Musulmans et chrétiens tous ensemble pour une nouvelle Egypte

Les manifestations qui ont provoqué la démission du président Hosni Moubarak et leurs ramifications politiq

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vendredi 18 février 2011

Les manifestations qui ont provoqué la démission du président Hosni Moubarak et leurs ramifications politiques ont été largement rapportées par les médias. Mais les récits de solidarité entre chrétiens et musulmans n’ont pas bénéficié de la même diffusion, pourtant largement méritée.

Pendant les manifestations, des chrétiens faisaient cercle autour des musulmans en prière sur la place Tahrir pour les protéger de la police. Et lundi dernier, ce sont des musulmans qui ont monté la garde autour des chrétiens qui célébraient la messe sur la place et se joint à eux dans la prière pour les morts et les blessés des manifestations.

Avant le soulèvement, tout portait à craindre que les tensions entre musulmans et chrétiens s’aggraveraient pour atteindre un paroxysme de violence, surtout depuis les attentats contre des chrétiens, dont le dernier, commis le soir du Nouvel An à Alexandrie, fit 23 morts.

Pour empêcher une répétition de ces violences, les Egyptiens ont commencé à se mobiliser dans le cadre du réseau “Un Internet sans dissensions sectaires”, lancé par Amr Khaled, personnage décrit par le The New York Times comme "le prédicateur de télévision le plus célèbre et le plus influent dans le monde". Il a lancé son initiative en janvier, lorsqu’il s’est rendu compte qu’on détournait l’Internet pour propager des rumeurs et fomenter des tensions entre musulmans et chrétiens.

L’initiative a rapidement gagné du terrain, devenant très populaire auprès de la jeunesse égyptienne, avant tout en raison de la renommée immense dont jouit M. Khaled dans le pays. Au départ de ce mouvement, les conférences données en 1998, après que des années d’attentats terroristes eurent causé la mort de nombreux innocents et que le sectarisme religieux eut commencé à se répandre dans les milieux qui avaient adopté des interprétations extrémistes de l’islam.

Ils sont nombreux à avoir trouvé des messages d’équilibre et d’harmonie dans le discours de ce jeune prédicateur dynamique, hélas trop rares chez ses confrères. Entre 2000 et 2002, ses conférences – qui traitent le plus souvent de la tolérance en islam – étaient suivies par un public de 35.000 personnes. Aujourd’hui, sa page Facebook compte plus de deux millions d’amis et ses prêches sont suivis par des millions de téléspectateurs dans le monde entier.

Il est clair que la jeunesse joue un rôle de premier plan dans la mise en place de l’initiative et le développement du site

L’initiative “Internet Free of Sectarian Strife” (l’internet sans dissensions sectaires) est en bonne place sur le site d’Amr Khaled (amrkhaled.net), qui reçoit jusqu’à deux millions de visites chaque mois. De nombreux jeunes ont remplacé la photo de leur profil sur Facebook par le logo de l’initiative, un croissant et une croix entrelacés. D’autres sites et d’autres forums de la région affichent aussi ce logo sur leur page d’accueil pour appuyer la campagne.

Les principaux partenaires de l’initiative sont des organes de presse influents en Egypte et dans le monde arabe, à commencer par la chaîne de télé égyptienne OTV et l’organe de presse Seventh Day, tous deux propriété de Naguib Sawiris, homme d’affaires copte bien connu ; le site United Copts, qui est géré par un groupe de Coptes vivant aux Etats-Unis et qui jouit d’une présence influente en Egypte ; et le site Onislam.net, géré par islamOnline.net, site très fréquenté qui traite de questions relatives à l’islam, ainsi que de nombreux sites destinés à la jeunesse égyptienne.

Ces partenaires ont défini dix critères de base qui pourraient, ils l’espèrent, devenir “les règles d’utilisation de l’Internet par les internautes et un code d’honneur applicable à toute la presse électronique”. Ces règles sont les suivantes : pas de généralisations aveugles, pas de grossièretés, pas de rumeurs non accréditées, pas de moqueries, pas de vidéos incendiaires, pas de fatwas incitant à la haine ou à la violence. Ces règles invitent également à employer des formules pacifiques et généreuses, à respecter la religion d’autrui et, à porter la contradiction non pas aux personnes, mais aux idées. Enfin, les partenaires s’engagent à ne jamais bloguer sous l’emprise de la colère.

Cette initiative, riche de promesses, pourrait déboucher sur une amélioration des relations islamo-chrétiennes dans le pays. La seule solution valable, cependant, consiste à s’attaquer aux problèmes de fond qui sont à l’origine des tensions.

Parmi les solutions qui peuvent être appliquées au niveau national, on distingue les suivantes : permettre à tous les citoyens de construire des maisons de culte, modifier les programmes scolaire pour favoriser la liberté de conscience, veiller que les autorités gèrent les conflits interconfessionnels conformément à la loi et non en fonction d’alliances politiques, et faire respecter l’égalité sur les lieux de travail sans distinction de convictions religieuses.

L’initiative prometteuse de M. Khaled constitue une première étape importante vers le traitement des causes profondes de l’extrémisme qui sont à la source des tensions sectaires. La solidarité entre musulmans et chrétiens déployée tout au long des manifestations de ces jours derniers démontrent que les deux communautés sont capables de surmonter leurs divisions. Elle permet d’espérer enfin que la coexistence et l’égalité confessionnelles constitueront les fondations de la nouvelle Egypte.

En partenariat avec le CGNews

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Auteur : Yasser Khalil

Chercheur et journaliste égyptien.

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