Malek est cohérent !

Il n’est un secret pour personne que Malek Boutih (secrétaire national au parti socialiste, chargé des af

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dimanche 16 janvier 2005

Il n’est un secret pour personne que Malek Boutih (secrétaire national au parti socialiste, chargé des affaires sociales) n’en réfère qu’aux structures du réel. C’est un fervent opposant de « l’idéalisme ». Il explique matériellement que le racisme naît de la doctrine urbaine du centre et de la périphérie. Centre et périphérie de la production, s’entend. Les pratiques racistes « centrales » seraient dirigées contre une périphérie accusée de consommer sans produire et surtout de refuser de mettre sa force productive au service des créateurs des richesses. Le racisme serait un effet secondaire des politiques néolibérales centrées sur le capital et dévaluant autant que faire se peut la force du travail. Seule une lutte acharnée pour « augmenter » le prix de sa force de production et diminuer le pouvoir des détenteurs de richesse sur la fixation de la valeur du travail, est capable de combattre les comportements racistes.

En dehors du jargon marxiste, ceci veut dire que les cités ne sont pas faites pour les Arabes et les Noirs en particulier, mais bien plutôt pour les pauvres en général. Que le chômage n’a aucun autre fondement que l’économie de marché et que parmi les « privés du capital » il ne frappe pas particulièrement une population qu’une autre. Pas plus les arabes que les autres...Malek n’en a peut-être pas idée, mais cela nous mène à la monstrueuse conclusion que : le racisme comme un rejet d’une race pour ce qu’elle est, n’existe pas. Il s’agit si on le suit dans son raisonnement, du mépris qu’une classe réserve à l’autre. Chrétiens ou Musulmans, Noirs ou Blancs ce n’est pas le propos, les victimes du racisme le sont en vertu de leur classe économique. Là où on parle d’islamophobie et de haine des arabes, il ne s’agit en fait que du dédain des petits ouvriers et des chômeurs. Le racisme est un argument forgé a posteriori par les classes dominantes. Il ne s’applique pas à des catégories religieuses, culturelles ou ethniques (des races) mais bien plutôt à des catégories économiques.

Toute la difficulté du modèle auquel se réfère Malek est dans la reconnaissance du « racisme comme une réalité mentale, une perception négative des autres en vertu de ce que l’on se représente qu’ils soient ». Car, le reconnaître c’est reconnaître que l’on puisse agir non pas en fonction de sa conscience de classe mais bien en fonction d’une certaine conscience ethnico religieuse méprisante ! Ce qui pour un aussi mauvais marxiste (puisque trivialement littéraliste) est une infidélité aux sources, si ce n’est « un piège idéaliste : une conscience ethnico religieuse dirigerait la perception et le comportement !!!! »

Sans aller loin dans l’analyse, nous allons le prendre au mot. Si le racisme ne s’appliquait à des catégories ethniques, ce serait alors un concept vide de tout sens et sans aucun lieu d’être. Un véritable non sens ! En quoi rendrait-il compte de quoi que ce soit si la réalité même de son objet est en cause ? Sauf pour l’appliquer à une race, à quoi pourrait-il servir ?!! Parlerait-on d’un racisme en l’absence de tout fondement racial à la base des ségrégations !! Et les siècles d’esclavages ?!!

Et comment pourrait-on militer des années au sein d’une organisation (SOS Racisme), dont on dénie le principe même d’existence : le racisme ?!!!

Allons plus loin et passons pour le moment sur ces contradictions (scandaleuses). A croire que le « racisme en tant que rejet de quelqu’un pour ce qu’il est » n’est qu’une vue « aliénée » de l’esprit, on n’est pas près de diminuer les paradoxes. Car, si tel était le cas, pourquoi croire en l’existence de l’antisémitisme, alors ?! N’est-ce pas une catégorie du racisme tel que Malek ne veut pas en entendre parler quand il s’agit d’autres catégories ethnico religieuses ?!! Car l’antisémitisme s’applique bel et bien à une catégorie ethnique, pire à un groupe religieux. Les citoyens de confession juive font l’objet d’un rejet pour ce qu’ils sont et pas pour leur appartenance à une classe. Peu importe, qu’il soit pauvre ou riche, prolo ou bourgeois, le juif fait l’objet d’un rejet antisémite.

Si antisémitisme il y a, c’est parce que racisme il y a. Et si racisme il y a, eh bien c’est simple : toutes les races peuvent en faire l’objet. Même les Arabes, mêmes les Musulmans, ceux dont plusieurs cimetières furent taguées à la croix gammée, dont certaines mosquées furent brûlées et dont certaines familles (sans être plus pauvres que d’autres) se réveillèrent sans maison en Corse !! Or Malek, si énergique contre l’antisémitisme, fait semblant de croire au simple « mépris des classes » concernant le racisme anti-arabe. Pour lui, il n’existe pas d’islamophobie, même si certains reconnaissent qu’ils soient islamophobes ! (lors de l’émission pluriel diffusée sur radio orient, la veille de l’aïd al-fitr 2003, Malek Boutih décrète l’islamophobie avouée du fondateur du Point, comme une simple erreur de formulation !!) Un propos ouvertement raciste et pleinement assumé par son auteur, n’en est pas un, « parce qu’on connaît la bonne foi de son auteur  » renchérit-il. Là, Malek n’est plus adepte des structures du réel. Il part d’un principe immuable, de la représentation mentale qu’il s’est forgé d’une personne pour juger de ses actes, et non l’inverse. C’est un idéaliste !! Quelle serait sa réaction si un vrai tolérant de confession musulmane s’est déclaré un jour « judéophobe » ?! Ce serait soit le « réalisme » (juger des actes et pas des représentations que l’on s’en fait) soit l’idéalisme mais dans l’autre sens : on part du principe immuable et de la représentation mentale qu’un musulman est potentiellement « antifeuj » (pour reprendre le titre d’un livre que notre ami Malek a cosigné).

La contradiction est encore plus horrible. Car, sans sa condamnation ardente de l’antisémitisme, et en le suivant dans son déni inconscient du phénomène raciste, certains « littéralistes heureux » l’auraient pris pour un négationniste qui s’ignore !!!!

Rappelons, si besoin est, que faire l’objet d’un racisme n’est aucunement un privilège. Refuser de reconnaître à certains la réalité de cette souffrance, par simple cohérence avec une idéologie, est un scandale absolu de la raison. Une raison retournée contre ses règles élémentaires de fonctionnement...C’est surtout la preuve que l’idéologie souveraine détruit d’abord et surtout la cohérence mentale. Cette même cohérence qu’elle prétend établir...

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Chercheur en psychologie cognitive.

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