Lettre aux intellectuels occidentaux

À nos collègues intellectuels juifs, chrétiens, laïcs, je veux essayer de dire une parole qui se veut de

mercredi 26 juillet 2006

À nos collègues intellectuels juifs, chrétiens, laïcs, je veux essayer de dire une parole qui se veut de bon sens. L’objectivité, même relative, est-elle encore possible ? Peut-on s’écouter, se comprendre ? Ce qui se passe au Moyen-Orient, d’une extrême gravité et qui plus prémédité, dépasse l’entendement. Si les réactions des extrémistes politico-religieux, usurpateurs du nom de l’islam, notamment depuis le 11 septembre, ruinent les efforts de ceux qui travaillent au dialogue et à la coexistence entre l’Orient et l’Occident, la politique belliciste et les agressions du gouvernement d’Israël, menées sur la base de l’extrémisme sioniste, creusent non seulement la tombe de la paix dans la région, mais aussi la tombe de l’avenir de l’humanité.

Terrorisme d’un puissant Etat doté d’armes de destructions massives, Etat pas comme les autres, aux frontières inconnues, qui agit dans l’impunité, contre une résistance légitime, lorsqu’elle défend le droit à la vie libre et vise des forces armées d’occupation ; contre un terrorisme des faibles lorsque ce dernier cible des civils. Le peuple juif a le droit à la sécurité et à la paix. Mais Israël n’a pas le droit de transgresser des lois universelles en maintenant un ordre colonial inhumain. C’est du suicide, comme le disait Jacques Derrida. Le désordre international actuel est fondé sur la loi du plus fort. Israël refuse toute négociation avec les pays arabes, multiplie les actes unilatéraux et la spoliation de terres, érige un mur de séparation, en contradiction avec les lois, la nature et la morale. Elle maintient dans l’apartheid les populations palestiniennes et assassine au grand jour des personnalités politiques.

Emprisonne à outrance des militants nationalistes et responsables palestiniens, plus de dix mille. Détruit sans cesse des maisons et des infrastructures, bombarde des quartiers civils, torture, affame tout un peuple et bloque ses moindres maigres recettes. Dans ce contexte de mort, la première puissance mondiale, les Etats-Unis, soutient inconditionnellement Israël. Les pays européens ferment les yeux, ou demandent aux victimes de reconnaître sans conditions leur bourreau. Comble de l’absurde, les pays Occidentaux punissent le peuple palestinien l’orsqu’il choisit librement ses représentants. La politique des deux poids et mesures a dépassé toutes les limites. Pourquoi cet acharnement et cette hargne ? Quel est le refoulé et ses causes que l’Occident ne veut pas penser ? Où est la démocratie, où sont les valeurs de la modernité ? Où sont la justice et le droit ? Qui a pris le monde en otage ?

Avant que l’humanité ne sombre dans un système faustien qui ne cache plus ses intentions, dites le nous. Surtout à ceux d’entre nous, majoritaires, qui croyons à la force de la raison, aux vertus du dialogue et à la nécessité du vivre ensemble. La répression brutale et les agressions odieuses que subissent quasi quotidiennement les peuples palestinien et irakien et maintenant le peuple libanais sont une réalité tragique. Réalité d’un cancer que personne apparemment ne veut guérir.

Comme le souligne l’historien pacifiste israélien Ilan Pappe enseignant à l’Université de Haïfa, mener des représailles, contre une opération de très faible amplitude, par des actions de guerre totale et de destruction massive prouve que ce qui compte ce n’est pas le prétexte mais un projet de domination. Les dirigeants israéliens poursuivent les opérations de répression programmée qui ont provoqué depuis cinquante ans l’expulsion de la majorité de la population autochtone de la Palestine, détruit la moitié de ses villages, et entraîné le monde arabe dans un conflit épuisant avec l’Occident. Ce qui, pour les uns, a exacerbé la haine de l’islam ce méconnu et, pour les autres, a crée un ressentiment sans pareil.

Plus la puissance militaire israélienne se développe et la communauté internationale passive ou complice, plus il est facile de terminer ce qui a commencé en 1948 : la mise sous tutelle progressive de tout le monde arabe, riche en énergie et l’élargissement de la fracture entre les deux rives de la Méditerranée. Tout cela au détriment des intérêts de tous les peuples du monde, y compris juif. Il n’est pas trop tard pour stopper ce plan.

Certes, les réactions désespérées de groupes extrémistes, ainsi que les contradictions, les incohérences et les archaïsmes de régimes arabes et islamiques, ne contribuent pas à la crédibilité et à la popularité internationale de la résistance. Faire face à l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, à celle des USA en Irak et à l’agression du Liban, dans la conjoncture mondiale actuelle, nécessite, sur le plan méthodologique, d’user avant tout des ressources de la raison et de la diplomatie, et dans le cadre des actions de légitime défense de faire preuve de stratégie et de respect des droits humains.

Sur le plan du fond, la démocratisation de nos sociétés et le pari sur la sécularisation, sans perdre nos repères, sont la voie pour relever les défis. D’autant que le but des forces occupantes est de briser la volonté de résistance des peuples, en vue de faire sauter les verrous qui s’opposent à l’hégémonie impériale du monde. Cela est voué à l’échec. Non seulement à la guérilla les hommes portés par une cause juste et sur leur territoire sont plus forts, mais surtout on ne peut pas changer la conscience des peuples. Ils savent qu’ils vivent une situation terriblement injuste. Rien au monde ne pourra venir à bout de la résistance, ni les armées sophistiquées, ni dix mille ans de répression.

Cependant, si tous les êtres épris de paix et de justice ne s’allient pas pour refuser les dérives, d’où quelles viennent, la déshumanisation et all under control, aux relents fascisants, sous des formes insidieuses se profileront, pour tous, à l’horizon. Trois soldats israéliens capturés en territoire libanais occupé et c’est un prétexte pour qu’un déluge de feu s’abatte sur tout un pays. Des médias dominants dans le Monde nient que l’armée israélienne occupe violemment les territoires palestiniens et a violé le territoire libanais. Des discours renversent l’ordre des choses et prétendent que ce sont les résistants arabes qui ont violé la souveraineté israélienne.

Combien faudra t-il de morts palestiniens, libanais, israéliens, pour que le monde reconnaisse les faits. Nous sommes tous des êtres humains, juifs et palestiniens, orientaux et occidentaux. Il est temps de compter les morts et les prisonniers de la même façon. L’avenir du monde se joue au Moyen-Orient et dépend aussi de notre responsabilité.

http://mustapha-cherif.blogspot.com/

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