Les vrais défenseurs de la cause palestinienne ne sont pas divisés : ils sont unis dans l’action

Euro-Palestine et CAPJPO font l’objet de multiples attaques, non seulement de la part des défenseurs de l

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mardi 16 novembre 2004

Les vrais défenseurs de la cause palestinienne ne sont pas divisés : ils sont unis dans l’action

Euro-Palestine et CAPJPO font l’objet de multiples attaques, non seulement de la part des défenseurs de l’occupation israélienne, mais aussi de certaines associations qui prétendent militer pour une paix juste au Proche-Orient. Ce n’est pas nouveau, même si cela peut sembler étonnant. Certains essaient de faire croire à tous ceux qui risqueraient de s’intéresser à la cause palestinienne, que celle-ci est encore plus ingrate qu’il n’y parait, que ceux qui partagent les mêmes objectifs s’entre-déchirent, que des gens peu fréquentables s’en sont saisis, que la banlieue va bientôt envahir les quartiers proprets avec à sa tête des hordes islamistes et incultes. Bref, la Palestine, c’est le chaos et je ne vous conseille pas de vous y frotter.

Nous sommes en vérité très loin de la réalité.

Certes défendre la cause palestinienne n’est guère gratifiant : l’adversaire est de taille et il semble remporter toutes les batailles, tant sur le plan des armes que de la propagande. A quelques réserves près néanmoins, puisque l’opinion publique est, de l’aveu de tous les sondages, de moins en moins dupe, de plus en plus concernée par un déni de droit et de justice qui met en péril la paix dans le monde et qui semble vouloir instaurer la loi de la jungle dans nos sociétés.

Et si les citoyens qui s’indignent n’expriment pas encore tous leur indignation, on constate néanmoins que cette expression grandit, mûrit, prend forme. Moins au travers des rassemblements et manifestations, davantage par le biais du vote, de messages adressés à nos dirigeants et aux médias. Chaque action pertinente proposée rassemble un nombre croissant de citoyens et d’associations locales, régionales ou nationales, comme l’ont montré les mobilisations contre la tenue, en France, de galas au profit de l’armée israélienne, les protestations contre la venue de Sharon en France, les votes pour la liste Euro-Palestine et les deux grands concerts pour la Palestine, dont le dernier a réuni plus de 15.000 personnes à Paris le 6 novembre dernier, un événement unique en Europe.

Parmi ces dizaines d’associations qui ont uni leurs forces au travers de ces actions, les analyses sont parfois divergentes sur certains problèmes. Certaines continuent à penser qu’il est juste de revendiquer un Etat Palestinien indépendant à côté de l’Etat israélien, d’autres préconisent un Etat bi-national accordant les mêmes droits à tous les citoyens. Sur les formes que doit prendre la résistance palestinienne, certains souhaiteraient que les dirigeants palestiniens cessent de faire semblant de détenir un pouvoir, de gérer un gouvernement, alors qu’ils sont entravés dans leurs moindres gestes par l’occupant qui ne leur laisse aucune marge de manoeuvre, mais qui en profite pour les accuser de "mauvaise gestion" de la situation. D’autres considèrent que l’Autorité palestinienne est un moindre mal et assure une cohésion là où Israël fait tout pour entraîner le chaos.

Mais ces divergences d’analyse et la diversité de ces multiples associations (historique, régionale, cultuelle) ne les empêchent pas de mener des actions communes en France, chaque fois que cela est possible, afin d’amener notre gouvernement à assumer ses responsabilités et à faire pression sur Israël pour qu’il cesse de bafouer le droit. Et ces actions ont systématiquement été menées sur des bases claires, ne laissant aucun espace à des préjugés racistes, à la discrimination, ou à des démagogues qui voudraient présenter le conflit israélo-palestinien comme un conflit ethnique ou religieux. Si nous avons toujours tenu, contrairement à ceux qui nous attaquent, à souligner la diversité des origines de nos militants, c’est bien pour empêcher toute dérive dans ce sens

Affirmer que les Français issus de l’immigration aspirent à s’enfermer dans un ghetto plutôt qu’à rejoindre un combat universel aux côtés de citoyens de toutes origines, est une contre-vérité. C’est emboîter le pas aux « Sharoniards », à certains de nos dirigeants et beaucoup de médias qui n’ont de cesse de vouloir isoler une partie de la population pour mieux la diaboliser. Ce constant rejet est excessivement grave, et ceux qui usent et abusent de cet argument consistant à dire que "les jeunes (et moins jeunes) de banlieue" feraient mieux de s’occuper d’autre chose que de la Palestine pour ne pas "importer en France un conflit du Proche-Orient", sont des gens dangereux : on sait qu’il n’y a pas pire que le mépris et le rejet pour pousser aux replis communautaristes. 

En fait quelques bureaucrates qui s’affublent de sentiments "pro-palestiniens" voient d’un mauvais oeil toute forme de mobilisation populaire. Ce ne sont pas seulement "les jeunes de banlieue" qui les inquiètent, comme on pourrait le penser à en juger par leurs propos particulièrement méprisants. Car, avant le vote Euro-Palestine qui a déclenché leurs foudres, comment ont-il accueilli les diverses formes de mobilisation qui se sont exprimées en France pour le respect du droit au Proche-Orient ? Quand les gouvernements européens ont refusé d’appliquer le vote du Parlement Européen en faveur de la suspension de l’accord d’association entre l’Europe et Israël (pour non respect des droits de l’homme par Israël), le 10 avril 2002, et que nous avons appelé au boycott des produits israéliens, que s’est-il passé ? Comment ont réagi les responsables des organisations telles que la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), le MRAP, la LCR ou L’AFPS ? Nous nous sommes retrouvés seuls devant les tribunaux (et nous avons gagné !).

Quand les scientifiques de l’Université Paris 6, qui n’étaient pas des jeunes de banlieue, ont eu le courage de voter en conseil d’administration, en janvier 2003, la suspension de leurs relations avec les universités israéliennes tant que celles-ci ne se mobiliseraient pas en faveur du droit à l’éducation pour leurs collègues palestiniens empêchés de se rendre dans les universités palestiniennes par les barrages et les couvre-feux incessants, que s’est-il passé ?

Seule la CAPJPO, pourtant plus jeune et moins outillée que d’autres grandes associations, s’est portée au secours de ces universitaires qui venaient d’ouvrir une brèche décisive et montrer l’exemple. Objets de très violentes attaques des partisans de Sharon, du Ministre de l’Education, du Maire de Paris, ils n’ont bénéficié d’aucun appui associatif.

Vinrent ensuite nos protestations contre la tenue de galas au profit de l’armée israélienne, puis l’annonce de la venue de Sharon en France par Dominique de Villepin. Des comités et associations de la France entière se joignèrent à nous pour protester auprès de la Préfecture, du Palais des Congrès, puis du gouvernement. Et nous obtînmes gain de cause, puisque la collecte de fonds pour l’armée israélienne fut annulée par le Palais des Congrès et que les 20.000 cartes postales envoyées à Jacques Chirac ne semblent pas avoir laissé ce dernier insensible. 

Pourtant ceux qui se vantent dans certaines associations d’être des "militants de la première heure" nous accusèrent "d’exercer des pressions" et "d’imiter en cela les méthodes sionistes" (sic !). Ils se contentèrent d’un joli communiqué une fois la bataille terminée et remportée sans leur concours. On pourrait citer bien d’autres exemples comme le soutien aux prisonniers palestiniens pendant leur grève de la faim où ils brillèrent par leur absence, ou encore celui des cartes postales contre la torture qu’ils dédaignèrent d’envoyer au Président de la République. Comment expliquer à ce propos que des organisations aussi importantes que la Ligue des Droits de l’Homme, qui disposent de nombreux avocats, à commencer par leur président, n’aient jamais envisagé de déposer des plaintes contre ces tortures, alors qu’ils disposent de tous les éléments pour cela ?

Quant aux concerts pour la Palestine, que nous avons organisés avec l’aide de centaines de militants de plus de 20 associations, et qui ont été très appréciés en Palestine, nous valant des remerciements chaleureux en provenance de Gaza et de Cisjordanie, pourquoi ceux qui emploient tant d’énergie à nous fustiger les ont-ils boycottés et dénigrés ?

Admettons que les diverses actions que nous avons entreprises ne soient pas appropriées. Que proposent ceux qui nous critiquent ? Quel est leur bilan ? Hormis le fait de se précipiter à toutes les manifestations contre l’antisémitisme, et d’insulter la population quand une Marie rêve qu’elle s’est fait agresser par des Arabes et des Noirs dans le RER, ou bien de saluer le rapport Rufin comme l’ont fait certains, quelles sont leurs propositions ?

Pourquoi n’ont-ils pas défendu, ou alors bien mollement, les personnalités comme José Bové ou Daniel Mermet qui ont été victimes d’un lynchage en règle pour avoir osé défendre les Palestiniens, quand on sait à quel point un tel traitement est de nature à dissuader toute velléité de s’exprimer publiquement ?

Pourquoi refusent-ils d’exiger la dissolution des ligues d’extrême droite comme le Betar et la Ligue de Défense Juive, organisés de manière para-militaire, autorisés en France alors qu’ils sont interdits dans tous les autres pays, et qui agressent régulièrement des militants pacifistes ?

Ceux qui se veulent plus "consensuels" et "militants de la première heure" ont-ils réussi à obtenir que nos dirigeants politiques qu’ils adoptent face à Israël la seule attitude qui permettrait de faire réfléchir les Israéliens, celle qui fut la nôtre à l’égard de l’Afrique du Sud de l’Apartheid ? Ont-ils réussi à convaincre le gouvernement français de cesser sa coopération militaire avec Israël, de cesser de produire en commun des drones, ces avions militaires sans pilotes qui lancent des missiles sur la population palestinienne ?

Ont-ils obtenu que la France refuse d’accueillir l’équipe de football d’un pays qui met des enfants en prison, pratique la torture et les châtiments collectifs ?

Ont-ils obtenu au moins un droit de réciprocité dans la libre circulation des citoyens français et israéliens, alors que ces derniers, y compris les criminels de guerre, se déplacent comme ils veulent en France et que nous nous faisons expulser d’Israël lorsque nous nous intéressons de trop près aux Palestiniens ?

Si le "lobbying" dont ils se vantent en coulisses est aussi peu fructueux, pourquoi cette peur de toute mobilisation populaire ?

Il y a en tous cas mieux à faire que de tirer contre son propre camp.

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Auteur : Olivia Zémor

Présidente de CAPJPO (Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient) et candidate Euro-Palestine

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