Mise au point concernant la « consultation » initiée par Monsieur le ministre de l’Intérieur

Le site Oumma.com inaugure par la publication de ce document le débat sur la consultation initiée par le min

dimanche 20 janvier 2002

Le site Oumma.com inaugure par la publication de ce document le débat sur la consultation initiée par le ministre de l’Intérieur. Sans prendre position, Oumma.com donnera la parole à tous en vue de lancer le débat jusqu’ici inexistant. Les colonnes de Oumma.com sont donc ouvertes à toutes les réflexions. Il va de soi que les associations et personnes citées ci-dessous bénéficieront d’un droit de réponse.

En novembre 1999, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, a initié une « consultation » dans le but de faire émerger une instance représentative du culte musulman en France. Pour ce faire, des personnalités ont été désignées par le cabinet du ministre pour mener à bien ce projet. Selon quels critères ? Nul à ce jour ne le sait.

Cependant, la liste communiquée par le ministère de l’Intérieur indique une forte représentation d’Etats maghrébins à travers des mosquées, des associations ou des personnalités dites « qualifiées ». Ainsi, par exemple, l’Algérie compte une forte représentation à travers, notamment la Grande mosquée de Paris, la Grande mosquée de Lyon, la mosquée Islah de Marseille pompeusement rebaptisée pour l’occasion « Grande mosquée du sud de la France », M. Souheib Benkheikh, fonctionnaire appointé par la mosquée de Paris. Le Maroc n’est pas en reste avec, entre autres, la mosquée de Mantes-la-Jolie, le Centre culturel islamique d’Evry-Courcouronnes, la Fédération nationale des musulmans de France. Par ailleurs, l’ association Invitation et mission pour la foi et la pratique et l’association pour le Tabligh wa daawa ila Allah n’en font qu’une. Il s’agit d’un même mouvement piétiste fonctionnant sur le mode d’une confrérie religieuse rigoriste, et dont le siège international se trouve au Pakistan. l’Union des organisations islamiques de France, quand à elle, trouve sa principale source de financement dans les pétro-monarchies du Moyen-orient.

De plus, indépendamment du fait que la légitimité d’une grande partie des personnes nominées par le ministre est contestée par les musulmans de base, la présence parmi les membres de ce « premier collège » de personnalités laïques étrangères à la gestion du culte musulman, et surtout l’absence de représentants des Français convertis (évalués à plus de 400 000) laisse planer doute et scepticisme quant à l’orientation donnée à cette consultation par le ministère de l’Intérieur.

Dès lors, cette « consultation », poursuivie par Daniel Vaillant, ministre de l’Intérieur depuis le départ de M. Chevènement, est apparu dès le début fortement compromise, du fait même de sa mise sous contrôle d’Etats étrangers et du ministère de l’Intérieur qui, par sa méthode de désignation, ne s’est pas démarqué de son habituelle gestion policière de l’Islam, rappelant ainsi l’époque de l’indigénat.

Le déroulement de cette « consultation » sur le terrain a confirmé les inquiétudes exprimées par la majorité des musulmans de France, en particulier des jeunes générations. Il laisse en effet augurer un échec ou à défaut la « fabrication » d’une structure représentative très bancale et de surcroît jugée illégitime par la Communauté musulmane. Alors que l’Accord-cadre issus des discussions des « invités » de la place Beauvau stipulait dans son premier article que « la désignation de la représentation du culte musulman s’effectuera par une démarche transparente et démocratique » fort est de constater qu’à ce jour, la majorité des personnes concernées n’a été ni informée ni associée à cette « consultation ».

L’opacité règne, laissant libre cours à toutes les rumeurs faisant état de discorde, d’intrigues et de luttes de pouvoir au sein même de ce « premier collège » dont la mission était pourtant d’organiser sereinement la « consultation ». La désorganisation est totale et les rares réunions confidentielles -et non publiques- qui se sont tenues l’ont été sous la surveillance des consulats et sous l’œil vigilant des renseignements généraux. De plus, alors qu’un scrutin a été annoncées dans la précipitation pour le mois de mars 2002- « tout doit être terminé avant l’élection présidentielle », dit-on à Paris, les responsables des lieux de culte censés y participer ne connaissent encore ni le mode de ce scrutin, ni son règlement, ni même ses modalités pratiques. Certains imams, ayant reçu après les attentats du 11 septembre 2001 des appels téléphoniques émanant des Renseignement généraux leur demandant de communiquer la superficie de leur mosquée, ont tout simplement pris peur. D’autres n’ont pas été contactés et leur lieu de culte ne sera donc pas comptabilisé dans l’organisation du scrutin. Précisons que c’est à partir du calcul de la surface des mosquées sélectionnées -il existe environ 1500 lieux de culte en France- que le ministère de l’Intérieur détermine le nombre de fidèles respectifs, et donc le nombre de représentants par mosquée à l’assemblée régionale, celle-ci désignant à son tour des représentants au niveau national qui rejoindront le « premier collège »… déjà intronisé par les pouvoirs publics ! Un comble quand on sait que malgré leur grande superficie, certaines mosquées sont peu fréquentées tandis que d’autres, jugées plus modestes, ont une fréquentation régulière beaucoup plus importante !

On est là bien loin des principes de transparence, de pluralisme, de démocratie, voire même de laïcité puisqu’on est en droit de se demander qui organise, en définitive ce scrutin destiné à élire une représentation du culte musulman. Que dire aussi des visées électoralistes qui teintent l’organisation de telles élections concernant une communauté forte de 5 millions de personnes dont la moitié sont françaises, et ce, à peu de temps d’échéances électorales majeures en France.

Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons en aucun cas valider une « consultation » qui heurte notre conscience, accorder notre confiance à des personnes arbitrairement nominées et nous ayant démontré leur peu d’attachement à la transparence et à la légitimité. Nous refusons de participer à une mascarade électorale qui fait fi aussi bien des principes régissant la vie démocratique que de ceux définissant la responsabilité en Islam. En clair, nous refusons de légitimer ce qui apparaît déjà comme un fait accompli et ne répond aucunement à l’aspiration profonde des Musulmans de France d’être légitimement et dignement représentés.

Cette « Mise au point » est une pétition destinée à être remise à M. le premier Ministre Lionel Jospin, ainsi que tous les candidats à l’élection présidentielle, avec le plus grand nombre de signatures. Elle sera aussi rendue publique par voie de presse.

Merci de la faire signer massivement autour de vous et d’envoyer vos signatures (Nom, prénom, profession, ville de résidence) aux adresses suivantes :

*Fondation musulmane Errahmanîya, 9 avenue Camille Pelletan 13002 Marseille

*E-mail : [email protected]

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