Samedi 29 November 2014
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Lire le Coran autrement ? (partie 1 sur 2)

Lire le Coran autrement ? (partie 1 sur 2)
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Comment aider à entrer dans l’univers coranique si difficile d’accès ceux qui, non-musulmans comme musulmans, sont désireux de mieux se saisir de ce texte de portée universelle et qui sont sensibles aux interrogations du monde moderne, notamment à celles que soulèvent les sciences humaines ?

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Comment lire aujourd’hui le Coran ? La question peut ne pas se poser à ceux qui, musulmans pieux, bercés et nourris depuis leur enfance par la musique et par le contenu du Livre de Dieu, ont progressivement trouvé les chemins de leur vie spirituelle. Mais nous sommes dans un monde où toutes les croyances, toutes les pensées, tous les systèmes religieux comme toutes les idéologies sont soumis à l’épreuve d’une critique parfois rigoureuse.

Comment, dès lors, faire une présentation actuelle du Coran qui réponde aux exigences des temps contemporains ? Comment aider à entrer dans l’univers coranique si difficile d’accès ceux qui, non-musulmans comme musulmans, sont désireux de mieux se saisir de ce texte de portée universelle et qui sont sensibles aux interrogations du monde moderne, notamment à celles que soulèvent les sciences humaines ?

Le Coran : un acte de communication

Le Coran, pour le croyant, est un message du Ciel vers la terre. C’est-à-dire qu’il constitue un acte de communication. Le processus de révélation qu’il représente permet de distinguer : 1) - un « émetteur » : le Seigneur qui parle ; 2) - un « récepteur » : en l’occurrence le Prophète Muhammad (la Paix et la Bénédiction soient sur lui) ; 3) - un code de communication : la langue arabe ; et 4) - un « canal » : la Révélation. Six éléments apparaissent, conformément à ce que permettent d’observer les théories de la communication : le Message (1), son « Expéditeur » divin (2), le destinataire (3), le « contact » que représente la Révélation (4), le code qui est constitué par la langue (5), et le contexte (6).

Car le Coran se présente bien comme un Message envoyé par Dieu à Muhammad et, par lui, à toute l’humanité, à travers une Révélation qui s’est étendue sur vingt-deux ans, dans un contexte bien déterminé qui est celui de l’Arabie du VIIè siècle, dont la langue était l’arabe.

Le message coranique n’a pu être révélé que parce qu’il a été compris ! Comme tout texte, le discours coranique n’est pas explicite en lui-même. Pour être reçu, il lui fallait être décodé, interprété. Comme le soutient l’intellectuel égyptien Nasr Hamid Abû Zayd : « L’interprétation est l’autre face du texte ». En tant que message, le Coran est une sorte d’organisme vivant, qui véhicule des informations différentes d’un lecteur à l’autre, à la mesure de la compréhension de chacun.

Selon la personnalité du lecteur ou de l’auditeur, selon les horizons culturel, historique ou social de celui-ci, l’information véhiculée va être perçue de manière différente. Pour le recevoir comme message pour son temps, chaque homme, ou chaque peuple, ou chaque époque, a besoin de faire sa propre interprétation du Coran. La réception d’un lecteur ou d’un auditeur du XXIè siècle ne peut pas être la même que celle d’un lecteur ou d’un auditeur du VIIè siècle.

Or il y a une illusion qui est entretenue en permanence par le discours dominant de tout un Islam qui se présente comme celui de la seule « orthodoxie » : l’illusion de croire que Coran ne pourrait pas faire l’objet d’interprétations multiples et évolutives en fonction des moments et des conditions de la réception du texte. Une seule lecture, une seule interprétation serait possible et acceptable : celle qui a été codifiée dans les écrits des savants du passé. Une interprétation qui traverserait les générations et les siècles, à laquelle il serait indispensable de se référer et dont on pourrait se contenter aujourd’hui.

Qui parle ? Le Coran ou bien ses lecteurs et interprètes ?

Ali ibn abû Talib, cousin et gendre du Prophète, quatrième des califes bien guidés, aurait affirmé un jour : « Le Coran ne parle pas de lui-même : ce sont les hommes qui le font parler ». Car nous sommes tous marqués, dans notre lecture, par notre temps, notre histoire, notre milieu. Nous entendons du texte ce qui nous parle. Toute lecture est marquée par nos préjugés. Quand nous affirmons : « Le Coran dit que... », n’est-ce pas d’abord nous qui disons que le Coran dit ceci ou cela ?... Et notre utilisation du texte coranique n’en dit-elle pas plus sur nous-mêmes que sur le message divin ?

Car, la plupart du temps, nous faisons une lecture fragmentée du texte coranique, ou (et) une lecture intéressée ou « calculée » de celui-ci. Nous cherchons à prouver ceci ou cela, que nous croyons vrai, par le recours à tel ou tel verset du Coran. Utilisant ainsi le texte selon nos conceptions, voire selon nos intérêts, nous tendons parfois à « diviniser » notre lecture, tirant le texte à nous... au lieu de nous laisser tirer par lui !

Nos lectures du Coran sont ainsi idéologiques, qu’il s’agisse de nos lectures personnelles, ou des lectures « institutionnelles », celles des grandes universités islamiques ou des divers conseils d’oulémas de pays différents. Mais en agissant ainsi, nous faisons comme si nous pouvions prétendre détenir LE véritable sens du Coran. Nous nous donnons un droit de maîtrise sur la Parole de Dieu, l’enfermant dans nos représentations inévitablement étroites.

En France aujourd’hui, il est fréquent d’entendre, à l’occasion de conférences ou de discussions, des musulmans qui interviennent en parsemant leurs propos de citations coraniques qu’ils s’approprient pour les mettre au service de leurs opinions. Quand, de surcroît, les versets choisis sont cités en arabe, leurs propos se trouvent comme « absolutisés », et leurs auditeurs en sont anesthésiés.

Trop de gens, malheureusement, sont ainsi tentés d’absolutiser leur propre pensée en utilisant à tout bout de champ des versets du Livre Saint qu’ils ont choisis de manière sélective, sortant ces versets de leur contexte et en méconnaissant l’unité profonde du texte coranique. L’un dira quand cela l’arrangera : « Nulle contrainte en religion ! » (Coran 2, 256), se gardant bien de citer ce verset dans son environnement, tandis qu’un autre, avec des intentions sans doute différentes, brandira des versets agressifs à l’égard des Juifs ou des Chrétiens, sans se soucier des conditions historiques de la descente de ces versets.

Avec ce type de fonctionnement, bien entendu, le texte coranique n’est pas considéré dans sa totalité, en tant que système de relations internes. Il est pris comme une suite d’unités isolées de la totalité. On méconnaît, alors, que le discours coranique est, comme le dit joliment le Professeur Mohamed Arkoun, « une orchestration à la fois musicale et sémantique de concepts-clés » et que le Coran doit probablement être approché d’abord à travers les thèmes dont il traite et qui parcourent tout son texte.

Même de « bonnes volontés » modernistes peuvent se laisser piéger par un certain « fondamentalisme textuel ». Des féministes musulmanes, par exemple, voulant se dégager des normes infantilisantes dans lesquelles d’aucuns les enferment à coup de versets coraniques, vont à leur tour tenter de passer par d’autres versets pour prouver le contraire.

Elles privilégient certains versets, considérant que ces derniers peuvent contrôler la signification et l’interprétation de nombreux autres. La démarche est respectable, mais est-elle efficace ? N’est-ce pas adopter une attitude passive devant le texte pris comme un document figé, en faisant fi de l’interaction qui doit fonctionner entre celui-ci et son public d’auditeurs ou de lecteurs ?

N’est-ce pas admettre sans esprit critique que les normes émanent systématiquement de l’intérieur du texte, et non pas des processus sociaux et historiques ? Plutôt que de déclarer de manière idéologique que le Coran prône l’égalité des sexes, ce qui ne correspond pas à la réalité, ne vaudrait-il pas mieux étudier le contexte dans lequel la Révélation de Dieu s’est déroulée, afin de comprendre comment celle-ci continue de se manifester avec efficacité dans notre histoire ?

Au lieu de nier que des normes patriarcales apparaissent à maintes reprises tout au long du texte sacré, ne vaut-il pas mieux effectuer une exploration précise de comment elles se sont imposées dans les pratiques et les comportements des musulmans, afin de mieux pouvoir s’en libérer ?

Pour faire évoluer leur condition, les femmes (comme tous les autres croyants) doivent apprendre à entrer en conversation profonde avec le texte sacré, plutôt que transposer sur celui-ci ce qu’elles aimeraient qu’il dise à leur place ! C’est cette interactivité qui leur donnera la force d’effectuer des transformations pour combattre le patriarcat et d’aller vers plus de justice et d’égalité. Sinon, au lieu de prendre leur place de « sujets communiquant », elles continueront à s’en remettre passivement au texte - sublimé cette fois-ci.

A suivre...

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Commentaires

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Easy
-81 points

A mon avis, il ne y'a pas de meilleur lecture du coran en dehors de son exegèse qui se divise en deux parties :

1. at-tafsîr bil-ma’thûr c’est-à-dire l’exégèse par tradition. elle consiste à expliquer et interpréter le Coran à l’aide de traditions bénéficiant ou non d’une large base de transmission [tawâtur]. Cette catégorie d’exégèse tourne autour des récits recueillis auprès de Dieu — glorifié soit Il — dans le Coran, ceux recueillis auprès du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, ceux recueillis auprès des compagnons du Prophète — que Dieu les agrée —, et enfin ceux recueillis par les successeurs des compagnons — que Dieu leur fasse miséricorde — On cite parmi les livres contenant ce type d'exégèse : l'exégèse de Ibn jarir Attabari, l´éxégèse de ibn kathir, l'éxégèse de Albaghaoui

2. at-tafsîr bir-ra’y c’est-à-dire l’exégèse par l’opinion qui est soit "juste, et selon un ijtihâd(effort intellectuel) correct fondé sur une connaissance suffisante des règles linguistiques, ...

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Easy
-81 points

...une connaissance suffisante des règles linguistiques, juridiques et fondamentales à savoir : les fondements de la religion, les fondements d la jurisprudence islamique, la science des traditions et des hadîths, et ne contredisant pas un texte authentique, ni une raison saine, ni une science certaine fermement établie, et ne se passant en aucun cas des traditions quelle que soit son orientation ou sa coloration" soit "une exegèse récusée et rejetée consistant à interpréter le Coran sans avoir les qualifications prérequises, ou l'interprétation selon la passion et le goût personnel, ou l’interprétation visant à soutenir une opinion erronnée, ou l’exégèse de l’équivoque que seul Dieu connaît, cette catégorie de tafsîr comprend souvent des narrations fausses et sans fondement. On cite parmi les livres de l'exégèse par opinion : "Les clés de l'inconnaissable"-Mafatih alghayb- de l'imam Fakhr eddine Arrazi , "la mer ocean"-Albahr Almohit- de Abi hayyane Attawhidi. "l'explorateur" de ...

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Easy
-81 points

...de Azzamakhchari.

Il convient de signaler que les savants divergèrent au sujet de l’exégèse par autre chose que la tradition. Certains dirent que nul n’a le droit d’interpréter le moindre passage du Coran fut-il un savant homme de lettres connaissant extensivement les arguments, la jurisprudence, la grammaire, les récits et les traditions, que nul n’a le droit de dire autre chose que les narrations venant du Prophète — paix et bénédictions sur lui — ou de ses Compagnons qui s’instruisirent auprès de lui et des Successeurs qui s’instruisirent auprès d’eux. Tandis que d'autres autorisèrent l’interprétation du Coran selon l’opinion et l’effort de réflexion (al-ijtihâd) et chacun des deux partis avancent des arguments.

Pour plus d'infos : http://labregesurlislam.xooit.com/t371-Les-categories-de-l-exegese-coran...

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Mouhibollah
-33 points

Il est regrettable que des musulmans cultivés importent aveuglément de tels outils pour étudier un texte aussi sain. Je ne suis pas contre l’usage des sciences humaines pour étudier le Coran, notamment ; mais à la seule condition de s’interroger sur les motivations lexicales des concepts et les éventuels arrière-fonds idéologiques, ô combien nombreux et subtils. Importer ces outils sans interroger leurs conditions de production qui les ont rendus possibles c’est, non pas pénétrer le Coran, mais faire un saut rapide et périlleux par-dessus le Coran. De surcroit, ce sont ces mêmes personnes qui nous disent que les sciences du Coran, les fondements du droit musulman, les sciences du hadith, etc., seraient désormais « obsolètes », « archaïques » et ne seraient plus en phase avec notre contexte. En la matière, leur ennemi premier est l’Imâm as-Shâfi’î. En effet, Abou Zayd et Arkoun se sont attelés à « déconstruire » et à « historiciser » les prétendues « manipulations » des Textes..à suivre

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Mouhibollah
-33 points

qui seraient faites par l’Imâm. Pourtant lorsqu’on lit attentivement les écrits de l’Imâm, des spécialistes des fondements du droit musulman, des spécialistes des préceptes juridiques et des spécialistes des sciences du Coran, l’on est frappé par leurs incessantes références au Coran et à la Sunna pour justifier l’usage de telles règles génériques. Peu importe s’ils ont vu juste ou pas, s’ils l’ont fait correctement ou pas, c’est aux savants de nous le dire, mais l’essentiel étant qu’ils ont créé tant bien que mal ces règles à la lumière des Textes et non pas l’inverse. Par exemple, le Coran étant un Livre en langue arabe, les savants ont donc étudié minutieusement cette langue pour étudier le Coran, et n’ont pas appliqué aveuglément je ne sais quelle théorie de Ferdinand-de-Saussure à laquelle est fait explicitement référence dans les écrits d’Abou Zayd notamment, ainsi qu’à la philologie Nietzschéenne : le sous-titre du livre de Nasr Hâmi Abou Zayd (An-Naç wa soltah wa lhaqîqah)...

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Mouhibollah
-33 points

s’inscrit explicitement bien dans cette perspective Nietzschéo-marxiste : « irâdatu al-ma’rifah wa irâdatu al-haymanah » (= la volonté de savoir et la volonté de puissance), concepts issus également des écrits du Nietzschéen Michel Foucault. Bref, aux yeux des clairvoyants, la finalité de ces écrits est de nous proposer une lecture nihiliste et donc « dévastatrice » du Coran !
On nous dit inlassablement que les lectures passées sont socio-historiquement construites, sans en apporter de preuves solides en définitive. Et qu’il faudrait donc inventer notre propre lecture « moderne ». Mais on est en droit à notre tour de se poser la question suivante : dans quelle mesure votre lecture, à vous, serait plus affranchie des vulgaires influences subjectives et contextuelles ? En quoi votre subjectivité à vous est-elle plus scientifique que celle d’autres exégètes ?! Vous êtes, vous aussi, humain, vous avez donc bien une subjectivité, vous avez bien un contexte. Et dans une même période,...

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Mouhibollah
-33 points

, fut-elle une décennie, nous avons bien plusieurs contextes. Et dans un même contexte, nous avons bien plusieurs subjectivités. Finalement, s’il faut évaluer la scientificité des lectures coraniques à l’aune du contexte et de la subjectivité qu’on leur attribue, à supposer qu’il y ait un lien, dans ce cas, toutes les lectures seraient subjectives, aucune lecture ne serait scientifique, pas même celle des exégètes qui ont consacré d’austères études au Coran. Finalement, à vous lire, rien n’est. Je dis bien rien, rien, nihil. Vous l’avez compris, j’espère. L’objectif de ces idéologies est en dernière analyse de dévaster le respectable travail des savants, et de permettre par-là aux hommes, quel que soit leur degré de connaissance, surtout aux plus incultes et ignares, d’interpréter le Coran comme bon leur semble.

Et à y regarder de plus près, on se rend vite compte que leurs "outils" sont mieux à même d'être contextualisés, en ce qu'ils sont politiquement construits...

Mouhib

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Vaillant
0 points

Tout à fait Mouhib, Rachid en fidèle élève d'Arkoun, propose ni plus ni moins une lecture du texte coranique avec le postulat que ce n'est pas la parole de Dieu. En somme, traiter le texte coranique comme on traiterait n'importe quelle oeuvre humaine.

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Liliane Bénard
-309 points

l'ouvrage de Rachid Benzine Le Coran pour les jeunes est probant. Il rend compte d'une lecture du Coran dans sa globalité.
Ici, s'adressant aux femmes, il semble dire qu'elles ne sauraient trouver dans le Coran l'affirmation de l'égalité des sexes. Pense-t-il qu'elles ne soient pas capables de lire la totalité du Coran et d'en tirer des significations conformes à l'esprit du Texte ?
Qu'il s'adresse aux jeunes ou qu'il s'adresse aux femmes, ce sont des raisons qu'il interroge, distinguant l'Esprit de Dieu et les cervelles humaines.
Nous savons que l'égalité des sexes est demandée par notre temps et aussi qu'à travers l'histoire le sexe féminin a été fort dominé par le masculin. La question demeure que dit Dieu, la réponse n'est pas si simple, sachant qu'il ne parle pas que dans les Livres. Une question meilleure serait qu'en est-il en toute justice. Nous sommes alors en présence d'un des grands principes du droit . Qui osera dire ensuite que Dieu est injuste?
Nous sommes responsables de

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Liliane Bénard
-309 points

Nous sommes responsables de nos lectures. Si nous lisons un Texte dont l'initiateur est divin, ce texte ne saurait contredire ce que nous savons de Dieu. En saine logique.
Si un texte rend compte d'un environnement socio-politique, c'est possible mais son initiation est alors différente. Ma lecture du Coran m'a fait voir que ce Texte fait souvent dialoguer plusieurs interlocuteurs...
Le concept d'égalité y est finement analysé...
Ce même jour Eric Geoffroy nous a rappelé les "maqasid" ( les principes d'interprétation respectés par les exégètes...) ils favorisent la bonne mesure.

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Mouhibollah
-33 points

J'invite les intéressés (arabophones) à lire l'excellent ouvrage du chercheur tunisien, Al-Jilânî Miftâh, intitulé "al-hadâthiyyûn al-'arab wal qurân al-karîm, fî al-'oqoudi athalâta al-akhîrah", paru en 2006. Cet ouvrage étudie les "lectures modernes" du Coran sur les 3 dernières décennies. On a du Chahrour, du Arkoun, du Abou Zayd et bien d'autres. C'est une étude critique très approfondie et très éclairante.

Un ouvrage qui a fait débat parmi les intellectuels musulmans.

Bonne lecture

Mouhib

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Mouhibollah
-33 points

Vaillant,

En fait, j'ai lu ces gens là, et ils "croient", disent-ils, que le Coran est la parole révélée par Dieu à son Messager Muhammad (ç). Là n'est donc pas le problème, si ce n'est qu'ils deviennent de ce fait plus dangereux que les simples vulgaires orientalistes.
Le problème étant qu'ils lui appliquent des outils inadéquats, non dépourvus d'idéologies, en dénigrant certains ouvrages clés, anciens comme les plus récents, d'"archaïques", "obsolètes", "orthodoxes", "arriérés", "fondamentalistes", etc. Et la Parole coranique, même si elle provient de Dieu, à leur yeux, elle n'en demeure pas moins construite!Que dis-je?! "le divin est lui même sujet à historicité" nous dit l'un de ces "penseurs", cité avec jouissance par l'auteur des "nouveaux penseurs de l'Islam", à la page 257!

Mouhib

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FRA
0 points

Si beaucoup en parle sans connaitre c'est aussi parce que nous vivons dans une société ou de moins en moins de personnes lisent, notamment chez les jeunes, ça peut paraître hors sujet mais ça rejoins le thème si on extrapole sur les sujets de "maintien dans l'ignorance".
Il faudrait une diffusion du savoir beaucoup plus rependue notamment chez les jeunes pour éviter de nombreux quiproquo avec comme exemple des outils comme
Coran en français audio

si on arrive pas à les attacher à la lecture

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michel75200
-1710 points

Mouhibollah,

J'ai lu avec attention vos posts ci-dessus. Ils me rappellent une fameuse "querelle des anciens et des modernes" au sein du protestantisme, sur la recevabilité — ou non — de l'analyse exégétique des Evangiles (un débat mal posé, à mon avis).
Entre autres, vous déclarez :

« Je ne suis pas contre l’usage des sciences humaines pour étudier le Coran, notamment ; mais à la seule condition de S’INTERROGER sur les motivations lexicales des concepts et les éventuels arrière-fonds idéologiques, ô combien NOMBREUX et SUBTILS. Importer ces outils sans interroger les CONDITIONS DE PRODUCTION qui les ont rendus possibles… [..]

« On nous dit inlassablement que les lectures passées sont socio-historiquement CONSTRUITES, sans en apporter de preuves solides en définitive. [..] Mais on est en droit à notre tour de se poser la question suivante : dans quelle mesure votre lecture, à vous, serait plus affranchie des vulgaires INFLUENCES subjectives et contextuelles ? [..]
(à suivre)

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michel75200
-1710 points

(suite 1)
« Et à y regarder de plus près, on se rend vite compte que LEURS "outils" sont mieux à même d'être contextualisés, en ce qu'ils SONT politiquement CONSTRUITS... »

J'appelle ça une "réponse du berger à la bergère" ou un "retour à l'envoyeur", au sens où vous retournez « LEURS "outils" » contre ceux qui les utilisent, leurs thèses contre ceux qui les propagent.
Mais je me pose une première question : en mentionnant « LEURS "outils" », de qui parlez-vous ? Mis à part Abou Zayd, Arkoun et Chahrour, c’est flou : « des musulmans cultivés », « ces mêmes personnes », « On », « vous », « ces gens là », « ils », « les "nouveaux penseurs de l'Islam" ».

J'y reconnais le premier indice d'un débat mal posé, d'une "querelle" inutile. Vous n'avez pas cerné la cible de votre critique et vous êtes incapable d'en préciser les contours. Vous visez un vaste élan "modernisateur" en gommant sa diversité, voire ses contradictions. Je crains que Al-Jilânî Miftâh, votre caution, ne fasse pas mieux.

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michel75200
-1710 points

(suite 2)
Pour reprendre vos propres mots, vous n'avez « pas défini le concept » de "lecture moderne du Qu'ran". Votre exposé ne suffit pas à en faire une « notion opérationnelle provisoire » comme c'est le cas pour l'expression "orthodoxie sunnite" dans l'article en 2 parties : « Une orthodoxie inoxydable » (le forum de la 2ème partie a été supprimé, mais je me souviens de vos deux posts).

Ma deuxième question porte sur la cohérence de vos propos.
Dans les passages cités ci-dessus, vous reconnaissez l'efficacité de ces "outils", puisque votre argumentation s'appuie sur leur emploi.
D'ailleurs, je me demande s’ils ne sont pas mis en oeuvre dans l’étude sur les "nouveaux penseurs de l'islam" dont vous affirmez : « Cet ouvrage étudie les "lectures modernes" du Coran sur les 3 dernières décennies. [..] C'est une étude critique très approfondie et très éclairante. »

Pourtant, quand il sont appliqués aux lectures classiques du Qu'ran, vous hésitez et prenez des précautions de langage.

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michel75200
-1710 points

(suite 3)
Vous déclarez :
« S’il faut évaluer la scientificité des lectures CORANIQUES à l’aune du contexte et de la subjectivité qu’on leur attribue, à SUPPOSER qu’il y ait un lien... »

Cette ambiguïté dans votre rapport aux thèses sur la "construction historico-sociale" des textes est le deuxième indice d'un débat sans issue. En effet, celui-ci porte sur une exigence méthodologique essentielle à l'étude de tout texte sacré : durant la phase d'analyse, mettre ENTRE PARENTHESES foi et croyances afin de procéder exactement COMME SI c'était un texte quelconque. Cette exigence n'est pas apparue n'importe quand dans l'histoire, mais elle est devenue un critère de scientificité.

Ma troisième remarque porte précisément sur la question du statut de la science dans une perspective où la production scientifique elle-même est supposée "historiquement construite" (dans "historico-social", le "social" est de trop, seul un contexte civilisationnel est assez puissant pour avoir une influence).

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michel75200
-1710 points

(suite 4)
Vous en concluez :
« ... dans ce cas, toutes les lectures seraient subjectives, aucune lecture ne serait scientifique »
Vous vous heurtez là, comme bien d'autres, au paradoxe central de cette approche — dite "post-moderne" — de l'histoire des sciences, qui semble conduire à un cercle vicieux : cette "histoire" nierait l'existence même de son objet d'étude, "les sciences" !
Evidemment, le problème n'a pas échappé aux penseurs du "post-modernisme", qui lui ont apporté diverses réponses et même des solutions.

Premièrement, l'idée de "construction historique" est devenue une qualification universellement appliquée aux objets, concepts et théories des sciences. Elle est donc neutre, ni péjorative, ni destructrice.
Deuxièmement, elle ne s'applique pas à ce qui échappe à l'étude scientifique : la foi, la spiritualité, ainsi que la possible dimension "divine" des phénomènes étudiés, qui dépendent de chaque religion. Elle ne peut donc pas servir à disqualifier un "fait religieux".

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michel75200
-1710 points

(suite 5)
Quatrièmement, en énonçant le POSTULAT que toute production scientifique est "historiquement construite", les penseurs du post-modernisme ne font que généraliser un constat empirique concernant toutes les sciences EXPERIMENTALES, dont on connaît les crises et les renversements théoriques : tout ce qui a été reconnu comme scientifique à une époque (dans une civilisation donnée) est considéré aujourd’hui comme ne l’étant plus (dans cette même civilisation, qui a évolué). Ceci, qui a été vu et analysé pour le passé, est simplement appliqué aussi au présent : ce qui est scientifique aujourd’hui ne le sera plus demain.

Mais l’historien qui s’appuie sur ce postulat pour analyser un domaine scientifique précis d’une certaine époque (dans une civilisation donnée) n’est nullement dispensé d’y rechercher des traces effectives de "construction historiquement datée" et d’en prouver l’existence sans contestation possible.

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michel75200
-1710 points

(suite 6)
Pour cela, sa méthode doit être irréprochable. L’on pourra toujours postuler que celle-ci est "historiquement construite", mais aucun des autres historiens ne doit pouvoir prouver que cette méthode repose sur des présupposés identifiables, qu’ils soient idéologiques, politiques ou autres, étant entendu que cette exigence n’autorise aucune attaque "ad hominem", ni le moindre procès d’intention, ni l'emploi d'un style pamphlétaire. Par exemple, qu’un chercheur soit financé par un Etat raciste, voire instrumentalisé par lui, ne saurait suffire à disqualifier sa méthode.

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Mouhibollah
-33 points

Michel7520,

Je vais être bref et précis. Mon approche est radicale. Ce n'est pas tant les résultats des néo-orientalistes (voilà ils sont nommés) qui m'intéressent, que leurs méthodes qui nous y conduisent. Nous avons la preuve incontestable que leurs méthodes sont idéologiquement construites, elles n'ont pas de fondements scientifiques.

Bref, remettre en cause la validité contemporaine de nos exégèses, sous le seul prétexte qu'elles auraient été historiquement construites, et avec des méthodes elles-mêmes historiquement construites, me parait pour le moins scientifiquement infondé!

Et je trouve, par exemple, drôle de conjecturer en disant que les lectures des savants auraient été influencées par des financements et des pouvoirs, alors que l'auteur de ces conjectures est lui même financé notamment par un gouvernement dont "la politique musulmane" est manifestement islamophobe! L'hôpital qui se fout de la charité.

Cordialement
Mouhib

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michel75200
-1710 points

(suite 7)
J’ajouterai un cinquième point. L’approche post-moderniste de l’histoire des sciences ne peut se suffire à elle-même. Elle ne disqualifie pas les approches classiques, au contraire elle a besoin de celles-ci et leur est complémentaire.

Pour me faire comprendre, une analogie visuelle me sera utile. Les biologistes utilisent des microscopes pour étudier les tissus vivants, mais ils ne peuvent se contenter de les regarder avec ces outils. Ils ont besoin aussi de les examiner à l’œil nu, puis avec divers grossissements. L’image extrêmement précise d’une seule cellule ne prend sens qu’accompagnée d’autres images (moins détaillées) des cellules environnantes et du fragment de tissu qui les contient. La focalisation extrême sur un détail minuscule ne va pas sans un regard plus vaste et moins précis sur ce qui l’entoure.

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michel75200
-1710 points

(suite 8 et fin)
L’approche post-moderniste fonctionne comme un microscope, elle permet d’analyser de manière très fine telle ou telle production scientifique, en interaction avec son époque (dans une civilisation). Elle peut se focaliser sur ces détails uniquement si la production étudiée est d’abord incluse dans une connaissance plus large de l’histoire des sciences (dans cette civilisation).

En conclusion, les sciences conservent un statut particulier par rapport aux autres productions humaines. L’analyse de leur caractère "historiquement construit" est devenu une branche nouvelle dans l’arborescence des méthodes scientifiques d’étude de l’histoire des sciences.

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mostefa55
-142 points

Mouhibollah,

Mon analyse ci-dessus me permet de démontrer pourquoi vous avez tort quand vous affirmez :
« Remettre en cause la validité contemporaine de nos exégèses, sous le seul prétexte qu'elles auraient été historiquement construites, et avec des méthodes elles-mêmes historiquement construites, me parait pour le moins scientifiquement infondé! »

Ce pseudo-paradoxe se résout facilement si l'on tient compte correctement du passage du temps :
Avec des méthodes modernes ACTUELLEMENT irréprochables, mais dont il pourra sans doute être démontré PLUS TARD en quoi elles étaient historiquement construites,...
... il est tout à fait possible de prouver ACTUELLEMENT que des exégèses anciennes n'ont plus de validité, en démontrant de manière précise en quoi elles ONT ETE historiquement construites.
Il s'agit là d'une démarche dont le caractère SCIENTIFIQUE est incontestable.

Ainsi, c'est la totalité de votre argumentation qui s'écroule, entraînant vos thèses dans une chute irrémédiable