Les minorités musulmanes d’Asie orientale : le peuple Ouïgour (1/2)

Suite aux émeutes à Urumqi, capitale régionale du Xinjiang (nord-ouest) qui ont fait plus de 140 morts, nou

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mardi 7 juillet 2009

Déjà, Marco Polo avait remarqué divers signes de l’influence de l’Islam à la cour de Chine : c’est dire l’ancienneté de cette présence dans l’Empire du Milieu : venant par les fameuses routes de la soie à travers l’Asie centrale dès le Xème siècle, le message coranique a essaimé, faisant naître des communautés musulmanes un peu partout. On en trouve ainsi notamment dans le Ningxia, le Shensi, le Kansu et, plus au sud, dans le Yunan. Ces minoritaires sont communément appelés Hui ou, en français, Dounganes.

On aurait tort cependant de les confondre avec un peuple, le peuple ouïgour, qui occupe un vaste territoire bordé du Kazakhstan, de la Kirghizie, du Tadjikistan, de l’Afghanistan et des Cachemires sous contrôles indien et pakistanais, ainsi que de la Mongolie. Ce pays, sur les cartes, est désigné sous le nom de Xinjiang, c’est à dire « nouvelle frontière » ; mais ses habitants récusent cette appellation et lui préfèrent le nom de Turkestan oriental. Parlant une langue turcique, les autochtones ouïgours n’ont guère à voir avec les Han, ethnie dominante en Chine.

Bien que cette région de Chine bénéficie d’un régime officiel d’autonomie (« région autonome ouïgoure du Xinjiang ») censé protéger langue -en alphabet arabe- et coutumes, cette marche du géant asiatique connaît, comme le Tibet voisin, une entreprise systématique de sinisation. Jadis largement majoritaires dans leur pays, les Ouïgours tendent à devenir minoritaires, du fait de la colonisation de peuplement Han : ainsi, se trouve être légitimé l’emploi abusif du terme de « minorité ethnique » qui leur est appliqué et qui tend à en faire une des composantes parmi les autres musulmans sous l’autorité de Pékin.

Cette politique d’implantation ne pouvait que susciter une résistance ; celle-ci, moins médiatisée que celle des Tibétains, a connu, dans les années 90, un nouvel essor.

A la question identitaire, s’ajoute le caractère géostratégique de la zone, qui en fait un enjeu de taille pour l’avenir de la Chine : commandant un accès au toit du monde, c’est-à-dire au château d’eau du XXIème siècle que forme la cordillère pamiro-himalayenne, c’est aussi un immense réservoir d’hydrocarbures dans le bassin du Tarim (1) et le passage obligé de futurs oléoducs. Enfin, c’est dans sa partie orientale que se situe le polygone nucléaire de Lop Nôr où sont effectués les essais chinois.

Emergence d’un sentiment national.

Les populations locales, tôt sédentarisées dans les oasis, mélange d’ethnies diverses, ne sont passées sous contrôle chinois qu’en 1759, mais, compte tenu de la rivalité entre Russes, Chinois et Britanniques dans cette zone, ce n’est qu’en 1884 que le Turkestan est devenu véritablement une province de Chine.

En dépit de l’existence d’Etats éphémères sur des portions de ce territoire au XIXème siècle, tel l’Etat musulman de Kashgarie (1866-1876), la conscience de constituer une nation spécifique n’existait pas : l’attachement à l’Islam, un Islam, notons-le, marqué par le soufisme et une grande liberté accordée aux femmes, résumait le marqueur identitaire principal, transcendant les localismes. Région-carrefour imprégnée par les échanges durant des siècles, l’érection d’un référent de type national ne s’imposait pas.

Avec la naissance de l’Union soviétique, puis celle de la République Populaire, sa fonction de lieu de brassage ethnique, de trait d’union entre deux aires de civilisation s’est considérablement amoindri. Puis, dans ce qui était devenu un avant-poste chinois face à l’empire rival septentrional, a commencé à germer, avec les empiètements successifs de la présence han, le sentiment d’une identité spécifique où se mêlent inextricablement l’adhésion à l’Islam et l’utilisation des langues turciques : ainsi, avec les Ouïgours proprement dits, les communautés kazakh (7% de la population), ouzbek, kirghize, se reconnaissent-elles dans une revendication globale élargie d’« ouïgourité », la petite communauté tadjike persanophone restant plus réservée.

A suivre...

Note :

(1 )Le Wall Street Journal évaluait les réserves de pétrole à 8,2 milliards de tonnes et celles de gaz à 2,5 millions de m3 (18/02/93). Voir « la géopolitique du pétrole », article de Hamid Khamraev , Cahiers d’Etudes sur la méditerranée orientale et le monde turco-iranien (CEMOTI) n°25, 1er semestre 98.

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Auteur : Michel Gilquin

Sociologue, auteur de « Les Musulmans de Thaïlande » Editions IRASEC /L'Harmattan, Paris/Bangkok 2002 (Cliquez ici pour vous procurer ce livre).

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