Marxisme et (anti)colonialisme

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mercredi 27 juillet 2005

Marxisme et (anti)colonialisme

 

En réponse à l’article La LCR veut récupérer la mémoire des « indigènes », de Youssef Girard

Je ne reprendrai pas tous les arguments développés dans ce texte [1], notamment parce que, en tant que signataire de l’appel des Indigènes, j’en partage un certain nombre. Il faut d’ailleurs souligner que l’auteur consacre un long article à disséquer les positions de la LCR sans noter qu’un certain nombre de ses militant-e-s se sont engagé-e-s, dès le début, dans la construction de la mobilisation contre la loi sur le voile et des collectifs une école pour tou-te-s, puis dans la mobilisation des « indigènes » [2].

Je voudrais mettre l’accent sur ce qui me semble l’argument principal du texte, à travers la critique de la LCR : les luttes des personnes issues de la colonisation n’auraient, selon Youssef Girard, rien à voir avec les autres combats pour l’émancipation, et notamment ceux qui se se livrent dans le monde du travail. Toute effort dans le sens de relier les luttes, d’unir les opprimé-e-s et les exploité-e-s serait, au mieux, une tentative de récupération, au pire, un réflexe colonial.

Qu’on s’entende : il est incontestable que les organisations du mouvement ouvrier français se sont souvent illustrées, au nom des valeurs républicaines, par un soutien servile à la bourgeoisie et à l’Etat colonial. La plupart des députés de gauche, ceux du Parti communiste compris, ont voté les pouvoirs spéciaux à l’administration coloniale et à l’armée en Algérie en 1956, sous le gouvernement du « socialiste » Guy Mollet. C’est un gouvernement de gauche, sous Mitterand, qui a conduit la participation française à la première guerre du Golfe, puis qui a cautionné le génocide rwandais. Malgré ses promesses, la gauche a pouvoir n’a pas accordé le droit de vote aux immigrés, pas régularisé les sans-papiers, et a souvent envoyé la police contre les jeunes des quartiers. Il est indéniable que le racisme imprègne le mouvement ouvrier, et pas seulement ses directions, en tant que pilier de l’idéologie dominante. Et que la gauche a parfois utilisé l’argument de « l’unité de la classe ouvrière », du « refus des divisions » pour ne pas soutenir des luttes spécifiques. Dans ce sens, toute politique qui subordonne la lutte contre le colonialisme et le racisme à la participation des organisations dominantes du mouvement ouvrier implique de ne pas mener ces combats dans les faits.

Pour autant, doit-on renoncer à gagner le mouvement ouvrier français et européen à ces combats ? Pourra-t-on en finir avec le racisme et le colonialisme sans construire l’unité de tou-te-s ceux et celles qui ne profitent pas de ce système ? Et le marxisme, n’est-il qu’une idéologie eurocentrée de justification du colonialisme ?

Une opposition « Nord/Sud » ?

Y.G. cite Franz Fanon à propos des masses européennes, qui « se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maitres communs. » Cependant, l’ensemble du passage d’où est extraite la citation ne dit pas simplement cela : 

« Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l’homme dans le monde, l’homme total, se fera avec l’aide décisive des masses européennes qui, il faut qu’elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maîtres communs. Pour cela, il faudrait d’abord que les masses européennes décident de se réveiller, secouent leurs cerveaux et cessent de jouer au jeu irresponsable de la Belle au bois dormant [3] »

Cette aide « décisive » peut se mesurer, par défaut, à l’aune du bilan des indépendances nationales gagnées par les peuples anciennement colonisés. Les nouveaux Etats n’ont pas pu s’extraire du cadre général des rapports de domination à l’échelle internationale, et leurs leaders se sont soit fait assassiner ou renverser rapidement (Lumumba, Ben Bella...), soit ils se sont adaptés à l’environnement impérialiste (la majorité). Même si ce fait n’est pas l’unique raison de l’échec des indépendances, on pourra difficilement concevoir une décolonisation réelle et totale tant que les anciennes métropoles et les principales puissances d’aujourd’hui seront dirigées par « nos maîtres communs », tant que Total, Bouygues, Halliburton et les autres pourront faire la loi un peu partout avec l’appui de leurs Etats.

La récente grève des salariés de Total illustre ce point de vue : il existe un conflit d’intérêts entre la direction de ces groupes et ceux qui font tourner les machines, et les grèves dans ces secteurs ont une réelle capacité de nuisance. Ce ne sont pas des raisons morales qui pousseront à une implication des travailleurs dans le combat anti-impérialiste, mais un intérêt commun que seul le déclenchement des luttes peut révéler à une échelle de masse.

Par exemple, durant la guerre civile espagnole, c’est à partir du Maroc colonisé que Franco a pu organiser son armée en juillet 1936 pour affronter la République et le mouvement ouvrier. Les troupes coloniales marocaines seront ses troupes de choc. Dans ce contexte, le soutien à l’indépendance marocaine était crucial pour saper les bases arrières du franquisme, comme le revendiquait les courants révolutionnaires à l’époque. Cependant, « craignant la révolution plus que Franco, le gouvernement [de Front Populaire, rassemblant la gauche modérée] avait rejeté tout projet (y compris celui d’Abd El Krim et d’autres Maures) de provoquer la révolution au Maroc par une déclaration d’indépendance [4]. » Pour convaincre les taborg marocains qu’ils renforçaient le colonialisme en massacrant les ouvriers insurgés, et qu’ils avaient au contraire intérêt à s’y rallier, malgré les préjugés réciproques, il fallait être prêt à remettre en cause la domination coloniale.

Cette situation n’est pas isolée, la classe dirigeante a souvent utilisé des groupes opprimés en tant que briseurs de grèves, utilisant la précarité des uns et renforçant le racisme des autres [5]. Un autre exemple montre que ces divisions ne sont pas inéluctables. Il s’agit du récit de l’échec de la marche de Kornilov sur Pétrograd insurgée, en août 1917. Le fer de lance de l’armée du général cosaque est la division "sauvage", composée de montagnards Turkmènes venus du Caucase. De l’issue de la confrontation dépend l’avenir de la révolution russe.

"A la rencontre de la division "sauvage" fut envoyée une délégation musulmane à laquelle on intégra des autorités indigènes qui s’étaient aussitôt manifestées, en commençant par le petit-fils de l’illustre Chamil, qui avait héroïquement défendu le Caucase contre le tsarisme. Les montagnards ne permirent pas à leurs officiers d’arrêter la délégation : c’eût été en contradiction avec les coutumes séculaires de l’hospitalité. Les pourparlers s’ouvrirent et devinrent, du coup, le commencement de la fin.(...) Sur le wagon de l’état-major de la division "sauvage", les soldats plantèrent le drapeau rouge avec cette inscription : "La Terre et la Liberté" [6].

Nous reviendrons sur la politique anticoloniale des bolcheviks, que Y.G. ne porte visiblement pas dans son coeur

 

 

 

  •  peut-être par méconnaissance ? L’important pour le moment est de montrer que ni les colonisés ni les colonisateurs ne forment un bloc homogène, et qu’il est possible et nécessaire d’unir les éléments des deux groupes qui ont intérêt au changement. Cela suppose que des militant-e-s, dans les deux groupes, travaillent à faire émerger les oppositions de classe. Il faudra bien réussir à détacher les salariés de l’idéologie qui les lie à « nos maîtres communs », les gagner à une perspective anti-impérialiste, pour venir à bout de la domination. Dire cela ne signifie pas qu’il faille simplement attendre ce moment, ni s’abstenir de soutenir les mouvements de libération nationale. Mais cette réalité implique qu’aucun projet d’émancipation sérieux ne pourra pas voir le jour sans construire une unité entre les mouvements ouvriers des pays dominants et les peuples opprimés du Sud.

    Marx, Engels et le colonialisme

    Là encore, Y.G. propose une version unilatérale des textes sur lesquels il s’appuie. Il rappelle à juste titre la soumission de Marx et d’Engels aux préjugés orientalistes de leur époque. Leur vision est souvent articulée autour de l’opposition entre la « civilisation » et la « sauvagerie ». Leurs textes ne sont pas des bibles, et il est bienvenue de les dépoussiérer sur cette question comme sur d’autres, comme sur l’homophobie par exemple. Cependant il faut noter qu’une différence de taille les sépare de la position des colons et des patrons européens : le but de l’entreprise coloniale est l’asservissement des peuples, l’objectif de ces théoriciens est l’émancipation sociale par « les travailleurs eux-mêmes ». Cela signifie que leurs idées peuvent évoluer, au contact des luttes et de la réalité. Alors qu’Engels se réjouit effectivement de la victoire de l’armée française sur l’émir Abd-el-Kader en décembre 1847, et que Marx parle du caractère « régénérateur » de la colonisation de l’Inde en 1853, ils commencent par la suite à réviser leur position.

    De même que ce sont les grèves des ouvriers anglais qui ont fait de Marx et Engels des communistes, c’est la résistance des peuples qui les ont amené à l’anticolonialisme. En 1858, la révolte des Cipayes, en Inde, marque un tournant décisif : alors que toute la presse européenne se lamente sur les tueries dont sont victimes les Européens et sur la sauvagerie des révoltés, seuls Marx et Engels prennent leur défense, montrent qu’il s’agit d’une lutte pour la liberté et que l’origine de la sauvagerie vient des colonialistes. Ils ne se départiront plus de cette position, en soutenant les révoltes en Inde et en Chine, puis en se confrontant à l’expérience des luttes de la paysannerie russe. Vers la fin de sa vie, Marx prendra ses distances avec la « théorie historico-philosophique qui s’imposerait fatalement sur tous les peuples », avec l’idée, héritée de Hegel et de la philosophie idéaliste, d’un Progrès absolu dans l’histoire qui s’incarnerait dans le développement des sociétés occidentales. [7]

    Le cadre de son analyse, si on en extirpe les déformations orientalistes, reste à mon avis valide : le capitalisme, en se développant, pose les bases de son renversement en même temps qu’il séme la misère et le chaos. Autant les insurrections paysannes qui ont rythmé l’histoire des colonies, de l’Algérie à l’Indochine, ont été écrasées dans le sang par les armées mieux équipées envoyées par les métropoles, autant la modernisation progressive des sociétés colonisées donne des armes aux peuples pour mettre dehors les colons.

    « Tout ce que la bourgeoisie anglaise sera obligée de faire en Inde n’émancipera la masse du peuple ni n’améliorera substanciellement sa condition sociale, car ceci dépend non seulement du développement des forces productives, mais aussi de leur appropriation par le peuple. Mais ce qu’elle ne manquera pas de faire, c’est de créer les conditions matérielles pour les deux. La bourgeoisie a-t-elle jamais fait plus ? A-t-elle jamais effectué un progrès sans traîner les individus et les peuples à travers le sang et la boue, à travers la misère et la dégradation ?Les Indiens ne récolteront pas les fruits des éléments de la nouvelle société semés de-ci de-là parmi eux par la bourgeoisie anglaise, jusqu’à ce qu’en Angleterre elle-même les classes dominantes n’aient été supplantées par le prolétariat industriel, ou que les Hindous eux-mêmes ne soient devenus assez forts pour rejeter définitivement le joug anglais. [8] »

    Marx ne connaissait les populations des pays colonisés que par les récits des voyageurs, ethnologues..., et en reprenait certains clichés orientalistes et racistes. Alors que beaucoup de marxistes ont occulté cet aspect de sa pensée, ou, pire, s’en sont inspiré, il est indispensable de critiquer et de dépasser ce point de vue. Cependant son projet restait tourné vers l’émancipation des peuples. Et force est de constater que son analyse du capitalisme, comme système poussé à s’étendre sur toute la planète et à favoriser la création d’une classe ouvrière mondiale capable de le renverser, est confirmée par l’histoire du vingtième siècle [9].

    Nous n’avons plus d’illusions à avoir sur le rôle « progressiste » de l’expansion des multinationales et des armées impérialistes aux quatre coins du globe, mais nous pouvons nous appuyer sur le potentiel d’un mouvement ouvrier présent dans de nombreux pays anciennement colonisés comme l’Inde, la Chine, la Corée du Sud, le Brésil, le Venezuela, l’Egypte, le Nigéria... où des luttes populaires et ouvrières radicales ont éclaté ces dernières années.

    Le succès de Forums sociaux mondiaux comme celui de Mumbaï en janvier 2004, les journées internationales contre la guerre comme celles qui ont précédé l’invasion de l’Irak en février 2003, représentent un point d’appui crucial pour unir les peuples et les mouvements ouvriers dans leur diversité dans une lutte commune. Il se dessine dans ces combats un nouvel espace politique pour reformuler un projet marxiste et internationaliste qui ne soit pas eurocentré.

    Un colonialisme des soviets ?

    La révolution de 1917 en Russie, contrairement à ce qu’avance Y.G., donne une idée de ce que peut-être une politique anticoloniale reliant l’émancipation des peuples opprimés et la perspective du socialisme. L’empire tsariste était une « prison des peuples », où les Russes ne représentaient que 43 % de la population mais étaient présents, en tant que colons, dans toutes les régions annexées. Ils dominaient les administrations, bénéficiaient des postes les mieux payés, imposaient leur langue sur l’immense territoire allant de l’Ukraine à l’Asie Centrale. 

    La Déclaration des droits du gouvernement issu de la révolution d’Octobre invite chaque nation de Russie à « décider indépendamment, lors de son Congrès souverain des Soviets, la participation ou non, et sur quelle base », au gouvernement fédéral. La constitution adoptée en juillet 1918 permet aux soviets locaux « qui se distinguent par un mode de vie et une composition nationale particulière » de s’unir et de choisir, ou non, d’entrer dans la nouvelle république fédérale, socialiste et soviétique de Russie. Entre 1917 et 1923, 17 régions autonomes et républiques se constituent au sein de la fédération russe, et cinq républiques indépendantes d’elle [10].

    Ces faits contredisent ce qu’avance Y.G. dans son article :

    « Le parti Bolchevik, quand il est arrivé au pouvoir en 1917, a-t-il accordé l’indépendance aux territoires conquis par les Tsars ? Evidement non. L’anticolonialisme des Lénine et autres Trotski n’était qu’un produit d’exportation pour déstabiliser les puissances Occidentales rivales. Les nationalistes des pays colonisés, un temps soutenu, n’étaient que les “idiots utiles” à la “révolution prolétarienne”. Dans l’Empire russe, Trotski à la tête de l’armée rouge, tel Bugeaud, ne s’est jamais privé de mater les “contre-révolutionnaires” Tatares et de raser leurs mosquées, signe ostentatoire de leurs mentalités archaïques. Les Tatares, les Tchétchènes, les Ouzbeks et autres Tadjiks savent bien que la colonisation au nom du Capital n’est pas une domination impérialiste mais un acte émancipateur ! »

    Ils semble qu’ Y.G. entretienne ici la confusion répandue entre ce qu’ont été les premières années qui ont suivi la prise de pouvoir par les soviets en Russie, et la victoire du stalinisme au cours des années 1920, pour aboutir à la sanglante dictature de la bureaucratie « au nom du Capital. » Pourtant, sur la question coloniale comme sur d’autres, on peut opposer point par point la politique de Staline avec celle des bocheviks du début des années 1920, sous la direction de Lénine et de Trotsky [11]. L’historien tchétchène Abdurhman Avtorkhanov compare « le génocide de Staline et Jdanov » contre les nations musulmanes du Caucase dans années 1940 avec « la politique plus prudente et flexible » poursuivie par les bolcheviks dans la période 1921-1928, qui « était une période de paix politique maximale, d’harmonie entre les différentes nations du Caucase et de popularité du gouvernement des soviets. (...) Tout était fait pour renforcer la conviction des populations du Nord Caucase qu’elles avaient réellement réalisé leur indépendance si longuement désirée. »

    La politique des nationalités dans la fédération russe était décidée et mise en oeuvre par des nationalistes non-russes, au sein d’un Commissariat des peuples aux affaires nationales (Narkomnats en russe). Un grand nombre des organisations et des leaders nationalistes d’Asie Centrale furent gagnés au communisme ou décidèrent de s’allier au pouvoir des soviets. C’est le cas du groupe Kazak pan-islamique Ush-Zhus, qui rejoint le Parti communiste en 1920 ; des militants Tatars radicaux regroupés dans le Mili Firqa en Crimée ; des guerillas pan-islamiques Jengelis, qui combattirent avec l’Armée Rouge puis avec le Parti communiste d’Iran. En Azerbaïdjan se formèrent le Parti socialiste musulman Hummet, et le Parti communiste perse Adelet. Au Daghestan, le pouvoir des soviets était établi essentiellement grâce à la participation du dirigeant musulman Ali-Hadji Akouchinsky. Il faut enfin citer Sultan Galiev, nationaliste tatar gagné au bolchevisme au moment de la révolution, puis liquidé par Staline. Cette génération de militants fut, pour l’essentiel, massacrée par la bureaucratie au cours des années 1930.

    En octobre 1918, le Narkomnats publia un décret sur l’éducation des minorités nationales stipulant que, dès qu’une école comprenait 25 élèves d’un groupe non-russe, un enseignement dans la langue maternelle serait proposé. Selon l’historienne Hélène Carrère d’Encausse, pourtant peu suspecte de sympathie à l’égard du bolchevisme, « les statistiques démontrent une nouvelle réalité idéologique : le droit à l’éducation n’était plus le privilège d’une minorité, mais était appliqué tous, sans distinction d’origine nationale. » En 1924, la publication littéraire et administrative se faisait en 25 langues différentes, atteignant 34 langues l’année suivante et 44 en 1927. Alors que les écoles à l’époque du tsar imposaient l’alphabet cyrillique pour transcrire les différentes langues de l’Empire, plusieurs alphabets (arabe, latin...) coexistaient au sein de la fédération russe, puis de l’URSS naissante. Avant la transformation de la révolution russe en son contraire avec la victoire du stalinisme, l’URSS a représenté durant quelques années la plus importante expérience de construction d’un Etat multinational qui ne repose pas sur l’oppression des minorités, et la critique actuelle des « politiques d’ intégration » et des discriminations racistes en France pourrait s’enrichir de cette expérience.

    Pourtant, cette politique du droit à l’auto-détermination nationale ne se fit pas sans difficultés. Dès l’annonce de la révolution en octobre 1917, la Russie est attaquée sur tous les fronts. A l’Est comme à l’Ouest, 17 Etats oublient leurs différends, qui ont provoqué la première guerre mondiale, envahissent la Russie et financent les armées blanches en son sein pour renverser le nouveau régime. Ces années de guerre civile sont meurtrières, et marquent les rapports entre le pouvoir des soviets et les nationalismes d’Asie Centrale. Ainsi, les bandes armées qui choisissent de s’allier avec les Blancs sont combattus sans pitié par l’armée Rouge, et les « indépendances » qui signifieraient que des nations dominées historiquement par la Russie tsariste deviennent des colonies des puissances européennes ou japonaise, ne sont évidemment pas accordées par les bolcheviks.

    « Trotski à la tête de l’armée rouge, tel Bugeaud, ne s’est jamais privé de mater les “contres révolutionnaires” Tatares et de raser leurs mosquées, signe ostentatoire de leurs mentalités archaïques. » écrit Y.G. S’il y avait probablement des contre-révolutionnaires chez les Tatars, nous avons vu qu’il existaient aussi d’autres courants, et que la révolution russe a permis pendant quelques années une émancipation politique et culturelle dans les anciennes colonies de l’empire tsariste. Mais ce sont les accusations de racisme colonial que porte Y.G. à l’encontre des bolcheviks qu’il est le plus important d’élucider au vu du contexte actuel. En effet, il faut montrer qu’une autre politique est possible que les concessions que fait la majeure partie de la gauche et de l’extrême-gauche vis-à-vis de l’islamophobie ambiante.

    Les bolcheviks et l’islam

    En 1920 se tient le Congrès des peuples d’Orient à Bakou, en Azerbaïdjan. 2850 délégués y participent, représentant des dizaines de nationalités de la Turquie à la Chine. Voilà le compte-rendu du discours qu’y tint Zinoviev au nom de l’Internationale communiste :

     « Camarades ! Frères ! Le temps est venu de commencer une véritable guerre sainte contre les voleurs et les oppresseurs. L’Internationale communiste se tourne aujourd’hui vers les peuples d’Orient et et leur dit : Frères, nouvous appelons à une guerre sainte contre l’impérialisme, et d’abord contre l’impérialisme brittanique. (Tempêtes d’applaudissements, ovation prolongée. Les membres du congrès se lèvent et brandissent leurs armes. L’orateur ne peut plus pendant longtemps continuer son discours...) Que cette déclaration solennelle soit entendue à Londres, à Paris, dans toutes les villes où les capitalistes ont encore le pouvoir ! Qu’elle inspire le serment solennel par les représentants de dizaines de millions de travailleurs d’Orient, qu’en Orient le poids de l’oppression britannique, le joug qui pèsent sur les travailleurs doivent cesser [12] ! »

    L’islam est la religion de la majeure partie des peuples d’Asie colonisés par l’empire brittanique et par l’ancien empire russe, dont sont issus les délégués au congrès de Bakou. Le pan-islamisme est assez influent parmi les courants qui combattent l’impérialisme brittanique. Dans cette mesure, les bolcheviks proposent une alliance à un certain nombre d’organisations pan-islamiques (voir ci-dessus), et Zinoviev n’hésite pas à en appeler au djihad contre l’ennemi commun pour se faire comprendre à une large échelle. Ce discours n’est-il qu’une démagogie de circonstance, et les musulmans ne sont-ils que les « idiots utiles à la révolution » dont parle Y.G. ?

    Lors des discussions de ce congrès, plusieurs orateurs, surtout des musulmans du Turkestan, critiquent effectivement le comportement « grand-russe » de certains communistes. L’un deux, Naboutabekov, s’en prend aux persécutions déchaînées contre les pratiques religieuses, qui « sément la contre-révolution dans les masses. » Au nom de la révolution, il s’écrie : « Débarrassez-nous de vos colonisateurs travaillant sous le masque des communistes [13] ! »

    Dans la plupart des régions d’Asie Centrale, le prolétariat industriel était en général formé en majorité de Russes, imbibés d’esprit colonial. Pour eux ainsi que pour les membres de l’administration, le slogan bolchevik de la dictature du prolétariat pouvait être utilisé pour perpétuer leur place dans la société à l’époque du tsarisme. Face à ce problème et aux conflits qu’il engendre, la politique de la direction du parti bolchevik, et en particulier de Lénine, se situe extrêment clairement  dans les camps des colonisés. Son objectif est de faire apparaître au grand jour les contradictions de classe au sein de la société musulmane, que la situation coloniale tend à masquer, pour rallier au communisme la majorité de la population. Trois axes peuvent résumer cette politique : la défense de la liberté religieuse, la répression contre les colons et la formation d’une classe ouvrière et d’une génération de militants communistes locaux.

    Les bolcheviks n’ont jamais fait inscrit l’athéisme dans leur programme, et ont su accueillir des militants musulmans de gauche au sein de leur parti. Partant du principe que la religion est une conséquence de l’oppression et de l’aliénation, leur priorité était de racheter les crimes du tsarisme en restituant les mosquées, monuments, livres et objets sacrés islamiques aux pratiquants. Le vendredi fut décrété journée chômée dans toute l’Asie centrale.

    Un système judiciaire parallèle fut mis en place en 1921, avec des tribunaux islamiques administrant la justice selon les lois de la charia. Le but était de proposer aux gens un choix entre les justices religieuse et révolutionnaire. Une commission spéciale de la charia fut instituée auprès du Commissariat Soviétique à la Justice. Certaines sentences contraires à la loi soviétique, comme la lapidation ou l’ablation des mains, furent interdites. Les décisions des tribunaux islamiques concernant ces affaires devaient être confirmées par un degré supérieur de juridiction.

    Il faut dire que le processus révolutionnaire avait influencé les musulmans de Russie. Le 1er mai 1917 se tint à Moscou le Premier Congrès Pan-Russe des Musulmans. A l’issue d’un débat passionné, le congrès vota les droits des femmes, faisant des musulmans russes les premiers au monde à émanciper les femmes des restrictions typiques des sociétés islamiques de cette période (notamment sur le mariage et l’héritage).

    La tolérance religieuse envers les colonisés était parallèle à la sévérité avec laquelle étaient traités les colons. En 1920, face aux exactions en Asie Centrale, Lénine préconisait « l’envoi dans des camps de concentration en Russie de tous les anciens membres de la police, de l’armée, des forces de sécurité, de l’administration, etc., qui étaient des produits de la période tsariste et qui grouillaient autour du pouvoir des soviets (parce qu’ils voyaient en lui la perpétuation de la domination russe [14] ) ».

    Sur les territoires en majorité peuplés d’Ingouches et de Tchétchènes, la direction bolchévik soutient la revendication d’expulsion des colons Cosaques, et ce sont 65 000 d’entre eux qui sont rapatriés, rendant leurs terres aux paysans. Cette mesure vient récompenser la loyauté de ces peuples avec les soviets durant la guerre civile. Cette politique n’a rien à voir avec les déportations de population qu’imposera Staline ensuite : il ne s’agit pas de punition collective de populations insurgées mais de réparer les torts hérités du passé et d’assurer une paix durable, fondée sur la justice [15].

    Enfin, l’accent est mis sur la formation d’une classe ouvrière autochtone à même de contrôler démocratiquement le développement économique et les décisions politiques. Plusieurs usines sont « délocalisées » de Russie vers l’Asie Centrale, avec un salaire égal, et une politique de « discrimination positive » est mise en place pour l’accès à l’éducation des nouvelles générations [16].

    On peut voir que la révolution russe a représenté dans ses premières années un point d’appui important pour les peuples colonisés. Il faut aussi rappeler qu’elle a donné a donné une formidable impulsion à la plus grande révolution anticoloniale du siècle passé, la révolution chinoise. La politique menée par ses principaux dirigeants n’a pas grand chose à voir, contrairement aux allégations un peu rapides d’Y.G., avec la politique coloniale des capitalistes. Si elle comporte sans doute sa part d’erreurs et d’excès, dans une situation de pouvoir soviétique fragile et isolé, elle se situe à l’opposé  de ce que fera la bureaucratie stalinienne par la suite.

    Par rapport au point de vue développé par Marx et Engels, les luttes des travailleurs et des peuples en Russie ont permis de faire avancer l’approche marxiste de la question nationale. Les expériences et théories de militants comme Lénine et Trotsky permettent de dépasser les limites et confusions de leur position sur le  colonialisme : le clivage entre nations dominantes et nations dominées est pensé comme structurant les relations internationales dans le cadre du système impérialiste, et le nationalisme des opprimés est clairement distingué du nationalisme des oppresseurs dans une stratégie d’émancipation globale. Leur approche permet de penser ensemble la lutte de libération nationale et la lutte pour le pouvoir aux travailleurs à l’échelle internationale.

    Le stalinisme, en tant que caricature de la pensée vivante du marxisme dans le but de préserver les intérêts d’une bureaucratie, a durant des décennies exercé son hégémonie sur les luttes de libération nationale. La principale conséquence en a été la séparation entre cette libération et la révolution sociale, avec les résultats que l’on connait. C’est pour cela qu’il peut être utile aujourd’hui de se réapproprier l’expérience de la Russie révolutionnaire et de son appel, vite étouffé, à l’émancipation des peuples colonisés et à l’unité du genre humain sous la bannière du socialisme.

    Malcolm X, de la séparation à la lutte globale

    Le dernier exemple que convoque Y.G. dans sa critique de la LCR et des organisations marxistes en général est Malcolm X :

    « (...) La preuve en est, la manipulation de la figure de Malcolm X [9] qui s’est toujours affirmé pour l’autonomie du mouvement afro-américain par rapport aux organisations politiques américaines [9], dont on nous dit qu’il aurait eu un combat “universaliste” ; terme qui ne sous-entend pas, ici, que la lutte spécifique des afro-américains était universaliste du fait quelle représentait une avancée dans le respect des droits de l’Homme en général, mais qu’il n’existe plus de luttes spécifiques appartenant aux populations subissant des discriminations spécifiques. Nous ne sommes pas dupes de la manipulation de la figure de Malcolm X. »

    L’évolution de Malcolm X lui-même permet de penser une articulation entre lutte spécifique et combat internationaliste, qui semble échapper à Y.G. Pourtant, la démarche qui anime la mobilisation autour de l’Appel des « Indigènes » donne à cette articulation une actualité brûlante.

    La radicalisation de Malcolm X, et avec lui celle de dizaines de milliers de Noirs américains dans les grandes villes des années 1950-1960, passe au départ par un renversement des valeurs : face à l’oppression de la société blanche, à la négation de toute identité noire (le X de Malcolm en témoigne, en remplacement du nom du propriétaire blanc de ses ancètres), il en vient à glorifier tout ce qui est noir, et à considérer le Blanc comme un ennemi en tant que tel. La lutte noire est conçue comme séparée de la lutte globale, la frontière de classe est rejetée au profit de la division Noir/Blanc. La plupart des organisations noires radicales sont non-mixtes, en raison du paternalisme dont font preuve les libéraux blancs quand ils militent dans les organisations intégrationnistes. Le mouvement ouvrier reproduit majoritairement le racisme dominant, qui structure les entreprises et toute la société américaine. Des siècles d’esclavagisme, puis de ségrégation, ont rendu très difficile toute lutte commune entre les Noirs et les travailleurs Blancs.

    Pourtant, un certain nombre d’expériences [17] amèneront Malcolm X, sur la fin de sa vie, à rejeter le sectarisme de son organisation, la Nation of Islam, à se rapprocher d’organisations révolutionnaires majoritairement composées de blancs et à développer des idées internationalistes [18]. Confronté à des militants non-Noirs, notamment les indépendantistes algériens, il commence à percevoir les limites du nationalisme noir et à rechercher une « philosophie politique globale [19] » permettant d’articuler la révolution noire avec la révolution mondiale, comme il l’appelle de ses voeux dans un de ses derniers discours.

    Malcolm X a effectivement toujours jalousement défendu l’autonomie du mouvement noir. Cependant sur la fin de sa vie, il en est venu à penser cette autonomie comme le premier temps, la condition, d’une convergence tout aussi nécessaire avec les autres couches de la société qui ont intérêt à se débarrasser du capitalisme. C’est cette conviction qui a effrayé la classe dirigeante américaine au point de commanditer son assassinat, le 20 février 1964, par un groupe de sectaires noirs. Durant la décennie qui a suivi la mort de Malcolm, le mouvement noir a joué un rôle déterminant dans la contestation aux Etats-Unis. Il a notamment participé à la défaite US au Vietnam, aux côtés des luttes étudiantes et des révoltes des soldats envoyés sur place [20]. La tension entre l’autonomie de ce mouvement, et la convergence avec d’autres luttes, n’a pas cessé d’agiter les débats des militant-e-s de l’époque.

    Y.G. critique particulièrement les positions des marxistes sur cette question, et reproche à la LCR de vouloir récupérer aujourd’hui la mémoire de Malcolm X. Sur la fin de sa vie (1939-1940, Léon Trotsky lui-même s’est interessé à la question noire, et propose comme priorité aux révolutionnaires américains de combattre le racisme des travailleurs Blancs, de les convaincre de se désolidariser de la classe dirigeante. Il va jusqu’à soutenir la revendication des Noirs, s’ils le souhaitent, d’un Etat séparé dans les régions où ils sont majoritaires, et le droit à l’auto-organisation dans un parti noir. Son but reste l’unité entre les exploités, mais il considère que la situation spécifique héritée de siècles d’esclavage puis de ségrégation, impose cette séparation pour pouvoir lutter d’égal à égal aux côtés des ouvriers blancs [21].

    On peut poser la question à Y.G  : pense-t-il que la situation en France nécessite de construire une organisation séparée des populations issues de la colonisation ? De revendiquer la création d’un Etat séparé ? Et, si c’est le cas, que propose-t-il dans des situations du type de Perpignan ? Pour ma part, il ne me semble pas que le rapport entre les différentes couches du salariat et de la population soit le même dans la France de 2005 et dans les Etats-Unis des années 60. Il ne s’agit nullement de vanter un modèle contre un autre, mais de partir de la réalité concrète de sociétés façonnées de maniére différente par les migrations.

    Conclusion

    Oui, le combat pour l’égalité passe par la liquidation des séquelles du colonialisme. Oui, la mobilisation de celles et ceux qui en sont les premières victimes est cruciale si on veut en finir avec la ségrégation. Mais ceux et celles qui en France sont les victimes de ce racisme post-colonial peuvent-ils gagner seuls ? N’est-il pas indispensable d’articuler la nécessaire autonomie des mouvements de l’immigration avec la perspective d’un front de tous les exploités ? Cette articulation n’ira pas de soi, l’alliance entre les post-colonisés et le mouvement ouvrier étant moins "naturelle" « qu’entre cheminots et infirmières », comme le souligne Sadri Khiari dans un texte récent [22] sur le bilan de la marche des Indigènes du 8 mai 2005. Elle n’en sera pas moins déterminante dans l’avenir. Car c’est aussi une des causes de l’échec jusqu’ici des mobilisations pour l’égalité : être restées dans le cadre fixé par l’ordre néo-libéral, c’est à dire dans un cadre qui organise la compétition de tous contre tous.

    SOS-Racisme n’est pas seulement un mouvement de récupération du mouvement « beur » au profit de la respectabilité institutionnelle et des valeurs républicaines. Il représente aussi une opération de séparation des luttes antiracistes avec le combat contre la misère et la précarité qui frappent en premier lieu les posts-colonisé-e-s. Il est donc erroné de mettre les manipulations des partis de la gauche gouvernementale sur le même pied que l’ensemble des courants politiques non républicains et anticapitalistes. Ces courants ne sont pas toujours les plus conséquents en ce qui concerne le racisme post-colonial, loin s’en faut, mais ils ont plus de chances d’évoluer et de jouer un rôle positif dans ces luttes.

    Les discriminations racistes profitent d’abord à ceux qui s’appuient sur les écarts de salaires, qui veulent maintenant faire venir des travailleurs d’autres pays sur la base de quotas, en fonction des besoins de l’économie. Il n’y aura pas d’égalité réelle entre « Français » et « immigrés », sans remise en cause de l’économie de marché. Y.G. s’appuie sur l’idée que les « Français de souche » seront toujours soumis aux idées racistes, qu’ils restent fondamentalement du côté de l’Etat et du patronat. La victoire du Non vient de prouver que les travailleurs français sont disponibles pour des remises en cause radicales, il faut en profiter pour mettre le colonialisme dans le paquet des vieilleries à brûler.

    Pour ces raisons, le texte d’Y.G. sur la LCR me paraissait nécessiter une réponse, dans le but de contribuer au débat. On peut parfaitement critiquer la politique de la LCR à l’égard des mouvements qui dénoncent le racisme post-colonial. La LCR a condamné la loi sur le voile, mais n’a pas été capable de mobiliser contre cette loi. Sa direction a refusé de soutenir l’appel des Indigènes, même si une minorité de ses militant-e-s en est partie prenante. Malgré ces insuffisances, c’est l’organisation politique qui est la plus proche de cette problématique, comme Y.G. le reconnaît d’ailleurs. Elle est l’héritière d’une longue tradition anticolonialiste et anti-impérialiste, elle a su, par le passé, se battre à contre-courant des idées dominantes et des organisations de la gauche officielle. Son incapacité actuelle à se démarquer des autres partis en est d’autant plus criticable. Mais il semble que le but de l’auteur soit plutôt, à travers la LCR, de démontrer une incompatibilité entre les mouvements contre le racisme post-colonial et les partis politiques en général, et singulièrement ceux qui se réclament des idées marxistes révolutionnaires [23].

    Plusieurs décennies de trahisons ont creusé un fossé entre « la gauche et les cités » [24] . La faiblesse et les insuffisances des organisations d’extrême-gauche n’ont pas permis de contre-balancer les désillusions. La méfiance reste forte envers les partis, peu de post-colonisé-e-s y militent aujourd’hui. Cependant, le renouvellement des luttes et des idées, les expériences partagées au sein du mouvement altermondialiste, des luttes contre la guerre et les occupations néocoloniales, du mouvement des Indigènes, permettent de commencer à surmonter les méconnaissances réciproques. Il est temps de proposer une autre vision de la politique que celle des « beurs de service », qui viennent maintenant voir Sarkozy pour essayer de se faire une place. Il est temps de reconstruire, sur la base des luttes, un projet d’émancipation de tou-te-s qui soit à la hauteur des enjeux actuels.



    [2] Contrairement aux allégations de Y.G., qui pense qu’à la Ligue « on ne se fâche pas pour quelques fichus », ces questions ont fait et font l’objet de durs débats, comme dans d’autres organisations d’ailleurs. Un texte du secrétariat antiraciste de la LCR, soutenant clairement l’appel des Indigènes, a été rendu public sur toutes-égaux.com et sur oummma.com

    [3] Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, La Découverte/Poche, Paris, 2002, p 103.

    [4] Felix Morrow, Révolution et contre-révolution en Espagne, chapitre 10, disponible sur le site : http://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_10.htm

    [5] Dans les années 30, à chaque grève des dockers marseillais, les bourgeois d’Alger réclamaient l’intervention des troupes coloniales contre les grévistes. Autre exemple, le patronat et le gouvernement des Etats-Unis ont systèmatiquement utilisé les Noirs, ou les migrants récemment installés, pour travailler à la place des ouvriers en grève. Soulignons que dans tous ces exemples, le mouvement ouvrier était amené à travailler avec des peuples opprimés pour éviter que ceux-ci ne soit utilisés pour briser ses luttes. Aujourd’hui, le combat commun est facilité par le fait qu’une importante partie de la main d’oeuvre, à l’échelle internationale comme dans les anciennes métropoles, est composée de travailleurs anciennement colonisés.

    [6] Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, t. 2, chapitre 34 disponible sur le site : http:// :www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr34.htm

    [7] Voir l’article de Sebastien Budgen dans Contretemps, n° 8, Paris, automne 2003, p. 185-189, ainsi que l’article d’Abdellali Hajjat, Marx et le colonialisme, publié sur http://www.icietlabas.lautre.net/article.php3 ?id_article=77  et http://bellaciao.org/fr/article.php3 ?id_article=5202 , 15 mars 2004.

    [8] Karl Marx et Friedrich Engels, Du colonialisme en Asie, Mille et une nuits, Paris, 2001, p. 50. C’est moi qui souligne.

    [9] La classe ouvrière a joué un rôle dans la plupart des luttes d’indépendance nationale. Cependant, la domination du stalinisme sur le mouvement ouvrier a conduit à une déconnexion entre l’indépendance et les perspectives d’émancipation sociale (théorie des « étapes »). Cette politique a  conduit a remettre la direction des luttes aux intellectuels nationalistes, prônant une union sacrée entre les différentes classes des sociétés colonisées.

    [10] Les matériaux contenus dans cette partie, sauf indication contraire, sont tirés de Dave Crouch, The seeds of national liberation, International Socialism Journal n° 94, printemps 2002, disponible en ligne sur :   http://pubs.socialistreviewindex.org.uk/isj94/crouch.htm#23

    [11] Une violente polémique oppose d’ailleurs Lénine à Staline sur la question nationale en 1922-1923. Dans son testament, Lénine indique très clairement sa méfiance vis-à-vis de Staline.

    [12] Cité dans Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste, Paris, Fayard, 1997, p. 181-182

    [13] Cité dans Broué, ibid.

    [14] Les informations développées dans les quatre paragraphes précédents sont tirés de Dave Crouch, Religious Rigts. Bolcheviks and Islam, International Socialism Journal n° 280, décembre 2003, disponibles sur le lien http://pubs.socialistreviewindex.org.uk/sr280/crouch.htm

    [15] Cet exemple montre que la colonisation de la Palestine, par exemple n’est pas une fatalité irréversible.

    [16] Dave Crouch, « The seeds of national liberation », op. cit.

    [17] La place manque ici pour rentrer dans les détails de l’évolution de Malcolm, mais on se référera facilement au film de Spike Lee, à ses derniers discours, publiés par L’esprit frappeur, ou à son autobiographie. Voir aussi le site du groupe Assassin : http://www.assassin-productions.fr/ ?cat=1538&pg=malcolmx&snd=malcolmx

    [18] Il donne plusieurs interviews à des journaux trotskistes, parle régulièrement dans des meetings organisés par l’extrême-gauche. Voir à ce propos l’ouvrage collectif Malcolm X, révolutionnaire noir, Editions La Brèche, Montreuil, 1994

    [19] ibid., p. 63

    [20] Sur l’histoire du mouvement noir d’un point de vue marxiste révolutionnaire, voir la brochure Black Power, publiée par les JCR, que Y.G cite sans l’avoir lue visiblement.

    [21] Malcolm X, révolutionnaire noir, op. cit.  p. 41-52

    [22] Sadri Khiari, L’Indigène discordant, autonomie et convergences, en ligne sur le site Les mots sont importants : http://lmsi.net/article.php3 ?id_article=391

    [24]Voir le livre d’Olivier Masclet : La gauche et les cités, La Dispute, Paris, 2003

     

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