Musulmane, allemande, et surtout vedette du sport

La jeune et insouciante Fatmire Bajramaj est le nouveau visage du football féminin en Allemagne. La vie mouve

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dimanche 21 mars 2010

La jeune et insouciante Fatmire Bajramaj est le nouveau visage du football féminin en Allemagne. La vie mouvementée de cette Kosovare musulmane rappelle le fameux film anglais Joue-la comme Beckham, dans lequel une jeune footballeuse affronte les préjugés ethniques et défie les réticences de sa famille.

Fatmire Bajramaj, plus connue sous le nom de Lira, a fui le Kosovo avec sa famille pour s’installer finalement à Mönchengladbach, une ville de la Rhénanie-du-Nord – Westphalie où elle commence à jouer au football contre l’avis de son père. « Il voulait que je fasse du ballet et disait que le football, c’était pour les garçons » se souvient-elle.

Lorsqu’elle prend conscience de son talent sur le terrain, Fatmire s’inscrit dans l’équipe féminine du FSC Mönchengladbach, puis fait assez rapidement partie d’une autre équipe plus ambitieuse. Sa famille s’en rend compte, mais elle réussit à convaincre son père de la regarder jouer. « A partir de là, il est devenu mon plus grand fan », affirme-t-elle avec un grand sourire.

A l’âge de 16 ans, la footballeuse commence à recevoir des offres d’équipes de ligue nationale, c’est ainsi qu’elle rejoint le FCT Duisburg en 2004 et joue son premier match pour l’équipe nationale allemande un an plus tard. La jeune femme a depuis participé à 35 matches internationaux et marqué six buts – dont les plus importantes ont probablement été ceux contre le Japon, marqués dans la finale pour la troisième place aux Jeux Olympiques de 2008.

La liste des victoires de Fatmire Bajramaj est impressionnante : elle a été vainqueur du Championnat d’Europe des moins de 19 ans et a gagné la coupe de l’Union des associations européennes de football (UEFA) ainsi que la coupe de la Fédération allemande de football (Deutscher Fussball Bund DFB). Elle a obtenu une médaille de bronze aux Jeux Olympiques et remporté le championnat d’Europe féminin ainsi que la Coupe du monde féminine.

Malgré son jeune âge, Fatmire Bajramaj a un passé mouvementé, qui remplit les pages de sa biographie Mein Tor ins Leben : Vom Flüchtling zur Weltmeisterin (Mon but dans la vie, de réfugiée à championne du monde) publié en octobre 2009. Ce livre raconte l’histoire de son enfance à Gjurakovc, au cœur du conflit au Kosovo. Lorsque les attaques serbes se sont intensifiées en 1992, ses parents ont fui en Allemagne, avec la petite Lira, âgée alors de 5 ans, et ses deux frères.

Les Bajramaj ont laissé derrière eux leur ferme et il leur a fallu payer un pot-de-vin aux douaniers autrichiens pour pouvoir franchir la frontière. Ils sont parvenus à se rendre finalement chez des proches en Rhénanie-du-Nord – Westphalie, avant d’être transférés assez rapidement à un centre de requérants d’asile. Le père de Fatmire trouva du travail en tant qu’ouvrier à Mönchengladbach et la famille s’installa dans un petit appartement de cette ville célèbre pour son équipe de football.

« Je voudrais que le public sache à quel point il est difficile pour un enfant réfugié de s’intégrer en Allemagne. C’est uniquement grâce au sport que j’ai réussi à me faire des amis. J’espère que mon livre encouragera les jeunes filles issues de minorités ethniques à prendre le même chemin que moi », dit Fatmire Bajramaj.

Sur le terrain, elle a eu droit à une bonne dose de commentaires racistes, mais avec le temps, elle a réussi à gagner du respect. « A partir de ce moment-là, les gens ont cessé de faire des commentaires idiots », se souvient-elle.

L’Allemagne est sa nouvelle patrie, mais elle maintient encore des liens profonds avec son pays d’origine. Ses parents et ses frères vivent à Mönchengladbach mais le reste de la famille est toujours au Kosovo. Les Bajramaj visitent leurs proches restés au pays une fois par an et aiment bien retourner au Kosovo, mais ils sont tout aussi heureux de rentrer en Allemagne. Fatmire Bajramaj ne veut pas faire table rase de ses racines – et abandonner notamment sa religion, musulmane.

« Je prie avant d’aller dormir ou d’entreprendre un voyage en voiture ou encore de jouer un match. Mais je ne me voile pas, j’aime me maquiller et je participe à des fêtes. »

Beaucoup de gens imaginent encore que les footballeuses ont les cheveux courts et des gros mollets, raison notamment pour laquelle, la jeune femme se plaît à entretenir une image très féminine lorsqu’elle joue au football – en étant généralement maquillée sur le terrain ou en portant des chaussures à crampons roses lors de la finale de la coupe de la Fédération allemande de football ou encore en tirant un but avec des escarpins à talons lors d’une émission sportive à la télévision. « Ce que je veux avant tout et par-dessus tout c’est gagner, mais aussi être belle quand je le fais », dit-elle.

Cependant, Fatmire Bajramaj a bien plus à offrir que son look unique – elle a également un très grand cœur. Ambassadrice pour l’organisation humanitaire d’aide aux enfants World Vision, elle parrainera bientôt un enfant. Au début de cette année, elle a aussi été nommée ambassadrice pour l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, mouvement qui renouvelle l’engagement européen pour la solidarité, la justice sociale et une plus grande intégration.

Pour Theo Zwanziger, président de la Fédération allemande, Fatmire Bajramaj est un formidable exemple d’une intégration réussie. Il tient à ce qu’elle l’accompagne à des événements de relations publiques ou à des visites d écoles fréquentées par un grand nombre d’élèves issus de minorités ethniques.

« J’aime bien le faire », dit-elle. « C’est un honneur pour moi que de servir d’exemple ».

En partenariat avec le CGNews

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Auteur : André Tucic

Journaliste indépendant

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