Mémoire courte...ou mémoire sélective ?

Venons-en à l’épouvantail de l’"islamisme", assorti de l’épithète "radical", pour faire bonne mesure

mardi 31 janvier 2006

Cela commence à bien faire : le mur des lamentations depuis la victoire du Hamas aux élections et son cortège d’explications, de regrets, de mises en garde et de pseudo inquiétudes sur "l’islamisme radical" et "pour le bien des Palestiniens" a assez duré.

Nous en avons assez de lire et entendre des inepties du genre "cela va donner un prétexte à Israël pour ne pas négocier", ou les interrogations telles que "Le Hamas va-t-il accepter de désarmer ?" ou "Va-t-il accepter de reconnaître Israël ?". Tant de mauvaise foi nous sidère et pourtant, nous commençons à être assez blindés de ce côté. A tous ceux qui ont apparemment la mémoire courte, nous aimerions rappeler :

1) Qu’Israël n’a jamais eu besoin du moindre prétexte pour refuser la paix, pour continuer à coloniser et occuper les territoires palestiniens. Les dirigeants israéliens ne se sont pas gênés pour diaboliser le l’OLP, le Fatah, Yasser Arafat et déclarer qu’il n’étaient pas des interlocuteurs valables. Quant à Mahmoud Abbas, Sharon le traitait ouvertement et publiquement de "poule mouillée" et le ridiculisait, le mettant constamment en porte à faux vis-à-vis de sa population en l’amenant à faire toujours plus de concessions alors que les Palestiniens étaient chaque jour plus étranglés et martyrisés. Si Israël avait voulu faire la paix et vivre en sécurité, si Les Etats-Unis et l’Europe avaient voulu de la paix au Proche-Orient, nous l’aurions depuis longtemps, puisque cela fait maintenant près de 20 ans que les dirigeants palestiniens ne revendiquent un Etat indépendant que sur 22 % de leur terre initiale, c’est à dire la Cisjordanie, Gaza, Jerusalem Est, avec l’établissement de communications entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie.

Comment peut-on se permettre de demander au Hamas s’il va reconnaître Israël alors qu’Israël refuse, en revanche, de se reconnaître, c’est à dire de fixer les frontières de son pays ?

Pourquoi ne demande-t-on pas au Hamas : "Seriez-vous prêts à accepter une force de paix internationale sur la ligne verte ?". On ne leur demande pas parce que la réponse d’Israël à cette question est NON ! Israël qui ne jure que par sa sécurité, refuse obstinément les propositions européennes et américaines d’envoi d’une force internationale sur les frontières reconnues par le droit international. On demande au Hamas, qui vient de cesser toute opération militaire pendant un an, respectant une trêve qu’Israël n’a cessé de violer durant la même période : "Etes vous d’accord pour renoncer aux armes ?" . Qui a posé cette question à n’importe lequel des dirigeants israéliens ? Ainsi on voudrait qu’Israël puisse continuer à utiliser les tanks, les bombes, les missiles et toute l’artillerie lourde, pour maintenir son occupation, mais que le Hamas, renonce lui à la résistance armée contre l’occupant, qui est parfaitement légale.

Il est vrai qu’il n’est pas utile de demander aux dirigeants israéliens "Comptez vous faire cesser l’occupation ?", puisque Ehoud Olmert a pris les devants et fait savoir qu’il ne renoncerait jamais "aux blocs de colonies juives, ni à Jérusalem Est".

Y a-t-il eu un seul journaliste pour lui demander : "Comptez-vous renoncer à la construction du Mur jugé illégal par la Cour internationale de Justice ?". Non. Pourquoi ?

Venons-en à l’épouvantail de l’"islamisme", assorti de l’épithète "radical", pour faire bonne mesure et nous convaincre non seulement qu’Israël ne pourrait en aucun cas négocier avec "ces gens là", mais que les pauvres Palestiniens qui restaient encore défendables vont connaître l’enfer. Là encore, le festival d’hypocrisie n’est pas triste.

Tout d’abord, permettons-nous de poser la question : depuis quand les gouvernements occidentaux se gênent pour entretenir de très bonnes relations avec des régimes islamistes, et des plus intégristes, quand cela les arrange ? Le commerce se porte bien, comme chacun sait avec l’Arabie saoudite et d’autres Etats gouvernés par des islamistes.

Et pourquoi ne se met-on pas à plaindre les Israéliens qui sont obligés de vivre dans un Etat religieux où la religion fait la loi à tous les niveaux. Les "signes ostentatoires" de la religion juive n’y sont pas encore obligatoires partout, mais la religion est imposée y compris aux juifs qui sont athées ou non pratiquants.. Ainsi seul le mariage entre juifs, prononcé par un rabbin, est reconnu en Israël pour les juifs. Tout autre mariage n’a aucune valeur. Le mariage civil n’y existe pas, pas plus que divorce civil. Si vous n’êtes pas circoncis par un religieux, vous ne serez pas reconnu comme juif et ne pourrez pas bénéficier de vos divers droits de citoyen (allocations familiales...) Israël est un Etat religieux, et en outre raciste, puisqu’il ne reconnaît pas les mêmes droits à ceux qui ont la citoyenneté israélienne, qui sont nés sur le même sol, dont les parents et ancêtres sont nés sur le même sol, mais qui ne sont pas juifs.

Aujourd’hui, plus de 40 % des enfants israéliens sont scolarisés dans des écoles non laïques, où la religion occupe une place prépondérante, et où on enseigne aux enfants qu’ils font partie du peuple élu et que tous les arabes sont leurs ennemis. Cela ne fait froid dans le dos à personne parmi nos amoureux éperdus de la laïcité ?

Enfin, pourquoi ne pas donner au Hamas la possibilité d’être jugé sur ses actes ? Il promet dans ce domaine de ne forcer personne, dans les territoires palestiniens à se plier aux préceptes du Coran. Les Palestiniens ne sont pas des enfants que l’on peut facilement obliger à faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire. Ils l’ont assez prouvé au cours de ces décennies.

Le Hamas, "radical", a par ailleurs fait des déclarations fort claires après ces élections. Son dirigeant, Mahmoud Zahar a réitéré sur CNN, à Wolf Blitzer, rédacteur en chef de la chaîne américaine, la proposition faite par son mouvement à Israël : fin de l’occupation des territoires occupés en 1967, établissement d’un Etat palestinien sur ceux-ci, et trêve des armes de longue durée. Qu’est-ce que cela a de "radical" ?

Les Palestiniens veulent donner leur chance aux militants du Hamas, car ils ont été déçus non seulement par la corruption de certains de leurs dirigeants, mais surtout parce qu’ils ont cessé de résister à l’occupant en acceptant de faire ses quatre volontés pendant que ce dernier aggravait la situation du peuple palestinien. On nous dit que l’Autorité palestinienne "avait choisi la voix du compromis historique et des négociations". En 1993, certainement. Mais plus de 10 ans après. Ce qu’ont choisi certains dirigeants palestiniens c’est de se livrer pieds et poings liés à l’occupant, sans aucune contrepartie, sinon quelques avantages matériels pour certains d’entre eux.

Non seulement, ils n’ont jamais fait appel à la mobilisation populaire en Palestine, ni à celle de la communauté internationale, mais ils ont été jusqu’à approuver la visite de Sharon en France et ses nouveaux habits d’ "homme de paix" ; ils ont même réprimandé les opposants tunisiens qui avaient manifesté contre l’invitation faite par Benali à Sharon !

Et on voudrait que les Palestiniens ne les sanctionnent pas !

Non, il ne suffit pas de vanter le sens de la démocratie des Palestiniens, démocratie que l’on feint de découvrir au moment des élections, comme s’il s’agissait de sauvages n’ayant pas encore intégré les bienfaits de la colonisation, le reste du temps.

Il faut refuser le bourrage de crâne. Il faut exiger qu’Israël soit placé sur la liste des pays terroristes, qu’un mandat d’arrêt international soit lancé à l’encontre de tous les criminels israéliens à la tête du gouvernement et de l’armée, tous ceux qui tuent, torturent, démolissent les maisons, déracinent les oliviers, essaient par tous les moyens de déstructurer la société palestinienne et d’y introduire le chaos.

Il faut refuser que ce gouvernement terroriste continue non seulement à occuper les territoires palestiniens, mais qu’il se permette en plus d’empêcher les Palestiniens de gérer ensemble et de manière démocratique l’issue de ces élections. Le Hamas souhaite, et l’a exprimé, gouverner avec l’ensemble des composantes politiques palestiniennes. Israël et les Etats-Unis mettent en revanche la pression sur le Fatah pour qu’ils pestifèrent le Hamas, afin de créer le chaos. Nous espérons qu’il y aura suffisamment d’hommes et de femmes déterminés, au sein du Fatah, à ne pas se soumettre aux volontés destructrices de l’occupant. Même si nous savons, les uns et les autres, qu’il ne peut y avoir de véritable "pouvoir", "autorité" ou "gouvernement" palestinien sous occupation, personne n’a le droit de choisir les dirigeants palestiniens à leur place.

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