Lettre ouverte aux Nord-Américains (partie 1)

Depuis la journée apocalyptique du 11 septembre, certains médias occidentaux, animés, qui par l’animosit

par

dimanche 19 janvier 2003

Depuis la journée apocalyptique du 11 septembre, certains médias occidentaux, animés, qui par l’animosité, qui par une solidarité « tribale » inconditionnelle, ou parfois par le désir légitime d’évaluer les effets produits sur vous aux divers niveaux de votre société, ont rapporté un grand nombre de réactions, d’analyses, de points de vue.

Un sentiment particulièrement frappant a souvent été exprimé par bon nombre de vos concitoyens, souvent de manière pathétique : « pourquoi ne nous aime-t-on pas ? »

Un sentiment d’une telle candeur, peut avoir plusieurs significations.

Il peut vouloir dire qu’il y a mauvaise foi, et que l’on tente ainsi de dissimuler les effets négatifs de vos politiques, nationales et extérieures, et n’avoir à répondre que des bienfaits que vous êtes censés procurer aux autres. C’est sans aucun doute, une attitude que l’on peut imputer aux plus informés d’entre vous, c’est-à-dire, à vos dirigeants dont le cynisme a maintes fois été établi aux yeux d’observateurs avisés.

Beaucoup d’entre-vous, peuvent cependant prétendre en toute bonne foi, ignorer à peu prés tout, de ce qui se passe en dehors de vos frontières. Mais alors peut-on vous rétorquer, ce type de comportement est inadmissible pour un peuple qui a la charge d’élire l’homme le plus puissant de la terre ! « Il n’y a rien de plus effrayant que l’ignorance agissante » disait J. W.von Goethe au XIX°siècle.

Il est également possible que vous ayez affaire à un modèle de société où l’on s’évertue à vous présenter les choses sous l’aspect qui vous convient le mieux. Dans ce cas on peut en appeler à un autre grand penseur occidental, B.Pascal qui écrivait au XVII° siècle, que « le plus grand dérèglement de l’esprit est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient ».

Alors permettez qu’un Arabo-musulman, qui se targue, sans complexe et sans réserve d’être aussi un citoyen du monde, vous dise, ce que le plus grand nombre de gens de mon aire culturelle, et ce que probablement beaucoup de gens de par le monde, auraient à vous dire.

Certes, en une période relativement courte par rapport à l’échelle de l’histoire humaine, vous avez réussi à constituer un grand peuple, qui a su exploiter le capital Savoir des civilisations antérieures, pour faire avancer le progrès dans divers domaines ;certes vous « trustez » régulièrement les prix Nobel dans différentes compétences scientifiques qui provoquent des retombées bénéfiques universelles ; certes un ancien colonisé apprécie le rôle d’un J.F.Kennédy dans la libération des peuples opprimés en général, et du peuple algérien en particulier ;certes on peut mettre à votre actif maintes et maintes autres contributions au bien-être de l’humanité depuis environ un siècle.

Mais en contre-partie, que d’autres raisons pour lesquelles des victimes directes ou indirectes de votre vanité, de votre égocentrisme, de votre arrogance, de votre « unilatéralisme », de votre messianisme, ont pu ou peuvent encore vous en tenir rigueur !

La violence prédatrice dont vous avez usé à divers degrés et un peu partout à travers la planète, est une réalité particulièrement récurrente tout au long de votre courte histoire. En un peu plus de deux siècles d’existence, votre nation a commis tant et tant d’exactions dont quelques unes seront évoquées ici à titre illustratif.

A commencer par la fondation des Etats-Unis d’Amérique. Dès votre affranchissement de la tutelle anglaise votre « ruée » vers la « conquête de l’ouest » a conduit vos pionniers et vos « cow-boys », à l’éradication (véritable solution finale), de soixante millions d’amérindiens, selon les données des spécialistes de la période.

Pensez-vous vraiment que les survivants qui végètent encore, assignés à résidence dans de misérables réserves , puissent nourrir de bons sentiments à l’égard des compatriotes que vous êtes ?

Ce fût ensuite au tour des africains ; des générations et des générations, cent millions de personnes selon certains auteurs, ont été chassées, traquées, enchaînées, extirpées de leur continent, traitées comme des animaux, et d’ailleurs soumises au sort de bêtes de somme pour assurer la prospérité des plantations de vos ancêtres. Pour mieux justifier les traitements inhumains dont ils étaient l’objet, l’Eglise avait jugé que les noirs n’avaient pas d’âme, ou qu’ils étaient issus de l’accouplement de marins portugais et de femelles de gorilles.

Quatre vingt millions d’entre eux seraient morts de maltraitance, et beaucoup de leurs descendants souffrent encore de nos jours de vexations et de discriminations, qui leur font obligation d’être exceptionnellement doués, pour parvenir à sortir du lot des exclus, et encore faut-il qu’ils fassent preuve de beaucoup de zèle.

Êtes vous sûrs que ces américains- là aiment la même Amérique que celle de la majorité d’entre-vous ?

Et que dire des Latino-Américains ? En votre nom, on leur a imposé pendant plus de cinquante ans des « républiques bananières » qui les ont astreints à la misère ; on leur a infligé des régimes politiques corrompus, on a emprisonné et fait assassiner leurs résistants aux grés des intérêts U.S.

Pensez-vous qu’ils vous aient totalement absous parce qu’aujourd’hui leur situation est peut-être moins dramatique ?

Des Européens ont à leur tour payé très cher votre sens de l’ordre mondial et des méthodes pour y parvenir. Même si le nazisme n’est pas spécialement sympathique, le peuple qui l’a engendré est en droit de présenter un macabre décompte de onze millions de cadavres. L’histoire a retenu qu’en l’espace d’une seule nuit vos escadrilles de bombardiers ont rasé Dresde (135 000 morts), une ville de neuf cent mille habitants à titre de représailles. Est-on sûr que ce peuple si imbu de son passé et de sa race, renoncera à faire valoir à son tour le devoir de mémoire ?

Les asiatiques n’ont pas échappé à vos armes.

Après que le commodore Perry à la tête d’une seule frégate, ait en quelque sorte violenté la société japonaise en 1868, pour l’obliger à faire du business, le Président Truman en 1945 a osé « expérimenté » dans des circonstances réelles, le feu atomique, réduisant en poussière -certainement plus dense et plus mortelle que celle de ground zéro - en l’espace d’une fraction de seconde, deux villes abritant trois cent mille civils innocents qui n’avaient rien à voir avec la politique du Mikado. Peut-on imaginer l’empreinte douloureuse de cette tragédie dans le cœur de ce peuple si fier quand on sait qu’elle a marqué à jamais la mémoire de toute l’humanité ? Le ressentiment n’est-il pas à la mesure de l’événement ?

Poursuivant une politique injuste et insensée afin d’empêcher des peuples de choisir leur propre destin, vos dirigeants successifs, dans l’élan de la deuxième guerre mondiale, s’en sont pris aux coréens, en massacrèrent un grand nombre, pour aboutir à la scission de leur pays en deux parties dressées en ennemies l’une de l’autre.

Puis, prenant le relais du colonialisme français en Indochine, trouvant peut-être qu’il n’en avait pas assez fait, vos armées vont faire du Vietnam un champ d’expérimentation d’armes de destruction massive de toutes sortes, éliminant deux millions de personnes sans état d’âme et sans le moindre résultat politique pour votre pays.

Quelle image peuvent garder ces peuples des GI’S, même si leur cauchemar a été sublimé par une incroyable victoire ?

Quant aux arabo-musulmans, les relations avec eux, semblent être caractérisées par une méconnaissance et un manque d’intérêt évidents à l’égard des ressorts profonds de ces sociétés. Les rapports fluctuent de « l’alliance objective » à l’hostilité déclarée, en passant par les contrats économiques léonins, les pactes imposés, le tout ponctué ici et là de violents actes de guerre.

Le débarquement à Beyrouth, l’intervention commando en Iran, l’attaque surréaliste de la résidence de Khadafi, la destruction en vol d’avions civils en charge de voyageurs, n’ont peut-être pas beaucoup marqué les esprits occidentaux !

Mais qu’en est-il du reste ?

Après que les Britanniques et les Français aient achevé de parcelliser la Oumma, veillant à exacerber systématiquement des particularismes estompés par une longue histoire commune, après qu’ils aient longuement pillé les ressources qui ont servi à l’accumulation des capitaux nécessaires à l’industrialisation de leurs pays, la puissance américaine montante a imposé sa présence tutélaire autour de trois grands axes semble-t-il.

a) Une vision civilisationnelle qui consiste à neutraliser toute renaissance d’une civilisation fondée sur les valeurs de l’Islam, qui viendrait estimait-on remettre en question l’hégémonie occidentale. Il est établi qu’en 1910 à Edimbourg une conférence s’est tenue en vue de mettre en place une « ceinture » empêchant l’Islam de se répandre en Afrique méridionale, et qu’en 1924, à l’abolition du Khalifa par M.K.Ataturk, un congrès s’est tenu à Jérusalem pour unifier le monde à l’ombre du Christianisme.

b) Une structuration militaire et diplomatique de la région, pour préserver les intérêts politiques et sécuritaires des U.S.A et de leurs alliés.

c) Une stratégie économique, conçue pour contrôler les ressources en hydrocarbures, du gisement au consommateur, en passant par l’acheminement terrestre et maritime, le tout en fonction des besoins du développement harmonieux de l’occident.

Cet éclairage, dévoile les motivations profondes d’une politique réfléchie et cohérente, mais qui se présente sous des apparences pragmatiques et parfois contradictoires.

Il explicite le rôle de base militaire géante, de tête de pont civilisationnelle, et d’entité subversive de l’Etat d’Israël ; un rôle qui prévaut sur tous les autres intérêts qui semblent logiquement découler des relations apparemment vitales avec les arabo-musulmans. Dans l’Evangile selon St Marc,7,27 on rapporte, qu’à une païenne Syro-Phénicienne qui priait Jésus de guérir sa fille possédée par le démon, le Christ aurait fait cette réponse très dure  : « laissez d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens  ». Les commentateurs expliquent que les petits chiens sont les idolâtres -ou considérés comme tels- qui ne peuvent prétendre à la charité chrétienne en dehors de leur adhésion à la Loi et que le terme « enfants » vise les Enfants d’Israël auxquels Jésus déclare avoir été envoyé (1). Il y a lieu de se demander si nous ne sommes pas toujours dans ce type de considérations.

A suivre…

Notes :

1) La tradition islamique considère qu’un certain nombre d’assertions contenues dans les Evangiles officiels sont inauthentiques.

Publicité

Membre du bureau de la Fondation Emir Abdelkader (section d'Oran/Algérie)

commentaires