Samedi 26 mai 2012
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« Marianne, ta tenue n’est pas laïque ! » (1/3)

Nous publions, en trois parties, un long extrait du recueil « Les filles voilées parlent », dans lequel quarante-quatre femmes musulmanes voilées vivant en France, de tous âges et de tous profils, ont eu pour la première foi l’opportunité de parler de ce qu’elles veulent, comme elles le veulent, et sur le registre qu’elles veulent. Le résultat est impressionnant, aussi bien par la manière dont il démolit les idées reçues sur « la » femme voilée que par le tableau sombre qu’il donne de la stigmatisation, des discriminations et des violences qui sont faites, en France, à des femmes qui dérogent à la norme vestimentaire dominante !

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Avant la loi…

style=''>Nous publions, en trois parties, un long
extrait du recueil Les filles voilées parlent, dans lequel
style=''> quarante-quatre femmes musulmanes voilées
vivant en France, de tous âges et de tous profils, ont eu pour la première foi
l’opportunité de parler de ce qu’elles veulent, comme elles le veulent, et sur
le registre qu’elles veulent. Le résultat est impressionnant, aussi bien par la
manière dont il démolit les idées reçues sur « la » femme voilée que
par le tableau sombre qu’il donne de la stigmatisation, des discriminations et
des violences qui sont faites, en France, à des femmes qui dérogent à la norme
vestimentaire dominante. Dans l’extrait choisi, qui concerne plus précisément
la loi du 15 mars 2004 et ses conséquences dans le milieu scolaire, nous
laissons la parole à Mariame, rebaptisée Marianne pendant ses années de lycée,
à cause d’une erreur jamais corrigée dans la retranscription de son
prénom !

Mon père est venu du Maroc
dans les années 60, et il a travaillé comme ouvrier, d’abord dans les mines
puis chez Renault. Ma mère l’a rejoint plus tard et ils ont eu six enfants, un
garçon et cinq filles. Je suis la toute dernière. Nous avons vécu dans la cité
du Val Fourré, puis nous nous sommes installés en pavillon à Mantes-la-Ville.
Au départ, mes parents étaient assez traditionnels dans leur pratique de
l’Islam : l’obéissance à Dieu, la prière et le jeûne – bref : à
la manière du bled. Mais ma mère, contrairement à mon père, sait lire et écrire,
donc elle s’est lancée, vers 35 ans, dans une recherche plus poussée sur la
religion et ses pratiques, et elle s’est mise à porter le voile.

J’ai donc eu une éducation
religieuse depuis ma petite enfance, et j’ai porté le voile en 1999, à 11 ans.
Je n’avais alors pas conscience de tout ce que le voile signifiait et
impliquait. Je savais simplement que c’était un précepte religieux, au même
titre que la prière. Et puis, pendant mon adolescence, j’ai commencé
progressivement à me poser des questions : pourquoi le porter, en ai-je
vraiment envie ? Etc. En somme, je n’ai pas choisi au sens fort de le
mettre, mais ensuite j’ai vraiment choisi de le garder. Par conviction.

style=''>Quant j’ai commencé à le porter, nous
avions emménagé à Mantes-la-Ville, et j’étais donc dans un collège beaucoup
moins « ghettoïsé » que celui du Val-Fourré. Pour le dire plus
crûment : il y avait très peu de Noirs et d’Arabes ! (rires) Donc mon
voile suscitait beaucoup plus d’étonnement, alors qu’au Val Fourré, où la
majorité des gens sont musulmans, il ne choquait pas. Mes copines les plus
proches n’ont été ni étonnées ni choquées puisqu’elles portaient elles aussi le
voile : c’était des filles un peu plus âgées que moi, que je côtoyais à la
Mosquée. C’est un lieu de socialisation ! (rires) Au collège, par contre,
mes camarades de classe n’étaient pas musulmanes, donc elles étaient un peu
dépaysées. Elles me posaient des questions, du genre : « Pourquoi tu
le portes ? ».

style=''>Mais ça restait de la simple curiosité,
sans agressivité. En revanche, j’ai eu quelques problèmes avec des parents
d’élèves : des regards un peu de travers à la sortie du collège, ou bien
des remarques inquiètes que les copines me racontaient. Du genre :
« Ma mère se pose des questions en te voyant comme ça ! ». Mais ça
n’avait pas d’influence sur nos relations.

style=''>Côté professeurs, les choses ont été plus
compliquées. En 6ème, j’essayais de ne pas me faire remarquer :
je mettais un petit bandeau, et à la sortie, je mettais ma capuche par dessus,
je piquais un petit sprint, et j’attendais de m’être éloignée des
regards pour mettre mon voile. Mon père ne voulait pas que je me fasse
remarquer.

style=''>À cette époque, il avait la
mentalité-type du père de famille maghrébin : « Ne fais pas de
problèmes, l’école c’est le plus important ». Il y avait aussi un rapport
de crainte par rapport aux autorités, qui est un peu un héritage du
Maroc : la peur du « Makhzen » title=""> style=';'>[1].
Profil bas ! Quant à ma mère, elle me conseillait aussi d’être
conciliante, mais avec un argumentaire plus religieux : « Aux yeux de
Dieu, si on te contraint à l’enlever, tu n’es pas responsable, tu ne fais pas
quelque chose de mal ; tu peux te consacrer à tes études plutôt qu’avoir
une attitude qui va te porter préjudice ».

style=''>Je suis donc passée inaperçue pendant
plus d’un an, jusqu’au jour où j’ai eu un prof de français qui habitait dans la
même ruelle que moi, et qui m’y a croisé avec mon voile. Dès le lendemain, il a
changé d’attitude : je suis devenue sa « tête de turc » !
Il ne m’a jamais parlé explicitement du voile, mais il s’est mis à me faire des
réflexions très méchantes, très blessantes. Je ne crois pas que c’est de la
paranoïa, car toutes mes copines de classe l’ont remarqué aussi :
« Mais qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi il te parle comme ça ? ».
Lors d’une réunion parents-profs, il a même dit à ma mère que je ne savais pas
parler français et que je devais me réorienter en 4ème AS
(« Aide Soutien »), alors que j’avais de très bonnes notes. J’avais
un suivi très soutenu chez moi grâce à mes grandes sœurs.

style=''>Les professeurs du collège n’ont jamais
su que je portais le voile. Mais en 3ème, j’ai commencé à avoir des
accrochages avec mes profs, notamment en histoire. C’était toujours sur les
mêmes sujets : l’Islam, mais aussi l’immigration ou encore le conflit israélo-palestinien.
Je me souviens qu’après les attentats du 11 septembre, une de mes profs a
dit : « C’est la faute des musulmans ». Alors j’ai réagi.
C’était ma période un peu rebelle : j’intervenais sans lever la main, et
je ne parlais pas, j’aboyais ! (rires). Finalement, une de mes grandes
sœurs a pris un rendez-vous avec la prof pour s’expliquer. Les choses se sont
souvent déroulées ainsi : la prof tenait un propos injurieux sur l’Islam,
je réponds vivement, le prof le perçoit comme de l’« insolence » et
m’envoie chez la proviseure, et finalement ma sœur passe derrière pour calmer
les choses.

style=''>Ce « suivi » de mes sœurs
– ou parfois de mon frère – a été vraiment ma chance :
contrairement à d’autres élèves qui entraient comme moi en conflit avec les
enseignants, j’avais derrière moi des adultes qui maîtrisaient bien la langue
française et les codes de l’École, et qui pouvaient donc venir discuter sur un
pied d’égalité avec le prof. En plus, la prof n’aimait pas trop se retrouver en
conflit avec moi, vu que j’étais sa meilleure élève ! J’étais passionnée
d’histoire, au point que je préparais les cours à l’avance chez moi. Si bien
que, malgré mon « insolence », j’avais finalement des bons rapports
avec ma prof.

style=''>À la fin de ma troisième, j’ai choisi de
ne pas aller au lycée de mon secteur, mais de retourner au Val-Fourré, au Lycée
Saint-Exupéry, pour pouvoir porter quelque chose sur la tête. Je savais qu’il y
avait un compromis qui fonctionnait depuis des années : on pouvait porters
un « big bandana », couvrant tous les cheveux. À cette époque,
2002-2003, sur à peu près 1500 élèves, il devait y avoir une vingtaine de
filles qui le portaient. Nous savions qu’en théorie, nous avions le droit de
porter carrément le voile complet, mais le risque de conflit nous poussait à
accepter le compromis. Il y avait la mémoire de nos grandes sœurs, la longue
histoire des exclusions à Mantes : il y avait eu 14 exclusions en en 1994
avec la Circulaire Bayrou class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2],
et certaines filles avaient arrêté définitivement l’école. Nous ne voulions pas
revivre cela.

style=''>À la rentrée 2003, quand je suis arrivée,
il y a justement eu de nouvelles tensions, parce que deux filles ont cassé le
compromis et se sont mises à porter le Jilbeb, c’est-à-dire un voile
long, couvrant tout le corps sauf le visage. Même si, au fond, j’étais pour que
chacun s’habille comme il veut, je suis allée voir une des deux filles pour
qu’elle fasse un effort, parce que dans le contexte où nous étions, cela
risquait de lancer une crise et de tout remettre en cause. Je lui disais :
« Le plus important, c’est ta scolarité. Tu nous fais du tort, et tu te
fais du tort à toi-même ! ».

style=''>La discussion est ensuite partie sur le
terrain religieux, mais ça n’a rien donné, car chacun a sa définition du voile.
Au bout du compte, une des deux filles a arrêté le lycée en cours d’année, et
l’autre a tenu toute l’année sans respecter le compromis. Le proviseur était
assez désemparé, et il nous a donc dit, à deux ou trois filles qui respectaient
le compromis : « Vu que certaines ne respectent pas le compromis, je
vais vous laisser vous aussi porter le voile et pas seulement le bandana. Mais
pas le voile long, et pas de couleurs sombres, parce que ça rappelle un peu
trop l’Iran ! ».

style=''>La référence à l’Iran nous a choquées,
alors le lendemain, nous sommes venues en « bleu-blanc-rouge » :
une en bleu, une en blanc et une en rouge ! (rires) Et nous restions
toutes les trois côte-à-côte, pour que ça se remarque bien ! Les autres
élèves étaient morts de rire. La proviseure l’a un peu mal pris, mais elle ne
nous a rien dit. Dans les mois qui ont suivi, j’ai donc pu porter le voile au
lycée.

style=''>L’année de Première a en revanche été un
peu spéciale. Nous avons eu une nouvelle proviseure, qui a imposé de nouvelles
règles, avant même que la loi du 15 mars 2004 soit votée qui soit votée. Dès le
jour de la rentrée, elle a convoqué à tour de rôle toutes les élèves portant le
bandana. Elle était à la grille et elle faisait son tri : les filles
voilées à droite, les autres élèves à gauche ! (rires) Puis elle nous a
prises dans son bureau et nous a expliqué la nouvelle règle : d’accord
pour le bandana, mais pas en biologie, en physique ni en sport. Soi-disant à
cause des risques d’accident.

style=''>Elle nous a annoncé ça très froidement,
avec dédain. Je me suis mise à rigoler, elle m’a demandé pourquoi, et je lui ai
répondu :

« Parce que je ne comprends pas
pourquoi vous rajoutez toutes ces règles, alors qu’il y avait déjà un compromis
et qu’il n’avait jamais posé de problème, ni de sécurité ni d’autre chose.


- De toute façon, ce sera comme ça. Loi
ou pas loi, ici, c’est moi qui décide ! ».


Je rigole à nouveau. Et elle, cassante :

« Vous êtes insolente, je vais vous
coller un rapport ».

style=''>Jusqu’à présent, nous avions toujours mis
un bandana en sport. Il y avait une prof, qui était la terreur de tous les
élèves : une prof assez dure, qui nous balançait des remarques à la limite
du racisme. Des réflexions toute faites de « facho », du genre :
« Je ne suis pas raciste, j’aime bien le couscous ». Ou bien des blagues
insultantes, suivies de : « Je rigole, cet été je suis allée au
Maroc »… À moi, elle ne me faisait pas trop de remarques, parce qu’elle
savait que je lui tenais tête.

style=''> J’avais eu des problèmes avec elle en
seconde, à cause des vestiaires. Il y avait plein de salles pour se changer,
mais on nous mettait dans un seul vestiaire, avec les garçons ; alors moi,
j’allais aux toilettes me changer, et la prof m’a dit : « Pourquoi tu
ne te changes pas au vestiaire avec tout le monde ? », « Tu es
manipulée », etc. À nouveau, une de mes sœurs est venue pour avoir une
explication, et après cette explication je n’ai jamais plus eu de remarques.
Elle a compris que j’avais une famille derrière moi, qui n’était pas prête à se
laisser marcher sur les pieds, et qui surtout maîtrisait bien la langue et
pouvait donc se défendre.

style=''>Lorsque Sarkozy s’est rendu au Congrès de
l’UOIF au Bourget et qu’il a déclaré que le voile était interdit sur les photos
d’identité class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3],
un autre prof de gym nous a dit : « Le ministre de l’Intérieur a bien
précisé que le voile était interdit, nous, on applique ça ici ». Nous
avons décidé de ne pas le retirer. Moi je rigolais, et nous avions toujours les
mêmes discussions :

« Il n’y a pas de loi qui
nous oblige à l’enlever, nous sommes dans notre bon droit.


- Le voile est dangereux en sport, tu ne
te rends pas compte.



 
- J’ai fait six ans de
handball en club, et on m’a toujours laissé porter un bandana ! Le seul
problème que j’ai eu, c’est que je ne participais pas aux compétitions, parce
que je ne voulais pas me mettre en short. »

style=''>Ça finissait à chaque fois chez la
proviseure. Un jour, des copines viennent me voir après le cours de gym et me
disent : « Quand tu es partie voir la proviseure, le prof a tenu des
propos racistes. Il a dit que c’est à cause de gens comme toi qu’il est raciste
de la race à laquelle tu appartiens ». Je me souviens encore de la
phrase ! Ça m’a marqué. Au cours suivant, je suis allée voir le prof avec
Keltoum, pour lui demander des comptes. Il n’en revenait pas qu’on m’ait rapporté
ses propos :

style=''>« Oui, c’est vrai que je l’ai dit,
mais…

- Mais attendez Monsieur ! Vous vous
rendez compte de ce que vous dites ? C’est grave ! »

style=''>Il nous a alors montré du doigt une fille
blonde, en disant : « Mais c’est pareil pour cette élève : si
elle refusait de retirer son bandana, je serais raciste contre les
blancs ! ». Comme il ne niait pas ses propos, j’ai immédiatement
appelé chez moi pour le raconter à mes parents et à mon frère.

style=''> Pendant toute la journée, mon frère a
appelé la proviseure pour obtenir un rendez-vous avec le prof de gym. Et comme
la proviseure refusait, il a pris le bottin lui même, et il a appelé le prof de
gym le soir même. Il lui a expliqué qu’il n’avait pas réussi à le joindre par
le lycée, et qu’il désirait prendre rendez-vous, mais le prof s’est énervé en
l’accusant de « violation de domicile » et il lui a raccroché au nez.
Le lendemain, mon frère m’a accompagnée au lycée, et il a demandé à voir la
proviseure. Comme elle refusait toujours, nous sommes allés porter plainte au
commissariat de Mantes.

style=''>Le commissaire nous a reçu dans son
bureau, et nous nous sommes aperçus que le proviseur l’avait déjà mis au
courant ! Il nous a recommandé de ne pas déposer de main courante, et de
privilégier le dialogue, en nous expliquant que, de toute façon, nous n’avions
pas de témoins. Du coup j’ai recueilli des témoignages ! Treize élèves ont
certifié par écrit que le prof avait bien tenu ces propos. Quand le proviseur a
vu ces signatures, il a pris peur, il a accepté de nous recevoir et il nous a
présenté ses excuses « au nom de toute la communauté scolaire ». Nous
n’avons finalement pas porté plainte, même si les propos étaient vraiment
graves.

style=''>Après cette histoire, on nous a laissé
porter le bandana sans faire de problèmes. Le dernier problème que j’ai eu,
c’est avec une professeure de SVT (Sciences de la vie et de la terre). Au
départ, elle n’avait pas compris que mon bandana avait une dimension
religieuse. Il faut dire que je ne suis pas très typée – c’est ce qu’on me
dit – et que mon nom de famille n’est pas forcément identifié tout de
suite comme maghrébin. Et en plus, dans les listes d’élèves, il y avait une
erreur sur mon prénom : pour les profs, j’étais non pas Mariame, mais
Marianne. Un prénom bien français et républicain ! (rires) Et puis un
jour, cette prof m’a croisée à la sortie du lycée avec mon voile, et dès le
lendemain, elle m’a dit : « Marianne, retirez ce que vous avez sur la
tête ! ». Elle a même bloqué la porte pour m’empêcher d’entrer.
C’était pourtant le même bandana que la veille ! J’ai à nouveau fini dans
un bureau, celui de la CPE cette fois-ci…

style=''>Comme je savais que j’étais un peu la
bête noire du lycée, je me suis présentée en tant que déléguée, au CVL (Conseil
de la Vie Lycéenne) et au CA (Conseil d’administration), et j’ai été élue. Très
franchement, ça ne me passionnait pas, mais c’était pour me défendre, notamment
par rapport au foulard ! Les tensions ont continué, mais sans plus. La
majorité des profs étaient choqués par nos foulards, mais n’en parlaient pas
plus que ça, et il y avait un « noyau dur » de quelques profs
« anti-voile », constitué autour des profs de sport.

style=''> Il y avait aussi deux profs très
féministes qui nous voyaient comme leurs ennemies. J’ai essayé de discuter une
fois avec une de ces profs, mais ça n’a rien donné : on se criait dessus
toutes les deux. Le prof de sport, c’était plus simple : c’était un
facho ! Il se contentait de dire : « Moi, facho ? Si
j’étais facho, je n’enseignerais pas au Val Fourré ». Bref, c’était une
alliance au peu contre-nature : des « laïcards », des féministes
et des fachos ! (rires) Et en face, il y avait trois profs qui nous
soutenaient activement : une prof d’histoire que j’ai eu en terminale
l’année d’après, un prof d’anglais de prépa et une prof de BTS.

style=''>L’année de première s’est donc passée
sans grande crise, mais avec beaucoup de tensions. Je faisais bonne figure au
lycée, mais je rentrais chez moi épuisée nerveusement. Si bien que, pendant
toute cette année, bizarrement, je n’ai pas suivi tout l’emballement politique
et médiatique qu’il y a eu, au niveau national, autour de la loi sur le voile.
J’ai bien sûr suivi un peu l’affaire d’Alma et Lila en septembre 2003, leur
histoire m’a touchée, mais je ne me suis pas inquiétée outre mesure sur le fait
qu’une loi risquait d’être votée et qu’elle s’appliquerait aussi à moi. Je ne
sais pas pourquoi – c’était sans doute volontaire : je préférais ne
pas y penser !

Propos recueillis par Pierre Tevanian à Paris, le 24 janvier 2007. Cet entretien est extrait du recueil Les filles voilées parlent, édité à La Fabrique par Ismahane Chouder, Malika latrèche et Pierre Tevanian, et que nous recommandons vivement.



name="_ftn1" title=""> style='font-size:10.0pt;'>[1] style='font-size:10.0pt;'> Makhzen : État,
autorité politique.

name="_ftn2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2] Cf. Annexe : Repères chronologiques

name="_ftn3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3] C’était le 28 avril 2003. Le ministre a alors
été sifflé par une partie de la salle, et l’incident, démesurément grossi, a
été le point de départ d’une campagne médiatique et politique de six mois, qui
a abouti à la loi du 15 mars 2004. L’UOIF est une fédération d’associations
musulmanes. Souvent dénoncée comme « fondamentaliste » ou comme
« émanatation des Frères Musulmans », l’UOIF a adopté des positions
modérées et tissé des liens avec le CFCM. Elle a pris partie contre la loi
anti-voile, mais n’a pas voulu s’engager pleinement dans la protestation
politique contre cette loi, menée par le Collectif Une école pour tout-te-s.

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Commentaires

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Beau témoignage avec pleines d’anecdotes pour nous faire partager leur souffrance , dans un combat solitaire loin des médias mais , oh combien méritant . Qu’ALLAH les récompense ici bas et dans l’au-delà et renforce leur foi pour continuer à combattre dans le chemin d’ALLAH l’injustice des hommes ! Fraternellement : Moha

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Merci pour cette saine lecture : je me rends chaque jour un peu plus compte que l’Islam, même "modéré", ne semble vraiment pas compatible avec la République. Nous autres maronites, on en avait déjà une petite idée grâce au Liban, mais ça se confirme constamment en France.

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Wassil, n’auriez vous trouvé que ce seul site et ce seul texte pour vomir votre haine ? Allez prendre un thé avec Antoine votre gourou du petit écran !lol...
Ne vous en déplaise, les musulmans et maronites vivent en paix lorsque ces mêmes croyants vivent avec sagesse et tolérance, dans quel Liban vivez vous ? Votre texte en dit long sur vos intentions. Paix

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En tant que musulman, je ne peux que déplorer que tant d’energie et d’intelligence soient consacrées à des prises de positions stériles et contre-productives. Sortons de la symbolique et entrons chacun avec ses moyens dans la compétition pour l’excellence et la dignité qui ont été les nôtres. Les combats d’arrière-garde nous ont assez fait de mal, non ?

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Merci pour ce témoignage important.

Il ravive en nous de vieilles blessures : le racisme anti-musulmans de nos années de scolarité, en Algerie, avant l’Indépendance (dans mon cas ce fut une exclusion du Lycée).

La grande chance de Mariam a été l’implication constante et tenace des membres de sa famille dans ces luttes où l’enfant est perdant d’avance dans la majorité des cas.

Les jeunes musulmans sont démunis et trop seuls face aux problèmes que leur cause le simple fait d’être identifié comme "issu de ..." même si l’on peut constater et déplorer qu’en définitive, tous les jeunes sont seuls, incompris, abandonnés des adultes.

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à Fatih : on ne peut pas solliciter des réactions et les pourfendre quand elles nous déplaisent. C’est le dialogue qui est constructif, pas l’anathème !

à Hamza : je partage ton opinion, c’est la voix de la sagesse.

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Salam,

Chère soeur,
A travers ces ligne tu as donné un bon expemple, pas tout simplement d’une jeune muslmane qui se bat pour ses principes religieux, mais d’une forte personne qui se bat pour la cause de la dignité humaine, pour l’égalité et les bonnes valeurs, et ce avec intélligence et sagesse...
Pensez-vous qu’un jour, ces français comprendront ce que c’est la différence ? que la différence n’est que le résultat d’une phobie injustifiée... ?

Dans tout les cas, et en attendant, encore un long combat en perspective, autant faire durer le plaisir !!!

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Salam, paix à tous !
Un plaisir de lire ton histoire, je suis en ce moment en plein dedans sous une forme différente dans le milieu professionnel et ton histoire me renforce dans mon épreuve. Il n’y a pas mieux que l’indifférence à l’égard de la haine et l’ignorance. InshAllah je trouve ces soeurs très jeunes courageuses, il s’agit de leur foi qui parle ! InshAllah leur effort sera récompense.
Merci à Malika Latrèche, M Tevanian et M Chouder défenseurs de l’équité.
Fraternellement,
Soumiya

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Wassil, tu ne trouves que ça à dire ?
J’aurais aimé t’entendre parler du caractère racise et discriminatoire des propos et des actes dont elle a été victime. Mais pour toi c’est pas important, ce qui compte c’est qu’elle est musulmane et qu’elle est donc, pour toi, de ce fait un problème pour la "république".
Et arrête ta comparaison avec le Liban !
ça n’a complètement rien à voir historiquement, démographiquement et culturellement. Alors tes analyses simplistes, à d’autres , s’il te plait.

Tes propos me font penser aux SMS un peu douteux qu’on peut lire dans des émissions comme "C dans l’air".
Moi ça me fait plutôt, rire, c’est très comique, mais en même, cela dénote bien une attitude pleine d’apprioris, d’ignorance et d’intolérance !

Je trouve ce témoignage très touchant et on ressent les pressions qu’ont pu subir ces filles. Je trouve qu’elles ont été courageuses et dignes, d’autant plus, qu’ elle aussi ont subi d’énormes violences, non pas pour qu’on les force à porter le voile, mais pour les obliger à le retirer, et tout cela accompagné d’un climat tendu favorisant les propos haineux, racistes, blessants...

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Bonjour,
Merci pour ces témoignages importants et le respect des consciences et principes réligieux.

La loi sur les signes réligieux ostentatoires semble bien discriminante et injuste, puisqu’on voie bien, ces jours-ci mêmes, dans toutes les adminstrations ; bureaux des écoles, classes ; rues et mêmes dans les médias et commerces, les signe ; ostentatoires du Christ et Noël...
Doit-on interpréter ceci encore autrement.. L’honnêté et la raison appelent à reconsidérer la loi injuste de mars 2004 (point).

Respect, Tolérence et Liberté de consience et de culte font partie du patrimoine de notre chère patrie. (à bon entendeur..)

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Le voile n’est nullement apparu avec l’islam, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire ! Porter le voile est une coûtume ancèstrale, la femme pouvait ainsi se protéger contre les regards tendencieux des hommes.
En occident on ne peut pas comprendre qu’une femme est obligé de se cacher les cheveux pour etre considéré comme une femme "bien" et donc d’être soumise à l’homme, ici on essaie de protéger la femme justement contre la soumission de l’homme et ça doit malheureusement passer par des lois spécifique !!!

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La mauvaise traduction du mot "darâdja" du verset 288 de la sourate 2 est a l’origine de la confusion qui veut que dieu place l’homme dans le coran a un degré supérieur à celui de la femme !!
Les musulmans de l’occident n’ont-ils aucune idée de la soumission que subissent les femmes dans les pays musulmans, mêmes si elles affirment d’etre consentante, c’est un mystère pour personne que de très nombreuses femmes musulmanes y sont de plus ou moins contraintes

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"Mariame, rebaptisée Marianne...à cause d’une erreur jamais corrigée dans la retranscription de son prénom !" me laisse perplexe.
La négligence d’un fonctionnaire ou la gène que l’on a dû mal à reconnaitre certaines de nos faiblesses ?

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Bonjour,

Je suis un fils de voilée. Elle ne portait pas n’importe quel voile ! Non, un voile intégral.

Jeune, de ma mère, on ne voyait que les yeux dans la rue marocaine. Mais dans notre campagne, auparavant, elle n’avait pas besoin de se voiler. Elle travaillait aux champs comme tout le monde et personne n’y trouvait à redire.

C’est au Maroc que j’ai compris que les gens des villes ne sont pas aussi civilisés que cela.

Et comme j’aime le voile, je me suis posé la question : pourquoi, moi, l’homme, n’exprimerais-je pas mon choix et ma liberté d’arborer un voile ?

Alors, à cinquante six ans, je ne sors jamais sans un voile dans mon sac et des moustaches de Dali par-dessus le marché. Lorsque des voilées m’expliquent que c’est leur liberté et leur choix, j’arbore mon voile, l’ajuste et je leur dis : "Non, c’est ma liberté et mon choix. Vous, vous obtempérez aux prescriptions de saint Paul si vous êtes chrétienne et celles que vous croyez lire dans le Coran si vous êtes musulmane".

Avec tous mes respects.
Hommes voilés, les yeux baissés (association)

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J’ai trouvé ce témoignage intéressant ; merci de nous le faire partager ! Il révèle l’ampleur des problèmes d’adaptation de deux communautés (on va dire pour simplifier "français de souche" et "français de l’immigration") qui sont culturellement très différentes, et qui doivent cohabiter au même endroit. Me vient la question ; peut-on les résoudre, un jour ?
Est-ce si difficile de faire un effort d’intégration, et d’abandon du "voile", dont l’utilité est douteuse ? La jeune fille de ce témoignage se pose en victime, mais sans se rendre compte qu’elle impose sa croyance, sa différence, aux autres, lesquels peuvent se sentir en quelque sorte "agressés" en retour... Et peuvent réagir en fonction de leurs sensibilités diverses. Si on supprime le voile, on supprime tous les problèmes narrés

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A Rachid Zani

Je me permets de faire une petite rectification à propos de votre intervention.

Il me semble que l’étymologie du prénom Marianne et le symbole républicain n’ont pas grand chose à voir.

Le prénom Marianne, dont l’origine n’est pas certaine, viendrait soit directement du prénom antique grec Mariamne qui a donné beaucoup de prénoms dans le monde dont Marie, soit indirectement via le prénom francisé Marie-Anne. Histoire banale d’un prénom parmi des milliers d’autres.

L’appellation Marianne comme symbole de la République est lié au fait que ce prénom était commun chez les paysannes et les servantes, et était souvent utilisé en dérision pour désigner les femmes du peuple. Lors de la Révolution Française, c’est pour bien signifier la revanche du bas peuple sur les classes privilégiées que les révolutionnaires ont donné le nom de Marianne au buste coiffé du bonnet phrygien - qui lui est d’origine romaine (il était porté par les esclaves affranchis).

Il n’y donc pas eu erreur d’un fonctionnaire ni gêne à ce propos.