Lettre ouverte aux Nord-Américains (partie 2 et fin)

L’éclairage, fait comprendre les raisons pour lesquelles la plus puissante démocratie libérale soutient d

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dimanche 26 janvier 2003

L’éclairage, fait comprendre les raisons pour lesquelles la plus puissante démocratie libérale soutient des régimes oligarchiques archaïques qui maintiennent leurs peuples dans l’ignorance et le non-développement sous prétexte de fidélité à un cadre juridique fossilisé depuis sept siècles, alors qu’elle manifeste son hostilité à des Etats modernistes qui aspirent à se développer sur le modèle européen, souvent d’ailleurs contre la volonté de leurs populations.

Il révèle les motivations qui conduisent à juguler la croissance de ceux qui parviennent à échapper à la bride, en les dressant les uns contre les autres, et en intervenant directement le cas échéant pour finir le « job ».

On comprend aisément pourquoi des injonctions sont faites à l’Indonésie musulmane, pour autonomiser une poignée de chrétiens au Timor, pendant que cent cinquante millions de Cacheméri de confession islamique subissent l’oppression et l’intolérance hindou avec l’aval des décideurs mondiaux.

On comprend mieux que des républiques musulmanes de l’ex-U.R.S.S soient délestées subrepticement de leur arsenal nucléaire, de leurs stocks de matière fissile, et dépossédées de leurs engins militaires sophistiqués, et que les Tchétchènes soient « livrés » à la fureur revancharde de Poutine.

On comprend (avec beaucoup de mal) qu’on puisse être complaisant jusqu’à la complicité, avec un pays comme Israël, belliqueux, ignorant toutes les résolutions de l’O.N.U, susceptible de porter à sa tête un criminel de guerre avéré disposant de deux cent ogives nucléaires, et revendiquant un mythique Grand Israël en instrumentalisant de manière hérétique les textes judaïques sacrés opposés à l’existence d’un Etat juif.

On comprend enfin que nous ne sommes pas sortis de l’antiquité, époque où selon Thucydide, les Athéniens envahissant l’île de Mélos, et présentant leurs exigences aux magistrats de la cité, leur tenait ce langage :… … « nous le savons et vous le savez aussi bien que nous, la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder. » (2)

Bien entendu tout cela a un prix.

Un prix humain :un million trois cent mille musulmans (1 million d’Iranien, 300 mille Irakiens) tués lors d’une guerre téléguidée entre les deux pays ; la « coalition-croisade » de 1991 a ajouté à la liste irakienne 200 000 morts dans les combats ou les bombardements, 500 000 enfants décédés de malnutrition ou de manque de soins depuis l’instauration de l’embargo voilà douze ans.

Des milliers de palestiniens assassinés par les tanks, hélicoptères, avions F16 et autres armements sophistiqués produits dans les arsenaux U.S et offerts généreusement à la soldatesque sioniste. Les survivants essayant de résister à la domestication, quasiment les mains nues, parqués dans de véritables bantoustans, soumis à la mendicité, pendant que le contribuable américain, déverse ses milliards de dollars et autres gâteries sur les kiboutz de leurs bourreaux.

Un prix politico-économique :

L’Iran a vu son développement retardé de vingt ans ; la situation socio-économique de l’Irak a régressé de cinquante années, et les seules armes de destruction massives qu’on y observe sont à l’évidence, l’embargo, les radiations résultant de la pluie de projectiles à l’uranium appauvri déversées sur le pays, ou encore les escadrilles américaines et britanniques.

La Libye, qu’on s’évertue à diaboliser, à la couper du monde pour neutraliser ses pétrodollars, végète dans une régressive économie de rente.

Le produit de la vente des hydrocarbures de l’Arabie et des pays du Golf alimente les flux de capitaux en Occident, faisant le bonheur des marchands de gadgets et de loisirs, des banquiers, des « golden-boys », des investisseurs, à la faveur d’une alliance contre nature entre le népotisme des potentats indigènes et les néo-colonisateurs. En outre la guerre du Golf a été aussi une aubaine pour racketter la partie du pactole qui a échappé aux surprofits.

Les tentatives d’unification des pays arabes ont toutes échoué de manière inexplicable, contrairement au sens de l’histoire et à l’air du temps. L’union du Maghreb arabe, la République Arabe Unie, le conseil de coopération du Golf, sont systématiquement et machiavéliquement sabordés, neutralisés, infiltrés.

Ainsi en a décidé la Pax Americana.

Puis advint le 11 septembre.

Ceux qui avaient raisonné sur l’hypothèse d’un fondamentalisme islamique archaïque, inefficient, « bonne poire » et docile supplétif, sont abasourdis et aujourd’hui encore se perdent en conjectures.

Prenant à son compte le ressentiment cumulé des populations arabo-musulmanes, globalement imputé à la politique des U.S.A jugée injuste et hostile, un groupe d’anonymes, à peine sortis de l’adolescence, sans Etat, sans mandat, sans équipements, sans armes et sans engins, parvient à frapper la première puissance mondiale dans ses plus remarquables symboles économiques et militaire ,et pour la première fois sur son propre territoire .

Quoiqu’on ait pu dire, montrer ou occulter, ce ne sont pas tellement les pertes humaines qui ont dû affecter le plus les officiels américains, même s’ils s’étaient familiarisés avec la théorie de « zéro mort » dans les conflits avec le reste du monde.

La plus grande puissance mondiale de tous les temps, assurée de son invulnérabilité, certaine de son bon droit, mise à mal par une poignée de « moins que rien », a été atteinte essentiellement dans son orgueil.

Mais elle a aussi été touchée dans son intelligence en découvrant : que toutes les ressources qu’elle avait mobilisées, toute la sophistication qu’elle avait mise au point pour se protéger n’ avait servi à rien ; que tout un pan de la géostratégie qu’elle croyait avoir méthodiquement et subtilement élaboré venait de s’effondrer.

Il a fallu deux mois aux décideurs pour réévaluer la situation, formuler des conclusions et prendre des décisions.

Mais la colère et le ressentiment devaient être si intenses, qu’ils semblent avoir beaucoup influé sur les esprits, et faussé les jugements.

Il est en effet difficilement admissible qu’une Nation fondée depuis deux siècles et demi sur le principe de rationalité, sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans la gestion des affaires publiques, sur l’équilibre des intérêts dans les relations internationales, sur le respect des droits de l’homme et des peuples, sur les valeurs démocratiques et républicaines, en soit arrivée à régler ses comptes dans un esprit de croisades, en invoquant des droits de Dieu, en excommuniant les uns, en absolvant les autres, en stigmatisant des peuples avant de déverser sur eux un déluge d’engins de destruction de masse.

Il est difficilement concevable qu’au XXI° siècle, on veuille réguler l’ordre mondial en se laissant dicter un projet idéologique douteux, fondé sur des interprétations bibliques de judéo-protestants manipulés par un mouvement sioniste d’essence laïque. L’objet en serait l’éradication de l’Islam, préalable à l’édification de la Cité de Dieu à Jérusalem, comme prémisse à l’avènement du Messie (3).

Dans cette état d’esprit, l’acharnement à vouloir détruire l’Irak s’inscrirait alors dans une perspective de vengeance sur la Babylone de Naboukodonosor qui a été le lieu de détention et de mise en esclavage des tribus d’Israël pour une période de soixante-dix années au cour desquelles elles ont déploré le première perte de la Thora (4).

Ce que l’on semble perdre de vue, c’est que l’Islam est également concerné par le Retour sur terre du Messie Jésus fils de Marie qui sera chargé de réinstaurer l’ordre dans le monde avant que ne soit prononcée la fin des temps.

Si le différent entre nous réside dans le choix du Livre qu’aura à faire Jésus pour instaurer la Parousie, le plus sage serait d’attendre qu’il soit là pour en décider.

Toutes autres initiatives qui revêtiraient une forme eschatologique pour semer le désordre sur terre à des fins inavouables, ne seraient que l’œuvre de l’antéchrist, le Dedjel-el Massih sur la venue duquel nous sommes également tous d’accord.

Notes :

(2) In « Athènes Histoire d’une démocratie » : Claude Mossé. Ed du Seuil.

(3) Faut-il rappeler que la Bible et l’Evangile sont bien antérieur au Coran et que l’islam historique ne peut en rien être concerné par ce préalable biblique.

(4) La Thora aurait été reconstituée de mémoire par Esdras au retour des tribus d’Israël de captivité. cf Cheikh Hamza Boubekeur in ;Le Coran(traduction et commentaires)

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Membre du bureau de la Fondation Emir Abdelkader (section d'Oran/Algérie)

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