Samedi 11 février 2012

Méfiance biologique

Naissance de l’islamophobie neuroscientifique

C’est aux pages « Rebonds » de Libération, toujours à la pointe des tendances les plus tendance de la voilophobie distinguée, littéraire et scientifique, que nous devons la remarquable entrée en scène costumée – blouse blanche versus foulard islamique – d’une science dure qui a tant de choses à nous dire. On pouvait en effet y lire, le 12 août dernier, la très savante tribune d’un certain Laurent Cohen, professeur de neurologie exerçant à l’hôpital de la Salpêtrière, et comme on pouvait le supputer, le résultat est, disons, édifiant…

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Il en va ainsi de tous les « corps d’exception » : Juif, Arabe, Noir, homosexuel, prostituée, etc. On les reconnaît, entre autres signes particuliers, au fait qu’ils font l’objet d’une exceptionnelle éloquence, qui n’a d’égale que le silence qui leur est imposé. Un droit à l’exégèse savante (et, accessoirement, au jugement moral) est en somme délivré, les concernant, à absolument tout le monde – entendons nous : à tout le vrai monde, à toute l’humanité authentiquement et pleinement humaine, c’est-à-dire à tout ce qui est masculin, blanc, hétérosexuel ou un peu argenté (ou mieux encore : tout cela à la fois). Moyennant quoi nous assistons depuis plusieurs années à une floraison d’envolées voilologiques tous azimuts nous expliquant le sens du voile (évidemment inaccessible aux simplettes qui le portent) et sa valeur morale et politique (assez invariablement nulle ou négative). Lyrisme juleferryste, pathos afghanisant, féminisme couillu, didactisme fourestien, rêveries orientalistes, comique troupier et haine célinienne cèdent parfois la place à des discours à prétention scientifique, fondant le mépris, la suspicion et le rejet dont font l’objet les femmes « voilées » sur d’hypothétiques acquis de l’anthropologie, de la sociologie ou de la psychiatrie. Mais il manquait les neurosciences ! Il suffisait d’attendre : le silence coupable des neurologues vient d’être rompu, et au vu résultat, ça valait le coup d’attendre…

« Derrière ses pauvres rayban je vois pas ses yeux et ça m’énerve

Si ça se trouve il me regarde, faut qu’il arrête sinon je le crève »

Renaud, Marche à l’ombre (1980)

JPEG Comment un pan aussi crucial, innovant, incontournable de la recherche scientifique pouvait-il se maintenir à l’écart d’un « débat » tellement fondamental ? Comment une « science dure » qui a pour objet le cerveau humain pouvait-elle n’avoir pas « son mot à dire » en cette matière où, répétons-le, tout un chacun est généreusement invité à l’avoir, « son mot », et à le dire ? C’est aux pages « Rebonds » de Libération, toujours à la pointe des tendances les plus tendance de la voilophobie distinguée, littéraire et scientifique [1], que nous devons la remarquable entrée en scène costumée – blouse blanche versus foulard islamique – d’une science dure qui a tant de choses à nous dire. On pouvait en effet y lire, le 12 août dernier, la très savante tribune d’un certain Laurent Cohen, professeur de neurologie exerçant à l’hôpital de la Salpêtrière, et comme on pouvait le supputer, le résultat est, disons, édifiant…

Résumé des épisodes précédents

Une telle contribution mérite, pour en mesurer la portée, d’être inscrite dans un contexte. Un contexte politique fait de stigmatisation quotidienne, d’offensives idéologiques et de coups de force législatifs mais aussi – j’insiste parce que l’un ne va jamais sans l’autre – d’une prolifération de discours pseudo-savants, piochant dans le patrimoine culturel le plus prestigieux afin de fonder en raison la plus déraisonnable et la plus sordide des violences sociales et politiques.

Ce n’est en vérité pas d’aujourd’hui que des discours aussi légitimes que les discours théologiques, philosophiques ou scientifiques viennent – précisément – légitimer les options politiques les plus illégitimes, en particulier le sexisme, l’homophobie ou le racisme. Aussi bien d’ailleurs les sciences de la nature que les sciences humaines :

  •  il fut un temps (et déjà les valeureux pionniers étaient français, un certain Paul Broca pour le pas le nommer) où la mesure des crânes (judicieusement baptisée « anatomie comparée » ou « crâniologie ») servait à établir une évidente supériorité de la race blanche sur les races noires, jaunes ou « grises » [2] ;
  •  plus récemment (en 1994), deux psychologues américains (Richard Herrnstein et Charles Murray) mobilisaient des résultats de tests de Q.I. pour ré-établir à peu près la même hiérarchie, bêtement remise en cause par quelques décennies de travaux scientifiques, de réflexions philosophiques et de luttes politiques (le résultat fut un best seller intitulé The Bell Curve, fort complaisamment promu dans les grands médias américains) [3] ;
  •  entre-temps, les sciences humaines avaient été largement mises à contribution, donnant naissance à un corpus volumineux d’« anthropologie coloniale » justifiant la tutelle française en repérant dans « la culture indigène » un vaste ensemble de carences auxquelles, miraculeusement, le génie particulier des puissances européennes apparaissait comme l’adéquat palliatif [4] ;
  •  la psychanalyse avait aussi eu « son mot à dire », et un certain Octave Mannoni nous avait par exemple expliqué que la colonisation supposait une « colonisabilité » psychique, c’est-à-dire une carence intrinsèque aux peuples colonisés (et non pas, comme on aurait pu naïvement le supposer, une simple infériorité militaire) [5] ;
  •  Mannoni semble avoir été plutôt un « colon de gauche », mais il existe aussi une version droitière et hardcore de la psychanalyse raciste : de sympathiques lacaniens de gauche croisés un jour m’avaient parlé (mais je n’en sais pas plus) d’une production théorique proprement abjecte apportant au nationalisme « épurateur » de Slobodan Milosevic un fondement freudien en expliquant, grosso modo, que les Serbes avaient sur les Croates l’avantage d’avoir « réglé leur Œdipe », tandis que dans les bas-fonds, les « musulmans » (Bosniaques ou Kosovars) n’en étaient encore qu’au « stade anal » (on aura reconnu ici une élégante sublimation du registre scato-raciste homophobe dont la version « populaire » se trouve, entre autres, dans les diatribes d’Oriana Fallacci sur ces masses « grouillantes » de « fils d’Allah » qui « passent leur temps le cul en l’air à prier cinq fois par jour », ou dans les caricatures du hollandais Gregorius Nekschot, dont l’une des figures de prédilection est celle du Prophète ou de l’imam sodomisant tout ce qui lui passe sous la main : une fillette voilée, Anne Frank ou une chèvre [6] ) ;
  •  plus récemment, l’incontournable Élisabeth Roudinesco mobilisait le lexique psychanalytique pour pathologiser les écolières françaises qui portent le voile (le voile, « étouffoir de l’altérité », manifestation d’un désir de « toute-puissance » et d’un « désespoir de masse ») et conclure à la nécessité de les exclure (singulière façon, peu freudienne en vérité, de traiter un désespoir de masse) [7], tandis qu’un autre psychanalyste, Daniel Sibony, s’autorisait les « associations libres » les plus cavalières pour comparer l’écolière voilée à un mari violent, et son exclusion à une saine réaction de défense de « la France », identifiée par notre psy à la femme abusée (citation : « On connaît l’histoire vraie, devenue blague, où une Française se fait draguer par un Arabe, atmosphère plutôt sympa, mais au dernier moment elle ne veut plus coucher avec, elle n’est pas amoureuse, et il lui lance : “ tu es raciste !” (…) Or, ce qui s’est passé entre la France et l’Islam, c’est qu’ “elle” a accepté de coucher avec “lui”, qu’au fond ce n’était pas si désagréable mais qu’après, il l’a mise enceinte, puis il l’a forcé à l’épouser, il la serre de près… Et à un moment, elle veut dire stop, et même revenir un peu sur ce qu’elle a donné. C’est le sens de cette “fermeté sur le voile” soudain revenue. » [8] ) ;
  •  le même Daniel Sibony s’illustrait au même moment avec une fumeuse « psychanalyse du conflit israélo-palestinien » qui, par l’évitement de l’analyse géo-politique et socio-historique, permettait opportunément d’innocenter Israël et de pathologiser – ou infantiliser – le peuple palestinien [9] ;
  •  quant à l’homophobie psychanalytique, elle a connu son heure de gloire à l’occasion des débats sur le PACS et l’homoparentalité, avec des auteurs comme Pierre Legendre, Jean-Pierre Winter, Michel Schneider ou Tony Anatrella [10].

    Avant d’en venir à Laurent Cohen et à sa précieuse contribution au « débat sur la burqa » [11], on me permettra une dernière parenthèse, rendue nécessaire par la récente opération Onfray [12] : il importe de préciser que la psychanalyse n’est pas plus réductible à ses instrumentalisations racistes ou hétérosexistes que l’anthropologie n’est réductible à sa part coloniale, et que les outils théoriques forgés par Freud peuvent même s’avérer fort utiles dès lors qu’on s’attache moins à psychanalyser « l’homosexualité » ou « l’homosexuel » que l’homophobie, et moins les peuples, les races et les cultures que les racistes et les culturalistes.

    Soyons juste : la tribune de Laurent Cohen n’est pas une pure opération de propagande et ne va pas aussi loin dans ses conclusions que les auteur-e-s cité-e-s plus haut. Le neurologue, plus proche en cela d’un Mannoni que d’un Sibony ou d’une Roudinesco, oscille en fait, nous allons le voir, entre deux logiques antagonistes : tantôt rivé à ses convictions humanistes (notamment la tolérance) et à ses exigences scientifiques (notamment ce principe fondamental selon lequel une vérité scientifique n’a pas à nous dicter nos choix éthiques et politiques), tantôt emporté – par l’air du temps, sans doute – vers de tous autres horizons. Mais lesdits horizons sont suffisamment menaçants pour qu’on s’y attarde et qu’on s’en alarme.

    Les neurosciences entrent en scène

    La tribune du professeur Cohen s’ouvre sur une amusante lapalissade :

    « La chaleur du débat sur la burqa nous dit une chose sûre : la question n’est indifférente à personne. »

    Sauf qu’à la réflexion, ladite lapalissade n’en est pas une, et elle n’est pas si amusante :

  •  d’abord parce que le mot « débat » traduit assez mal le matraquage quasi-hégémonique d’une thèse unique, formulée par le président Sarkozy en personne (« la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la république française ») et déclinée ad nauseam par à peu près toutes les voix autorisées ;
  •  ensuite parce que le mot « chaleur » est une manière fort complaisante de présenter la haine, la bêtise et la méchanceté de ce monologue prohibitionniste, qui charrie une bonne trentaine de sophismes et de contradictions ;
  •  enfin et surtout parce que la focalisation des microcosmes politiques et éditocratiques sur un « débat » n’indique en rien que ledit débat passionne spécialement les masses – et qu’il est en l’occurrence fort probable que la présence en France de quelques centaines de femmes portant le niqab est à peu près le cadet des soucis d’une foule de gens [13].


    La suite, elle aussi, paraît incontestable :

    « La raison en est peut-être que le visage, avant d’être un objet de culture, est un objet de nature, et que la nature humaine est la chose la mieux partagée, sous tous les vêtements, toutes les peaux, toutes les opinions et croyances. »

    Sauf, là encore, qu’un petit mot d’apparence anodine, le mot « avant », est lourd d’équivoques :

  •  signifie-t-il que par définition, l’ordre de la nature vient chronologiquement avant l’éducation, la socialisation, donc l’influence de la culture, auquel cas on ne peut qu’acquiescer mais en se demandant tout de même l’intérêt d’un tel truisme ?
  •  ou signifie-t-il que la nature prime sur la culture, aussi bien pour rendre raison de la forme et des mouvements de notre propre visage que pour comprendre comment nous appréhendons le visage d’autrui, auquel cas on n’acquiesce plus du tout, tant il est évident (et ce sont pour le coup les sciences humaines qui ont su travailler cette évidence, de Maurice Merleau-Ponty à Marcel Mauss) que le visage et sa perception sont, comme l’ensemble du corps, imprégnés voire saturés de culture [14] ?

    Mais des sciences sociales il ne sera jamais question dans la tribune de Laurent Cohen, qui ne prend à aucun moment le temps de situer la neurologie dans le champ plus large des sciences qui auraient « quelque chose à nous dire » en la matière :

    « Or, depuis quelques années, les neurosciences ont trouvé dans le visage un fascinant objet d’étude. Pour nous qui sommes une espèce sociale, qui vivons toujours entourés de milliers de congénères, la capacité d’analyser les riches messages portés par les visages est extraordinairement importante. Ces sciences cherchent à comprendre comment, dans notre cerveau, à la simple vue du visage d’autrui, s’éveille une profusion de savoirs, d’émotions, de souvenirs, d’intentions. »

    Certes, donc. Mais voyons lesquels :

    « Le cerveau dispose d’une panoplie de mécanismes dédiés à la lecture des visages (…) Pour comprendre les mécanismes de ce système (…), les neurosciences disposent d’une panoplie de méthodes, de l’enregistrement électrique de neurones uniques chez le singe (lui aussi reconnaît les visages) à l’imagerie fonctionnelle qui permet, chez l’homme, de suivre dans les activations cérébrales. Mais un visage nous dit bien d’autres choses, mettant en jeu d’autres circuits cérébraux. Si vous êtes face à moi, et que mon regard se porte vers la gauche parce que je m’aperçois qu’une voiture fonce vers nous, vous allez détecter ce déplacement de mon regard et votre attention va être attirée de façon irrépressible dans cette même direction, ce qui vous permettra de voir et d’éviter le danger. Ce mécanisme, qui apparaît chez les bébés dès 6 mois, permet de faire partager l’orientation de notre attention et de mettre ainsi en commun le contenu même de nos pensées. Mais vous allez aussi lire sur mon visage la terreur que je ressens à la vue du bolide, autre renseignement utile. À mon air terrifié, vous allez pressentir une menace, vous mettre en état d’alerte. Votre cœur et votre souffle vont s’accélérer pour faciliter votre fuite. Ce système de détection de la peur, qui met en jeu des régions archaïques du cerveau, peut même fonctionner de façon inconsciente, devant un visage aperçu si brièvement que nous n’en avons pas conscience, mais qui suffit à nous alerter. Ce n’est pas tout. Dans un lieu bruyant, les mouvements des lèvres de notre interlocuteur vont directement agir sur notre système auditif et nous aider à reconnaître les mots qu’il prononce. »

    Certes, là encore ! Mais ces enseignements ne me semblent pas d’une nouveauté bouleversante, et nous avons même toutes et tous pu les expérimenter sans recourir ni à l’imagerie fonctionnelle ni à l’enregistrement électrique des neurones du singe. Poursuivons néanmoins, avec cette question que pose à brûle-pourpoint le neurologue et qui restera sans réponse – et cette prudence est tout à l’honneur de notre homme de science, manifestement redevenu conscient des limites de sa discipline :

    « Et pourquoi trouvons-nous certains visages plus attirants que d’autres ? »

    La question suivante est plus déconcertante, car elle affirme implicitement un « fait » suffisamment surprenant pour mériter d’être étayé :

    « Comment les hommes lisent-ils sur le visage des femmes, sans même en avoir conscience, la période de leur cycle menstruel ? »

    Mais là encore, passons, puisque tel n’est pas l’objet de notre neurologue qui nous a promis, rappelons-le, un éclairage neuroscientifique nouveau et intéressant sur « la burqa » – et justement, nous y arrivons :

    « Identité, regard, émotion, parole, beauté, attention et intention, sont déchiffrés sans relâche par notre machinerie cérébrale : impossible de ne voir dans le visage qui nous fait face qu’un objet de chair sans signification. Encore n’ai-je parlé que de la perception des visages, mais notre propre visage ne cesse de projeter en retour le même flot d’informations. Il y a là ce qu’on pourrait appeler une “confiance biologique”, une activité cérébrale incessante qui fait que chacun se dévoile par son visage, et reçoit en retour ce que l’autre dévoile de lui-même, une confiance qui permet un échange social équilibré. »

    Si vous commencez à vous sentir un peu mal, c’est que vous êtes comme moi : qu’est-ce que c’est que ce concept de « confiance biologique », et où notre neurologue veut-il en venir ?

    « L’éclairage biologique » et ses limites

    Je parlais tout à l’heure d’un texte hybride, soufflant le chaud et le froid, l’esprit de la science et l’air du temps, l’humanisme et la malveillance – et de fait, la suite du texte est plutôt rassurante :

    « Ici s’arrêtent les faits de science. Eclairent-ils en rien la question de la burqa ? Au minimum, ils nous aident à cerner ce qui nous manque lorsque notre interlocuteur nous dérobe son visage. La symétrie de la “confiance biologique” est aussitôt rompue ; vous vous livrez et il se cache ; vous ne connaissez ni son identité, ni ses émotions, ni ses intentions. Au pire, il se présente comme un prédateur camouflé, qui voit sans être vu. Potentiellement menacé, vous pouvez attribuer injustement à la figure masquée les pires intentions. Faute d’information, votre cerveau social tourne en roue libre et rien ne vient rectifier vos fantasmes. »

    On appréciera, notamment, le souci de séparer l’ordre de la vérité scientifique et celui du choix éthique et politique. On appréciera aussi ce petit mot, « injustement », qui vient nous rappeler qu’expliquer un mécanisme psychique comme la voilophobie ne revient pas – et ne nous oblige pas – à le justifier. On regrettera simplement qu’un jugement moral implicite est délivré dans le même temps à travers les expressions « confiance biologique » et « échange social équilibré », qui tendent sinon à justifier pleinement, du moins à excuser les fantasmes paranoïaques dont font l’objet les femmes en « burqa », en faisant de cette paranoïa et de ses éventuelles manifestations (regards hostiles, injures, agressions, exclusions) une réaction naturelle – donc inévitable – contre un péché originel commis par ladite « femme en burqa » : la rupture du « contrat de confiance biologique », l’imposition d’un « échange social déséquilibré ».

    On regrettera que ce petit mot bienvenu – « injustement » – n’ait pas plutôt ouvert pour notre neurologue un questionnement qui, dans le contexte socio-historique bien particulier qui est le nôtre, n’aurait pas été superflu :

  •  n’est-on pas aujourd’hui, précisément, dans ce type d’imputation abusive et injuste lorsque, sans discontinuer depuis des mois, une meute de politiciens, d’éditorialistes et d’intellectuels médiatiques attribuent aux « femmes en burqa », de manière aussi catégorique qu’expéditive (et sans naturellement prendre la peine d’aller leur parler), les tares et les vices les plus abominables, faisant d’elles tantôt des demeurées, des aliénées ou des « grandes malades » [15], tantôt une cinquième colonne de « soldates du fascisme vert » [16] ?
  •  et pour comprendre pourquoi la possibilité d’attribuer injustement à autrui les pires intentions reste une pure possibilité dans la plupart des cas et se concrétise en de plus rares occasions dans un procès d’intention bien réel, ne serait-il pas opportun de délaisser momentanément l’imagerie fonctionnelle et l’enregistrement électrique des neurones de singe, et de prendre en compte « la culture », et plus précisément la construction sociale du regard ?


    Les sciences humaines n’ont-elle pas, en la matière, « quelque chose à dire » aux neurosciences ? [17] Que nenni, nous dit Laurent Cohen : « l’éclairage biologique » s’autosuffit. À lui seul, il nous aide à « comprendre » la fureur éradicatrice qui s’est emparée de nos élites politiques et médiatiques – pudiquement rebaptisée « problème » :

    « Peut-être comprend-on mieux ainsi que la dissimulation complète du visage “pose problème”, avant même que ne soient formulées les questions morales, sociales, religieuses, légales qui sont en jeu. »

    Notre petit mot équivoque – « avant » – fait donc retour, et l’équivoque est cette fois-ci levée, mais ce n’est hélas pas dans le sens le plus réjouissant : pour notre neurologue, la focalisation, la dramatisation et les logiques d’exclusion auxquelles nous assistons autour de « la burqa » peuvent être analysées comme un phénomène biologique, antérieur – et par conséquent indépendant – de toute « question sociale ». Il me semble au contraire, pour ma part, que les questions sociales existent en amont dudit « problème » de « la burqa », et que ce sont même elles qui le construisent : pourquoi, sinon, les Rayban ou les masques de Mickey n’ont-ils jamais suscité de « débats passionnés », de missions parlementaires et de lois d’exception ? Pourquoi, plus simplement, le besoin de « confiance biologique » et d’« échange social équilibré » avec les « femmes en burqa » s’est-il manifesté aujourd’hui, en 2009-2010, et pas auparavant ? Pourquoi en France et pas dans tous les pays ? Pourquoi dans certaines classes sociales (en gros les plus élevées) et pas dans toutes ?

    Laurent Cohen ne se pose pas ces questions, mais il nuance malgré tout son propos en réintroduisant dès la phrase suivante – là encore momentanément, hélas – le souci épistémologique de séparer l’ordre de la nature et celui de la culture, l’ordre de la science et l’ordre éthico-politique, et en s’inscrivant fort opportunément dans un référentiel éthique humaniste, libéral et démocratique :

    « En revanche, cet éclairage biologique n’implique aucun jugement moral ni aucune proscription légale. Rien de plus normal que de garder le contrôle de ce que divulgue notre visage. Identité, émotions, regard, sont le matériau brut des interactions sociales, mais dans le cours de ces interactions l’essentiel est le jeu subtil selon lequel ces informations sont délivrées ou retenues. Pour séduire, il convient parfois de dissimuler l’attirance que l’on ressent ; pour dominer, il faut cacher sa peur ; la politesse exige qu’on simule un intérêt de façade. Bref, chacun ne peut-il disposer librement des indices qu’il offre sur lui-même ? De plus, mettre en lumière les fondations biologiques de nos représentations du visage ne dévalorise en rien les variations culturelles élaborées sur ces fondations mêmes. Modes, rites, conventions de la pudeur, canons de la beauté, bonnes manières, pourquoi condamner certains de ces usages plus que d’autres ? »

    Nous évitons donc le pire : un pur et simple biologisme, qui fonderait sur une pseudo-vérité scientifique la nécessité de stigmatiser et exclure par la loi. Laurent Cohen laisse même entendre, du bout des lèvres, qu’il n’approuve pas forcément la loi répressive qui est sur le point d’être adoptée :

    « Admettons donc qu’aucune interdiction ne doive frapper le masque en tant que tel. Pour autant, il donnera lieu à des prohibitions découlant de principes généraux de la vie dans notre société. Aucun masque (ni rien d’autre) ne doit être imposé à une femme (ou à un homme) contre son gré, aucun masque dès que la sécurité publique est en jeu, etc. Tout ceci ne requiert peut-être aucun appareil législatif ad hoc. »

    Je dis qu’il désapprouve la loi « du bout des lèvres » parce que, là où le fil de son propre raisonnement aurait dû l’amener à conclure de manière catégorique à son illégitimité, il se contente de la concéder (« admettons ») et prend même garde de la modaliser (« peut-être », un « peut-être » cruellement absent auparavant, dans toutes les assertions sur « la burqa » et ses effets « biologiques » sur le cerveau humain), comme si ce refus de la prohibition était au fond une position adverse à la sienne – comme si, en tout cas, quelque chose en lui résistait à ce positionnement libéral.

    Qu’on m’autorise donc, à mon tour, une minute de psychologie sauvage. Je ne la consacrerai pas aux femmes voilées – qui ont déjà donné – ni aux malheureux passants en manque de « confiance biologique », mais au professeur Cohen en personne, et en paraphrasant Victor Hugo [18], je dirai que la tribune gyrovague du professeur Cohen, tantôt rigoureuse tantôt frivole, tantôt embarrassée tantôt décomplexée, exprime une violente « tempête sous un crâne ». Une tempête qui se déchaîne sans doute à l’insu de l’intéressé, un peu comme ces hommes qui, paraît-il, détectent sans le savoir les cycles menstruels des femmes qu’ils croisent ! Tout se passe en effet comme si l’homme de science en lui s’efforçait d’éviter l’extrapolation et le mélange des genres (laissons au neurosciences ce qui est de leur compétence, et laissons aux citoyen-ne-s la responsabilité de leurs jugements éthiques et politiques) et comme si l’humaniste en lui appelait à la tolérance (respectons les différents usages socio-culturels, même s’ils nous choquent, du moment qu’il ne sont pas imposés par la violence) pendant que, d’un autre côté, le consommateur d’éditoriaux, manifestement en lui, lui aussi, ne pouvait s’empêcher de chercher malgré tout des raisons de s’en prendre aux « femmes en burqa ».

    Une étrange leçon de « civilité »

    Et c’est malheureusement cette part-là, la plus mauvaise (tant du point de vue scientifique que du point de vue éthique), qui prend le le dessus – et qui constitue même au sens propre le dernier mot de notre tribune neuro-sciento-éthico-politique :

    « Pour conclure, une autre réponse au port d’un masque pourrait être celle de la civilité, fluide vital de la vie commune. Quand un de mes semblables s’adresse à moi de sous un masque opaque, hors des usages communs, il me signifie le refus de sa confiance. Digne de voir mon visage, il ne me fait pas l’aumône du sien. Sans loi, sans violence, en vérité pour refuser la violence, je suis libre de tourner les talons. »

    En somme, après avoir clairement affirmé que son savoir scientifique ne pouvait édicter aucune option éthique ou politique, Laurent Cohen ne peut s’empêcher d’en édicter une, et pas la plus bienveillante – et il l’édicte sans vraiment enlever sa blouse blanche, puisqu’il s’autorise de la « vérité » pour présenter sa muflerie (« tourner les talons », y compris lorsque la femme en burqa « s’adresse » à lui) comme l’attitude la plus « civile », comme le meilleur « fluide vital de la vie commune », et même comme la seule alternative à la violence !



    Que cette muflerie apparaisse à notre neurologue comme le nec plus ultra de la « civilité » (que le dictionnaire définit, rappelons-le, comme « l’observation des bonnes manières dans un groupe social », en renvoyant vers des termes comme « courtoisie », « politesse », « affabilité » et « amabilité »), que la violence que constitue le fait de « tourner les talons » de manière pavlovienne devant chaque « femme en burqa » (une violence certes tempérée à côté des regards, des paroles ou des gestes haineux qui tendent à se banaliser, mais une violence tout de même) soit pour lui rien de moins que l’alternative à la violence, que sa posture psychorigide lui paraisse si « fluide », en dit long non pas tant sur la personne de Laurent Cohen que sur l’époque. Serait-il devenu à ce point utopique, dans la France de 2010, d’imaginer d’autres mondes possibles, d’autres fonctionnements psychiques, d’autres décodages de « la burqa » et / ou d’autres comportements à l’égard des femmes qui la portent ?

    Serait-il devenu impensable, lorsqu’on croise une femme dont la tenue nous déconcerte, nous choque éventuellement, nous vexe ou titille nos neurones en nous dissimulant son visage, d’avoir une autre réaction ? Notre horizon éthique indépassable est-il désormais, face à ces femmes, de partir « en roue libre » (ce sont les mots que le neurologue employait lui-même plus haut) dans le « fantasme » (ce sont encore ses mots) et d’« attribuer injustement à la figure masquée les pires intentions » (ce sont toujours ses mots) ? Faut-il donc communier avec le plus grand sérieux et en toute bonne conscience dans ce que Renaud a naguère présenté, dans une chanson célèbre, comme une paranoïa comique ? Devons-nous, comme le « chanteur énervé » [19] face au « petit Rocky barjot » et ses « pauvres rayban », entonner à l’encontre des « femmes en burqa » le célèbre refrain vengeur :

    « Je lui ai dit toi tu me fous les glandes, et t’as rien à faire dans mon monde,

    Arrache toi de là t’es pas de ma bande, casses-toi tu pues, et marche à l’ombre » ?

    Car c’est bien là, j’en ai bien peur, que nous sommes rendus. La « femme en burqa » est-elle à ce point déshumanisée ? Est-il vraiment devenu impossible, quand bien même nous serions « biologiquement » déstabilisés par l’absence d’« informations » sur « son identité, ses émotions et ses intentions », de faire avec elle ce que tout être humain apprend tant bien que mal à faire depuis l’enfance face à l’altérité d’autrui et à son caractère éventuellement déconcertant voire angoissant : prendre sur soi, laisser courir, ou laisser à cette femme le bénéfice du doute, en se disant par exemple que nous n’avons peut-être pas la science infuse, que nous n’avons peut-être pas raison de la croire hostile, hautaine ou « avare » d’elle-même, qu’elle a peut-être des raisons autres, bonnes ou mauvaises, compréhensibles ou incompréhensibles, en un mot les siennes, de dissimuler son visage ?

    Et quand bien même cette dissimulation nous apparaîtrait comme une marque de défiance, quand bien même nous serions persuadés qu’objectivement nous sommes offensés, serait-il impossible de se dire que ladite « femme en burqa » n’en a pas eu l’intention, ou qu’elle a des raisons propres et compréhensibles – c’est-à-dire des raisons que nous pourrions comprendre si nous les connaissions – d’être devenue si « méfiante », n’est-il pas possible en tout cas de lui renvoyer autre chose que cette sinistre « loi du Talion » : tu ne me fais pas « l’aumone de ton visage » donc je refuse toute interaction avec toi, tu me snobes donc je boude, je ne vois que tes yeux donc tu ne verras que mes talons ?

    Répétons-le : la vie nous donne mille occasions de rencontrer chez autrui une réserve que nous interprétons à tort ou à raison comme une méfiance et qui nous déconcerte, nous vexe ou nous blesse, et nous savons d’expérience que la « loi du Talion » que propose Laurent Cohen est loin d’être la seule option possible, et certainement pas la plus « civile ». Nous pouvons également prendre sur nous ou laisser courir mais aussi comprendre ou tenter de comprendre, nous pouvons entrer en interaction malgré tout, par exemple parler afin de dissiper le malentendu ou de gagner la confiance que l’autre a commencé par nous refuser, etc [20]. L’autre est, par définition, autre, et si son visage peut à l’occasion « nous envoyer » des « signes » et des « informations » rassurantes [21], l’intersubjectivité ne s’est jamais réduite, chez l’être humain, à un échange de signes visuels : il existe aussi, dans la civilisation humaine, cette chose plutôt importante qui s’appelle la parole.

    La prudence, le doute (sur soi et sur son pouvoir de « décrypter » autrui), la bienveillance, la parole : tout cela, et bien d’autres choses encore qui font la richesse et la « fluidité » d’une « civilité » digne de ce nom, est singulièrement absent de l’abrupte conclusion de notre neurologue. Ses appels à la modération prennent dès lors une signification très particulière : ils ne s’adressent qu’au législateur, tandis que la société civile est au contraire invitée à condamner moralement les « femmes en burqa » (en tant qu’elles rompent un indispensable contrat de « confiance biologique » et empêchent de la sorte tout « échange social équilibré »), et à manifester ostensiblement cette réprobation (en « tournant les talons »).

    Tout se passe donc comme si Laurent Cohen n’appelait l’État à la tolérance et au respect des libertés individuelles que pour « prendre le relais » – et plus que cela : pour « passer le relais » à toute la société civile, en l’appelant à prendre en charge elle-même la punition des fâcheuses. Ne bannissez pas les « femmes en burqa », dit-il en somme aux législateurs, laissez-nous plutôt le soin – et la joie – de le faire nous-même !

    J’ai pris le parti, autant que possible, de sourire des prétentions bio-éthico-burqo-logiques de notre neurologue et de ses colossales contradictions, et sans doute ce sourire serait-il le réflexe le plus approprié si ce bavardage parascientifique, bienveillant en apparence mais malveillant au fond du fond, n’était qu’une lubie personnelle de Laurent Cohen. Sans doute le plus sage serait-il alors de s’en tenir à la recommandation de Spinoza : ne pas rire, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. Seulement voilà, ce délire n’a rien de personnel, il vient après cent autres et – hélas – avant mille autres, il révèle un climat général en même temps qu’il l’entretient, et il participe ainsi, en toute inconscience, en toute insouciance et en toute bonhomie, d’une politique odieuse qui me remémore les mots de Billie Holiday [22] : il est des situations dans lesquelles on se surprend à « sourire pour ne pas vomir ».

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    Commentaires

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    En 1983, une copine qui faisait médecine me racontait qu’un de leur prof de fac leur expliquait que les cheveux crépus étaient des cheveux malsains et malades qui cassaient facilement.

    En 1983.

    Il faut dire que l’Ordre des Médecins, en France, a notoirement été créé sous Vichy, voir un Wikipedia pas trop contesté apparemment.

    "C’est donc sous Vichy, par la loi du 7 octobre 1940 - sous la signature de Serge Huard, Secrétaire général à la Famille et à la santé - qu’est crée l’Ordre des Médecins comprenant le Conseil supérieur de la médecine et les Conseils départementaux. Elle est complétée par la loi du 26 mai 1941 portant sur l’exercice illégal de l’art médical et de l’art dentaire et par celle du 26 novembre 1941 qui règle les élections à l’Ordre des médecins [2]."

    Il n’y a pas que des Médecins sans Frontières, en France.

    Il y a aussi des Médecins Es-Frontières.

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    Balle de M.Onfray

    Sommes-nous en train de basculer dans l’indécence ?
    Le vieux de la vieille, Michel Onfray, ravive nos sens en précisant que l’indécence « existe depuis que l’homme est homme… »
    L’indécence, c’est… l’inégalité des chances.
    Pour bien la capter, nous avons opposé à chaque fois deux portraits pour vous la rendre visible à l’œil nu.
    1- Indécence entre vieillesse et jeunesse
    2- Indécence entre maladie et santé
    3- Indécence entre bêtise et intelligence
    4- Indécence entre pauvreté et richesse
    5- Indécence entre laideur et beauté
    6- Indécence entre force et fébrilité
    7- Indécence entre barbarie et culture
    « Il y a surtout indécence quand on fait la différence entre ce que je suis et ce que j’ai choisi d’être. »

    http://www.tueursnet.com/index.php ?journal=Balle%20de%20M.Onfray

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    voici une preuve de ce que peut être la philo sophia (l’amour de la sagesse).

    Mais j’ai peur qu’elle soit réservée aujourd’hui à une élite, ou une minorité de gens bienveillants...

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    Quand la bêtise de l’homme rencontre le racisme cela donne une somme d’ignominies qu’étalent ces soit disant chercheurs, à l’image de ce Laurent Cohen.

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    salam aleykoum,

    M.Tévanian, permettez-moi de vous dire que c’est plutôt vous qui êtes victime d’une tempête sous votre crâne, qui s’apparente d’ailleurs à une tempête dans un verre d’eau !! je ne suis pas allé au bout de votre texte indigeste et démagogue... ce que je comprends de ce que j’ai lu, c’est que vous avez clairement pris parti contre la prohibition du voile intégral en France et que vous avez même écrit un livre sur le sujet (j’espère qu’il se vend bien !!)... je n’ai pas lu l’article que vous passez à votre moulinette pseudo-scientifique, mais des extraits que vous proposez, je ne tire absolument pas les mêmes conséquences que vous, bien au contraire, je trouve le concept de "confiance biologique" très intéressant ! car oui, je pense comme ce neurologue, que les échanges de visage à visage sont très importants pour l’échange social, et qu’un visage voilé se ferme à cette richesse de l’échange, cela n’est que du bon sens !

    Soufiane

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    Une vraie merveille ce texte, du grand art

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    A Sofiane : Vous m’étonnez un peu...En effet comment ne pas comprendre que cette notion de "confiance biologique" est trés dangeureuse car elle peut se décliner en plusieurs nuances.

    En effet, aujourd’hui cette notion est rapportée à la femme voilée (ce qui est grave...) et demain...à celui qui a un visage ingrat, à celui qui est plus foncé, à celui qui a un nez trop grand, à celui qui a les yeux foncés, à celui qui a les cheveux moins lisses ? Sincèrement je vous souhaite de méditer cette notion !

    PS : Savez vous qu’en 40, en Europe, des médecins, des scientifiques et des neurologues ainsi que des chercheurs avaient déjà évoqués une notion de ce type ?
    Ils imputaient aux juifs le fait qu’ils avaient un faciès et même la forme du cerveau différente de celle des autres êtres humains, afin de les stigmatiser et de justifier le rejet...

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    @Soufiane

    Tant que vous y êtes sortez nous alors Eugénisme, la sociologie Évolutionniste, et pourquoi le scientisme.

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    Bravo à Mr Tévanian. Nous en avons assez de ces avis autorisés qui viennent à la rescousse de comportements racistes, xénophobes et islamophobes pour leur donner un vernis intellectuel et ainsi conforter tous les Dupont Lajoie de France.

    Monsieur Cohen devrait se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps de pseudo scientifiques faisaient des études comme les siennes sur l’infériorité et l’étrangeté des juifs.

    Quant à Sofiane qui traite l’analyse de Mr Tévanian de démagogique sans finir de la lire, il devrait réfléchir au fait que la Burqua n’est qu’un épiphénomène et que la lutte est ailleurs.

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    je n’ai pas compris la thèse de l’auteur.
    Sous prétexte que les neurosciences auraient des conclusions désagréables pour certains musulmans, faudrait il que les musulmans abandonnent les sciences et la démarche scientifique ?

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    Pauvres mouches ! Avec Tévanian, et depuis longtemps, elles souffrent, et fort injustement....Qu’elles se rassurent : Dans quelques mois, la loi sera appliquée,et, comme celle sur le voile à l’école, ne suscitera plus aucun intérêt de la part de qui que ce soit.... sauf des névrosés proprement déments- comme, justement, Tévanian qui est l’un des seuls à continuer à en parler- ne craignant pas les combats d’arriére-garde qui n’intéressent plus personne. Courage, les mouches !

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    Bravo à Mr Tévanian. Nous en avons assez de ces avis autorisés qui viennent à la rescousse de comportements racistes, xénophobes et islamophobes pour leur donner un vernis intellectuel et ainsi conforter tous les Dupont Lajoie de France.

    Monsieur Cohen devrait se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps de pseudo scientifiques faisaient des études comme les siennes sur l’infériorité et l’étrangeté des juifs.

    Quant à Sofiane qui traite l’analyse de Mr Tévanian de démagogique sans finir de la lire, il devrait réfléchir au fait que la Burqua n’est qu’un épiphénomène et que la lutte est ailleurs.

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    Bonjour, salam,

    A Pierre Tévanian,

    j’avais lu cet article que j’ai trouvé débile ! n’accordons pas d’importance à la débilité humaine de certains voir de beaucoup qui ne savent plus quoi inventer pour tenter de "briller" un ptit chouia !

    limite gerbatif

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  •  Si le dévoilement de notre nature biologique est essentiel au maintien de relations sociales équilibrées, alors on conviendra qu’il n’y a pas que le visage qui exprime cette nature.
  •  Et si l’absence d’« informations » sur l’ identité, les émotions et les intentions d’une personne est biologiquement déstabilisante , au point de justifier qu’on interdise cette pratique, alors on attend que les échanges virtuels, à l’instar de ceux que nous avons ici ; soient très rapidement interdits.

    Deux points pour souligner combien est réductrice et dangereuse une approche purement biologique alors qu’une grande partie de l’échange humain repose sur la culture. La culture étant par "nature" un objet mouvant, complètement évolutif au gré des interactions.

    Quelle culture bâtissons nous aujourd’hui, par exemple, alors que nous entretenons de plus en plus d’échanges dans un espace virtuel où l’identification "biologique" est quasi absente ??

  • X
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    Sinon, rien avoir (quoi que..) je tenais à vous dire, Amazone, que j’ai plaisir à vous RE lire ici..

    Sincèrement, même si ma tête ne vous le confirmera pas !

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    Il est évident que nous sommes une espèce socialisée et que ne pas voir le visage de l’autre n’est pas une chose naturelle . Ceci conduit à la séparation, au cloisonnement. C’est exprimer sa volonté de ne pas entrer en contact avec l’Autre, homme extérieur à la famille, ou koufar. Passons sur les problèmes de santé que peut entraîner une non-exposition prolongée aux rayons « naturels » du soleil.

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    Cher Monsieur, merci pour cet article d’une rare intelligence. Il semble que, sans les études anthropomorphiques, les musulmans soient plus arriérés que la moyenne certaines contre-réactions suscitées par votre réflexion tendraient à le prouver. Mais bon, restons optimistes et continuons à en sourire plutôt que d’en vomir.

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    salam aleykoum,

    je m’adresse en particulier à ceux qui s’adressent à moi pour critiquer mon positionnement dans ce sujet : voici d’abord l’article complet de M.Cohen http://www.liberation.fr/societe/0101651553-burqa-ce-que-les-neuroscienc... (M.Tévanian a-t-il proposé ce lien dans son article ? je ne crois pas...). Ensuite, je vous propose de réfléchir sérieusement, et non pas à l’aune de la diatribe subjective de M.Tévanian, à cette conclusion très raisonnable de M.Cohen :

    Pour conclure, une autre réponse au port d’un masque pourrait être celle de la civilité, fluide vital de la vie commune. Quand un de mes semblables s’adresse à moi de sous un masque opaque, hors des usages communs, il me signifie le refus de sa confiance. Digne de voir mon visage, il ne me fait pas l’aumône du sien. Sans loi, sans violence, en vérité pour refuser la violence, je suis libre de tourner les talons.

    M.Cohen dit ici tout simplement, qu’au-delà d’une interdiction légale du port du voile intégral, un citoyen lambda peut tout bonnement refuser le dialogue avec une personne voilée pour cause de non-réciprocité de l’échange, en quoi cette affirmation est-elle raciste ?! Ce qu’il pointe là, c’est le risque de division sociale, d’inimitié entre citoyens, que pourrait causer le port du voile intégral. Et je le répète, cela n’est que du bon sens ! Le galimatias de M.Tévanian est quant à lui dangereusement démagogique.

    Soufiane

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    salam aleykoum,

    Hayat, vous soulignez un problème relatif au "monde virtuel" : effectivement, le manque de "chair" dans nos échanges pose problème, il y manque cette humanité incarnée qui fait tout le charme, la richesse et l’intérêt d’un véritable échange humain. Donc, votre 2ème argument plaide plutôt en faveur de la thèse de M.Cohen plutôt qu’il ne la contredit. Quant à votre 1er "argument", je vous invite vivement à lire "Totalité et Infini" et/ou "Ethique et Infini" (plus accessible) d’Emmanuel Lévinas qui a écrit des choses magnifiques sur l’importance du visage humain... comme par exemple que la vulnérabilité qu’exprime le visage d’autrui constitue un appel à ma responsabilité vis-à-vis de lui, qu’elle me commande d’en prendre soin, de ne pas le violenter... mon visage serait donc par là même l’expression même de mon humanité...

    Soufiane

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    "Tévanian qui est l’un des seuls à continuer à en parler- ne craignant pas les combats d’arriére-garde qui n’intéressent plus personne"

    C’est vrai que pour les gens comme vous Alex, exclure des filles de l’école, CA c’est un vrai combat avant gardiste et qui vaut la peine qu’on s’y investisse !!!

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    "comme par exemple que la vulnérabilité qu’exprime le visage d’autrui constitue un appel à ma responsabilité vis-à-vis de lui, qu’elle me commande d’en prendre soin, de ne pas le violenter... mon visage serait donc par là même l’expression même de mon humanité..."

    Faut-il en conclure qu’il est légitime de violenter et d’agresser quelqu’un simplement parce qu’il ne montre pas son visage ? Que le fait de dissimuler son visage lui ôterait toute humanité ?

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    Vraiment intéressant, je retire comme leçon : avant de soupçonner, essayons de comprendre, de dialoguer car nous ne cernons pas tout. Il y a des raisons que certains voient que d’autres ne voient pas. En gros, nous n’avons pas la sciences infuses. Cependant, on peut comprendre pourquoi des gens ont peur de la burqua car on ne sait pas à quoi s’attendre de la part de la femme en burqua. D’où la nécessité de dialoguer. Oumma a peut être une occasion, ici, de faire parler les femmes en burqua et de leur faire comprendre aussi pourquoi on a peur d’elles.

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    @Soufiane,

    Ne trouvez-vous pas dangereux de faire appel aux sciences pour légitimer une opinion politique ?

    Si on doit vivre dans société où la science décide des opinions, j’ai bien peur que...

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    Le fond de mon propos, Soufiane, était de souligner la dangerosité qui réside dans le fait d’utiliser des arguments d’ordre biologique pour valider/ invalider une norme sociale.

    Car si effectivement le corps, l’expression corporelle, est un facteur majeur de communication entre êtres humains, force est de constater que selon les cultures, la lecture et l’utilisation des "signes corporels" sont différentes.

    La thèse du Dr Cohen tend à utiliser l’argument biologique pour discriminer un comportement social (le port du voile intégral). Pourtant, ce comportement, s’il existe dans certaines sociétés humaines, c’est qu’il a sa validité, sa cohérence propre.

    Il est pernicieux de présenter la réaction qu’il peut susciter chez l’autre comme une réaction purement "biologique" alors qu’il s’agit en réalité de la confrontation entre deux modes de comportements, de cultures. Dire que le rejet de celle qui se voile est biologique, revient à dire que l’"autre" a un comportement non conforme à la nature humaine, qu’il est moins humain que moi, en sommes. La négation du potentiel de diversité propre à l’Homme.

    Et considérer un autre être humain comme moins humain que soi, on sait où cette folie peut mener...

    Ceci étant, merci pour le conseil de lecture que je prends avec plaisir.

    Salam.

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    Merci Pierre Tévanian ! C’est avec plaisir que l’on vous retrouve sur Oumma ! Et votre billet a ceci de délicieux qu’il a déja balayé d’avance les objections que l’on peut lire plus bas !

    Encore bravo pour cette brillante analyse !

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    @sofiane :

    Vous n’êtes peut-être pas d’accord avec Mr Tevanian mais admettons que des textes comme celui-ci ont le mérite de rendre les lecteurs plus vigilants.
    Si j’avais lu le texte de Laurent Cohen, je pense d’une part que je n’aurais pas été au bout (le thème du voile est sans cesse repris)et d’autre part qu’il ne m’aurait pas particulièrement alerté.
    Je remercie donc Mr Tevanian du temps qu’il consacre à nous éveiller, à nous inciter à la remise en question.
    Quant à vous Sofiane, j’ai trouvé votre intervention assez agressive pour quelqu’un qui donne des leçon de civisme et de partage...

    Saha ftorkoum

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    salam aleykoum,

    une personne anonyme m’écrit :

    "Faut-il en conclure qu’il est légitime de violenter et d’agresser quelqu’un simplement parce qu’il ne montre pas son visage ? Que le fait de dissimuler son visage lui ôterait toute humanité ?"

    D’où tirez-vous ces conséquences ? certainement pas de mes propos ! Le fait qu’une femme dissimule son visage ne lui enlève évidemment pas son humanité, mais la coupe à l’évidence d’un champ de relations sociales possibles, ne serait-ce que les échanges de sourires si importants, garant d’une humanité bienveillante...

    Amir, vous dîtes :

    "Ne trouvez-vous pas dangereux de faire appel aux sciences pour légitimer une opinion politique ?

    Si on doit vivre dans société où la science décide des opinions, j’ai bien peur que..."

    n’exagérons rien Amir ! ce neurologue inoffensif propose juste une lecture du problème de la burqa à l’aune de sa connaissance scientifique des expressions du visage humain et de leur interprétation cérébrale, mais aussi à partir de sa sensibilité de citoyen, je ne vois pas en lui un Docteur Mengele en puissance ! Et puis, sa science ne décide en rien pour nous, il propose sa propre vision dans un débat démocratique, n’est-ce pas l’essence même d’une démocratie de permettre ce genre de débat ?

    Hayat, vous dîtes :

    "Il est pernicieux de présenter la réaction qu’il peut susciter chez l’autre comme une réaction purement "biologique" alors qu’il s’agit en réalité de la confrontation entre deux modes de comportements, de cultures. Dire que le rejet de celle qui se voile est biologique, revient à dire que l’"autre" a un comportement non conforme à la nature humaine, qu’il est moins humain que moi, en sommes. La négation du potentiel de diversité propre à l’Homme.

    Et considérer un autre être humain comme moins humain que soi, on sait où cette folie peut mener..."

    je n’ai pas la même compréhension de l’article du Dr Cohen que vous Hayat. N’oublions pas qu’il est spécialiste du cerveau, que sa science consiste donc entre autres axes de recherches, à étudier les liens entre le cerveau et le reste du corps. Or ce neurologue ne fait qu’affirmer que la réciprocité du lien social repose en partie sur une interactivité des expressions du visages, lesquelles expressions sont interprétées via notre cerveau, je le cite :

    "Identité, regard, émotion, parole, beauté, attention et intention, sont déchiffrés sans relâche par notre machinerie cérébrale : impossible de ne voir dans le visage qui nous fait face qu’un objet de chair sans signification. Encore n’ai-je parlé que de la perception des visages, mais notre propre visage ne cesse de projeter en retour le même flot d’informations. Il y a là ce qu’on pourrait appeler une « confiance biologique », une activité cérébrale incessante qui fait que chacun se dévoile par son visage, et reçoit en retour ce que l’autre dévoile de lui-même, une confiance qui permet un échange social équilibré."

    Il ne faut donc pas détourner le sens de cette expression "confiance biologique" à des fins de polémique comme le fait M.Tévanian, mais plutôt essayer d’en comprendre l’intelligence. Que veut-il dire par "confiance biologique" ? ne veut-il pas dire tout simplement que les êtres humains "s’apprivoisent", entre en relation véritablement humaine, grâce aux diverses expressions de leur visage et de leurs interprétations respectives ? L’humanité n’est donc pas déniée à la personne voilant son visage, mais à la rigueur à la relation asymétrique entre une personne au visage voilé et une personne au visage non-voilé. Et encore, le Dr Cohen ne va pas jusqu’à cette conclusion il me semble. En revanche, il dit clairement qu’on peut refuser ce genre de relation asymétrique, déséquilibrée, parce qu’on se sent floué par cette asymétrie, ce déséquilibre. Je trouve cette conclusion très réaliste.

    Soufiane

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    salam aleykoum,

    Gazzouz, dans ce sujet, je n’ai fait preuve tout au plus que "d’agressivité rhétorique" si je puis dire, et sur ce mode de communication, M.Tavanian que vous admirez n’a rien à m’envier !! Mais son "agressivité" est sans doute plus légitime à vos yeux ! cherchez l’erreur !

    Et puis, il y a de saines colères... plus saines en tout cas qu’un message agressif se donnant l’apparence de la sagesse...

    saha ftorek !

    Soufiane

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    Très bon article Mr. Tévanian !

    Libre à Mr. Cohen de rejeter une relation qu’il estime asymétrique.

    Pour autant, sa démarche est dangeureuse dans la mesure où elle participe d’une entreprise d’exclusion du champ social des femmes ne se conformant pas à la norme. Quand la neuroscience se met au service d’une action politique, les pires dégats sont à craindre ...

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    "J’ai pris le parti, autant que possible, de sourire des prétentions bio-éthico-burqo-logiques" ...et sionistes.

    Sauf à espérer que la subtilité ne vous a point échappée M.Tevanian.

    N’en déplaise à Sofiane le pesteur devenu pour le coup grand inquisiteur auto-proclamé du paradoxe musulman (sic),j’ai pris le temps de lire cet article quoique parfois compliqué, assurément intéressant.

    L’"anneau de Gyges" par exemple ou l’expérience de pensée vaut par les desseins pernicieux de cette élite prétendument détentrice du savoir absolu dès lors qu’il ponde une théorie sulfureuse, elle(la bien-pensance)) se soustrait et disparait dans les dédales d’un incommensurable cortège d’ explications alambiquées.

    Freud et la psychanalyse par exemple.

    La simplicité pour ma part est mère de psychologie.

    L’éclairage biologique n’est-il pas altéré autrement que par un visage voilé mais par le vouvoiement également ?

    "je vouvoie donc je ne me dévoile pas"

    Alors pourquoi autant d’hypocrisie autour d’un bout de tissu ?

    M.tévanian,j’adhère et laisse à votre réponse qui dévoile toute la lumière de cette conclusion :

    "Si l’on résume les vingt-neuf paradoxes précédents**, ce ne sont ni la servitude volontaire ni l’aliénation ni l’enfermement ni l’incommodité physique ni la honte de soi ni le masquage du visage ni la dissimulation des cheveux qui posent problème – puisque tout cela est parfaitement toléré, voire encouragé, lorsqu’on reste dans un cadre « blanc et occidental ». Ce qui pose problème est, justement, le caractère « non-blanc » et « non-occidental » du hijab ou du niqab. Comment dès lors ne pas conclure sur un mot que, très paradoxalement, nous n’avons pas encore prononcé, un gros mot paradoxalement absent dans le « débat » officiel sur « la burqa » ? Un mot tout aussi interdit que le voile. Un mot qui pourtant résume assez bien cet amas de paradoxes, ce lâchage tous azimuts dans le deux poids deux mesures et ce blanco-centrisme. Un mot qui est bel et bien le dernier mot de toute cette histoire : le mot racisme.

    A Amazone dont je salue le retour.

    ** une bonne trentaine de sophismes et contradictions

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    "Et puis, sa science ne décide en rien pour nous, il propose sa propre vision dans un débat démocratique, n’est-ce pas l’essence même d’une démocratie de permettre ce genre de débat ?"

    Un véritable débat ne peut naître qu’à partir du moment où des avis contradictoires s’affrontent : la réponse que fait Mr. Tévanian alimente ce fameux débat démocratique. Comme vous le fait remarquer très pertinemment Gazzouz, la réponse de Tévanian propose un autre point de vue. Un peu comme plusieurs caméras de surveillance : Cohen filme un angle, mais Tévanian filme l’angle opposé.

    Contrairement à ce que vous affirmez, l’article de Tévanian est bien mené, sa démonstration rigoureuse et méthodique. Vous avez le droit de ne pas aimer le ton polémique, mais il faut accepter que l’article de Cohen ne fasse pas l’unanimité ...

    A vous entendre, quand Cohen parle, c’est le "débat nécessaire en démocratie" ; quand Tévanian contredit, c’est "galimatias" et "dangereuse démagogie".

    Pourquoi tant d’animosité contre un homme qui ne fait qu’apporter une perspective différente ?

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    salam aleykoum,

    Rachid Zani a écrit :

    N’en déplaise à Sofiane le pesteur devenu pour le coup grand inquisiteur auto-proclamé du paradoxe musulman (sic),j’ai pris le temps de lire cet article quoique parfois compliqué, assurément intéressant.

    Je ne vois pas de quoi vous parlez avec cette expression "grand inquisiteur du paradoxe musulman autoproclamé" ?! et je comprends encore moins le "sic" entre parenthèses ?!! j’ajoute que votre style ampoulé est un cache-misère, car la seule critique que vous apportez à l’article de M.Cohen, c’est de l’accuser de racisme, ce qui n’est ni plus ni moins que de la paranoïa ! y’en a plus que marre du couplet paranoïaque sur le complot sioniste contre l’islam !!! et c’est un musulman pratiquant qui vous le dit !!

    Saïd a écrit :

    Vous avez le droit de ne pas aimer le ton polémique, mais il faut accepter que l’article de Cohen ne fasse pas l’unanimité ...
    "A vous entendre, quand Cohen parle, c’est le "débat nécessaire en démocratie" ; quand Tévanian contredit, c’est "galimatias" et "dangereuse démagogie".

    Pourquoi tant d’animosité contre un homme qui ne fait qu’apporter une perspective différente ?"

    Mais j’accepte parfaitement que l’article de M.Cohen ne fasse pas l’unanimité, qu’est-ce que vous me racontez-là ?! Le fait que le texte de M.Tavanian soit un galimatias indigeste et démagogique ne l’exclut pas du champ du débat démocratique, bien au contraire, puisque c’est à partir de ce texte que le débat a été lancé ici !! Votre critique de ma critique est donc aussi creuse que le message de Rachid Zani. Faîtes donc un effort Messieurs pour élever le niveau du débat !! ça vole pas haut !!

    saha ftorkoum !

    Soufiane

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    "Votre critique de ma critique est donc aussi creuse que le message de Rachid Zani. Faîtes donc un effort Messieurs pour élever le niveau du débat !! ça vole pas haut !!"

    Oh Ho ! On s’énerve Sofiane ?

    Encore une fois, le débat ne naît que de la rencontre entre des opinions diverses. Cela dit, en tant que partie prenante de ce débat, vous êtes vous aussi responsable de la qualité de celui-ci : il vous incombe Sofiane de mettre en avant des éléments nouveaux. En ne faisant que vous répéter en boucle Soufiane , vous prenez une responsabilité évidente dans la pauvreté des échanges. Autrement dit, si « ça vole pas haut », c’est aussi de votre faute !

    Si mes creuses proses font « tomber le niveau », vos interventions - inutilement agressives et aucunement explicatives - ne le font pas remonter pour autant ...

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    salam aleykoum Saïd, vous avez l’art de noyer le débat ! vous n’avez fait que communiquer sur la communication et non pas argumenté en faveur ou contre l’article de M.Cohen, or personnellement, je me suis engagé en faveur de cet article et contre l’article de M.Tavanian, avec quelques arguments il me semble. Continuez donc à brasser du vent, j’ai mieux à faire personnellement...

    Soufiane

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    "vous n’avez fait que communiquer sur la communication et non pas argumenté en faveur ou contre l’article de M.Cohen, or personnellement, je me suis engagé en faveur de cet article et contre l’article de M.Tavanian, avec quelques arguments il me semble."

    Ha ! Ha ! ha ! Comme c’est marrant venant de vous !

    J’ai lu tous vos commentaires et une chose ressort clairement : vous ne démontrez à aucun moment jusque dans quelle mesure les arguments employés par Tévanian sont faux. Vous reprochez à Tévanian son mode de communication (le ton polémique) mais vous ne vous donnez pas la peine d’invalider vraiment son argumentaire. Vous taxez son propos de "galimatias" ou de "démagogie" mais vous ne le prouvez pas pour autant. Affirmer est une chose, démontrer en est une autre : vous ne réfutez aucunement le propos adverse, que par ailleurs, vous n’avez même pas pris le temps d’examiner sérieusement. En effet, vous l’avouez vous-même :

    "je ne suis pas allé au bout de votre texte indigeste et démagogue..."

    Autre chose ressort clairement de votre prose : vous n’amenez rien de nouveau. En effet, j’ai lu l’article initial de Cohen (qui n’était pas si mauvais que ça d’ailleurs !) et il se trouve que tous vos "arguments" ne font que redire autrement ce qui était déja dit dans l’article initial. D’ailleurs, vous ne vous êtes pas gêné pour faire ici des Copier/Coller. Ce qui est votre droit le plus strict. Seulement je vous serais particulièrement reconnaissant de bien vouloir m’épargner la leçon sur le "débat argumenté", vous qui ne faites que paraphraser

    Enfin, je rejette l’idée qu’il faille être "en faveur ou contre" : je pense que Cohen a dit des choses intéressantes mais que Tévanian apporte un éclairage certain.

    X
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    La peau du visage est celle qui reste la plus nue, la plus dénuée. La plus nue, bien que d’une nudité décente. La plus dénuée aussi : il y a dans le visage une pauvreté essentielle. La preuve en est qu’on essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance. Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps le visage est ce qui nous interdit de tuer.

    Lévinas

    Commentaire : un tueur ne peut pas soutenir le regard de celui ou celle qu’il va tuer et celui qui va être tué ne peut pas regarder (le regard...) du tueur

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    Quelle que soit sa contenance, le visage de l’Autre expose à mon regard la plus extrême faiblesse présentée dans toute sa nudité. Il éveille en moi le désir de meurtre, et à la fois, « est ce qui nous interdit de tuer ». J’ai le désir d’anéantir cette vulnérabilité dans laquelle je me reconnais et en même temps le devoir de la protéger. L’« épiphanie » d’autrui, dans son visage, engage immédiatement ma responsabilité. Aussitôt que l’autre me regarde, il m’incombe d’assumer sa faiblesse, sa fragilité et sa vulnérabilité. La relation qui s’établit, « constitue le fait originel de la fraternité » et engage ma liberté. « Je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie. La réciproque c’est son affaire ». Dans ma relation à autrui l’éthique se doit d’être élevée au niveau d’un absolu qui règle mon existence avec une rigueur inébranlable.

    Lévinas

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    « Je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie. La réciproque c’est son affaire ». Dans ma relation à autrui l’éthique se doit d’être élevée au niveau d’un absolu qui règle mon existence avec une rigueur inébranlable

    Levinas.

    Humainement,moralement, ça a quand même une autre teneur que le "je suis libre de tourner les talons"....

    Au delà des différents "masques" que nous utilisons tous pour nous protéger,tromper, mettre des barrières, séduire, dominer....L’humanité est liée par l’Unité. N’est ce pas la conscience de cette Unité que nous sommes appelés à cultiver lorsque le Coran nous dit :

    "C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes."

    s.5, v.32 La table servie (Al-Maidah)

    X
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    Mahmoud Darwich :

    La loi de la peur

    L’assassin regarde sans remords le fantôme de la victime, non ses yeux. Il dit à ceux qui l’entourent : Ne me blâmez pas, j’ai peur. J’ai tué parce que j’ai peur et je tuerai encore. Certains spectateurs entraînés à préférer l’analyse psychologique aux fondements de la justice disent : Il ne fait que se défendre. D’autres, admiratifs de la supériorité du progrès sur l’éthique, disent : La justice n’est que ce qui déborde de la générosité de la force. A la victime de s’excuser auprès de son assassin du traumatisme qu’elle lui a causé ! D’autres encore, spécialistes de la distinction entre le réel et la vie, disent : Si un tel incident banal était survenu ailleurs que sur cette Terre sainte, la victime aurait-elle acquis nom et célébrité ? Allons donc réconforter celui qui a peur. Et, alors qu’ils partent en procession de sympathie avec le tueur apeuré, des touristes étrangers passant par là leur demandent : Mais quelle est la faute de l’enfant ? Ils leur répondent : Il grandira et fera peur au fils de l’assassin. Quelle est la faute de la femme ? Ils répondent : Elle enfantera une mémoire. Quelle est la faute de l’arbre ? Et ils disent : Un oiseau vert en sortira. Puis ils se mettent à scander : La peur, non la justice, est le fondement du royaume. Le fantôme de la victime leur apparaît alors dans un ciel limpide, ils lui tirent dessus et, ne voyant pas une goutte de sang couler …, ils prennent peur !

    Cela a peu à voir avec le texte de mr Tévanian, mais j’aimerais volontiers vous faire partager quelques pensées de Mahmoud Darwish, un des plus grands poètes arabes engagés, natif de la Galilée.(Palestine)

    Il y a parmi certains scientifiques, des hommes qui utilisent des mensonges pour dire la vérité. Le plus grand danger qui guette la science c’est d’être idéologisée et politisée.

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    "Le plus grand danger qui guette la science c’est d’être idéologisée et politisée."

    Bien dit Djamel. Merci pour la très belle citation de Darwish : quand on veut maquiller un crime ou une injustice avec des arguments scientifiques dévoyés, le pire est en effet à craindre ...

    Cohen a dit des choses très justes sur le plan scientifique mais il ne faut pas que cette vérité scientifique légitime une action politique visant à exclure certaines femmes de la société : restons vigilants.

    X
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    j’ai posté un message hier mais il n’a pas été publié et ce n’est pas la première fois. c’est pourtant un message tout à fait modéré qui concerne l’aspect méthodologique de l’article, qui fait comme vous le savez, partie intégrante de sa compréhension. ou alors donnez les raisons de ce refus inexplicable, ainsi les lecteurs pourront savoir à quoi s’en tenir car il y a une grande opacité dans les refus de validation. Une charte serait la bienvenue. il y va de la crédibilité du site.

    Anwar

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    salam aleykoum,

    j’ai relu, jusqu’au bout cette fois-ci, l’article de M.Tévanian, et ce qui ressort pour moi de cette autre lecture, c’est surtout que cet agrégé de philosophie perçoit les femmes voilées intégralement comme de pauvres victimes innocentes d’une campagne médiatique raciste. Cette position (pour ne pas dire cette pose…) est déjà en elle-même très pauvre, mais elle est au fondement du démagogisme de M.Tévanian adressé à une frange de la communauté musulmane française qui aime ce genre de discours victimaire (c’est tellement mieux d’être du côté des victimes !)... Dès le début de son article, il use d’un pseudo-argument évidemment manipulatoire : il évoque en effet la « crâniologie » de Broca et les théories racistes qu’elle a nourries pour nous conditionner à penser d’emblée que l’article de M.Cohen qu’il s’apprête à décortiquer appartient au même champ pseudo-scientifique (la ficelle est énorme, mais apparemment, pour beaucoup de lecteurs ici, elle est passée sans problème !). Ce procédé est pervers, car sous couvert d’objectivité, il tend à invalider d’emblée l’argumentation de M.Cohen en l’associant aux pires théories racistes pseudo-scientifiques du 19ème siècle… Le texte de M.Tévanian se termine par un plaidoyer pour la tolérance vis-à-vis des femmes voilées intégralement, et on comprend donc, que c’est la position éthique qu’il adopte. Soit ! Il est libre, nous sommes en démocratie, mais pourquoi alors tant de haine contre ceux qui n’adoptent pas la même position que lui ? Pourquoi diaboliser comme il le fait des personnes qui considèrent que le voile intégral en France peut être un facteur de trouble social ? Quel intérêt a-t-il à diaboliser ainsi ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ? « Qui fait l’ange, fait la bête » disait Pascal… Sans doute que M.Tévanian aime à penser qu’il est du côté des bons, que "les méchants, c’est pas nous" comme le chantait Renaud/Renard qu’il affectionne... mais ce manichéisme n’est-il pas quelque peu infantile ?

    Soufiane

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    Le milieu mondain moderne repose très largement sur la coordination des participants dans une architecture dévolue à la circulation. En son sein nous n’avons ordinairement accès qu’à une petite quantité de visages à un instant "t". De plus la socialité qui est appropriée à ce milieu, ne repose pas sur une attention portée aux indices faciaux mais sur l’ajustement au plus près, de soi avec la conduite d’autrui. Ajoutons à cela qu’il peut nous suffire de quelques minutes pour croiser une bonne centaine de personnes, chacune coopérant et réalisant la conduite de ces affaires personnelles.
    A mon sens la seule chose qui justifierait une interdiction des burkas dans nos rues, serait l’existence avérée de risque "d’accident de burka" dans des circonstances normales de civilité urbaine (c’est à dire de circulation)

    Pour ma part, je ne vois pas où l’article de Mr Tevanian est démagogique, je le trouve au contraire bien argumenté. Quand à savoir si les femmes qui porte une burka sont victimes d’injustice dans le contexte de ce débat, personnellement je le pense.