Lettre ouverte à Pierre -Abdennur- Bidar. Pourquoi tant de Violence ?

Vous dites : « En tant qu’intellectuel musulman je dois prendre la responsabilité de dire cela haut et f

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jeudi 16 septembre 2010

Argumentum ad nominem

Cher Mr Bidar ;

Vous avez dans les colonnes du « Monde » fait entendre votre voix : « La monstrueuse condamnation d‘une femme à la lapidation par la République islamique d’Iran donne encore une fois de l’islam une image catastrophique... »

Vous auriez du en rester là, vous en tenir aux faits bruts, au vrai. Cela aurait suffit à tout esprit sain pour se positionner. Mais, du réel vous allez sombrer en l’insanie, vous vautrer dans le fantasmatique usque ad nauseam.

Vous dites : « En tant qu’intellectuel musulman je dois prendre la responsabilité de dire cela haut et fort », et d’affirmer : « la religion islamique entière se nourrit de violence. »

L’accusation est lourde, Mr Bidar, génocidaire en ces temps. Les grands massacres n’effrayent apparemment pas votre humanisme bon teint de philosophe. Vous trempez sans remord votre plume dans le sang.

Vous n’aurez ainsi honoré ni la communauté des penseurs ni celle des croyants. Ce paradigme de la violence, d’autres avant vous l’avaient énoncé, mais il vous revient d’en avoir mis à jour l’intime mécanisme : L’islam est violent, les musulmans le sont par conséquent, du fait même de la pratique de leur religion. Non point tant de ses extrêmes, mais bien du fait de sa nature intrinsèque. Vous en donnez alors brillante démonstration, je vous cite :

- Le jeûne de Ramadan…est de « caractère violent  » ! Violence que de s’infliger, selon vous, un mois durant pareille contrainte. Violence que de jeûner « sans même avoir le droit de boire un peu d’eau. »  ! Le truisme ne vous effraie pas. Cette privation radicale, on le pressent, ne peut que mener au radicalisme, ce jeûne total au totalitarisme. Vous y voyez comme la négation du choix personnel, et en concluez magnifiquement que la loi de l’islam est totalitaire.

Vous vous interrogez : « Mais qui soulignera en contrepartie le caractère violent de ce jeûne total ? » Vous, et probablement vous seul, cruelle solitude…

Enfonçant les portes de l’imbécillité pure et celles du « Monde » vous enchaînez :

- Les cinq prières quotidiennes ?... « Une violence morale faite au jugement personnel » !

- Le Pèlerinage à la Mecque ?... « Une violence symbolique et politique inféodant l’islam mondial au wahhabisme saoudien. » !

Vraiment, le paradigme de Bidar est simple d’usage, simpliste, et je m’étonne que vous n’ayez pas continué à démystifier les cinq piliers de l’islâm, à en dévoiler, vous l’homme de l’intérieur, la sourde violence, leur capacité à transformer un croyant en terroriste, en lapidateur ; je vous aide :

- La Zakât ? Quelle violence à l’instinct de possession. Une telle exigence vous transforme aisément un pingre auvergnat en kamikaze prêt à faire sauter le « Monde ». 

- La shahâda ? Quelle violence que d’imposer à la multiplicité de l’homme un seul Dieu. Une telle frustration de l’Ego humain ne peut qu’engendrer violence sur violence.

Vous avez, non pas découvert le ressort de la violence musulmane, mais la ficelle de la débilité reproductible ad libitum. Je vous ai trouvé timide, limité en l’exploitation de votre découverte. Vous auriez pu explorer plus avant l’univers infini de l’ineptie libératoire. Je vous aide, quelques exemples :

 

- La burqa, le voile, le foulard, le bandana ? Curieux oubli ! Que de violences, pourtant, entraînées par cette négation de l’être. Que de violences en retour dissimulées sous ces sombres fichus.

- La circoncision ? Ah ! la circoncision ! L’auriez-vous inconsciemment refoulée ? Quelle mutilation pourtant, que de violences ainsi engendrées, de millions d’hommes blessés en leur virilité. Musulmans, Juifs, ceci n’expliquerait-il pas la violence en Palestine ?!

- Le rejet de l’adultère ? Que de violences naissent de cette frustration communautaire. Quelle violence faite à la liberté sexuelle. Que d’énergies réinvesties alors au service du mal. Juifs, Chrétiens, Musulmans, tous névropathes prêts à outrager le monde. Que dire alors du célibat ! Frères, sœurs, prêtres, évêques ; une noire armée d’assassins et de violeurs.

-Que dire de ceux que l’on force depuis leur enfance à consommer le sang et la chair du Christ ? Quelle barbarie, quel acte contre-nature. Que de pulsions de mort ainsi régurgitées et vomies sur le monde. Ne voyons-nous pas là selon « la théorie de Bidar » l’explication des violences de l’Occident depuis deux mille ans.

Devrais-je vous répondre ? Mais l’absurde absolu, l’ubuesque, tout comme il laisse sans voix, est sans réponse et sans remède. Autant de légèreté de votre part pour des attendus aussi gravissimes laisse pantois. Vous êtes cependant semble-t-il au-delà de l’accessible, aux troubles confins du pathos, hors thérapeutiques.

Devrais-je vous répondre, argumenter, prouver que la lapidation n’est pas d’Islam. Vous rappeler qu’il s’agit d’un châtiment inscrit dans la loi de Moïse, par conséquent écrit dans la Bible. Vous rappeler que le Coran l’a abrogé. Vous expliquer que la peine coranique de substitution est dans le texte et dans les faits inapplicable. Que Dieu en ces mêmes versets offre son pardon par le repentir. Que l’exemplarité de la peine n’est destinée qu’à sensibiliser à la gravité de la faute. Que Dieu mise sur l’amour et le respect et non la terreur. Je ne le ferais point.

Car après, devrais-je aussi justifier que le jeûne et la prière élèvent et éduquent l’âme, puis que, puis que.... Je ne le ferais point, la vilénie et l’inintelligence ne méritent pas réponse. L’an passé nous répandions l’épidémie de H1N1 en crachant par terre, cette année vous nous crachez haineux, vous, à la figure. La raison s’épuiserait à vouloir discourir avec l’irraison.

Ce n’est point la lapidation injustifiable de Sakineh qui vous préoccupe. Ce n’est point la souffrance des musulmans face à cette horreur, à la manipulation politique, de Téhéran à Paris, qui vous motive ; vous dites : « N’essayons pas en effet de dédouaner la religion islamique du meurtre programmé de Sakineh ». C’est donc que vous auriez pu le faire, c’est que vous savez le Message coranique innocent de ces salissures, mais vous ne le ferez pas…Vous ne distinguerez pas cette « religion islamique » -le néologisme vous appartient sans que l’on sache ce qu’il désigne- de l‘Islam, vous ne le voulez pas… la haine se nourrit d’amalgames.

Cher Pierre 

Je ne vous connais pas, mais que de violences en votre billet lapidaire. Que de souffrances aussi, que de plaies suintantes, votre âme à nue.

Ce que d’autres avaient refusé à Jésus vous l’aurez jeté à la face de Muhammad. N’est-ce pas étrange que vous soyez prénommé « pierre », cher Pierre  ? Ne pourrait-on pas trouver là selon votre propre paradigme la cause de votre violence, vos pulsions de caillasseur de musulmans, votre soudaine vocation de lapidateur ?

Il est aussi un autre « Pierre » à qui il fut dit : « tu me renieras trois fois » ; vous voila notre Pierre et la vôtre.

Vous vous êtes trahi. Je ne vous accuse pas, il suffit d’une première fois, ensuite cela devient plus facile, moins indolore. Vous aviez écrit, en un article sur Oumma[1] et dans les colonnes du « Monde » qu’il était de votre devoir de répondre à R. Redecker, un collègue. Vous vous étiez déclaré « blessé » par ses propos, je les cite : « L’islam est une religion de violence et de haine. » Vous disiez alors : « C’est comme s’il niait mon existence », et d’ajouter : « Le fantasme d’un islam violent par nature est absurde. » Redecker avait pour lui l’excuse de l’ignorance, vous pas.

Dans quels abîmes avez-vous donc sombré ? Votre reniement, tout honte bue, trahirait-il votre parcours intellectuel et spirituel ? Je ne le sais. Auriez-vous confondu l’activité péripatéticienne d’Aristote et la prostitution ? Cela arrive, j’en conviens. L’absurde est-il devenu votre unique raison ? J’en doute ; la caravane passe et les chiens aboient, nous le savons tous, quelques soient les sponsors. Ah ! si Khomeiny était encore là vous auriez gagné la célébrité planétaire !

Mais, au delà de votre simple existence, c’est celle de milliards d’hommes et de femmes que vous reniez, une histoire, une culture, une religion. Toute une nation simple que vous convoyez à l’holocauste, vous le grand sacrificateur de la violence, sereinement, juste quelques mots assassins avec comme lâche prétexte l’indignation…

Face à l’horreur et l’abyssale stupidité de votre indigent propos il n’ y a pas à vous répondre. Je vous cite en la deuxième prémisse de votre conclusion : « Car de tels excès monstrueux ne peuvent pas surgir n’importe où et il serait trop facile de les considérer comme des phénomènes n’ayant –selon la formule consacrée par les bien-pensants- “rien à voir avec l’islam.” »

Ainsi donc, tout esprit équilibré qui voudrait dédouaner de la violence des extrêmes sa religion, toute religion, ne le pourrait point. Le ferait-il qu’il ne serait qu’un « bien-pensant » une sorte d’hypocrite mollusque incérébré à son insu. Vous le dites : « Ils ne sont que la grimace la plus affreuse d’une religion qui passe son temps à se caricaturer », difficile dans ces conditions que nous, misérables gargouilles, osions vous répondre, ou puissions nous faire entendre en l’abasourdissante vacuité médiatique. 

Le « mal-pensant », lui, sait le mal partout, il en connaît l’origine, “ l’autre ”. Il sait aussi où est son intérêt, quel rite de passage pour être introduit par la meute…

Nous voici donc coupable idéal. Celui qui ne parle pas, celui que l’on n’entend pas, celui qui ne se défend pas. Celui qui de principe à tort.

-Le juge et le bourreau ont la parole !

Lui, tendre agneau, offre sa gorge à l’autel du sacrifice, l’oeil attendri, il vous regarde.

Cher Abdennur

Ô serviteur de la lumière, vous permettrez que je vous nomme par votre prénom, juste avant que sous “l’effet Bidar” il ne devienne une marque d’infamie, un motif de dénonciation, l’étoile jaune de la violence.

Abdennur signifie bien « le serviteur de la lumière de Dieu ». Quelle violence vous fit donc l’islam en vous affublant d’une pareille mission ! ? Le serviteur, l’esclave, l’adorateur, autant de sens pour « ‘abd », autant de contrainte, de violence, faite à votre Ego selon la théorie de Bidar, autant de douleurs et de conflits selon la trahison de Pierre. Vous auriez pu pourtant briller de deux lumières, celle de la raison et celle de la foi, vous ne l’aurez pas fait… Il y a des blessures qui ne guérissent jamais…Vous auriez pu être lumière sur lumière, vous serez violence sur violence…

Je ne vous connais pas, le monde obscur de ma foi est étranger aux lumières du vôtre. Je ne vous jetterais pas la première pierre ; votre violence ne doit avoir d’égal que votre souffrance. A vrai dire, votre détresse ne m’inspire que compassion. Oui, je sais, selon le complexe de Pierre -Abdennur- Bidar la compassion est une violence faite à la haine mais, que voulez-vous, je dois être naturellement violent.

Je vous l’ai dit, je ne prétendrais pas vous répondre au nom des intellectuels, des musulmans, et des intellects musulmans, ces titres ne supportent pas la prétention.

Mais, n’y auriez-vous pas pensé, il se pourrait que la violence soit inhérente à l’homme, proportionnelle à l’ignorance, attisée par la haine. Ne se pourrait-il pas que la haine soit toujours instrumentalisée par diverses formes de pouvoir ? Ceci n’expliquerait-il pas la violence, celle des autres et la vôtre ?

Vous auriez pu honorer la pensée et la philosophie, proposer une voie belle d’avenir, un échange, un dialogue. Vous auriez pu distinguer le bourreau de la victime, l’accusé du coupable, vous ne l’aurez pas fait…

Nous souffrirons en silence du martyr de sakineh, de l’insulte à la raison, à l’être et au cœur, à notre religion. Nous n’oublierons pas aussi que peut être elle tua, l’on ne tue point par amour mais toujours par haine, je vous en laisse juge. Nous savons aussi que la lapidation ne sera pas en ce cas appliquée, l’objectif, le mal caché, est ailleurs, nous le savons et vous le savez.

Nous ne tendrons pas la joue droite non plus, nous resterons droits et dignes, nous savons le sens des sagesses et celui du destin… les chiens aboient, la caravane passe…elle dirige ses pas vers le Seigneur de tous les hommes.

Dr Al Ajamî. 

 



[1]  Article du 4/12/2006 « Il nous faut ni plus ni moins qu’une nouvelle éducation musulmane » ? !

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Auteur : Dr Al 'Ajamî

Auteur de « Que dit vraiment le Coran » et de "Quarante Hadiths authentiques de Ramadan" parus aux éditions Zenith, 2009. http://editionszenith.fr

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