Lettre ouverte à François Hollande

Aujourd’hui, nul n’est dupe. Il n’y a pas de hasard dans la faible représentation de la diversité dans

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lundi 18 juin 2007

Aujourd’hui, nul n’est dupe. Il n’y a pas de hasard dans la faible représentation de la diversité dans la classe politique française. La bataille politique se pose donc aussi à ce niveau. Depuis que tu abreuves la France de discours talentueux pour décrire la rénovation en marche, les citoyens espéraient voir ce combat mené par les socialistes. Ils ne pensaient pas encore que même les principes les plus nobles pouvaient être détournés par ceux qui les énonçaient.

Il est donc venu le temps de mettre un terme à la bouffonnerie que tu as enclenchée au congrès de Dijon en « représentant toutes les couleurs du parti »*dans les instances nationales.

Déclamer sur les couleurs au lieu de valoriser les compétences et les talents est lourd de sens. En effet, quand on a usé et abusé de la diversité pour se faire servir son café ou se faire conduire, il est plus facile de la compter pour du beurre et du cacao que d’avoir à la penser responsable, partenaire et décisionnaire.

Ah ! Ce Jacques Chirac, il t’en aura fait faire du souci. Qu’avait-il besoin d’en rajouter en 2002 en nommant deux français issus de la diversité au gouvernement ? En plus de te piquer les thèmes de campagne, qu’avait-il donc à réaliser ce que la Gauche promettait ? C’est qu’il finirait par lui mettre de mauvaises idées dans la tête à la diversité ! Président ça passe, il n’y en a qu’un. Il n’y aura pas foule à convoiter le poste. Mais à l’Assemblée Nationale, il y a 577 députés donc plus de chance de voir surgir des velléités.

Mais plus que des intentions, les exigences apparaissent et pas des moindres car leur légitimité est incontestable. Là, flanqué de quelques fidèles acolytes, tu tentes comme à ton habitude de ménager la chèvre et le chou tout en forçant le passage à ton profit. Désignation par les militants pour les uns, cooptation et parachutage pour les autres. Pour les uns, on connaît le résultat. Il est pitoyable mais l’exercice dit démocratique aura permis de percevoir l’incapacité collective à mettre en phase certains socialistes avec la société du 21ème siècle.

Pour les autres, les cooptés, tes amis, on s’interroge encore sur l’objectif final de tant de bienveillance. La seule référence sur le contexte et la méthode, renvoie au deuxième collège de l’Assemblée algérienne de 1947. Reste à savoir si le fantasme du vote communautaire permettra de concrétiser ton rêve de calife.

Peu t’importe les effets pervers que ce comportement induit. Aujourd’hui, au lieu d’être naturelle, la diversité est pressentie comme un danger par les militants de terrain qui se sentent méprisés par ces parachutages inopportuns.

Pour couronner le tout, tu files, fier comme un émir, à Alger et à Rabat pour te faire introniser chantre de la diversité. Aveuglé par tes certitudes, tu ne remarques même pas le regard amusé que porte sur ta caravane, les dirigeants de ces deux pays depuis longtemps libérés.

Cerise sur la corne de gazelle, tu vends, voire tu échanges comme de vulgaires tapis les quelques uns loyalement désignés par les militants, légalement ratifiés par la convention nationale, pour conclure un accord électoral avec les Verts qu’ils finissent par refuser. Tant de cynisme politique ne grandit ni l’homme, ni le parti qui le cautionne.

Comme tu parais n’avoir toujours rien compris, le 6 mai, les Françaises et les Français t’envoient Nicolas Sarkozy te coller grave aux babouches. Pour commencer à te brancher, il t’échange une Elisabeth contre une Rachida à la Justice et un Douste–Blazy contre un Kouchner aux Affaires Etrangères. Comme il est parti, dans 5 ans, Mohamed est à l’Intérieur et Ségolène aux Droits des Femmes.

Toi pendant ce temps, tu attends le match retour, celui du 10 juin. Là, obligatoirement, à force de marquer des buts contre ton camp, tu mets ta petite équipe à rude épreuve.

Malek apprend à ses dépens que malgré Ségolène, la Charente reste toujours libre. Faouzi découvre à Argenteuil que le vote communautaire - tant pourfendu, mais tellement espéré- n’est qu’une vue de l’esprit qui s’arrête à Solferino, Safia comprend enfin que le seul lien qui unit les trappistes à la Bourgogne c’est l’ordre des Cisterciens de la Stricte Observance, etc., etc., ainsi soit-il.

Quant aux militants investis à la loyale dans les circonscriptions imprenables, ils ont beau en faire le siège, les citadelles restent aussi inaccessibles que l’Assemblée Nationale. Résultat du match, comme à chaque fois, le festival de mise en scène des faciès trouve une fin peu glorieuse. Et, ton ingéniosité à faire prendre des vessies pour des lanternes laisse place à une réalité douloureuse et sans artifices. Le temps des promesses prend fin, il ne s’agit plus de clamer le nombre de députés socialistes issus de la diversité mais de crier au loup pour sauver les quelques Robinson du naufrage. Pour les Vendredi, on verra plus tard après les élections.

Si le 18 juin prochain, Nicolas Sarkozy félicite pour son élection ne serait ce qu’un seul député UMP issu de la diversité, il écrira une page de l’histoire de France qui ne pourra plus jamais être tournée.

Il sera celui qui a accepté une diversité émancipée, en voyant en elle des citoyens égaux et également admissibles à toutes les dignités et places sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Quand la Droite démontrera sa capacité d’action, les socialistes présumés progressistes et avant-gardistes seront alors renvoyés pour longtemps à leurs chères citations où chaque citoyen de France quel que soit son origine, sa religion, sa couleur de peau, son handicap ou son orientation sexuelle est censé digne de tous les respects.

Monsieur le Premier Secrétaire, tu peux partir tranquille, les socialistes vont avoir du mal à trouver pire.

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Ex déléguée nationale à la lutte contre les discriminations au parti socialiste

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