"Les nouveaux moines trappistes" : l’éloge vulgaire de France 2 sur l’Islam des classes populaires de la France d’en bas

Comment profiter de la crédulité de musulmans vivant dans le quart monde, jeter de l’huile sur le feu en p

samedi 14 février 2004

Comment profiter de la crédulité de musulmans vivant dans le quart monde, jeter de l’huile sur le feu en plein débat prohibitionniste sur le voile, nourrir les haines et incompréhensions réciproques, favoriser la lepennisation des esprits pour un vote radical aux prochaines élections et déformer la réalité, le tout en nourissant l’islampohobie ambiante et en un clin d’oeil ? Rien de plus simple : un reportage sur l’islam radical aux portes de Paris à une heure de grande écoute sur une chaine publique dans une émission réputée : "Envoyé Spécial".

Après avoir passé 7 mois à Trappes (dont 3 dans la cité des Merisiers, un cadre digne d’un film de Mad Max ou sur le Bronx New Yorkais), le grand reporter Frédéric Brunnquell a réalisé un reportage de 40 minutes diffusé jeudi dernier à l’émission Envoyé Spécial sur l’islam de Trappes. "La présentation de cette émission à été scandaleuse avec une caricature de TRAPPES assez abjecte" selon les propres termes d’Henri Pouillot, habitant la ville de longue date et Président du Mrap de Trappes (Le Parisien vendredi 13/02).

Dans un contexte, de tensions potentielles, d’anathèmes et hystérie collective traversant la société française de part et d’autre, et notamment lié au contexte tendu sur le projet de loi sur les signes otensibles à l’école votée mardi dernier à l’A. N. (une manifestation nationale est encore prévue samedi 14/02 par le collectif une ecole pour tous-tes), ce reportage partisan, manipulateur et irresponsable qui présente une réalité linéaire, manichéenne et simpliste de l’islam jette le discrédit sur tous les citoyens musulman-e-s de France, ce qui est inadmissible.

La probité intellectuelle et la déontologie professionnelle (iront-ils jamais de pairs ? on se le demande) réclament à grand cri justice et neutralité en cette période troublée. Un regard objectif et juste des réalités de notre pays sur la 2ème religion de France doit cesser une fois pour toutes dans le monde des médias en général et de la télé en particulier, de saisir l’islam par le prisme réducteur islamiste. Inlassablement les peurs ancestrales et fantasmées que les Français de tradition judéo-chrétienne entretiennent à l’égard des citoyen-ne-s Français de tradition musulmane et de l’Islam sont réactivés et dans ce reportage elle le fut de manière grossière. C’est un scandale ! Oui le communautarisme existe et les milieux politiques, intellectuels ou médiatiques ne cessent de dénoncer cette réalité que l’Etat, lui, ne cesse de reproduire (inégalités sociales, civiques ou politiques, école et lieux de socialisation ou de médiations en crise, historique de ses ouvriers immigrés peu glorieux : parcage des harkis, des Maghrébins et autres laborieux africains, turcs ou non européens venus refaire la France, qui l’ont même défendu jadis en 1914 ou 1939), oui l’islam militant existe car devenu pour beaucoup la seule perche identitaire présente dans les quartiers de la France de tout en bas. Mais sous couvert de ces grands idéaux de dénonciation des dominations à l’encontre des femmes ou du fondamentalisme (qui existent tout 2 bel et bien), on fait de l’audience sur des images et discours simplistes, de l’audimat sur des convictions construites de journaliste à heure de grande écoute avec des conséquences incertaines sur les Français qui voient une réalité effrayante et simplifiée et sur des musulman-e-s effarés, humiliés régulièrement qui supportent déjà mal un climat islamophobe grandissant. Ces musulman-e-s de France qui paient leur redevance TV au service public en sont trés mal représentés ou desservis cette fois et ils vont, dans leur ensemble, encore une fois, en payer le prix. On frise l’incitation à la haine religieuse.

Bien évidement que le sexisme, l’antisémitisme et le racisme ainsi le fondamentaliste existent encore un fois mais ils ne sont en aucun cas circonscrits socialement, religieusement ou géographiquement notamment à cette ville et à ses habitants musulman-e-s à fortiori et "c’est une idéologie supecte que de le soutenir" comme le dit Bihr (cf. www.lmsi.net) mais comme c’est le cas flagrant ici. Les problèmes sociaux-économiques, la relégation et la stigmatisation de ces banlieues laissées à l’abandon, (le reportage le montre partiellement) sont les racines du mal être qui poussent aux extrémités. Alors cessez messieurs les reporters d’être des censeurs reproduisant des réalités biaisées sur le bon français ou le bon citoyen  : c’est une moralité douteuse et de la déontologie partisane que de la faire et votre travail en perd toute sa légitimité. Soyez professionnels, soyez des journalistes ni plus, ni moins.

Pour l’heure, ce reportage risque d’avoir des conséquences sociales désastreuses au regard de l’ordre public en ravivant encore les incompréhensions et les amalgames entre la France et ses musulman-e-s. Il serait du devoir moral du journaliste de laisser son cocon doré et de repartir au charbon à la rencontre des habitants de ce quart monde de Trappes où l’islam communautaire est devenu un facteur sociologique d’équilibre et une valeur de refuge face à la misère sociale d’une France en crise. Il doit avoir une explication avec ces habitants, il leur doit bien ça même si cela ne réparera en rien le préjudice moral fait à la ville (qui se serait bien passé de cette publicité partiellement) mais cela aura la valeur d’avoir été fait et de mettre le journaliste face à ses responsabilités à l’orée des élections où se prépare peut être un Second 21 avril 2002. On ne dira pas que l’on ne savait pas cette fois ci.

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