-Triaire, la plus ancienne de la ville (elle a ouvert ses portes en 1977). Au sujet de cette étrange affaire, M. Mimoun partage la même analyse que les responsables du Chemin-Bas : « Je pense que ce sont des voyous qui ont fait cela. Ce n’est pas un problème de racisme. » Il y a trois mois, précise-t-il par ailleurs, la mosquée Sergent-Triaire a été visitée - « un petit cambriolage » - et puis : « Fin décembre, les mosquées enregistrent pas mal de dons. » En somme, une période qui pourrait aiguiser certaines convoitises.

Aucune de ces trois affaires n’a été revendiquée, et aucun acte de vandalisme, à proprement parlé, n’a été relevé. Pourtant, Abderrahim Berkaoui, recteur de la mosquée de Valdegour, exclut « complètement l’acte d’un voleur ». Car il s’étonne de constater que du matériel électronique et audiovisuel - des objets de valeurs - n’aient pas été dérobés par les intrus. M. Berkaoui estime qu’il s’agit d’un « acte prémédité, organisé », redoute que « certains veuillent monter une communauté contre l’autre » (juifs et musulmans) et ne comprend pas que le plan vigipirate ne soit pas mis œuvre également pour la surveillance des mosquées. Surtout, le recteur de Valdegour évoque une piste, en priori té : « Moi, je suspecte que des gens ont mal digéré que l’imam reste en place. » M. Berkaoui fait ainsi référence à la récente régularisation de Mohamed Khattabi, après avoir été menacé d’expulsion par la préfecture du Gard, pour séjour irrégulier sur le territoire national. Une affaire qui a défrayé la chronique, d’octobre à décembre dernier.
Hier matin, les responsables des mosquées du Chemin-bas-d’Avignon et de Valdegour ont déposé des plaintes distinctes au commissariat central. L’enquête (ou les enquêtes) a été confiée au service d’investigations et de recherches.

Article paru dans le Midi-libre (janvier 2003)

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