Ma rencontre intime avec l’Eternel

A 60 ans, Salah avait déjà les cheveux grisonnants, la barbe blanche et le visage marqué par les difficult

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lundi 11 octobre 2010

Ma rencontre intime avec l’Eternel

A 60 ans, Salah avait déjà les cheveux grisonnants, la barbe blanche et le visage marqué par les difficultés de la vie. Il venait tout juste de partir à la retraite et décide d’aller au pèlerinage, à la rencontre de Dieu. Ce moment, ce voyage d’une intense spiritualité, Salah l’a attendu toute sa vie. 

Il arrive d’abord à Médine ou il passait son temps dans la mosquée du prophète (Psl). Il eut le temps de lire le coran en entier et au moins une fois par jour, il passait saluer le prophète (Psl) en se recueillant longuement devant sa tombe.

Après 8 jours passés à Médine auprès du prophète (Psl), Salah arrive enfin à la Mecque. Voir la Kaaba de ses propres yeux était sans aucun doute un des moments de bonheur les plus intenses de sa vie. Elle était belle, radieuse, lumineuse et tellement imposante.

Salah avait besoin de ce moment magique. Ce contact physique, il en a rêvé toute sa vie, lui qui a toujours souffert pour vivre et pour élever ses enfants. Le voilà enfin devant cette maison de Dieu, pleurant de bonheur. Les jours qui suivirent, Salah les passa à prier, à lire le coran et invoquer le pardon du Tout miséricordieux. Habillé simplement, souvent couvert de poussière, il buvait l’eau du puits millénaire de « Zamzam », multipliait les parcours (Sa’y) entre « Safa » et « Marwa » et accomplissait plusieurs fois par jour les circumambulations (Al-tawaf) autour de la Kaaba. Parfois, il marchait silencieusement et doucement, d’autres fois il se presse et souvent il lève les mains suppliant Dieu, les yeux ruisselant de larmes.

Le moment culminant de son séjour était la station (arrêt) au mont de « ’Arafat ». Il s’était bien préparé à ce moment fort du pèlerinage qui symbolise l’attente du jour du jugement dernier. Le Mont « ‘Arafat » et les collines qui l’entourent étaient couverts d’une marée humaine vêtue de blanc venue des quatre coins de la planète. Salah arrive sur les lieux vers 11h. Il repéra un endroit tranquille, discret et s’y installe pour être dans l’intimité de Dieu. Il était immergé dans cette lumière particulière qui inonde ces lieux saints en ce jour sacré. Il passa plus de 10 h dans un profond dialogue d’amour avec Dieu.

Salah est maintenant en paix avec Dieu et avec lui-même. Quelques jours avant de quitter la Mecque, il fait un rêve des plus étranges. Il voit le prophète (Psl) lui dire que Dieu était satisfait de son pèlerinage puis il le charge d’une mission. «  Dès que tu reviens dans ton pays, tu iras voir Sofiane M. et tu lui diras que le prophète (Psl) te salue » lui dit le prophète (Psl). Salah était bien sûr très heureux de ce rêve mais il n’y prêta pas plus d’attention que cela.

A son retour à l’aéroport d’Alger où il habitait, Salah était accueilli par une foule très nombreuse, sa famille, ses amis mais aussi ses voisins. Il était en effet très apprécié par les siens et par tous ceux qui le côtoyaient de près ou de loin. Tout le monde voulait l’entendre parler de ce voyage spirituel et de cette expérience de pardon de la part du Tout Miséricordieux.

Quelques jours après, Salah organise un grand repas auquel il invita tout le monde. Il profita de cette occasion pour distribuer les nombreux cadeaux qu’il a ramené de Médine et de la Mecque.

Deux semaines se sont déjà écoulées depuis son retour à Alger. Salah n’arrête pas de penser au rêve qu’il avait fait à la Mecque et à la mission que lui avait confié le prophète (Psl). Il alla consulter un imam qu’il connaissait bien et en lequel, il avait beaucoup confiance.

« Tu n’as rien à perdre. Va voir cette personne et raconte lui ton histoire » lui dit l’imam.

Après quelques jours d’hésitations, Salah décide enfin d’aller voir Sofiane M. Il se rend à Bab El Oued ou il est sensé habiter. Il arrive au milieu d’un quartier populaire où les enfants ont l’habitude de jouer au football dans la rue. Vêtu d’une grande gandoura blanche et d’un chèche (écharpe), Salah demande à un jeune garçon : « Dis moi mon enfant, connais-tu un certain Sofiane M., il doit habiter dans ce quartier ». Visiblement gêné, le jeune lui dit : « vous êtes sûr que vous cherchez cette personne ». « Absolument » réponds Salah.

« Alors, il doit être dans le bar au fond de la rue », dis l’enfant.

Prenant son courage à deux mains, Salah se dirige vers le bar et fait appeler Sofiane. Après quelques minutes, Sofiane sortit du bar. Il était à moitié soul. Il était à sa septième bouteille de bière.

« Vous êtes Sofiane M. » lui dit Salah.

« Oui monsieur ? Et vous êtes ? » répond Sofiane.

« Je suis venu vous dire que le prophète (Psl) vous salue, il vous passe le « Salam » » dit  Salah.

Sofiane sourit et s’apprête à regagner le bar.

« Je sui sérieux » dit  Salah. « J’ai accompli le pèlerinage à la Mecque cette année. Et après la station au mont de ‘Arafat, j’ai vu en rêve le prophète (Psl) qui m’a chargé de cette mission ».

« Avec tous le respect que je vous dois, vous devez vous tromper » dit Sofiane.

« Je ne pense pas que le prophète (Psl) puisse saluer une personne comme moi ».

« Pourquoi vous dites cela » rétorque Salah.

Les larmes aux yeux, Sofiane se confie : «  Je passe le plus clair de mes nuits dans ce bar. Ma vie est devenue un cauchemar depuis que j’ai commencé à boire. J’ai 5 enfants que je vois très rarement. J’ai tellement honte de moi, de ce que je suis que je ne veux pas qu’ils me voient dans cet état. C’est pourquoi je rentre très tard le soir chez moi. Je n’ai jamais fait la prière de ma vie mais je n’ai jamais cessé d’implorer le pardon de Dieu. Je Lui ai souvent demandé de m’aider à m’en sortir mais je ne vois rien venir. Pourquoi Dieu ne m’aime t-Il pas ? Pourquoi Il ne m’aime pas ? ». Il  tombe dans les bras de Salah et éclate en sanglot. 

Très touché parce qu’il vient d’entendre, les larmes aux yeux, Salah lui dit : « Tu ne peux pas imaginer combien Dieu t’aime. Que tu sois conscient du mal que tu fais à toi-même et à ta famille, c’est très important. Et si le prophète (Psl) m’envoie vers toi aujourd’hui, c’est bien pour t’aider. Tu fais sûrement du bien autour de toi, mon fils ».

« Pas que je sache. Ma vie se résume à ce que je t’ai raconté. Je viens tous les jours ici dans ce bar pour boire et oublier », réponds Sofiane.

« Réfléchis bien », insiste Salah.

« J’ai peur que ce que vous avez vu ne soit qu’un amas de rêves sans signification » dit Sofiane en regagnant le bar.

Très déçu, Salah s’apprêtait à partir quand Sofiane sortit du bar, l’appelle et lui dit : « je vais vous raconter une histoire dont je suis particulièrement fier et que je n’ai raconté à personne ».

Comme la plupart des musulmans, j’ai acheté à mes enfants un mouton pour le sacrifier le jour de la fête de l’Aïd Al Adha pour célébrer la tradition de notre père Ibrâhim (Psl). Comme d’habitude, mes enfants étaient ravis et passaient leurs journées avec le mouton. Le jour de l’Aïd, vers 10h du matin, mes enfants et moi avions préparé le mouton pour le tuer. Comme il n’était pas bien attaché, le mouton a réussi à s’enfuir. Il est sorti de la maison et allé se refugier chez notre voisine Bahdja, une veuve, mère de 4 enfants. Son mari est mort il y a quelques années et depuis, elle avait beaucoup de mal à subvenir aux besoins de ses enfants. Lorsqu’ils voient le mouton, Samir, Yousef, Kawthar et Myriam explosent de joie.

« Maman, maman, c’est notre mouton. Dieu nous l’a envoyé » disaient ils fièrement à Bahdja. « Non mes enfants. C’est le mouton de notre voisin Sofiane. Il faut le lui rendre  » leur répondit-elle. Elle attrape le mouton, le prends par les cornes et le traine vers la sortie devant les pleurs de ses enfants.

J’ai assisté à toute la scène. J’étais vraiment ému devant ces orphelins. C’est alors que j’ai dit à leur maman. « Dieu leur a envoyé ce mouton. Et je vais le sacrifier ici pour eux et avec eux ».

Au bout de 2h, j’avais fini tout le travail. Je suis revenu chez moi. J’ai pris mes enfants et nous sommes allés passer l’Aïd avec mes parents.

 Salah n’arrivait pas à retenir ses larmes. « Mon fils » lui dit il. « Tu ne peux pas imaginer combien Dieu T’aime. Tu as fais une action qui va surement changer le cours de ta vie. C’est pour cette raison que Dieu m’envoie vers toi. Ne rate pas cette occasion pour te réfugier auprès de Lui. Tu sais ce qui te reste à faire ».

Avant de le quitter, Salah lui donne un petit paquet. "Un souvenir de ma rencontre intime avec Dieu"  lui dit-il. Sofiane ouvre le paquet dans lequel il y avait une gandoura blanche, un tapis de prière, un chapelet et un petit mot, une parole du prophète (Psl) qu’il découvre et qui a fait vibrer son cœur : « Certainement,  Je suis conforme à la bonne idée que se fait de Moi Mon serviteur. Je suis avec lui à chaque fois qu’il Me mentionne. S’il M’évoque en lui-même, Je l’évoquerai en Moi-même. S’il M’évoque en public, Je l’évoquerai devant un public meilleur encore. S’il s’approche de Moi d’un empan, Je Me rapproche de lui d’une coudée. S’il s’approche de Moi d’une coudée, Je Me rapproche de lui d’une brasse. S’il vient à Moi à petits pas, Je M’avancerai à toute vitesse" (hadith divin rapporté par Bukhârî et Muslim).

Deux années après cette rencontre avec Salah, Sofiane était parmi les premiers pèlerins à arriver sur les collines de ’Arafat à la recherche de ce rendez-vous intime avec Dieu.

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Auteur : Azzedine Gaci

Recteur de la mosquée « Othmane » de Villeurbanne.

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