Samedi 4 February 2012

Les musulmans du Québec s’ouvrent aux positions souverainistes

En plein cœur de Montréal, la mosquée Masjed Essuna Nabawiya (d’une capacité d’accueil évaluée entre 2500 et 3000 fidèles) prépare l’événement avec fébrilité. Ce soir, à l’initiative de plusieurs grandes organisations musulmanes (notamment le Forum Musulman Canadien et le Conseil Musulman de Montréal), la plus grande mosquée salafiste de la ville reçoit M. Gilles Duceppe. L’homme est le chef du Bloc Québécois, porte-drapeau des forces souverainistes québécoises sur la scène politique canadienne.

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En plein cœur de
Montréal, la mosquée Masjed Essuna Nabawiya (d’une capacité d’accueil
évaluée entre 2500 et 3000 fidèles) prépare l’événement avec fébrilité.
Ce soir, à l’initiative de plusieurs grandes organisations musulmanes
(notamment le Forum Musulman Canadien et le Conseil Musulman de Montréal), la
plus grande mosquée salafiste de la ville reçoit M. Gilles Duceppe. L’homme
est le chef du Bloc Québécois, porte-drapeau des forces souverainistes
québécoises sur la scène politique canadienne. À côté du Parti Québécois,
son sosie sur la scène provinciale, le Bloc représente en effet l’une des deux
principales formations politiques au service du projet souverainiste du Québec href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
.

Quelques jours
auparavant, M. Duceppe et son équipe avaient été reçus au Centre Communautaire
Canadien par les responsables du RAC (Regroupement des Algériens du Canada).
Dans quelques jours, cette fois à l’invitation du parti du Bloc, des militants
et des dignitaires de la communauté musulmane dîneront avec Gilles Duceppe, en
présence de certains de ses candidats « vedettes » aux élections
législatives fédérales prévues le 23 janvier prochain. Le camp
souverainiste tente en effet de séduire les électeurs musulmans. Une
communauté dont l’élite la plus engagée est de plus en plus sensible aux
positions des souverainistes.

Cette nouvelle
orientation du vote musulman au Québec résulte principalement d’une déception
à l’égard du Parti libéral du Canada, au pouvoir depuis maintenant plus
de deux décennies, et dont les promesses (certains diront ses manipulations)
n’ont jamais été tenues. Celles-ci, telle la lune du mois du Ramadan, n’apparaissent
en effet qu’au cours des élections, période sacrée pour ces hommes politiques
en quête du pouvoir suprême. Mais dès la fin de cet intervalle électoral, ces
promesses disparaissent aussitôt laissant bien souvent place à des politiques
de plus en plus alignées sur celles de l’Administration Bush : Loi C36
calquée sur le modèle du fameux Patriot Act, soutien inconditionnel à la politique d’Israël, « profilage
racial » qui se traduit par des enquêtes policières bien ciblées ou
des contrôles effectués dans des lieux publics, visant particulièrement les
personnes dont le faciès ressemble à celui du stéréotype arabo-musulman
(basané, barbu, « hijabisée », etc.). On évoque également que le
Canada à l’instar des USA, projette d’établir une liste noire (d’arabes et
de musulmans indésirables) auprès des compagnies aériennes.

Devant cette
réalité politique, les musulmans québécois sont confrontés à un véritable
dilemme. Un vote pour le Bloc, s’il affaiblira les libéraux au pouvoir
actuellement, ne profitera pas pour autant aux souverainistes, mais à
l’opposition néo-conservatrice dirigée par Stephan Harper. Plus à droite que
les libéraux, les membres de cette formation politique incarnent de manière
encore plus marquée la version canadienne du néo-libéralisme globalisant avec
ses politiques sécuritaires et antisociales. Conséquence : pour les
musulmans comme pour la majorité des Canadiens et des Québécois, le règne des
conservateurs risque de se révéler pire que celui des libéraux.

Cette
configuration politique pose également deux interrogations majeures. Au-delà
des divers rendez-vous électoraux auxquels ils participent, le but ultime des
souverainistes demeure en effet l’indépendance pure et simple du Québec.
Aussi, il leur importe de savoir si l’appui actuel des musulmans se maintiendra
en faveur des souverainistes du Parti Québécois, d’abord lors des
prochaines échéances électorales provinciales, puis lors de la tenue d’un
nouveau référendum sur l’indépendance du Québec (le dernier qui s’est déroulé
en 1995 a vu la victoire du camp du Non avec une très faible
majorité).

La
seconde interrogation porte sur la qualité de la réflexion actuelle de la
communauté musulmane au sujet du projet souverainiste et ses implications. Si
une telle réflexion existe, elle demeure pour le moment cantonnée à des milieux
restreints. Pourtant, seule une réflexion sur cette question diffusée auprès
du plus grand nombre, garantira que l’ouverture réciproque des partis
souverainistes à l’endroit des musulmans et de ces derniers aux positions
souverainistes ne soient pas qu’une stratégie conjoncturelle sans lendemain.



class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[1]
Le projet souverainiste du Québec
vise la formation d’un État québécois indépendant du système fédéral actuel du
Canada. Pour les souverainistes, seul un tel État donnera à la nation
québécoise les moyens nécessaires de son développement économique, politique,
social et culturel. L’objectif ultime du projet souverainiste étant notamment la
sauvegarde et la promotion de la culture francophone sur le continent
américain.

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