Mauvais Orient, mauvais Occident

Alors qu’il est question de justice, l’accent est aujourd’hui mis sur des questions vestimentaires. Certes dénoncer l’islamophobie, d’une part, et l’intégrisme, d’autre part, ce n’est pas négligeable tant la méconnaissance, les amalgames et la stigmatisation ont fait des ravages comme diversion. Comment comprendre qu’actuellement des médias et des hommes politiques français au lieu de s’occuper des soucis de leurs concitoyens débattent, de la tenue obscurantiste et rarissime en Europe et en Méditerranée, de la « burqua », qui n’a rien à voir avec l’islam, et disent vouloir aider les musulmans à marcher vers la lumière, c’est ubuesque.

Sur le plan international, les conséquences de cinq événements marquent l’actualité brûlante : la guerre criminelle d’Israël contre Gaza, que les puissants de ce monde ont laissés faire, l’arrivée au pouvoir d’une droite voyou au gouvernement israélien, la reconduction contestée du président iranien, à la politique radicale et provocatrice et l’arrivée d’Obama avec son discours du Caire.

Que peut-on dire pour l’avenir et déchiffrer ce nouveau visage des USA, qui se présente comme Janus, à double figure ? Il y a de quoi être inquiet, avec en plus un contexte de faillite des régimes arabes, de recul du droit et de convulsions du libéralisme sauvage. Le citoyen musulman, du monde entier, demande aux décideurs occidentaux d’être juste.

Pathétique diversion

Alors qu’il est question de justice, l’accent est aujourd’hui mis sur des questions vestimentaires. Certes dénoncer l’islamophobie, d’une part, et l’intégrisme, d’autre part, ce n’est pas négligeable tant la méconnaissance, les amalgames et la stigmatisation ont fait des ravages comme diversion. Comment comprendre qu’actuellement des médias et des hommes politiques français au lieu de s’occuper des soucis de leurs concitoyens débattent, de la tenue obscurantiste et rarissime en Europe et en Méditerranée, de la « burqua », qui n’a rien à voir avec l’islam, et disent vouloir aider les musulmans à marcher vers la lumière, c’est ubuesque.

La diversion cousue de fil blanc est pathétique, tragico-comique. Les médias fixent le plus souvent leur caméra sur des déviants, donnent le plus souvent la parole aux pyromanes, à ceux qui posent les faux problèmes, et à ceux qui se flagellent et dénigrent leur origine. Les donneurs de leçons sont pathétiques avec ce fond de commerce.

Obama et l’Occident seront jugés sur la question politique du droit du peuple palestinien à vivre libre et indépendant. Les palestiniens, et derrière eux l’opinion publique internationale, refusent de rester colonisés, asservis, opprimés et promis à un bantoustan sans réelle souveraineté. Sans le règlement de cette question vitale la mondialisation de l’insécurité va s’aggraver et l’horizon restera fermé. Ce n’est pas les régimes arabes sans bases, et corrompus qui vont régler la question de la stabilité.

De la question palestinienne dépend l’avenir de la démocratie dans le monde, tous les peuples sont concernés. Comme hier durant la deuxième mondiale au sujet des juifs victimes de l’innommable, aujourd’hui Nous sommes tous palestiniens est le mot d’ordre secret ou déclaré de centaines de millions de citoyens à travers le monde, y compris des juifs et des israéliens. Cela inquiète nombres d’officines étrangères. Les peuples ne sont pas dupes, ils voient bien qui colonise, réprime, bafoue le droit, la liberté et la dignité des gens, même si en même temps ils condamnent aussi les réactions aveugles. Le discours du président américain, Barack Obama est paradoxal.

Il redonne apparemment de l’espoir, mais ses limites, ses non –dits et ses contradictions sont hautement significatifs de la difficulté à changer la situation. Il suffit de voir comment le premier ministre israélien se moque du monde dans son dernier discours en posant cyniquement des conditions humiliantes et impossibles, comment le MAE israélien extrémiste est reçu à Washington et la manière dont la secrétaire d’Etat Clinton ménage « l’allié privilégié ». Le mutisme, encore une fois, et plus encore la complicité et la duplicité d’occidentaux face à l’arrogance des décideurs israéliens désespèrent les plus patients, qui savent qu’à terme tout le monde sera perdant. Qui en prendra conscience ?

La mondialisation de l’insécurité

Un début d’espérance, le discours du Caire, comme nous l’avons déjà souligné, montre que le président américain actuel et son équipe ont compris que l’islamophobie est contre productive et participe à la mondialisation de l’insécurité. Mais ils ne semblent pas avoir compris que ce qui est revendiqué est la justice. Ils ne tirent pas la conclusion que les causes de l’insécurité sont les injustices. La réaction aveugle est injustifiable, mais il faut en cerner les causes. La colonisation féroce en Palestine, on ne le répétera jamais assez, transforme le monde en poudrière. Même si tout est lié, Obama, dans une démarche qui apparaît de diversion, en insistant sur la religion dilue la question centrale, celle de l’occupation de la Palestine.

Sur un discours de plusieurs milliers de mot deux phrases en 19 mots liquident la question de la guerre de Gaza, qui a fait 1300 morts dont la majorité des femmes et des enfants. L’impression première à la lecture du discours est celle de l’équilibre entre juifs et palestiniens, mais à bien lire on découvre une politique pernicieuse : Obama envoie un message pour rassurer les israéliens, il ne condamne jamais la colonisation exponentielle et les violences qu’ils commettent à ciel ouvert. A peine s’ils les regrettent, alors que le droit international est irréfragable.

Il faut rester vigilants, plus que jamais, car sur le fond rien n’a encore changé. Certes, sur la forme, c’est une ouverture qu’il ne faut pas rater. D’autant que, si sur le fond c’est un mensonge grossier qui court, la vérité, à l’épreuve des faits, le rattrapera vite. On doit contribuer à favoriser le changement vers la démocratisation des relations internationales et la logique du choc en celle de la symbiose, si on arrive à changer de l’intérieur.

Apparemment, ce n’est pas le cas, d’autant que le régime voyou d’Israël et obscur d’Iran, qui s’alimentent, risquent de précipiter le monde vers l’irréparable. Le quotidien israélien Haaretz du 14 juin, explique que la victoire d’Ahmadinejad est ce qu’il y a de mieux pour Israël. Les mots aimables, les soporifiques, la désinformation, et les actions de publiques relations occidentales en direction du monde musulman, commencent à trouver leurs limites. Faute de règlement définitif et juste de la question palestinienne, et partant du rapport entre le Nord et le Sud, une guerre de mille ans, se profile entre un mauvais Orient et un mauvais Occident. Inutile de se voiler la face.

Plus dure sera la chute

Depuis des décennies, les êtres de bonne volonté tentent de réfuter la propagande de la confrontation nuisible pour tous, de bâtir des ponts, de dialoguer, de retrouver l’amitié judéo-arabe et islamo-chrétienne et de rappeler qu’il n’ y a pas de paix sans justice, mais l’aveuglement des décideurs israéliens, des puissants de ce monde et des extrémistes de tous bords ruinent l’humanité actuelle. Il faut choisir : le droit à l’autodétermination des palestiniens ou le chaos. Les USA et l’Europe assument une lourde responsabilité.

Si Barak Obama et les européens ne font que du « cinéma » pour tenter de calmer le monde musulman et asseoir l’hégémonie américano sioniste, l’avenir est sombre. Si par contre, dans l’intérêt général, comme il l’a souligné au Caire, ils font vraiment pression sur les israéliens pour stopper les colonies et démanteler celles qui gangrènent les territoires palestiniens, le monde pourra réinventer une nouvelle civilisation. A cette condition aussi, les extrémistes de tous bords verront leur fond de commerce se tarir, et le régime iranien se retrouvera sans prétexte.

Ce qui s’est passé en Iran, peuple à la civilisation plurimillénaire, avec cette protesta populaire, qui a obligé Khamenei le « guide de leur « révolution » à monter au créneau, montre que les fissures sont profondes et que tout n’est pas perdu dans le monde musulman qui n’a pas tiré la leçon de la fin tragique du régime irakien et de son chef. La plupart des régimes arabo-musulmans sont coupés de leur peuple.

Leurs relais sont artificiels, ou fondés sur la répression. Le moindre mal pour ces pays serait une sorte de despotisme éclairé, dans l’attente d’une culture de la démocratie. Mais même ce « despotisme éclairé » n’existe pas, car les potentats refusent tout changement, marginalisent les élites, ne dialoguent pas et règnent par la violence, en méprisant toutes les formes d’intelligence. Plus dure sera la chute. Il faut élever la voix, l’avenir appartient aux justes.

 

Philosophe, professeur des Universités, lauréat 2013 du prix UNESCO du dialogue des cultures, directeur scientifique du Master en Etudes Arabes et Islamiques de la UOC, auteur de nombreux ouvrages, dont « Le principe du juste milieu » édition Albouraq Paris 2014.

commentaires