Musulmanes d’aujourd’hui entre responsabilités et engagements

Mohammed, le Prophète universel, aimait les femmes et n’avait pas de gêne à le rappeler. Il les aimait no

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dimanche 19 avril 2009

Musulmanes d’aujourd’hui entre responsabilités et engagements

À une époque – heureusement révolue – où on se demandait encore si la femme était un être doté d’âme ou non, une époque où on enterrait des filles vivantes, être une femme était le comble de la honte et le destin qui prive de tout droit. Je pense à toutes ces femmes « d’avant », victimes d’une vision égo-masculine, vision dans laquelle le Créateur Beau et Juste était oublié et où Ses enseignements étaient soumis aux désirs aveugles des hommes. Ce ne fut que grâce à un retour vers Dieu l’Unique que des hommes se distinguèrent de cette vision injuste à l’égard des femmes pour lancer le processus du rétablissement d’une vision juste de la femme. Toute reconnaissance de la femme s’est conjuguée avec celle de Dieu qui est à l’origine de l’existence des deux sexes.

Dieu était et est toujours – pour l’éternité – le garant des droits de toute femme. Les hommes qui bafouaient les droits des femmes agissaient dans un rapport de force dénué de morale, pourtant dès qu’ils embrassèrent la foi en Dieu, ils se détachèrent de leur propre orgueil et cessèrent immédiatement ce traitement injuste à l’endroit des femmes. Le pouvoir du Miséricordieux sur les cœurs est incomparable. La musulmane forte de sa foi et fière de sa féminité sait qu’un jour appartenant au passé, ses semblables ont trouvé le respect, la dignité et le succès grâce à Dieu, à travers Ses nobles enseignements. Aujourd’hui, elle se trouve confrontée à d’autres formes de défi et doit lutter contre toutes les attaques qui tentent de la soumettre de nouveau aux désirs aveugles des ego masculins.

Si les femmes d’aujourd’hui s’éloignent – de plus en plus – d’une féminité authentique, celles d’entre elles qui continuent à résister à l’invasion du modèle imposé par la « norme » des médias se doivent de défendre ce qu’il y a de plus naturel chez une femme : sa différence à l’homme. Cette féminité naturelle et authentique s’exprime à travers une façon d’être, une manière de se concevoir et de concevoir l’autre.

Souvent, des futilités embrouillent cette vision et provoquent la confusion et, de là, le stress, la maladie du siècle. Depuis plus de cinquante ans, en Europe, aux Amériques et même dans le monde entier, on ne cesse de promettre aux femmes le paradis terrestre sous la bannière de l’émancipation. Des femmes ont brisé tout lien avec le passé pour se retrouver dans un isoloir les noyant dans une lourde solitude, surtout lorsque le bel âge leur tourne le dos. Aucune des promesses qui leur ont été faites ne s’est pleinement réalisée. Elles ne restent toujours, aux yeux de beaucoup d’hommes, que des êtres destinées à assouvir leur plaisir charnel. La beauté séductrice de leur corps voile l’ensemble de leurs qualités d’âme et d’intelligence.

Face à cette emprise du paraître sur l’être, cacher ce qui les voile devient donc un des modes d’expression de la féminité dans son ensemble. Cela ne signifie pas nier la beauté, puisqu’il ne vient pas à l’esprit que toute cette beauté ait été créée en vain. En effet, l’homme, comme la femme, rêve d’une intimité où les cœurs s’ouvrent et les corps s’entre couvrent et se consacrent à l’autre dans le respect mutuel. Mais les règles vestimentaires que présente l’islam aux adultes des deux sexes veillent à l’équilibre des sentiments dans le rapport à l’autre. Toutefois, l’habit ne fait pas le moine et ces règles n’ont jamais déterminé l’islamité d’une personne. Combien sont celles et ceux qui ne respectent pas ces règles, pourtant nul n’est en droit de les excommunier.

Musulmanes d’aujourd’hui, intitulé du livre que je préface, appelle à outiller ce devoir de défense pour qu’aucune femme ne se sente forcée de céder une part quelconque de sa féminité. Musulmanes d’aujourd’hui est une preuve de l’échec de ce modèle que certains cherchent à imposer, un modèle qui tend à faire de l’image de la femme un objet de commercialisation, un produit marketing.

Mohammed, le Prophète universel, aimait les femmes et n’avait pas de gêne à le rappeler. Il les aimait non simplement pour leur genre – c’est-à-dire pour le sexe féminin –, mais il montrait son attachement aux êtres qu’elles étaient, conscient de la part de beau, d’intelligence, et d’émotion qu’elles mettent dans ce monde.

Mohammed s’est marié à plusieurs reprises dans la transparence la plus pure, et jamais il n’a fait preuve d’infidélité. Même après la mort de celle-ci, il parlait de Khadija, son épouse, avec beaucoup d’amour et d’émotion. Le soutien et l’engagement de cette dernière furent tels qu’il nomma l’année où elle le quitta « l’année de la tristesse ». Il encourageait les femmes à s’instruire et à ne pas laisser la timidité les empêcher d’atteindre les sommets de la connaissance.

D’ailleurs, sa fille, Fatima, La rose, morte à l’âge de vingt-six ans, a instruit et éduqué ses deux enfants, Hassan et Hussein, de telle manière qu’ils devinrent, aux dires de tous, les plus doués et les plus jeunes savants de leur époque. Jamais sans leur mère, ils n’auraient pu être les hommes qu’ils devinrent par la suite.

Aïcha, la jeune épouse du Prophète, formée et éduquée par ses soins, devint la savante juriste à qui les plus grands savants parmi les compagnons du Prophète demandaient conseil. L’imam Zarkachi a même diffusé les critiques et corrections de Aicha à l’égard des avis juridiques de certains Compagnons en les compilant dans un ouvrage que Suyuti tentera de compléter plus tard. Ce ne fut pas auprès d’un mari ou d’un père opprimant, insensible et dénué d’amour pour le savoir que Aicha a pu s’épanouir.

Elle ne put le devenir que parce qu’elle était entourée d’hommes qui la respectèrent dans son être, dans son affirmation, dans ses erreurs aussi parfois, comme tout à chacun. Cela lui permit d’être une personne décomplexée, curieuse, stimulée intellectuellement, une femme pleine de foi, de savoir et d’amour. Sa vie fut ainsi la marque du succès et de l’exemplarité. Plus que cela, l’histoire nous rapporte qu’elle fut même général d’armée dans certaines batailles. Une femme accomplie, sans nul doute.

Hafsa, fille de Omar, fut considérée par les musulmans des premiers temps comme la secrétaire du Prophète ; c’est à elle que l’on confia le seul manuscrit de la première compilation du Coran, constitution de la société naissante. Une confidente, une femme d’exception qui, aux côtés puis après le Prophète, aida à la préservation de la Révélation. Les épouses du Prophète ainsi que nombre d’autres femmes dont l’exemplarité est incontestable inspirent toujours les musulmanes d’aujourd’hui. Néanmoins, bien qu’il soit une foi embrassée par les cœurs des fidèles, l’islam est aussi un témoignage de tous les instants que l’on retrouve par l’expression et l’engagement.

L’essai de notre sœur Kella Kéla met certainement en exergue cette évidence, il facilitera aux lectrices et aux lecteurs l’aspect pratique, à travers le programme et les conseils qu’elle divulgue, pour plus d’harmonie et d’équilibre entre les différentes facettes des préoccupations de ces femmes qui ne demandent qu’à vivre leur féminité en adéquation avec une spiritualité choisie.

Dr Kéla Larabi, "Musulmanes d’aujourd’hui entre responsabilités et engagements", Ed. Clémence et Espérance préface du Cheikh Zakaria Seddiki

Dr Kéla LARABI est médecin de santé publique. Elle a également suivi deux années de cours par correspondance à l’ex-IEIP (Institut d’Etudes Islamiques de Paris) actuel CERSI (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Islam). Elle est mariée et mère de deux enfants.

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Diplômé de l' Université Islamique d'Al-Azhar au Caire et de l'Ecole pratique des hautes études de la Sorbonne (EPHE), président de l'ACERFI (Audit, Conformité Et Recherche en Finance Islamique), directeur de l'IMED (Institut Musulman d'Enseignement à Distance).

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